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Full text of "Bulletin de la Commission pour l'histoire des églises Wallonnes"

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BULLETIN 



i 



BULLETIN 



COMMISSION DE L'HISTOIRE 



ÉGLISES WALLONNES 



DBÏUXIE1MB3 SBRIK - TOME TBOieiBUB 



LA HAYE 
MARTINUS NIJHOPF 



Paria , ^ ! New-Tork , 

LtBKAIBIE FieCHBACBEB. ; B. WB8TEEMANH k 0°. 

Bruxelles, " IJondreB, 

J. Lbbëodb & C". i{ D. KuTT. 

Genève, j | Berlin , 

Oeoso. Il A. Abhbk & C. 




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TABLE DES MATIÈRES 



-•- 



Page. 

Rapport annuel de la Commission de Thistoire et de la bibliothèque 

des Églises wallonnes , pendant Texercice 1898 — 1899 .... 67 

Rapport annuel eta, 1899—1900 73 

Rapport annuel etc. , 1900—1901 232 

Rapport annuel etc. , 1901—1902 302 

Etades historiques; 

IL-Â. Perk. La charité waUonne, discours d'ouverture de la Réunion 

wallonne 1 

E. Bonriler. La bibliothèque wallonne, discours d'ouverture ... 77 

L.BreBSoii. D'un siècle à l'autre, discours d'ouverture 249 

L« Bresson. Les institutions financières des Églises wallonnes au 

XlXe siècle, discours d'ouverture 286 

B.-N.-L. Mirandolle. Les débuts d'Église wallonne de Rotterdam. . 31 
B.-N.-L. Mlrandolle. Les galériens pour cause de religion et la cha- 
rité wallonne à Rotterdam 168 

H.-D. Guyot. La communauté française de Dwingeloo 276 

Généalogie. 

J.-C.-H* Matile* Le pasteur Matile et sa famille (notes supplétives) . 216 

Docmnents Inédits et originanx. 

La famille Dizi . ' 64 

H.-D. Guyot* Extraits de la correspondance des ambassadeurs . . . 112 

H.-L de Bompierre de Chanfepié. Médailles wallonnes 135 



TABLE DES MATIÈRES 

Fage. 

Une amnsette huguenote OU catholique 155 

Pierre Peaux, fragments dujournald'un réfugié 265 

Les États Généraux et les réfugiés 318 

Le dernier pasteur de Bleigny 325 

Dlrers. 

P«-Q« Brondgeest. Rapport sur la célébration du cinquantenaire de la 

Société de l'histoire du protestantisme français 309 

H.-J. Hoek* Caprices des noms propres 65 

Nécrologie. 

£• Bourlier. Charles Marins Dozy 157 

C-G. CIuiTaiiiieB. Jan Jacob Lodewyk Luti 237 

H.Tollin 328 

Planches. 

Chapelle de saint Sébastien 48 

Médailles 156 

Portrait de Ch.-M. Dozy 157 

Portrait de J.-J.-L. Luti 237 

Le château de Dwingeloo 276 

Maisons françaises à Dwingeloo 284 



--»B8S«- 






LA CHARITE WALLONNE. 

DISCOURS PRONONCÉ A L'OUVBRTURE DE LA 

RÉUNION DES DÉPUTÉS DES ÉGLISES WALLONNES 

ASSEMBLÉS A BOIS-LE-DUC, 

LE 22 JUIN 1899 ET JOURS SUIVANTS. 



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Mbssieubs, 

Je désire user du droit que me confère le règlement de la Réunion 
en vous adressant quelques paroles d'introduction aux travaux qui 
nous attendent. Veuillez donc m'accorder pour quelques instants votre 
bienveillante attention. 

Ceux d'entre vous qui , il y a quatre ans, ont assisté à la Réunion de 
Harlem, se rappelleront peut-être le discours, que j'eus l'honneur de 
prononcer à l'ouverture de notre assemblée, intitulé : « Le ressort 
wallon et ses rapports avec l'Église réformée des Pays-Bas », et qui 
tendait à mettre en évidence la place honorable et distinguée qui est 
celle de nos Églises. 

Après un aperçu général de leurs destinées, je constatai, avec force 
preuves à l'appui, que notre corps wallon, malgré la réduction sen- 
sible de ses membres , est aujourdhùi un ressort ecclésiastique parti- 
culier, ayant une vie propre active et féconde, possédant une certaine 
autonomie et une initiative relative , et occupant, parmi les autres res- 

vm. 1 



_ I 



2 La charité wallonnk. 

sorts de rÉglise réformée des Pays-Bas, une position essentiellement 
distincte , non seulement par sa composition , mais surtout par ses attri- 
butions. — J'expliquai, ensuite, comment ce corps, peu nombreux, 
il est vrai, mais respecté et influent, est sorti de la permission oc- 
troyée en 1816 à nos Églises de se réunir, une fois l'an, pour quelques 
intérêts financiers. — Cette permission, au fond assez insignifiante, 
leur avait été laissée comme une concession , pour ne pas dire une 
faveur, accordée à M. Daniel Delprat, pasteur à la Haye et chapelain 
de la Cour, l'un des membres de la Commission ecclésiastique con- 
sultative , nommée par le roi Guillaume I , pour examiner le projet 
d'organisation émané du gouvernement — Jouissant d'une grande 
autorité, cet homme éminent, une des illustrations de nos Églises, 
avait su faire valoir son influence dans leur intérêt. 

Or, à la demande qui devait involontairement se présenter à l'esprit 
de mes auditeurs : comment cette faveur a-t-elle pu devenir pour elles 
l'occasion de s'élever au rang qu'elles tiennent aujourdhui et tiennent 
avec honneur? je répondis que c'était grâces à la confiance et à la con- 
sidération dont elles n'avaient pas discontinué dejouir pendant plus de 
deux siècles dans l'État et dans l'Église, confiance et considération 
dues exclusivement à l'esprit qui les a toujours dirigées et qui avait 
animé nos pores , et qu'avec un fierté légitime nous appelons l'esprit 
wallon. 

Parmi les traits caractéristiques de cet esprit, je signalai entre 
autres une charité active. Le temps cependant me manqua alors pour 
entrer dans des détails afin de justifier cette assertion. 

Ayant aujourdhui l'occasion et l'honneur d'adresser encore une 
fois la parole à la Réunion , j'en profite pour revenir sur cette matière 
et vous soumettre quelques considérations sur la Charité wallonne. 

C'est un sujet, qui, M .M., m'a attiré de suite, quand il me fut suggéré 
il y a quelques semaines, par notre digne secrétaire M. Picard. Cet 
excellent ami poussa même l'obligeance jusqu'à mettre à ma disposi- 
tion les notes qu'il avait recueillies sur ce sujet en dressant la Table 
des matières des procès- verbaux des Synodes wallons , postérieurs 
à ceux dont les résolutions sont contenues dans le magistral volume, 
intitulé Livre Synodal , et publié par les soins dévoués et inestima- 



LA CHARITÉ WALLONNE. 8 

bles de notre zélée Commission de l'histoire des Églises wallonnes. 
M. Picard m'a dispensé, ainsi, de la tâche fastidieuse et fatigante qui 
consiste à parcourir, la plume à la main , la série de plusieurs impo- 
sants In-folios. 

Quoi d'étonnant donc, M.M., qu'avant d'aborder mon sujet, 
j'éprouve le besoin de lui offrir ici l'expression de ma gratitude ! 



n. 



La Charité wallonne , ou , pour préciser , la Charité exercée par le 
Synode wallon, pendant les deux siècles et demi de son existence 
jusqu'à sa suppression en 1810 , tel est donc le sujet , M.M. , pour lequel 
je sollicite votre attention. — En effet, en dehors de ses attributions de 
Synode particulier ou provincial, congénère des Synodes provinciaux 
hollandais, c'est à des œuvres de charité que le Synode wallon s'est 
consacré avec autant de dévouement que d'intelligence et d'énergie. 
Ce que les représentants de nos Églises ont fait semble aujourdhui à 
peine croyable. Quand il s'agissait de frères dans la foi , leur libéralité 
était inépuisable. 

Je ne m'étendrai pas, pour justifier cette assertion , sur tout ce que, 
dès le début, le Synode wallon fit pour des moines, des prêtres, de 
nouveaux convertis et , plus tard , en faveur de pasteurs âgés , émérites 
ou sans place , ou dans l'intérêt aussi des veuves et des orphelins de 
leurs ministres et des étudiants. Vous comprendrez aisément qu'il 
n'est guère possible de relever tous les dons votés par le Synode et 
pris, au commencement, sur l'excédent des contributions des Églises, 
dites taxes. Pour s'en faire une idée, il n'y a qu'à inspecter le tableau 
des taxes de quelques Synodes, consignés à la fin des procès- verbaux. 
Qu'il me suffise de constater que bien des personnes ont obtenu des 
secours réguliers, assez importants et de longue durée. Ces dons, 
appelés les charités du Synode, diminuèrent, il est vrai, quand on 
eut décidé de ne pas dépasser 330 fl. pour les taxes, et, plus tard, 
quand on créa avec une partie de l'excédent une bourse synodale. 



4 LA CHARITÉ WALLONNE. 

Le Synode, après avoir épuisé ces ressources, se borna alors are- 
commander à la libéralité des Églises ceux qui avaient imploré son 
assistance et dont les besoins étaient dûment établis. 

Je ne mentionne, aussi, qu'en passant l'active sollicitude du Synode 
pour les anciennes provinces wallonnes de la Belgique actuelle, 
dans lesquelles ses soins constants réussirent à conserver un petit 
groupe d'Églises, qui, sous le nom collectif de l'Olive, n'a au fond 
cessé de faire partie de notre corps qu'en 1 830, lors du démembrement 
du royaume des Pays-Bas Cette sollicitude s'étendait aussi aux Égli- 
ses du Limbourg, tristement délaissées pendant les guerres qui ra- 
vageaient ce pays et dont il fallait soulager la misère: parmi elles , prin- 
cipalement , celle de Maestricht à laquelle pendant de longues années , 
le Synode fournit seul les moyens de subsister. 

Je ne rappelle de même que pour mémoire que son attention se fixa 
également sur les colonies de la République des Provinces-Unies , le 
Brésil surtout et les îles des Indes occidentales, S^ Martin et Tabago, 
oiiil y avait nombre de colons de la langue wallonne, et qu'il s'occupa 
pendant quelque temps à former des pasteurs pour ces stations si dif- 
ficiles et aussi en vue de l'évangélisation des indigènes. 

Je n'insisterai pas longtemps, non plus, sur les secours envoyés 
à des Églises étrangères en vue de l'avancement de leur vie religieuse, 
secours par lesquels le Synode faisait preuve d'un sentiment pro- 
fond de la solidarité protestante. En voulez-vous des exemples? Ils 
se présentent à foison et je n'ai qu'à choisir au hasard. 

Pendant sept années consécutives, à partir de 1 705, le Synode contri- 
bua généreusement en faveur de l'établissement d'une Église française 
à Leipzig. — Et lorsqu'on juin 1782 les réformés de Vienne s'adres- 
sèrent par lettre circulaire aux Églises réunies en Synode à Deven- 
ter, pour solliciter leurs charités afin d'être mises en état de construire 
un temple, en vertu de la liberté que S. M. l'Empereur en avait accor- 
dée, l'importance de cet objet détermina diverses Églises à « s'élargir » 
sur le champ. Et plusieurs autres, tant représentées que non repré- 
sentées , se montrèrent favorablement disposées à cet égard. 

Sur des lettres des Églises réformées du Dauphiné et de la princi- 
pauté d'Orange, intercédant pour l'Académie de Die, au dit Dauphiné, 



LA CHARITÉ WALLONNE. 5 

et demandant qu'il plaise à la Compagnie de leur faire présent de 600 
ou 700 fl. , afin qu'elles pussent se pourvoir d'un second professeur en 
théologie, le Synode, assemblé à Zierikzee en 1660 , recommanda sé- 
rieusement cet objet à la charité de nos Églises, lesquelles furent 
priées d'apporter leurs libéralités au Synode suivant. 

Le dernier exemple que je citerai , nous sera fourni par le Synode 
de Schiedam, en mai 1735. Permettez-moi devons donner lecture de 
l'article qui s'y rapporte, et qui nous révèle d'une manière saisis- 
sante l'esprit chrétien qui présidait à ces actes de charité. 

« L'Église Françoise Réformée de Fredericia en Danemark a écrit au Sy- 
node pour le prier, par les motifs les plus touchans de contribuer à Tentre- 
tien du Ministère au milieu d'elle, comme l'Article le plus essentiel à la 
solidité de cette Église, qui subsiste depuis près de quinze ans , honorée 
constamment de la protection de sa Majesté le Roi de Dannemarck, dont elle 
a reçu des marques sensibles, depuis peu encore, dans la construction d'un 
Temple pour les Réformés de cette Colonie. 

Obligée de recourir cependant à la charité des Églises étrangères , parce 
qu'il ne lui seroit pas possible de trouver dans ces païs de quoi former un 
fonds pour entretenir toujours un Pasteur dans cette Colonie et pour préve- 
nir ainsi la chute de cette Église Reformée : Elle demande avec instance 
respectueuse , au Synode de s'intéresser en sa faveur et d'appuyer les solli- 
citations, qui se feront à ce sujet. Son Excellence Mgneur le Conte d'Altem- 
bourg, qui s'intéresse particulièrement à la conservation de cette Église , 
ayant bien voulu lui prêter M^ J.-R. Kramer , son Ministre de Kniphausen , 
pour recueillir dans ces Provinces, les secours, qu'elle désire d'en obtenir; 
et afin que tous les deniers, que l'on pourra collecter soient employez uni- 
quement au bien de l'Église en faveur de laquelle on les demandera , son 
Exe. veut bien elle-même fournir aux fraix des voyages , et à l'entretien de 
celui qui recueillera ces deniers. — Le Synode bénit Dieu de ce qu'il pro- 
cure à nos Frères Réformez de si Illustres et Charitables Protecteurs dans 
leurs besoins, s'y intéresse avec une affection véritablement fraternelle , et 
dans l'espérance, que M^ Eramer sera autorisé à faire sa Collecte par les 
Souverains respectifs, sous la Domination desquels nos Églises se trouvent 
heureusement établies, ces Églises sont exhortées de la manière la plus 
forte, de travailler au maintien de celle de Fredericia, et d'agir envers ces 
Frères selon cet Esprit de Charité, qui fournit les Démonstrations les plus 



6 LA CHARITÉ WALLONNE, 

touchantes de la Communion des Saints. N.-T.-G -F. M' Royer, Pasteur de 
la Haye, qui a donné divers éclaircissements sur l'État de cette Église , est 
chargé de lui communiquer la Résolution de la Compagnie. » 



m. 



U y a, M.M., un autre genre de travaux importants que je désire 
relever plus spécialement et auxquels le Synode s'est dévoué d'une 
manière au-dessus de tout éloge , et qui , certes , plus que toute autre 
circonstance, lui ont concilié la sympathie et la considération dont il 
n'a pas cessé de jouir. 

Je parle de son œuvre en faveur des protestants persécutés , de son 
intervention pour apporter des secours efficaces, tant matériels que 
moraux, à tous les frères dans la foi, souffrants et opprimés, sans dis- 
tinction de nationalité , mais en premier lieu à ceux de langue fran- 
çaise ou wallonne, en Belgique et en France, en Suisse et en Italie, 
en Pologne et en Hongrie, en Lithuanie et dans le Palatinat, en Silé- 
sie et en Poméranie, en Bohème et en Autriche, dans l'Alsace et la 
Lorraine, dans le Wurtemberg et le Hesse-Hombourg , dans les prin- 
cipautés d'Anhalt et de Solms, dans le comté de Nassau Saarbrûck 
et le duché des Deux-Ponts. 

C'est au sujet de cette œuvre bénie et glorieuse qu'il ne vous dé- 
plaira pas, je l'espère, de me voir entrer dans quelques détails. 

Le Synode prêta toujours une oreille favorable et compatissante aux 
demandes de secours qui lui étaient adressées , soit personnellement 
par les intéressés , soit par lettre ou par l'organe de délégués K — Inu- 
tile presque d'ajouter que toutes les demandes ne se présentaient pas 
simultanément Cependant il était rare dans la 2e moitié du 17e siècle et 
dans tout le cours du 1 8^, que le Synode n'eût pas à s'occuper dans une 
même session de plusieurs objets à la fois, dont le nombre dépassait 
souv-ent la douzaine et qui se rapportaient à des particuliers (ministres 
ou laïques) ou à des colonies de réfugiés, à des Églises spéciales ou à 

1 Appendice I. 



LA CHARITÉ WALLONNE. 7 

des groupes d'Églises , à des captifs à Alger ^ au Maroc^ à Salé^ ou à des 
galériens et prisonniers en France. — Un jour même , c'était à Ctrecht, 
en mai 1677, le Synode fut saisi de la requête de 26 pasteurs hon- 
grois, qui, après avoir été condamnés aux galères a des quelles », — je 
cite textuellement l'article a des quelles par la grâce de Dieu ils sont 
maintenant délivrés , — leurs ennemis ne leur permettant pas de re- 
tourner en leurs Églises; — sont réduits à la dernière pauvreté et 
demandent qu'il plaise à la Compagnie d'ouvrir ses mains en béné- 
ficence et de les secourir en leurs calamités ». — Le Synode compa- 
tissant à leurs calamités et les jugeant dignes de sa charité, pria 
toutes les Églises de les vouloir assister en leur triste état et d'envoyer 
leurs libéralités à l'Église de Leyde. 

Le Synode ne s'appliquait pas seulement à subvenir, dans la me- 
sure de ses forces et par des envois d'argent, à des besoins urgents. 
En plus de douze sessions, il s'est occupé des mesures à prendre pour 
empêcher que les orphelins des soldats des Églises de la Barrière ne 
fussent enlevés et élevés dans le papisme. — Que de fois, aussi, ne 
fit-il pas des démarches, toujours bien accueillies et souvent efficaces , 
auprès des États généraux et du Prince d'Orange, pour engager leurs 
Seigneuries à intervenir auprès de l'envoyé de Pologne , en faveur des 
Églises réformées de ce royaume, qui — comme il est dit — « souf- 
frent grande persécution » ; et auprès de l'envoyé de l'Empereur, 
dans l'intérêt de celles d'Autriche, de Hongrie, de Bohème et en 
d'autres endroits. Notamment à l'époque de l'armistice de douze ans, 
qui suspendit la guerre de 80 ans, et à celle de la conclusion de la paix 
de Westphalie, avec quelle énergie n'insista-t-il pas auprès des États 
généraux pour qu'ils fissent leur possible afin que les Églises réfor- 
mées dans les pays alliés à la République fussent conservées. 

Et comment passer sous silence son intervention en faveur soit de 
Oenève aux prises avec le duc de Savoie, soit des Églises du Palati- 
nat, terriblement éprouvées, avec leurs trois cents pasteurs sans asile 
et sans pain , ou ses démarches en vue de la conservation des Églises 
réformées de la Lithuanie et de la Pologne , dont l'état déjà si précaire 
était parfois singulièrement aggravé par de cruelles persécutions, et 



8 LA CHARITÉ WALLONNE. 

pour lesquelles, tout eu leur faisant passer des secours souvent très 
considérables, le Synode travailla avec succès à solliciter, par l'en- 
tremise des États généraux, la protection de leurs souverains respec- 
tifs, les alliés de la République ! 

Cette intervention, il ne dédaigna pas de la mettre en œuvre même 
en faveur d'un simple soldat au sort duquel il s'intéressait active- 
ment, parcequ'il le jugea digne de sa commisération, témoin l'ar- 
ticle suivant du compte-rendu du Synode d'Utrecht, tenu en 1665, 
(art. 20) : 

ce A la demande de l'Église de Maastricht, représentant à la Gom- 
« pagnie qu'une personne, nommée Charles , ci-devant de la Concep- 
« tion de l'ordre des Carmes, et soldat de la .compagnie de M' le 
ce commandeur, qui s'y était rendu pour faire profession de la reli- 
cc gion réformée, avait été vendu par les ennemis de la vérité; et la 
« réquerrant de remédier à ces désordres, — l'Église de la Haye a 
ce été requise de travailler en cette affaire envers M.M. les États Gé- 
« néraux pour réparer le mal arrivé ou, du moins, pour en prévenir 
« de semblables à Ta venir. r> 



IV. 



C'est une lecture bien attachante, M.M., et que je ne puis m'empê- 
cher de vous recommander, que celle que nous offre la série de nos arti- 
cles synodaux qui se rapportent à la charité wallonne. Ces articles si 
concis sont, malgré leur sobriété, si éloquents parfois et si émouvants, 
quand on sait lire entre les lignes. Comme je voudrais avoir le temps de 
multiplier les citations! Mais , après cet aperçu sommaire de la charité 
wallonne envers les frères persécutés, je dois me borner à ne vous en 
signaler que quelques manifestations particulièrement propres à 
vous intéresser, en considération de la nationalité de ceux qui en fu- 
rent les objets. 

Quoi donc de plus naturel, dès lors, que de relever, en premier lieu, 
dans une assemblée composée comme celle à laquelle j'ai l'honneur 
de m'adresser, — les rapports fréquents de fraternité et de secours que 



LA CHARITÉ WALLONNE. 9 

le Synode a entretenus avec l'Église réformée de France, durant ses 
luttes au 17e siècle et pendant son apparente destruction et sa lente 
renaissance dans le 18®? Suivant avec un intérêt douloureux les 
souffrances croissantes des Églises sœurs , le Synode leur envoya des 
secours. Il fit aussi des démarches auprès de Louis XIV, à l'effet d'ob- 
tenir la liberté religieuse pour ses sujets persécutés , et prit des mesu- 
res sans nombre pour solliciter l'intervention des États généraux; 
pour provoquer des collectes générales en faveur des victimes de l'in- 
tolérance et de la haine religieuse et pour veiller à ce que les secours 
fussent distribués avec ordre et à ce que l'abus qu'on faisait , hélas ! 
quelquefois, de la bonne volonté des donateurs, n'en arrêtât pas le 
cours. Vous savez comment il accueillit les réfugiés au sein de nos 
troupeaux et leurs pasteurs dans nos chaires. Mais ^ s'il ne lui fut pas 
trop difficile de pourvoir aux premiers besoins des frères , « venus de 
la grande tribulation » , il lui fut infiniment plus pénible de faire face 
aux nécessités de tout genre qui, pendant 75 ans, furent les consé- 
quences de l'acte néfaste qui s'appelle la révocation de l'Édit de 
Nantes. Pourvoir pendant toute une génération à l'entretien de plu- 
sieurs centaines de pasteurs sans pain et de plusieurs milliers de 
vieillards, de veuves et d'orphelins ; trouver des secours pour les nou- 
veaux-proscrits, qui, pendant trois quarts de siècle, à chaque recru- 
descence des persécutions , venaient rejoindre leurs frères dans « la 
ce grande arche des fugitifs , n'emportant que leur vie pour butin i> ; 
recueillir des fonds pour soutenir les Églises du désert , et pour sou- 
lager et racheter ou faire élargir des prisonniers et des galériens par 
l'intervention généreuse et zélée de l'ambassadeur de Hollande à Pa- 
ris et par les soins de son chapelain d'ambassade , toujours un ancien 
pasteur wallon, telle fut, M.M., la tâche ardue mais noble , dont le 
Synode se chargea et qu'il remplit , — il faut bien le reconnaître , — 
avec une constante et admirable fidélité. 

C'est aux galériens surtout que sont consacrés un nombre immense 
d'articles synodaux. A combien de Synodes fut présentée pour être 

1. Paroles de M. Meunier dans son Étude remarquable : Aperçu gênerai eto. Bul- 
letin IV, Be livr. 1890. 



10 LA CHARITÉ WALLONNE. 

annexée au compte rendu et communiquée aux synodes Hollandais , 
dont on sollicitait le concours précieux, — une liste de galériens com- 
prenant parfois plus de 50 noms , avec leurs prénoms, Tâge, le dernier 
domicile des « forçats pour la foi )) en faveur desquels on implorait 
des secours, et condamnés, qui pour avoir donné retraite à un mi- 
nistre, qui pour avoir suivi un ministre, qui pour avoir été à Técole 
d'un ministre , qui pour s'être marié au désert, ou bien pour assem- 
blée, ou simplement pour cause de religion. Et avec quel zèle admirable 
le Synode ne travailla-t-il pas à leur procurer au moins quelque sou- 
lagement dans leur détresse. Tous me saurez gré, je suppose, de 
vous donner lecture de deux des articles qui les concernent , et que je 
n'ai pu lire sans éprouver une profonde émotion, ni sans rendre hom- 
mage aux sentiments chrétiens qui animaient nos pères. Us sont de 
la teneur suivante : 

« Sur la lecture de l'Article 25 du dernier Synode, les Députez des Églises 
de Rotterdam et d'Utrecht, ont déclaré que leurs Églises les ont chargez de 
représenter à la Compagnie, la nécessité et les souffrances de nos Frères, 
qui ont été envoyez dans les Galères de France, les uns pour leur fermeté 
dans la profession constante de la vérité , les autres pour s'être relevez par 
la grâce de Dieu de leurs Chûtes, qui sont les uns et les autres dans un très- 
grand nombre. Et qui demandent par leurs Lettres le secours des Prières 
des Fidèles, pour obtenir de Dieu la grâce de le glorifier toujours, soit par la 
vie, soit par la mort ; et qui nous font d'ailleurs un détail des maux et de la 
misère qu'ils souffrent depuis long-temps , et nous remercient de quelques 
subventions, qui leur ont été envoyées par quelque Église de ces Provinces, 
dont elles demandent la continuation. — La Compagnie touchée de leurs 
grandes et extrêmes souffrances, et regardant ces Pieux Confesseurs, avec 
d'autant plus de tendresse et de Charité , que ce sont non seulement nos Frè- 
res, mais des Frères qui souffrent uniquement pour Christ et pour soutenir 
la vérité de nôtre Sainte-Religion, et compatissant à tous leurs maux, et les 
regardant comme les siens propres ; — étant d'ailleurs animée par l'exemple 
de l'Église de Rotterdam, a résolu d'exhorter toutes les Églises de ces Pro- 
vinces, à travailler incessamment par leurs Charitéz au soulagement de ces 
Illustres Confesseurs, qui donnent des marques si éclatantes de leur Piété, 
et d'exhorter tous les Consistoires de ces Églises, à chercher tous les moyens 
les plus prompts et les plus efficaces pour leur procurer tous les rafraîchis- 



LA CHARITÉ WALLONNE. 11 

sements et les secours qu'il sera possible, lesquels ils envoyèrent à Mes- 
sieurs N.-T.-C.-F. les Conducteurs de TÉglise de Rotterdam. » 

(Art. XVm du Synode, tenu à Dordrecht en Avril 1693). 

Vingt-quatre années après , au Synode de Bergen-op-Zoom , en mai 
1717, l'Église d'Amsterdam a remarqué sur l'article XX du synode 
précédent , « que les intérêts de nos Frères les confesseurs sur les (Jalères 
y avaient été oubliés, ou traités avec très-peu d'application. Cette remarque 
a été avouée dans ce Synode; l'Église de Rotterdam a ajouté, que les contri- 
butions charitables, par lesquelles les Églises Flamandes ont mis jusqu'ici 
cette Assemblée en état de soulager ces généreux Confesseurs, étaient fort 
diminuées , et que ce relâchement ne venait vraisemblablement que de ce que 
plusieurs Églises négligeaient de s'acquitter des devoirs , que plusieurs Sy- 
nodes consécutifs avaient recommandés très-expressément. l'Assemblée en- 
trant dans les vues de ces deux Églises , et voulant travailler, le plus efficace- 
ment qu'il lui sera possible, à la consolation des susdits Confesseurs, a 
résolu : l*' Que toutes les Églises, qui dépendent de ce Synode, informeront 
les classes, ou les Consistoires de l'Église Flamande des Villes, où elles se 
trouvent établies, du nombre, et de l'état de ceux qui souf^nt encore pour 
les intérêts de la Vérité. Cette information est d'autant plus nécessaire, que 
plusieurs Membres de ces corps, et des corps entiers croient, que tous les 
Galériens ont été délivrez. 2« Que ce Synode écrira une Lettre circulaire 
à tous les Députez des Synodes Flamans des sept Provinces Unies, pour les 
instruire de l'état de cette affaire et pour les prier de communiquer notre 
Lettre à toutes les Classes qui sont de leur ressort, et afin qu'elles puissent en 
avoir une connaissance plus exacte, on joindra à cette Lettre des listes de 
ceux, qui souffrent actuellement sur les Galères. — Notre três-chèr Frère 
Monsieur Basnage, est prié de dresser cette Lettre, et l'Église de Rotterdam 
aura soin d'exécuter cette commission. 3^ Que nos Églises feront paraître 
l'intérêt, qu'elles prennent dans cette affaire, en contribuant de leur propre 
fonds à augmenter ces contributions charitables, n'étant guère fondées à 
demander aux autres ce qu'elles négligent elles-mêmes, d*' Que les églises 
de Rotterdam, de la Haye et de Delft suplieront nos Seigneurs les États- 
Généraux au nom du Synode, de vouloir charger l'Ambassadeur qu'ils pour- 
ront envoyer en France, de solliciter la délivrance de ces Frères, qui pour 
avoir été souvent promise, ne laisse pas d'être toujours différée. » 

Ces mesures eurent pleinement leur effet. 



12 LA CHARITÉ WALLONNE. 

L'Église d'Amsterdam eut Thonneur d'être chargée, pendant un 
grand nombre d'années, de l'administration d'un fonds au profit de ces 
ce pieux confesseurs sur les galères et dans les prisons de France 
« pour cause de notre sainte religion » , fonds provenant en partie de 
contributions annuelles des Églises, en partie de gratifications de 
quelques classes hollandaises ou d'autres corps ecclésiastiques , en 
partie de dons faits seulement par les membres de l'Église gérante et 
recueillis par les diacres de celle-ci, en partie de quelques legs. — En 
vertu de la résolution dû Synode tenu àNimôgueen 1739, on pré- 
leva, depuis lors, sur les revenus de ce fonds , une certaine somme 
pour adoucir la misère des prisonnières de la Tour de Constance, 
de sinistre mémoire. 

Jamais, du reste, le Synode ne répondit par un refus aux demandes 
de secours et d'appui adressées par des Églises issues du refuge ou 
d'origine vaudoise dans leç états allemands , surtout dans le Palatinat 
et le Wurtemberg. Jamais il ne cessa de leur venir en aide. Déjà en 
août 1626, réuni à Harlem , il avait chaleureusement recommandé à la 
charité des Églises quarante ministres et maîtres d'écoles dans la Berg- 
strasse au Palatinat, exilés et résidant à Hanovre. Cinq ans après, en 
avril 1631, à Dordrecht, sur des lettres de quelque pasteurs du Palati- 
nat réfugiés à Norenbergh , lettres adressées à quelques-unes de nos 
Églises et présentées en Synode et contenant la prière d'avoir pitié de 
leur triste état, la Compagnie exhorta toutes les Églises à s'en souvenir 
et à les assister selon leur pouvoir et leur charité. 

Mais ce fut seulement à partir du printemps de 1693, qu'assemblé à 
Dordrecht, il résolut de prendre vivement à cœur les intérêts des pau- 
vres protestants persécutés du Palatinat , comme cela résulte de l'acte 
suivant, consigné au 17™© article, et qui fait ressortir les motifs tou- 
chants qui inspirèrent le Synode. 

« La Compagnie a reçu une Lettre de N.-T.-H. Frère Monsieur Frédérik 
Spanheim, Pasteur et Professeur en Théologie en l'Université de Leyden, 
qui nous déclare que les Eglises du Palatinat se sont servi du Ministère de 
M. Fabrice, pour représenter à l'Assemblée par son entremise le misérable 
état dans lequel elles se trouvent présentement, dont quelques unes même 



LA. CHARITÉ WALLONNE. 13 

sont composées de tristes et misérables restes des Vallées du Pragelas et du 
Dauphiné, dont on ne sauroit représenter toute la misère et toutes les souf- 
franœs. Des Colonies entières qui se sont habituées parmi eux, n'ayant 
d'autre subsistance que celle que le travail et la culture leur fournissent, 
sont aujourdhui dans cet état de ne pouvoir plus travailler, ou de perdre en 
même tems tout le fruit de leur travail et de leurs espérances, par la fureur 
d'un Ennemi qui ravage tout, qui brûle, et qui ne leur laisse pas même de 
quoi se couvrir contre les injures de Tair. Elles ont déjà souffert ces ravages 
depuis quelque tems, l'année dernière leurs Campagnes ont été entièrement 
ruinées; point de Vendange; tant de Veuves, d'Orfelins, de Malades, qui ne 
trouvent aucun secours, étans environnez de tous côtés des Adversaires de 
l'Evangile, de qui ils ne peuvent attendre aucune bénéficence, et qui ne 
trouvent en l'Ennemi qu'une haine implacable; et désespérés , n'ayans pas 
même leur Prince pour les défendre. Toute la Compagnie touchée vivement 
des malheurs de nos Frères et faisant en même tems réflexion sur les grâces 
continuelles que nous recevons de la main de Dieu, qui semble ne nous 
mettre à couvert de tant de fléaux, que pour nous faire sentir plus fortement 
la différence qu'il met de nous aux autres , et le bon usage que nous devons 
faire de ses bénédictions, qu'il paroît ne nous continuer avec tant de bonté , 
qu'afln que nos Églises soient le soutien de nos Frères opprimez et accablez 
de tant de maux, considérant d'ailleurs que Messieurs Nos T. H. Frères des 
Synodes des Églises Flamandes de Sud- et de Nord-Hollande nous ont donné 
l'exemple de ce que nous avons à faire, par les Charitez qu'ils ont donné à 
ces églises. Nous qui devons les regarder particulièrement, comme étant des 
Églises de notre Corps, et de notre langue. Toute la Compagnie donc a déli- 
béré de charger tous les Pasteurs et Consistoires de ces Provinces, de faire 
tout ce qu'ils pourront pour leur Assistance, et de mettre en oeuvre tous les 
moyens les plus efficaces pour procurer des Charitez considérables à ces 
Églises affligées, le plus promptement qu'il sera possible, et de les envoyer 
à Nos Chers Frères les Conducteurs de l'Église de Leyden. Elle a aussi 
résolu de faire réponse à laLiettre,deM.Spanheim, pour le remercier du 
soin qu'il a pris de nous écrire et de l'informer de notre résolution. » 

Enfin ce fut surtout, et ici je n'apprends, certes, rien de nouveau à 
aucun d'entre vous, M.M.,cefut surtout aux Églises des Vallées du 
Piémont dites Vaudoises, si souvent cruellement opprimées, écra- 
sées et en apparence exterminées , que le Synode voua la plus ardente 
sympathie et l'intérêt le plus constant. Après avoir provoqué itérative- 



14 LA CHARITÉ WALLONNE. 

ment, pendant un derai-siôcle, en leur faveur, des collectes générales , 
faites par ordre des États , et après avoir sollicité l'intervention de 
ces derniers et celle du Prince d'Orange auprès du Duc de Savoie, op- 
presseur et bourreau de ses fidèles sujets dans les Yallées, il créa^ en 
1729, le fonds pour les Vaudois. Des collectes générales avaient énor- 
mément produit, mais les subsides n'étaient pas trop bien parvenus à 
leur destination et n'avaient pu être administrés avec sagesse. Pour 
secourir plus efficacement ces « fils aines de la Réforme » , il résolut de 
créer un fonds dont les revenus serviraient à leur assurer une sub- 
vention annuelle. L'emploi des deniers devait être réglé par le Sy- 
node d'après l'avis de la direction ecclésiastique des Yaudois. — Les 
dons furent considérables et n'ont jamais cessé. A la fin de chaque 
compte-rendu des travaux synodaux, ils sont mentionnés dans un 
article secret. A la suite, cependant, de débats assez vifs concernant 
l'administration, — la gestion desaffairesvaudoises, sauf rapporta 
faire au Synode, fut remise à perpétuité , en 1736, par le Synode de 
Schiedam, aux quatre Églises dépositaires des deniers collectés 
pour les Yaudois à Amsterdam , Rotterdam , Delft et la Haye. C'est 
M.M. , par l'institution de ce Comité spécial , dans lequel quarante ans 
plus tard , l'Église de Middelbourg, après avoir recueilli à elle seule 
11.000 fi., entra comme 5© Église commissoriale, c'est, dis-je, par l'in- 
stitution de ce comité spécial que le Synode entra dans les relations 
les plus étroites avec les Yallées, relations qui, après un siècle et demi, 
ne se sont pas relâchées encore. Pour élever les subventions annuelles 
de manière à permettre aux Yaudois de fonder des écoles et de former 
des pasteurs , le Synode n'a pas cessé de prêter un concours efficace 
au comité, dont l'activité a pris une extension considérable depuis que , 
par disposition ministérielle du 6 déc. 1817, les fonds destinés aux 
Églises des Yallées du Piémont et provenant de collectes faites autre- 
fois et gérées par quelques synodes provinciaux, furent confiés à la 
gestion particulière des Églises wallonnes , au lieu d'être remis au 
Synode général pour être réunis au fonds pour les Églises et les per- 
sonnes nécessiteuses. — Pour de plus amples détails concernant cette 
oeuvre, je me permets de vous renvoyer à l'intéressante notice sur 
le Comité wallon pour les affaires vaudoises , due à la plume élégante 



LA. CHARITÉ WALLONNK. 15 

de son excellent et dévoué secrétaire actuel, M. Bresson , et publié 
dans le Bulletin , année 1892. 

V. 

Néanmoins Y M.M., toutes les fois que, malgré sa générosité habitu- 
elle, le Synode croyait avoir des motifs pour écarter des demandes de se- 
cours ou pour retirer des subventions accordées, il ne recula pas devant 
ce douloureux devoir, qu'il s'agît alors de particuliers ou d'Églises. — 
Pour bien saisir le caractère de la charité wallonne, il faut tenir 
compte de ce fait. Laissez-moi vous en citer quelques exemples pris 
au hasard et qui peuvent se passer de tout commentaire. 

L'Église d'Amsterdam, — lisons nous dans l'art. 15 du Synode 
tenu en cette ville, en Mai 1667 , ayant recommandé le S^ de la Cha- 
pelle, et celle de Leyde, le S^ Fanois , la Compie a trouvé bon d'exhor- 
ter les Églises à leur fournir quelque chose par semaine pour aider à 
leur subsistance , durant une année qu'ils étudieraient la médecine , 
sur quoi les Églises ayant fait quelque réflexion , il s'est trouvé que 
quelques-unes (dont les noms suivent) ont promis de contribuer par 
semaine et d'envoyer tous les trois mois leurs libéralités à l'Église de 
Leyden. Les autres se sont chargées d'en faire rapport à leurs con- 
sistoires. 

Dans la session suivante , en automne de la même année, à Leyden , 
la Compie ayant appris que de la Chapelle à cause de sa légèreté a été 
jugé indigne de la charité de l'Église , elle accorde à Fanois les libéra- 
lités des Églises qui se sont cotisées. 

Quatre ans après, à Harlem, en Sept 1671, le sieur Jean Laval, étu- 
diant en théologie, ayant représenté à l'assemblée qu'étant abandonné 
de ses parents, qui se sont retirés en France, il a été obligé de recou- 
rir au Synode et d'implorer l'assistance des Églises pour continuer 
encore quelque temps ses études, cherchant en même temps quelque 
emploi pour s'en entretenir, —la Compagnie compatissante à l'affliction 
qui lui est survenue, et après l'avoir exhorté de supporter patiemment 
cette Visitation du Seigneur , elle est bien marrie de ne le pouvoir as- 
sister selon ses souhaits, dans l'impuissance où elle se trouve; elle 



16 LA CHARITÉ WALLONNE. 

lui fait néanmoins présent de 12 ducatons , sous condition qu'il se reti- 
rera en Angleterre ou quelque part, oii il pourra trouver de l'emploi. 

L'Église de la nouvelle Hanau ayant écrit au Synode, en avril 1682, 
des lettres dans lesquelles elle lui demande de contribuer pour quel- 
que chose à l'établissement d'un collège, la Compagnie jugea qu'il 
fallait attendre jusqu'au Synode prochain, et qu'il était juste que les 
Synodes Flamands , qui devaient s'assembler bientôt , exerçassent pre- 
mièrement leur charité ! 

Et à l'Église de Frédérikstadt , en Danemark , qui s'était adressée à 
lui pour la reconstruction du temple et le soulagement des malades , 
le Synode assemblé à Bergen-op-Zoom, en Mai 1717, répondit, qu'ou- 
tre que la Compagnie n'était pas en état de subvenir à ce besoin-là, 
sa charité ne peut que se refroidir, après le mauvais usage que M. Cha- 
laise, ministre à Frédérikstadt, a fait des deniers que plusieurs de 
nos Églises lui avaient confiés çi-devant ! 

Et que de fois, surtout dans la seconde moitié du 18e siècle , alors 
que les demandes de secours se succédaient avec une rapidité 
effrayante, et que leur nombre allait toujours croissant, que de fois le 
Synode ne se vit-il pas obligé d'exprimer dans une résolution spéciale 
ses regrets de devoir mettre des bornes à sa libéralité et d'exhorter les 
Églises à ne plus encourager des collectes , s'étant occupé, comme il 
est dit , à recueillir des ressources pour d'autres objets qui lui appar- 
tiennent plus près encore ! 

Au demeurant, M.M., c'était là son habitude de ne jamais accor- 
der de secours qu'après s'être assuré que les besoins auxquels il s'agis- 
sait de subvenir, étaient réels et bien établis et après s'être rendu 
compte de leur étendue. Plus d'une fois il se fit éclairer à ce sujet en 
chargeant son Actuaire ou une des Églises de prendre des infor- 
mations. 

C'est à cette sage prévoyance, M.M., que nous devons des rapports 
émouvants sur l'état de mainte Église, qui, pendant des dizaines 
d'années, pour ne pas dire un siècle, se vit l'objet des soins dévoués 
et actifs de la part du Synode , rapports devenus des documents his- 
toriques d'une grande valeur. 



LA CHARITÉ WALLONNE. 1*^ 

Je regrette seulemeat que le temps ne me permette que de vous en 
citer un seul exemple \ Je l'emprunte à l'art. 52 du compte-rendu des 
travaux du Synode de Heusden, Sept. 1779. Nous y lisons : 

«n paroit y par une Lettre , que le Consistoire suprême de Hesse-Hombourg 
a écrite sur ce sujet à cette Vén. Assemblée , que l'Église de Domholtzhau- 
sen, à moins qu'elle ne reçoive de prompts secours , courre risque d'être 
replongée dans l'état déplorable, dont elle a été tirée par les dons charitables 
de notre Synode, mais dont elle a cessé d'être favorisée depuis l'Année 1775, 
soit depuis 4 ans. La Compagnie, délibérant sur les détails , qui lui ont été 
communiqués par M. l'Actuaire, chargé de prendre des informations sur 
ce siyet, a jugé, que cette Église mérite, qu'on s'y intéresse particulière- 
ment, vu son origine et son état actuel. — Elle est une des Sept Églises , 
fondées en Allemagne par les Réfugiés delà Vallée de Pragelas, chassés, 
pour cause de Religion de leur Patrie à la fin du dernier Siècle, parceque 
nos Frères de cette Vallée n'ont jamais été compris dans les Privilèges, 
accordés aux treize Eglises Evangéliques des trois autres Vallées du Pié- 
mont, et auxquels divers Princes de TEmpire ont accordé un asyle, à la sol- 
licitation de M^ Valkenier, Ministre de L. L. H. H. P. P. les Etat-gén. et 
chargé de la part de nos Augustes Souverains de négocier cette affaire. Cette 
Église est composée de 35 Familles, qui fournissent à ce Troupeau 100 
Communians, outre 50 Enfants. Mais l'état de la plupart de ses Membres est 
au-dessous de la médiocrité ; tandis que presque tous sont obligés de gagner 
leur pain au moyen d'un travail pénible et que plusieurs gémissent dans 
une cruelle indigenca Aussi quelque disposés que soient ces honnêtes gens 
à contribuer à l'entretien de leur Pasteur, et quelques efforts qu'ils fassent 
pour cet effet, ils ne peuvent lui fournir tout au plus que f 50 par an, à quoi 
il faut ajouter un logement franc dans la Maison Pastorale, et ^120 que 
cette Église tire, pour sa part, de la Fondation pieuse de S. M. Brittannique, 
feue la reine Marie, en faveur des Églises Vaudoises. 

Voilà à quoi se réduisent tous les avantages du Pasteur de cette Église, 
tandis que depuis quelques années il a perdu encore, par la destruction 
d'une Forêt voisine, le bois, qu'D en tirait autrefois pour son chauffage, et 
qui pouvoit être évalué à ^ 50 par an , Somme , qu'il est obligé de défalquer 
actuellement de sa très modique Pension ; de sorte qu'il ne lui reste en effet 
pour sa subsistance et celle de sa Famille que f 120. 

1. Voir Tappendioe II. 

VIII. 2 



18 LA CHARITÉ WALLONNE. 

n paroit aassi par le même Mémoire, que le Maître d'Ecole est dans une 
nécessité urgente, n'ayant que f 60. — Ces diverses considérations ont 
tellement touché tous les Membres présens à cette Séance, que non seule- 
ment ils ont unanimement pris la Résolution de recommander cette pauvre 
Église de la manière la plus pressante à la bénéficence des nôtres ; mais 
qu'encore la plupart ont cru devoir en donner l'exemple dans ce Synode. 

Les Églises, qui ont contribué pour cet intéressant objet de charité, 
sont etc. » 

VI. 

Vous m'accorderez aisément, MM., qu'il résulte de tout ce que je 
viens d'avancer que nous sommes en droit de qualifier éC active et 
d'inteUigerUe la charité wallonne, fruit béni d'un esprit vraiment chré- 
tien et d'un sentiment profond de la solidarité protestante. Elle pré- 
sente encore un troisième caractère , à savoir la persistance. 

Plus d'une fois j'ai fait ressortir déjà que la libéralité du Synode 
ne s'est ni lassée ni refroidie , pas même quand il fallait renouveler 
des subventions pendant un grand nombre d'années consécutives. S'il 
vous restait à ce sujet le moindre doute, il vous suffira, pour le dissi- 
per , de parcourir la Table des matières de notre Premier Livre synodal 
et celle que M. Picard s'est chargé de composer pour les Articles syno- 
daux de 1686 à 1810 , et qui ne tardera pas à être publiée. — Je pour- 
rais marquer ici un très-grand nombre d'exemples. Pour ne pas abu- 
ser de votre patience, je me borne aux plus frappants. L'Église 
de Domholtzhausen , d'origine vaudoise, ,dans la Hesse, qui doit en 
partie à nos Eglises le privilège qu'elle aura de célébrer le 21 Sept 
prochain son bicentenaire, fut assistée de 1754 à 1774, soit pendant 
43 ans, ainsi que celle de Frankenthal dans le Palatinat, de 1767 à 
1810; celle de Nayla dans la Principauté de Baireuth , pendant un 
demi-siècle , de 1746 à 1795; celle d'Oterberg, la plus ancienne Église 
wallonne du Palatinat , durant à peu près un siècle, de 1716 à 1808 ; 
les Églises de Pologne , de 1715àl796, soit pendant 80 ans. — Les 
galériens ont été secourus pendant un siècle environ, de 1686 à 
1782, et les Yaudois, les plus anciens assistés , qui de plus ont sur- 
vécu à tous les autres jusqu'aux jours actuels, à partir du dernier 
quart du 17e siècle. 



LA CHARITÉ WALLONNE. 19 

Pour conclure, laissez-moi encore vous rappeler le cas très-intéres- 
sant d'un captif d'Alger, du nom de François Roussel , fortement re- 
commandé par le Synode de Maestricht, en Mai 1714, à la charité des 
Églises ce afin de pouvoir le racheter , d'autant plus qu'il était le seul 
« des réfugiés français qui se trouvait réduit à cette extrémité ». 
Pendant quatre ans , à chacun des huit Synodes tenus dans l'intervalle, 
on s'est occupé de son affaire. En mai 1715 , à la Haye , l'idée de « la 
ce captivité que François Boussel souffre depuis longtemps , toucha si 
«vivement les membres de l'assemblée, qu'ils résolurent unani- 
a mément de travailler à sa délivrance , pendant la tenue du Synode et 
ce de chercher dès demain les moyens de trouver dans leur sein la 
« somme nécessaire pour son rachat )). 

Et en reprenant dans une séance suivante, le lundi, l'afiaire de 
Roussel, le Synode commença par examiner la liste des Contribu- 
tions que les Églises ont envoyées en divers temps à celle d'Amster- 
dam pour le rachat de Bedoc et de Roussel , et il a paru que tous ces 
deniers avaient été employés à payer la rançon du premier. 

>La Compagnie, » lisons nous (art. XX), « voulant travailler aussi à la 
délivrance du dernier, et apprenant par les députez d'Amsterdam , que trois 
cents florins ou environ pourraient suffire pour son rachat , aurait pu trouver 
cette somme, dans une Taxe réglée sur nos Taxes Ordinaires : mais comme 
une pareille taxe allait à décharger les Églises qui ne contribuent point aux 
frais de nos Synodes, et pouvaient charger trop celles qui ont déjà beaucoup 
contribué pour le rachat de ces pauvres captifs, elle a crû que le moyen le 
plus naturel et le plus prompt pour parvenir à ces fins, étoit de s'en 
remettre à la charité des Églises, ou de leurs députez. Elle a eu la joie de 
voir que les uns, chargez expressément par leurs Instructions, et les autres 
qui espèrent de n'être point désapprouvez par leurs Consistoires, se sont 
taxez volontairement chaqu'un selon ses forces, et ont fait une somme suf- 
fisante pour ce rachat. 

L'Église d'Amsterdam est chargée d'emploier cet argent selon sa desti- 
nation. » 

L'année suivante, àHeusden, MM. les Députés de l'Église d'Amster- 
dam, «ont rendu compte de Targent qu'ils ont entre les mains pour le raohapt 
de François Roussel; mais Us ont déclaré, quejusqu'à présent ils n'ont pu 



20 LA CHARITÉ WALLONNE. 

effectuer Tordre, qu'ils ont reçu. La Compagnie les exhorte a continuer leurs 
soins pour cette affaire, et d*en rendre compte au Synode prochain. Ce que 
ces Messieurs Députés ont promis de faire, comme aussi d'avancer l'argent 
nécessaire pour suppléer à la somme, qu'ils ont déjà, et qui peut-être ne 
poutra pas suffire. » 

Dans la session d'automne de la même année, à Campen, «les Députés 
d'Amsterdam ayant rapporté, que tous les soins, que leur Église a pris pour 
avoir des nouvelles de S^ Roussel , esclave à Alger, ont été jusqu'ici inutiles : 
La Compagnie satisfaite de leur diligence, les exhorte a continuer ce môme 
soin , et à garder cependant la somme d'environ 500 fl. qu'Os ont entre leurs 
mains, pour l'employer au rachat de notre dit Frère Captif, si Ton vient à 
découvrir qu'il soit encore en vie, ou autrement, selon que la Compagnie le 
jugera nécessaire. > 

L'année suivante à Bergen-op-Zoom , «plusieurs Églises demandèrent 
par Instructions à être informées sur l'état de Roussel, captif depuis longtemps 
à Alger, et celle de Rotterdam demandant en particulier, que l'Église d'Am- 
sterdam (en rendant compte des deniers, que plusieurs Églises, et en parti- 
culier le Synode de la Haye lui ont fournis pour le rachat du dit Roussel), 
leur apprît en même temps , ce qu'étoient devenues les sommes assez consi- 
dérables, que la femme et la sœur du dit Roussel ont recueillies par une 
collecte poussée assez loin : L'Église d'Amsterdam, a répondu V que leurs 
comptes sur cette affaire avaient été produits et approuvés dans le Synode 
de Heusden et qu'ils ont présentement entre leurs mains 542 fl. 7 sols. 
2e Que l'argent collecté par ces femmes a été dissipé parce qu'elles l'avaient 
employé dans le négoce dans l'espérance mal fondée d'en augmenter la 
somme par le gain, dont elles s'étaient flatées. 3^ Que cette collecte s'est 
faite sous main et sans aucune autorisation et qu'ainsi cette Église n'en est 
en aucune manière responsable. La Compagnie a été satisfaite de ses éclair* 
ciss ements. — Il a paru de plus par un acte signé de M' Jean van Baerle , 
ci devant Consul de la part des Etats-Généraux à Alger, Tunis et Tripoli, 
que le dit Roussel était en vie dans le mois de Février de l'année dernière, 
et qu'il ne serait pas difficile de lui procurer la liberté ; qu'il s'offrait môme à 
s'y employer. — La Compagnie se réjouît de voir luire l'espoir de pouvoir 
racheter encore un jour ce Captif, pour lequel elle a déjà tant &it, et prie 
l'Eglise d'Amsterdam de continuer avec zèle les soins pour y réussir. Elle a 
résolu encore, afin qu'à l'avenir des deniers destinez a une si bonne fin ne 
soyent point détournés ailleurs, que nos Églises ne contribueront à aucune 



LA CHARITÉ WALLONNE. 21 

collecte, à moins qa'elle ne soit autorisée par le Magistrat et que quelque 
Église ne s'engage à en répondre. » 

A Zutphen, en automne de la même année 1717, a TÉglise d'Amster- 
dam informa la Compagnie qu'elle avait continué à travailler à la délivrance 
de Roussel, Captif à Alger, mais jusqu'à présent sans succès; que cependant 
on n'était pas sans espérance de pouvoir conduire cette affaire à une heu- 
reuse fin. La Compagnie la remercie de ses peines et la prie de continuer. > 

Mais quelle déception ! L'Église d'Amsterdam se voit obligée de no- 
tifier au Synode suivant « que malgré tous les soins qu'elle a pris pour 
avoir des nouvelles de François Roussel, cependant depuis trois ans elle 
n'en a pu avoir aucune, il a été proposé qu'au cas que dans quelque temps 
d'ici on ne puisse point être informé du dit Roussel et savoir son sort, il soit 
permis d'employer l'argent déjà collecté pour Roussel, à la délivrance 
d'autres prisonniers, dont Tétat est connu , et dont la misère doit exciter notre 
charité. 

La Compagnie regardant ces sortes de collectes comme un dépôt sacré 
appartenant aux Églises, elle renvoyé aux dites Églises la proposition, et les 
charge de faire rapport. Cependant elle remercie Mrs. d'Amsterdam des 
perquisitions qu'ils ont faites au sujet de François Roussel , et les prie de les 
continuer. » 

L'espoir cependant renait. 

L'art. 24 du Synode, tenu a Deventer quelques mois après, en Sept, 
de la même année 1718, mentionne l'acte suivant : 

« Comme il y a beaucoup d'apparence que François Roussel est encore en 
vie, l'Église d'Amsterdam est priée de retenir l'argent qui était destiné à sa 
délivrance, jusqu'à ce qu'on ait des nouvelles plus sûres et plus fraîches 
que celles qu'on a reçues. » 

Enfin , en mai de l'année suivante , à Leiden , le Synode pouvait se 
féliciter du succès de sa persistance. L'art. 23 contient cette commu- 
nication réjouissante : 

« Les Églises apprendront avec joie, que François Roussel, si souvent re- 
commandé dans nos Synodes, est enfin sorti de sa Captivité , par les soins 
de l'Église d'Amsterdam. C'est ce que Mrs les députez de cette Eglise ont 
témoigné par instruction , ajoutant qu'il est en chemin pour se rendre dans 



22 LA CHARITÉ WALLONNE. 

ce païs , et que, s'il lui est possible , il paroîtra au premier Synode pour faire 
ses remercimens à tous ceuK q ui ont si ardemment travaillé à sa deUvranœ 
L'Eglise d'Amsterdam est remerciée des peines qu'elle s'est données pour 
ce sujet » 

Comme les articles des Synodes suivants gardent un silence absolu 
sur Roussel , il est évident qu'il ne s'y est pas présenté après sa déli- 
vrance. 

Espérons qu'il aura pu jouir de sa liberté , en vouant un sentiment 
profond de reconnaissance à nos Eglises dont la persévérante charité 
ne l'avait pas abandonné à son triste sort. 

vn. 

Résumons et concluons, MM., car il est plus que temps de finir. — 
Après l'exposé rapide que je viens de vous soumettre, je crois pouvoir 
compter sur votre assentiment, en affirmant que la charité wallonne a 
toujours eu pour traits caractéristiques l'activité, l'intelligence et la 
persévérance, et que, sous ce triple apport, elle illustre admirable- 
ment les merveilles opérées par la solidarité protestante. 

Je suis heureux de pouvoir ajouter que , si les temps et les mœurs 
ont changé considérablement, et si les circonstances , grâces à Dieu ! 
ne sont plus de nature à exciter, comme dans les siècles précédents, 
une commisération ardente pour les Églises sœurs en détresse et 
pour des frères souffrants, l'esprit de charité qui dirigeait les Synodes 
wallons a survécu à leur suppression en 1816 et subsiste encore dans 
nos Réunions et dans nos Églises. Pour nous en convaincre , nous 
n'avons qu'à parcourir les rapports de nos 83 Réunions, dont l'œuvre 
a pris, avec les temps, un développement important et inattendu, par- 
ticulièrement en ce qui concerne les secours si larges et si généreux 
prodigués par le ressort wallon aux divers fonds de bienfaisance 
administrés par le Synode. 

Il est vrai qu'aujourd'hui , abstraction faite des Églises vaudoises 
et des Églises synodales dei la Belgique, la Réunion n'est plus appelée 
officiellement à s'occuper de demandes de secours adressées par les 
Églises sœurs. N'oublions pas, cependant, qu'en revanche, non seule- 



LA CHARITé WALLONNE. 23 

ment Yaudois et Belges, mais aussi un grand nombre d'institutions 
et d'œuvres chrétiennes, pour la plupart sociétés évangéliques ou so- 
ciétés d'évangélisation , en France et ailleurs, envoient, tous les ans, 
leurs représentants pour solliciter les assistances de nos Wallons. Et 
nous savons qu'elles apprécient hautement Taccueil fraternel que 
leurs délégués reçoivent en Hollande. Notamment à Amsterdam, cette 
année (je dois ces détails à l'obligeance de mon honorable collègue M. 
Richard) , se sont présentés une douzaine de collecteurs qui, parmi les 
Wallons et aussi parmi les Hollandais , ont recueilli des dons allant 
de 200 à 1200 fi. et dont la moyenne a été de 400 fi. environ, sauf 
pour la Société centrale, dont la collecte a souvent dépassé deux 
mille florins. — En outre , tous les ans , des dons considérables sont 
envoyés directement d'Amsterdam aux Missions évangéliques de 
Paris, ainsi qu'à l'œuvre de l'évangélisation de l'Espagne, pour les- 
quelles on ne vient pas collecter, tandis que les trois quarts des intérêts 
d'un fonds, dont les administrateurs, tous Wallons, veulent demeurer 
absolument inconnus du public, même du public wallon, et s'élevant 
au chiffre de 1500 florins, sont distribués chaque année à des œuvres 
fiançaises, à l'École préparatoire de théologie à Paris , bourses etc. etc. 
Si donc, au point de vue de la libéralité chrétienne , nos Églises 
n'ont pas dégénéré et ne cessent pas de se montrer dignes de leur glo- 
rieux passé, gardons-nous, MM., d'oublier que le noble et vieil esprit 
wallon , si bien caractérisé, il y a 10 ans, par notre éminent frère M. van 
Boneval Faure, dans un article remarquable de la feuille hebdoma- 
daire de Hervorming du 17 Août 1889, n'est pas seulement un esprit 
de charité , mais aussi un esprit de modération , de conciliation , de 
support , de tolérance, d'union et de paix. Puisse-t-il sous ces rapports 
aussi, tant à Amsterdam que dans toutes les Églises, continuer à vivre 
parmi nous. Et que jamais ne prévale sur lui l'esprit de parti , l'esprit 
d'exclusivisme , importé d'ailleurs. Car , le jour où notre corps wallon 
se scinderait en deux camps opposés, le jour oii notre Béunion de- 
viendrait ainsi une arène dans laquelle les deux tendances existant 
légalement dans notre Église réformée , seraient aux prises et essaie- 
raient de s'éliminer l'une l'autre, ce jour-là , nos Églises perdraient le 
prestige et la considération dont elles jouissent, qui font toute leur 



24 LA CHARITÉ WALLONNE. 

force et qui leur garantissent la place distinguée qu'elles occupent. — 
Il y va par conséquent de leur avenir ! 

Permettez-moi donc, en finissant , de répéter les paroles par les- 
quelles, il y a quatre ans, je terminais mon discours d'ouverture et 
qui n'ont rien perdu de leur actualité et de leur opportunité : 

« Bien loin de regarder avec défiance ceux qui ne pensent pas 
(( exactement comme nous, reconnaissons la légitimité de toute con- 
a viction sérieuse, et accordons aux autres la même liberté que nous 
a revendiquons pour nous-mêmes de la formuler comme ils le 
« peuvent. 

« Tout en conservant ainsi nos convictions respectives , nos nuan- 
ce ces , nos manières de voir particulières , même sur les questions les 
a plus graves se rapportant à la vie religieuse , — ralliés autour de 
«l'étendard du Maître commun, abaissant devant lui nos dra- 
a peaux particuliers et laissant se confondre dans l'amour pour lui 
(( et dans le désir d'avancer son règne toutes nos divergences d'opi- 
« nions théologiques, — serrons nos rangs et, uns de cœur, marchons 
a en avant. Comme par le passé , l'union continuera à faire la force de 
(( nos Églises. » 

Puisse cette Réunion, MM., contribuer à maintenir et à raffermir en 
nous et dans nos Églises le noble esprit wallon. — Appelé encore une 
fois à diriger vos travaux, puisse-je moi-même, le premier, m'en mon- 
trer animé. — Vous , de votre côté , MM. , accordez-moi le concours 
bienveillant, sympathique et indulgent qui m'est indispensable et que 
l'expérience des années précédentes m'autorise à solliciter avec con- 
fiance ! 

M.-A. Pebk. 



LA CHARITÉ WALLONNE. 25 



APPENDICE L 
(Pag. 6). 

Un seul exemple suffira pourjustifier cette assertion. L'art. 14 des Arti- 
cles synodaux concernant le Synode tenu à Rotterdam en Septembre 1657 , 
est de la teneur suivante : 

«Nos très chers frères les Sieurs Samuel Hartmannus , Pasteur de l'Église 
réformée de Lesna et Recteur du Collège au dit lieu et Paul Cyrille, Chantre 
de la dite Église et son Collègue en la conduite dudit Collège , députés de la 
part des Églises désolées de Pologne auprès de cellesde ces Provinces-Unies, 
ayant présenté à ce Synode leur commission en bonne forme, signée de 
plusieurs pasteurs et autres conducteurs des dites Églises, ont ensuite 
comparu en cette assemblée, et nous ont remontré le triste et déplorable état 
auquel sont à présent réduites tant de belles et florissantes Églises que Dieu 
avait recueillies en plusieurs endroits de ce grand royaume , et qu'elles ont 
été depuis peu tellement dissipées par la fureur des ennemis de notre sacrée 
profession qu'il n'en reste plus qu'environ 5000 personnes, sans y compren- 
dre les petits enfants qui sont rechapées des massacres, comme autant de 
tisons recous de l'embrasement et qui sont réfugiées en Silésie et en Lusace 
oii ils sont accueillis d'une extrême pauvreté ; la Compagnie considérant 
que nous sommes tous membres du même corps mystique, dont J. C. est le 
Chef, a été vraiment touchée de cette froîssure deJoseph,et, en portant 
compassion à ce précieux héritage du Seigneur que Son ennemi a désolé, et 
à ces pauvres troupeaux de sa bergerie qui sont dispersés, elle a mêlé ses 
larmes de tendresse et de commisération avec les leurs, et après avoir amè- 
rement pleuré les navrés à mort de la fllle de Sion , elle a prié Dieu à ce que 
le gémissement de ces fidèles exilés et persécutés pour la querelle, par- 
venu jusqu'au trône de Sa Sainteté, qu'il émeuve les entrailles de Ses com- 
passions, qu'il les délivre de l'atteinte de ceux, qui sont altérés de leur sang, 
qu'il conserve le résidu de son peuple et rassemble les épars , qu'il élargisse 
de son bon trésor pour suppléer à leur indigence et qu'il leur donne par- 
dessus tout ce que nous pouvons demander et penser; et en leur donnant 
non seulement son cœur en compassion , en cordialité fraternelle et ses priè- 
res à Dieu, mais aussi ses mains en charité, elle a contribué volontairement 
500 florins pour leur subvention etc. » 



26 LA CHARITÉ WALLONNE. 

APPENDICE IL 

(P&g. 17). 

Quoique, faute de temps, le mémoire suivant n'aît pu être lu, je le trouve 
trop intéressant pour ne pas le communiquez aussi. 

Mémoire sur l'État de l'Église Wallonne de Frankenthal^ dans le Palati- 
nat, dressé en conséquence de Tart XL VI du Synode assemblé à Campen , 
Sept. 1777, et présenté par l'Actuaire au Synode assemblé à Tholenle 
11 Juin 1778. 

« L'Église Wallonne de Frankenthal est incontestablement une des plus 
anciennes Églises Wallonnes actuellement encore existantes. 

Elle a été fondée par des Réfugiés des Pays-Bas, qui, forcés par de cruel- 
les persécutions de quitter leur Patrie se retirèrent d'abord à Francfort-sur- 
le-Mein en 1555, et s'y établirent avec la permission du Magistrat de cette 
ville; mais ayant été obligés, peu d'années après, (en 1561) par le même 
Magistrat, de quitter cette ville, parce qu'ils refusèrent constamment de se 
conformer à la Doctrine et aux Rites des Luthériens, ils cherchèrent un 
Asile dans le Palatinat, où ils furent gracieusement accueillis par l'Electeur 
Frédéric lET, surnommé le Pieux ; qui leur accorda , pour s'y établir provi- 
sionnellement , le Couvent Grand-Frankenthal avec charge et privilège d'y 
bâtir une Ville , ce à quoi ceux-ci s'engagèrent, ainsi qu'il paroît par la Ca- 
pitulation dressée â ce sujet , et signée le 13 Juin 1562. Cette ville, que cette 
première Troupe de Réfugiés commença à fonder, devint bientôt tràs-consi- 
sidérable par le concours d'autres Troupes de Réfugiés des Pays-Bas, qui 
s'y rendirent, lorsqu'après l'arrivée du Duc d'Albe, la fureur des Persécu- 
tions redoubla dans leur Patrie. 

On y accorda un Temple séparé et à ceux de la langue Wallonne , et à ceux 
qui n'entendoient que le Flamand. L'Église Wallonne en particulier doit 
avoir été assez considérable, puisque dès la Fondation elle a eu deux Pas- 
teurs fixes , qui ont tiré leurs honoraires de la Chambre des Revenus Ecclé- 
siastiques , outre un suffragant salarié par la Diaconie de la dite Églisa Elle 
s'est soutenue dans cet état florissant au delà d'un siècle, jusqu'à l'affreuse 
guerre de 1618-1693, par laquelle le Palatinat fut dévasté; ce fut alors 
aussi que la ville de Frankenthal fut saccagée et le Temple Flamand détruit 
à quelques masures près. Il est vrai que le Temple Wallon fut conservé en 
grande partie , mais le Troupeau s'étoit déjà dispersé, après avoir eu soin de 



L/L CHARITÉ WALLONNE. 27 

mettre les Archives en sûreté, en les envoyant à Magdebourg. Il ne resta 
dans cette ville ruinée et dans les environs, qu'environ 20 Familles de Wal- 
lons, presque tous Laboureurs ou pauvres gens, qui n'a voient absolument 
rien à perdre. 

Lorsqu'après le rétablissement de la Paix divers Wallons retournèrent 
dans cette ville, dans le dessein de s'y établir de nouveau , ils trouvèrent 
leur Temple occupé par lesRéformés Allemands, dont le Temple avoit été 
brûlé. Ceux-ci, dans l'espérance d'incorporer dans leur Troupeau ce qui 
restoit d'anciens Wallons, non contents de s'être emparés de leur Temple et 
de se l'être fait adjuger par le Sénat Ecclésiastique, engagèrent encore 
celui-ci à supprimer les deux Pensions des Pasteurs Wallons , et firent venir 
de Magdebourg le Co£fre, contenant les Archives et les Effets, qui jus- 
qu'alors avoient appartenu en commun aux Flamands et aux Wallons , s'ap- 
proprièrent tous les Effets des Flamands, s'emparèrent des Capitulations 
des deux Troupeaux et ne rendirent aux Wallons, que ce qu'ils jugèrent 
convenable. Ceux-ci eurent beau faire des représentations au Souverain , ils 
ne furent point écoutés. Enfin , en 1708, ils firent venir un Pasteur de Hanau 
(Mr Chevalier) dans l'espérance qu'en vertu de leur Capitulation, on leur 
rendrait du moins une des deux Pensions dontjouissoient leurs Anciens 
Pasteurs. Mais ils ne purent rien obtenir. 

Tout ce que le Sénat Ecclésiastique assigna au Pasteur appelé, ce furent 
les deniers des Pauvres et les Revenus de quelque peu de Fonds qui leur 
restèrent. 

Le Pasteur ne pouvant pas subsister de ce peu de revenus, son Consis- 
toire implora la bénéficence de nos Églises, et en obtint dès-lors quelques 
secours, au moyen desquels ils se soutint encore quelques années. M^ Cheva- 
lier étant décédé en 1714, le Sénat Ecclésiastique souhaita qu'on appellât 
pour le remplacer un Pasteur, qui, sachant l'Allemand, put soulager ses 
Collègues dans la Prédication. Mais les Wallons ayant de nouveau élu un 
Pasteur françois (M^ Jean Valentin Speck) le Sénat Ecclésiastique refusa de 
confirmer sa vocation, à moins que les Wallons ne renonçassent à toute pré- 
tention sur la Pension, qu'ils avoientinutilement postulée jusqu'alors. Le 
Consistoire d'alors, plutôt que de se passer du Ministère, eut la fetiblesse, 
sans consulter l'Assemblée, de donner en son propre Nom, le Revers qu'on 
lui demandoit, et en conséquence la vocation de ce nouveau Pasteur fut 
confirmée. Mais celui-ci ne fut pas plutôt installé, qu'il protesta solemnelle- 
ment contre la violence dont on avoit usé envers son consistoire, et contre 
la démarche que ce Consistoire avait eu la foiblesse de faire, sans y être 



28 LA CHARITÉ WALLONNE. 

autorisé par le Troupeau , et réitéra les représentations faites ci-devant pour 
obtenir la Pension, favorablement écouté par la Haute-Régence, qui envoya 
ordre au Sénat Ecclésiastique de satisfaire ce Pasteur. Cependant il n'obtint 
rien, parce que ce Sénat s'étant concerté avec la Chambre des Revenus Ec- 
clésiastiques, ces deux Corps représentèrent que PÉtat de la caisse ne per- 
mettoit pas de payer cette nouvelle Pension. Il dut donc se contenter, pour 
tout Honoraire de la part de l'Administration , de ^50, que son Consistoire 
venoit d'obtenir par l'intercession de son Ex. M^ le Baron de Spina, Ministre 
de L.L. H.H. P.P. et un de ceux, qui avec les Ministres des autres'Puissan- 
ces Protestantes, avoient été envoyés à Heidelberg pour travailler à redres- 
ser les Griefs des Réformés Allemands. Mais ce modique revenu, joint au 
peu de deniers que la Diaconie pouvoit lui fournir et à quelques secours qu'il 
oontinuoit à recevoir de la part de notre Synode, ne pouvant pas suffire pour 
faire subsister ce Pasteur, il quitta ce Troupeau le 27 Août 1716. Dès lors 
cette Église fut desservie, tantôt parunCandidat,tantôtpar un des Pas- 
teurs AUemands; parmis lesquels il y en avoit un, qui à peine savait lire le 
François, et dès lors aussi elle n'obtint plus de secours de la part de notre 
Synode. 

En 1732 les Conducteurs de cette Église voyant leur Troupeau dépérir à 
vue d'œO, renouvellèrent leurs représentations et leurs instances pour qu'on 
leur accordât un Pasteur, qui pût les édifier dans leur langue; mais tout ce 
qu'ils purent obtenir c'est qu'un des Pasteurs de Manheim (M*^ Pierre Ro- 
magnat), iroit 4 fois par an leur administrer la Communion ; celui-ci, n'étant 
plus en état de remplir cette Commission , on en chargea M^ Antoine Pfaltz , 
son Collègue. Ce pasteur, non content de remplir cette charge avec toute la 
fidélité possible, s'affectionna tendrement à ce petit Troupeau infortuné et 
ne cessa de foire toutes les démarches que son Zèle et sa Prudence purent 
lui suggérer pour faire redresser ses anciens Griefs. D'abord il s'intéressa 
auprès de S. A. Elect. pour faire obtenir â cette Église la Confirmation de 
ses anciens Privilèges, ce qui fut accordé par un Décret du 16 Mai 1744. 

Ensuite il pressa si vivement le Sénat Ecclésiastique pour obtenir une 
Pension suffisante en faveur d'un nouveau Pasteur François à appeler dans 
cette Église et résidant à Frankenthal, que celui-ci, convaincu de la justice 
de cette demande, convint qu'on devoit l'accorder, et résolut le 17 Avril 
1747 de conférer avec l'Administration pour régler une Pension. Mais malgré 
cette Résolution, on s'en tint toujours à des promesses , et quelques instan- 
ces que cette Église ait faite depuis, elle n'a rien pu obtenir jusqu'à 
l'Année 1764 que S. A. E. lui donna pour Pasteur M"" Joly avec ordre qu'il 



LA CHARITÉ WALLONNE. 29 

fut traité pour la Pension comme les Pasteurs de Manheim et de Heidelberg. 
Malgré cela ce Pasteur n*a obtenu de l'Administration qu'annuellement 10 
Sacs de Seigle et 10 Sacs d'Epeautre, outre les ^50 qui avaient déjà été as- 
signés à cette Église environ 40 ans auparavant. Un si mince revenu auquel 
la Diaconie a ajouté f 30 par an , ne pouvant pas suffire à ce Pasteur pour 
subsister, il implora de nouveau la bénéficence de nos Eglises en faveur de 
la sienne, et c'est au moyen des secours , qu'il en a reçus qu'il a pu se soute- 
nir jusqu'à ce qu'il ait été appelle à Manheim où il est actuellement Pasteur. 

Son successeur M' Mayer, n'a point d'autres ressources que celles, qu'a 
trouvées W Joly. Toute la Pension monte à /"SO, savoir /" 50 de l'Adminis- 
tration et f 30 de la Diaconie. outre 10 Sac» de Seigle et autant d'Epeautre. 

Le Troupeau qui (ainsi qu'il paroit par des Informations duement authen- 
tisées) consiste en 16 Familles, outre quelques Ouvriers formant en tout 49 
Communiants, ne sauroit rien ajouter aux honoraires de son Pasteur, d'au- 
tant plus que ce pauvre Troupeau s'est déjà épuisé pour faire construire un 
petit Temple, ou plutôt un grand appartement approprié pour le service 
divin, dans l'Enceinte et entre les masures de l'ancien Temple Flamand où 
il s'assemble actuellement, au lieu qu'avant le rétablissement du Ministère , 
ce Troupeau, qui ne consistait plus alors qu'en 7 Familles , avoit été obligé 
de vaquer au service divin dans la Chambre de l'Ecole. 

De tous ces Détails il résulte, non seulement que cette ancienne Eglise 
Wallonne est un objet digne à tous égards d'intéresser notre Synode, mais 
encore que, sans les secours charitables qu'elle en a reçus depuis quelques 
années, le Ministère n'auroit pas pu s'y soutenir et que, si ces secours venoi- 
ent à lui manquer, elle courroit enfin risque d'avoir le même sort que d'au- 
tres anciennes Églises Wallonnes autrefois florissantes dans le Palatinat, 
qui actuellement sont éteintes, savoir celles de Friederichsfeld, St. Lam- 
bert, Aggersheim, Frimheim et Billikheim. 

On a d'autant plus lieu de se promettre que le V. S. s'intéressera au 
maintien de cette ancienne Église Wallonne , que comme porte l'Art. XL VI 
du dernier Synode de Campen les nôtres ont eu autrefois avec elle des rela- 
tions avantageuses pour noua. 

Au Commencement de la Réformation , elle a &it partie de notre Synode 
National, du moins paroit-il qu'elle a député deux de ses Pasteurs , savoir 
Pierre Dathenus et Jean Taffin , au Synode national assemblé à Embden , 
Octobre 1571 , que l'un et l'autre y ont été chargés de Commissions honora- 
bles, tandis que le second de ces Pasteurs M'^ J. Taffin a été Assesseur ou 
vice-Président de ce Synode (art. 51). 



30 LA CHARITÉ WALLONNE. 

Dans la suite elle a été appellée à rendre à nos Eglises un service impor- 
tant, ^yant été requise de recueillir les charités que les particuliers aisés du 
Palatinat pourroient fournir pour l'entretien de nos Ecoliers (Anvers, Août 
1579. Art. 4). C'est par ces raisons sans doute que le Synode s'est toujours 
vivement intéressé en faveur des Eglises du Palatinat en général et celle de 
Frankenthal en particulier. Voyez les articles 

C'est par ces raisons, encore, que nos Églises ont été engagées de nouveau 
depuis quelques Années , Amsterdam 1768, — Campen 1777, â s'élargir en 
faveur de cette Ancienne Église Wallonne. 

Et vu les nouvelles lumières qu'elles viennent de recevoir à ce sujet , on 
ose espérer que par ces mêmes raisons encore , Elles lui continueront non 
seulement leurs dons charitables, mais que celles qui en ont les moyens 
songeront à les augmenter. 

Car en calculant ce que cette Église a reçu depuis que le Ministère y a 
été rétabli en 1764 on se convaincra, que cela n'a pu produire qu'environ 
f 74 par an, ce qui est un secours bien mince pour fEiire subsister un Pas- 
teur , dont la Pension , tout y compris , peut monter à peine â / 160. 

Nos églises se sentiront engagées d'autant plus à fûre pour cet effet quel- 
ques efforts, si Elles considèrent qu'outre que le nombre des Communiants 
de ce Troupeau a doublé depuis le peu d'années que le Ministère y est réta- 
bli, il est apparent, s'il y est continué, qu'il croîtra d'année en année, et que 
ses Membres seront peut-être en état de pourvoir dans la suite par eux- 
mêmes, du moins en partie, à la subsistance de leur Pasteur ; et que d'ailleurs 
il est plus que probable , que ce Troupeau étant devenu plus considérable, le 
Souverain aura plus d'égard aussi à ses justes représentations, et fera enfin 
rendre à son Pasteur l'ancienne Pension qui lui a été si souvent promise et 
qui lui est due en vertu de la Capitulation. 



— ^^ 



LES DEBUTS DE L'EGLISE WALLONNE 

DE ROTTERDAM , 

SES PREMIERS TEMPLES ET SES PREMIERS PASTEURS. 

1576-1656. 



Ije 21 juillet 1572 , les soldats espagnols évacuèrent la ville deBot- 
terdam. La derniôre messe y fut célébrée le 12 novembre de la même 
année. Le lendemain, on enlevait de la cathédrale de St. Laurent les 
statues et autres ornements papistes, et le 15 novembre, le pasteur 
Cornelis Cooltuyn y présidait le premier culte protestant. Désormais , 
la ville de Rotterdam était gagnée au protestantisme ^. 

La persécution continuant à sévir dans les Flandres , encore sou- 
mises à la domination espagnole , les réfugiés originaires de ces pro- 
vinces affluaient de plus en plus en Hollande et en Zélande , et le nom- 
bre des réformés qui ne parlaient que la langue française y augmentait 
chaque année. 

Pour satisfaire aux besoins de ces nouveaux venus , quelques vil- 
les , parmi lesquelles Rotterdam , demandèrent au Synode wallon de 
les pourvoir d'un ministre. Cette demande fut favorablement accueil- 
lie. Le Synode tenu à Leide le 18 septembre 1585 invita * Pierre Mo' 

1. Bronnen van Rotterdam XI , p. 217. 

2. Art. 10. 



I^ 



>- 



32 LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

reau^ pasteur réfugié , jadis ministre à Oand , à prêcher à La Haye, à 
Delft et à Rotterdam. Le 1 janvier 1586 , Moreau distribua la Ste-Cène 
pour la première fois dans cette dernière ville et continua d*y aller 
jusqu'en mars 1588 , époque à laquelle il fut déchargé de ce service ^ 

Toutefois , ayant été définitivement affecté à l'Eglise de Delft , en 
septembre 1586 , il s'était trouvé dès lors dans l'impossibilité de venir 
à Rotterdam chaque semaine. Ce fut pour cette raison que le Synode 
tenu à Flessingue le 14 avril 1587 décida que chaque dimanche 
auraient lieu à Rotterdam des lectures publiques et que le pasteur 
Moreau dresserait la liste des personnes qui devraient présider ce 
culte *. 

Cet arrangement ne pouvait durer. Le nombre des Wallons conti- 
nuait d'augmenter, et les pasteurs qui auraient été en mesure de 
prêcher en français n'étaient pas disponibles. 

Aussi, trois ans plus tard , le Synode tenu à Flessingue le 14 avril 
1590 priait-il Gaspar VsUe^ pasteur de Dordrecht, de prêcher à Rot- 
terdam, à la condition que les Wallons de cette ville se chargeraient 
de ses frais de déplacement '. En même temps , le Synode décidait que 
si Caspar Usile ne pouvait assister les frères de Rotterdam , on parle- 
rait avec Chrestien de la Quewellerie , ministre des Compagnies du 
Comte Phillippe de Nassau et père d'Abraham de la Quewellerie, qui 
fut , plus tard , pasteur à Rotterdam ♦. 

Usile promit de prêcher de temps en temps à Rotterdam. Mais il ne 
tarda pas à faire l'expérience de l'impossibilité où il se trouvait de 
remplir deux charges à la fois. Aussi finit-il par envoyer lé^ proposant 
Daniel de Cologne à Rotterdam , d'abord de temps en temps , puis , pen- 
dant l'été de 1590, d'une façon régulière. Cet arrangement fut con- 
firmé par le Synode tenu à Delft le 5 septembre 1590. Le Synode 
chargea Daniel de Cologne de continuer à se rendre à Rotterdam cha- 

1. Synode de Haarlem , 24 mars 158S , art. 5. 

2. Art 19. 

3. Art. 13. 

4. Même artiole. 






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LES DÉBUTS DE l'ÉGUSE WALLONNE DE ROTTERDAM. 33 

que dimanche, pour y faire le service ^ En même temps , instruit du 
dessein qu'avait déjà le Magistrat de Rotterdam de faire nommer Daniel 
de Cologne, il décidait que, si ce dernier était appelé avant le prochain 
Synode, les Eglises de Dordrecht, Delft et Leide s'assembleraient 
pour rétablir dans le Saint ministère *. 

Daniel de Cologne ' fut élu pasteur de l'Eglise wallonne de Rotter- 
dam le 8 novembre 1590. Les proclamations eurent lieu dans les Egli- 
ses 4e Delft, Dordrecht et Leyde; puis son élection fut sanctionnée 
parle Synode tenu à Amsterdam le 3 avril 1591 ^. 

L'Eglise wallonne de Rotterdam fut donc dressée légalement le 3 
avrU 1591. 

Avant l'élection de Daniel de Cologne, pendant toute la durée de son 
ministère et pendant celui de son successeur, Cornélis van Oesel, les 
Wallons étaient considérés à Rotterdam comme faisant partie de 
l'Eglise flamande, avec cette seule différence qu'ils célébraient leur 
culte en français. Dans les résolutions du Yroedschap ° et en d'autres 
pièces officielles, on les nommait les Béformés de la langtie Françoise. 
C'est seulement en 1606 qu'on parle de WaUons, On s'explique, 
dès lors , que , dans la résolution de novembre 1590 par laquelle il ap- 
pelait Daniel de Cologne, le Yroedschap exigeât a que le pasteur élu 
pour ceux de la langue Françoise servît aussi l'Eglise flamande et 
qu'il y prêchât à son tour. » 

Mais la plupart des Wallons qui s'étaient établis à Rotterdam 
venaient des Flandres et du Brabant, où ils avaient pratiqué les tra- 
ditions des Synodes des Eglises sous la croix; ils étaient fervents cal- 
vinistes et avaient, par conséquent, d'autres besoins religieux que les 
réformés de Hollande, qui penchaient, surtout à Rotterdam, vers les 
idées libérales représentées plus tard par Arminius. Ils voulaient res- 
ter sous le régime des Synodes wallons et former une Eglise à part 

1. Art. 8. 

2. Même article. 

3. NéàQand. 

4. Art. 8. 

5. Le Magistrat. 

VIII. 3 



34 LES DÉBUTS DE l'ÉOLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

Ce vœu ne fut pas entièrement satisfait. Pour bien montrer que 
Daniel de Cologne était avant tout pasteur wallon , l'Eglise de Delft 
décida, le 2 décembre 1590, que les proclamations auraient lien dans 
les Eglises wallonnes de Delft , Dordrecht et Leide et que la confir- 
mation serait faite par un des pasteurs de ces Eglises. Le Synode tenu 
à Amsterdam le 3 avril 1591 déclara, dans son article 8, qu'il sanc- 
tionnait la nomination de Daniel de Cologne sous la condition expresse 
« qu'il demeurerait affecté aux Eglises wallonnes et qu'il aiderait 
l'Eglise flamande autant qu'il le pourrait. )> 

A propos de ce dernier Synode, il est à remarquer que Daniel de 
Cologne y assiste comme pasteur de Rotterdam et qu'il est accom- 
pagné d'un ancien , Jean Caulier. U est vrai que , déjà en septembre 
1587 , les Wallons de Rotterdam s'étaient fait représenter au Synode 
de Delft, bien qu'ils fussent alors sans pasteur et sans consistoire ; 
mais ce fut par une personne seulement , savoir Jean Hermès , ancien 
de l'Eglise flamande, qui probablement était venu demander que 
Pierre Moreau , fixé à Delft depuis un an et ressortissant du Synode 
wallon , fut prié de continuer ses prédications à Rotterdam \ 

Ainsi, c'est le 3 avril 1591 que nous voyons commencer, non seule- 
ment l'existence légale de l'Eglise wallonne de Rotterdam , mais en- 
core son existence séparée^ bien qu'elle ne fut pas entièrement indé- 
pendante de l'Eglise flamande. 

Le troupeau se recrutait parmi les réfugiés venus des provinces 
restées soumises à l'Espagne. Ses premiers anciens portent tous des 
noms français : Laurent Couplet , Louys Gatri , Jean Caulier , François 
et Léon Petit , Charles de la Ruelle , Jean le Maire , etc. 

Après la sécularisation des biens ecclésiastiques, le Magistrat 
avait donné, en 1576, à l'Eglise réformée ia Chapelle du Cloître des 
CeUUtes , dans le Bagynenhof ou Cour des Béguines , sous la conditon 
que le Consistoire ferait ouvrir, à travers cette cour, une rue donnant 
accès à la chapelle. Il paraît que le Consistoire hollandais avait destiné 

1. Synode de Delft , Sept. 1587 , art. 7. 



La Cour des Béguines et les Cloîtres 
des Frères mineurs et des Cellittes, à Rotterdam, en 1565. 

Dessin de J. Kortebrant. 



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I La Cour des Béguines et les Cloîtres ëes Frères mineurs et ai 

CelHttes, à Rottfet^AÉMi; éti ibéîSf. DeittM ^ J. Korletmuit 

Archives commumiles de RotleriMn. 



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I A.~ Chapelle des Cellittes, plus tard église walloniie, actuellement 

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j mont-de-jMété. 

B. Cl<)ttre de la Cour des Béguines*-^ ' " 

G. Maison monacale des Idégnme^ J^hét ^onvfntkuis). : 

D; Porte de la Cour des Béguines.- '•- 

, E^ Pont des Béguines, actuellement Krattenbrug. 

F. Stede Vaert ou Corte Vaert, actuellement Delfeche Vaart. 

■ G. Oude Wetering, plus tard Slykvaart/, actuellement Torenstrakt 

H. Ruelle et Pont des Cellittesj actuellement Broedcrste^. ^^ 

; 1. Pont. ' ■ * "' 






; K. Entrée du Cloître des Ppfires mineurs. 

1 

1 L. Cour du Cloître des Frèies rainthirs. 

• M. Cloître des Cellittes, plus tsrd fieolç Ërftsmîefiàe. 

\ N. Rue des Béguines. 

O. Maison (j^i Prient des EÉguijiee. 

. P. Quai du Slykvîtert. -*• 



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*i'i ..\ ;• ' ^Kriinnales de Rotterci.-.m. 



LES DÉBUTS DE l'ÉGUSE WALLONNE DE ROTTERDAM. 35 

cette cbappeile aa culte français. C'est là, en efPet, queMoreauet 
Usile prêchaient, quand ils venaient à Rotterdam. 

La fondation du Bagynenhof est antérieure à l'année 1378. Nous 
le voyons, en effet, mentionné dans un privilège du duc Albert de 
Bavière datant de cette année-là ^ Il était situé dans le carré formé par 
rOude Rotte (depuis 1598 Slikvaart, aujourd'hui Torenstraat) , le 
Delfschevaart , la Bagynenstraat et la Broederste^. Il avait 65 mètres 
de long sur 46 de large et présentait une superficie d'environ 3000 
mètres carrés. Le côté nord , où se trouve à présent la Broedersteeg, 
était occupé par le cloître des Cellites ou Alexiani s, moines de la règle 
de Saint Alexis, qui vivait sous le pontificat d'Innocent L En 1597, 
ce cloître fut transformé en École latine. Il s'agit ici de l'école qu'on 
nomma plus tard l'Ecole illustre et dans la quelle Pierre Bayle et tant 
d'autres donnèrent leurs doctes leçons. Avant 1597, l'Ecole latine, ou 
Ecole Erasmienne, était située dans l'Oppert, près de la Orande Eglise 
de Saint Laurent; elle y occupait une maison dite la « Witte Poort » , 
oii fut établie, en 1645 , la boulangerie diaconale. 

La chapelle des Cellites était située sur le côté est du Bagynenhof, 
près de l'Oude Rotte ou Torenstraat. Elle ne devait guère avoir plus 
de 150 ans d'existence lorsqu'elle fut affectée au culte wallon. Nous 
savons, en effet, que le cloître date de 1441 *. Elle était solidement 
bâtie. Les Wallons l'occupèrent jusqu'en 1631. Trois ans plus tard, 
en 1634, lorsqu'on construisit le Mont-de- piété, elle fut annexée aux 
nouveaux bâtiments. On peut encore la reconnaître aujourd'hui, bien 
que transformée en magasin. 

La chapelle avait environ 15 mètres de haut sur 10 de large et 17 
mètres de longueur. Elle pouvait contenir de cent cinquante à deux 
cents auditeurs. Lors de sa transformation , en 1634, on y construi- 
sit trois étages en planches. Deux siècles plus tard, en 1842 , on y 

1. Kioolas Zas. Besohrgying en Eroniek yan Sohieland. Botterdam 1658. 
Bronnen yoor de GeBchiedenis yan Botterdam , II , p. 478. 

2. Bronnen, n, p. 480. 

3. H. W. BotahoQok. Korte Beeohri)ying der stat Botterdam , 1644. 
Bronnen , II , p. 510. 



36 LES DÉBUTS DE l'ÉOLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

coDtmisit an quatrième étage, ce qui lui a fait perdre son aspect ex- 
térieur d'église. Les fenêtres, au nombre de huit, et les deux portes 
existent encore avec leurs linteaux ornés de mascarons. Le corps du 
bâtiment est en briques. A l'intérieur , à l'angle nord-est , se trouve 
encore un escalier tournant , qui donne accès dans une galerie. Peut- 
être cet escalier communiquait-il avec la tour, qui a disparu depuis 
longtemps. 

Quoique solidement bâtie, comme nous l'avons dit pi us haut, la 
chapelle avait grandement souffert du manque de soins ; aussi dut* 
on faire beaucoup de frais pour l'approprier convenablement au culte 
wallon. Dans les commencements, le Consistoire flamand participa 
aux dépenses. Ensuite celles-ci restèrent tout entières à la charge de 
la nouvelle communauté, dont les ressources étaient insufiisantes. On 
s'adressa au Yroedschap; mais ce fut seulement le 24 juin 1606, 
un an après l'installation de Yan Gtesel , qu'on obtint un secours an- 
nuel de 50 fl. K 

L'émigration des protestants des Flandres était favorable au com- 
merce et apportait beaucoup de prospérité à Rotterdam. Pour retenir 
ces Wallons dans notre ville , le Magistrat comprit qu'il importait de 
les pourvoir d'un pasteur sympathique au troupeau. On trouva ce 
pasteur dans la personne de Daniel de Cologne^ et, dans le but de l'at- 
tacher davantage à la ville de Rotterdam , on lui accorda l'usage de la 
a maison près de la chapelle. j> H s'agit , probablement , du couvent 
qu'habitaient les Béguines (Conventhuis, PI. C), dans la Broedersteeg 
(PI. H) , vis-à-vis de la porte du cloître des Cellites (PI. M). La maison 
du Prieur (PI. 0) avait été démolie en 1576, lorsqu'on perça la 
Heerenstraat 

Daniel de Cologne habita cette maison jusqu'à son départ pour 

1 . Opte Requeste by de Minister, Oaderlingen en Diaoonen yan de France Eercke 
alhier , den Vroetschappen gepresenteerd , waerby sy yersoucken eenige subsidie 
tôt Teryalllnge van de extra ordinaris lastenencosten yan de yoorsE. Eercke, — 
Hebben de yoom. Yroetschappen tôt yeryalling yan deselye costen ofte lasten ge- 
consenteert tôt wederseggen jaerliz een somme yan yyftich Guld. 

Resolntien yan den Yroedschap. Regr. I V , p. 21 5^. 



LES DÉBUTS DK l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 37 

Leide, où il fut appelé en qualité de Régent du Collège wallon. Son 
successeur, Corneille van Oesel, l'habita aussi, après 1605. Un mo- 
ment le Yroedschap eut l'intention de la vendre; maison ne voulait 
pas désobliger van Oesel,quiy demeura jusqu'à son bannissement, 
en 1612. 

Comélis Symemzoon van Gesd naquit à Dordrecht, en 1583, 
d'une famille originaire d'Anvers, mais qui s'était réfugiée en Hol- 
lande en 1569 , pour échapper à la persécution K Du côté maternel , il 
était apparenté aux familles De Beaumont et De Witt U fit ses études 
à Leide, sous Gomarus, dont il partagea les opinions jusqu'à sa 
mort. En 1605 , il accepta le poste de pasteur de l'Eglise flamande de 
Stryen , près de Dordrecht , et épousa Johanna van Scharlaken. La 
même année, il fut nommé à Rotterdam, en remplacement de Daniel 
de Cologne. 

Le jeune pasteur — il n'avait que 22 ans — fut accueilli avec 
beaucoup de sympathie. Mais , en 1606 , il entama des disputes avec 
lé pasteur flamand Nicolaes Orevinchoven , qui était du parti d'Ar- 
minius. 

Un certain nombre de membres de l'Eglise flamande, et particu- 
lièrement les petits bourgeois (de kleyne luyden), s'intéressèrent 
beaucoup à ces disputes. II en fut de même des Wallons. Le temple 
était rempli quand van Oesel prêchait, tandis qu'on ne voyait aux 
sermons des pasteurs arminiens que les familles de la haute bour- 
geoisie. Les Gomariens se rendaient même à Delfshaven , pour y en- 
tendre van Gesel ou son ami Gruiterus. De là le nom de a coureurs » 
(buitenloopers) qu'on leur donnait. Ils étaient si nombreux qu'en 
octobre 1609 on se vit dans la nécessité de nommer un second pasteur 
à Delfshaven. Ce fut le Dr. Adriaen Joriszoon Smoutius , ami et ancien 
camarade d'études de van Gesel , qui ne tonnait pas avec moins de 
force que ce dernier contre les Arminiens égarés. 

Le Yroedschap appartenait au parti arminien , ainsi que presque 
tous les membres de la magistrature. En janvier 1611 , le Consistoire 

1. Dr. W. Geesink , CalYinisien in HoUand , p. 154. 



38 LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

flamand, composé en majorité de membres du Yroedschap , résolut 
de citer van G-esel à comparaître devant lui , afin de l'exhorter à la 
tolérance à Tégard de ses confrères. Cette mesure n'eut pas le moindre 
résultat. Ce que voyant , le Vroedschap décida , par une résolution en 
date du 7 février 1611, que la maison habitée par van Gesel serait 
vendue. Toutefois , dans l'espoir que ce dernier se conformerait aux 
vœux du Consistoire , on retarda l'exécution de cet arrêt. Van Gesel 
fut informé qu'il pourrait rester encore un an dans sa maison MjO 13 
février 1611 , nouvelle citation , restée sans réponse. Le 20 février , on 
fit une troisième citation. Cette fois van Gesel répondit qu'il ne pou- 
vait traiter verbalement ce sujet de la tolérance sans agiter les esprits 
(zonder onrust te veroersaecken). 

Le Consistoire avait fait tout ce qui était en son pouvoir. Ce fut au 
tour du Yroedschap de prendre Tafiaire en mains. Le 6 juin 1611 , il 
cita devant les bourguemestres van G^sel et ses collègues et les invita à 
prendre l'engagement de se conformer à Tédit sur la tolérance que les 
Etats de Hollande et de West-Frise avaient promulgué le 20 mai de la 
même année. Tous se soumirent, à l'exception de van Gtesel, qui dé- 
clara qu'il ne se soumettrait qu' « autant que sa conscience le lui 
permettrait. » Le Magistrat ne pouvait prendre la conscience de van 
Q^sel pour juge. Il n'était que l'exécuteur des édits de L.-H. Puissan- 
ces. En conséquence, il donna à van Gesel un délai de vingt-quatre 
heures pour se soumettre sans restriction , ni condition. En cas de 
refus, il serait déposé. Sur quoi, van Gtesel déclara qu'il se soumet- 
tait ; mais ses sermons furent aussi violents que par le passé. 

Le Synode wallon * fit une tentative pour tâcher de le sauver de 
cette fâcheuse situation. Le Consistoire de Rotterdam fut chargé de 
demander au Magistrat de détacher van Gesel de l'Eglise flamande , 

1. GœtgeTonden dat mon OeBelinin , dienaer yan de Walaohe gemeinte alhier sal 
ontbieden , ende ingevalle dat hy hem nooh niet en heeft yoorsiea yan andere woo- 
nlDge , dat men hem sal aenseggen , dat hy als nooh yoor een iaer in de Celliten 
Keroke alwaer hy is woonende, sal blyven , maer soo hy yoorsien iâ , dat men de- 
selye Celliter Keroke yoor een iaer sal yerhuijren , sonder die yoor desen iaere als 
nooh te yerooopen. — Resolution Vroedsohap , Reg. Y, fol. 75. 

2. Leide , 6 octobre 1611 , art. 6. 



LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 3» 

de telle sorte qu'il appartînt exclusivement à l'Eglise wallonne, dont les 
membres et le Consistoire étaient en mtgorité gomariens. La requête^ 
présentée le 24 octobre 1611 , fut écartée par la raison que van Gesel , 
malgré ses engagements , n'avait pas changé de conduite. On décida, 
même, de le déposer de sa charge. Dans l'espoir qu'il se calmerait, on 
n'exécuta pas cette décision. Trois semaines plus tard , on l'engagea à 
cesser ses conventicules et à se montrer plus modéré dans ses sermons. 
Mais van Gesel persista dans sons refus et, le 21 novembre, l'arrêt 
qui le déposait fut confirmé par le Magistrat. On craignit danser de 
rigueur. L'exécution de la sentence fut différée. Yan Gesel continua à 
prêcher et à tenir ses conventicules. Dans une de ces réunions , tenue 
le 5 février 1612 , chez un certain Carremans , on se querella et on en 
vint aux mains. Le Magistrat comprit qu'il ne pouvait patienter plus 
longtemps et la sentence fut aussitôt exécutée. 

Le lendemain , 6 février , van Gesel fut cité devant le Magistrat 
pour recevoir l'ordre de quitter la ville dans les huit jours. Van Gesel 
répondit qu'on supportait les Anabaptistes et les Juifs , malgré les 
édits (placaten) lancés contre eux , tandis qu'on lui refusait la liberté 
de la parole , et déclara qu'il ne partirait que contraint de force. 

Le jeudi 14 février 1612, entre cinq et six heures du matin , il 
quitta la ville escorté par le bailli Boudewyn Willemszoon van Muy- 
Iwyck et par le vice-bailli. Il se rendit à Delfshaven, chez son ami 
Gruiterus , où sa femme était arrivée la veilla 

Le prince Maurice prit de très mauvaise part la conduite du Magi- 
strat en cette afiaire. On ne peut s'empêcher de reconnaître, cepen- 
dant, que ce dernier, comme au reste le Consistoire flamand, avait 
agi avec beaucoup de ménagements. La citation de janvier 1611, la 
résolution du 7 février , tempérée par la promesse de lui laisser sa 
maison pendant la durée de l'année courante, la nouvelle citation du 
13 février, toutes ces démarches étaient inspirées par le désir d'ame- 
ner van Gesel à des sentiments plus pacifiques. Mais van Gesel n'en 
tint aucun compte, et, le jour oiî il se mit en opposition avec les édits 
des Etats, le Yroedschap se trouva dans la nécessité d'agir avec 
rigueur. Le bannissement, lui-même, bien qu'inévitable , fut exécuté 



40 LES DÉBUTS DE l'ÉGUSE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

avec de certains égards, de boD matin, deux heures avant le jour et 
en présence du bailli en personne. 

Yan Gesel fut, plus tard, appelé à Edam , en qualité de pasteur 
flamand. Il y mourut au commencement de Tannée 1614, à l'âge 
de 3 1 ans. 

Après le départ de van Gesel , Tinfluence des Arminiens grandit 
rapidement 9 et, bientôt, il se sentirent assez forts pour prendre des 
mesures contre les Oomariens. 

En 1613, ils s'emparèrent des églises et défendirent aux Ooma- 
riens de prêcher. Un arrêté du 5 mars 1613 leur interdisait de tenir 
des conventicules , sous peine de fl. 200 pour celui chez qui ils au- 
raient eu lieu , et de fl. 100 pour chaque personne qui y aurait assisté. 
Puis , en 1615 , plusieurs Gomariens furent bannis de la ville. La tolé- 
rance n'était pas grande du côté des Arminiens ! 

La mort de Jean van Oldenbarnevelt (1617) changea complètement 
la situation. Le prince Maurice ayant nommé de nouvaux Magistrats 
(29 octobre 1618), les Gt)mariens prirent leur revanche. Par un ar- 
rêté en date du 20 juillet 1619, le Yroedschap défendit aux Arminiens 
de prêcher. La tolérance n'était pas grande non plus du côté des Go- 
mariens ! Etrange époque où l'on trouvait plus simple de conduire les 
hommes par la violence que de tâcher de les convaincre par des argu- 
ments ! 

Après le départ de van Gesel, qui, comme nous l'avons dit, eut lieu 
en février 161 2 , le Constistoire adressa à son ancien pasteur, Daniel 
de Cologne , un appel qui resta sans effet. Ensuite , il adressa vocation 
à Henri de NieUes, alors à Anvers. Cette nomination se fit sous l'influ- 
ence du Yroedschap : de Nielles était arminien. Les proclamations 
eurent lieu à Delft et à Dordrecht ; puis de Nielles fut installé par 
Daniel de Cologne. En l'appelant à Rotterdam , on avait mis comme 
condition qu'il prêcherait dans l'Eglise flamande et dans l'Eglise wal- 
lonne; mais le Synode wallon décida « que ce serait sans préjudice à 
la françoise à laquelle il était principalement affecté ^ » 

1. Zieriozée y 11 avril 1612 , art. 10. 



LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 41 

Henri de Nielles était, avons-nous dit , arminien et ne s'en cachait 
pas. Dès 1618 , les Gomariens qui , comme nous l'avons vu , étaient 
au pouvoir , commencèrent à l'importuner. En 1619 , ils dénoncèrent 
ses opinions. Le Synode de Bréda (14 août 1619) le déclara « incapa- 
ble de pouvoir plus servir avec édification au ministère de l'Eglise de 
Rotterdam \ j> Invité à se présenter devant la classe de Leide, pour y 
signer le jugement du Synode national de Dordrecht, il comparut, 
mais refusa de signer ce et d'obéir à Messieurs les Etats. » Sur quoi, il 
fut déposé par le Synode de Haarlem (1 avril 1620 , art. 12). Il quitta 
Rotterdam et mourut le 4 octobre 1631. Non content de cette injus- 
tice , le Yroedscbap bannit plusieurs Arminiens de la ville et de sa 
juridiction. 

La cause principale de la lutte que les Pays-Bas soutinrent contre 
l'Espagne fut le désir d'établir au sein des provinces la liberté de con- 
science , en opposition avec le fameux principe : cuju$ regio^ ejus rdi- 
^io, formulé, en 1648, dans les articles de la paix d'Osnabruck. Dans 
l'Acte d'abjuration de 1581 , les Etats généraux disaient que le Prince 
est établi par Dieu pour les sujets et non les sujets pour le Prince , 
sans lesquels il n'est pas Prince \ On voulait donc la liberté de con- 
science, et on la voulait pour tous, indistinctement. Le gouvernement 
des Provinces-Unies avait reconnu en principe les différents cultes. 
En cette matière, on était allé beaucoup plus loin qu'en France. 

1. kit 19. , 

2. Alsoo een ygeliok kenneliok is , dai een Prince van den lande door Oode ghe- 
stelt is hooft over syne ondersaten , om deselve te bewaren ende beBohermen van 
aile ongelyck , OTerlast ende geweld , gelyck een herder tôt bewareniBse van syne 
sohapen ; ende dat de ondersaten niet en syn yan Gt>de gesohapen ten behoeve van 
de Prince om hem in ailes wat hy beveelt onderdanig te wezen , maar de Prince om 
der wille Tan de ondersaten , zonder dewelke hy geen Prince is , om deselve voor te 
staen en lief te hebben als een vader syne kinderen. — Ende wanneer hy sulcx niet 
en doet, maer hen soeokt te yerdrukken ende te behandelen als slaven , dan moet 
hy niet gebonden worden voor een Prince , maer voor een tiran en mag van syne 
ondersaten worden yerlaten. (Considérants de TActe d'abjuration de Philippe II par 
les Etats généraux , en 1 581 .) 



1 



42 LES DÉBUTS DE l'ÊOLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

L'Edit de Nantes (1598) se bornait à tolérer les non-catboliques et 
encore sous certaines restrictions. 

Malheureusement, à l'époque où nous transporte notre récit, ce 
grand principe de la liberté de conscience fut oublié au milieu de 
l'agitation créée par les disputes religieuses. D'ailleurs , les questions 
religieuses étaient étroitement unies aux questions politiques. Cela 
explique bien des choses qui ne se comprendraient plus aujourd'hui 
II est de fait que la plupart des catholiques appartenaient au parti 
espagnol , et que les Arminiens étaient, presque tous, du parti anti- 
orangiste. On se vit donc obligé de prendre des mesures pour em- 
pêcha les uns et les autres de porter atteinte à la sécurité de l'Etat 
Les Yroedschappen des villes exerçaient une très grande influence 
sur les affaires. Lorsqu'ils étaient du parti opposé au Prince , ils pro- 
tégeaient les Arminiens ; quand ils étaient pour le Prince , comme à 
Rotterdam , après 1618, ils les combattaient. Yoilà, disons-nous , ce 
qui explique, sans toutefois lesjustifier, tant d'arrêts de déposition 
prononcés contre des pasteurs , tant de sentences de bannissement 
lancées contre des bourgeois. 

Pendant les troubles religieux . qui agitaient le pays , les temples 
étaient très fréquentés. Dansl'Eglise wallonne, Henri de Nielles at- 
tirait les Arminiens. La chapelle, qui ne pouvait contenir que 200 per- 
sonnes, devint trop petite. On ne tarda pas à s'en plaindre. Quatre mois 
après rinstallation de Nielles, en août 1612, le Consistoire adressa 
une demande au YrocKlschap. Celui-ci la reconnut fondée , et , par une 
résolution en date du 3 septembre de la même année , il chargea les 
Maîtres de fabrique d'examiner la chapelle dite de St Sébastien et de 
voir si elle pourrait servir pour le culte wallon ^ La réponse n'arriva 
que le 5 septembre 1613 , c'est-à-dire après un an d'attente. Les Maî- 
tres de fabrique y disaient que la chapelle des Cellites était, en effet, 

1. « Vorder soo syn op de reqt yan de franse Eerokerset daerbysyl te kennen 
geven dat haerl. keroke te klejn la , — geoomitteerd de fabryoken deser stede omme 
inspectie te nemen of men in S. Bastiaen capeUe y bequame plaetse soade konnen 
hebben yoof de franse keroke , die daeraf suUen doen rapport. » 

Beeolutien Vroedsohap Reg. Y, foL 152. 



LES DÉBUTS DE l'ÉQLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 43 

trop petite , parce que le nombre des membres de la communauté aug- 
mentait de jour en jour , que le <k Boshuys j> conviendrait mieux ; 
mais ils ne disaient pas un mot de la chapelle de St. Sébastien. Ils 
l'avaient sans doute oubliée. Sur quoi le Yroedschap résolut de main- 
tenir le statu quo i. 

Depuis lors , et jusqu'au départ de Nielles , le Consistoire ne fit plus 
de tentatives pour obtenir un nouveau local. 

D'août 1619 à mai 1620 , le service fut fait par des pasteurs étran- 
gers. D'après le livre des comptes, on leur donnait un ducaton (3 flo- 
rins 3 sols) par sermon. 

Le 8 mai 1 620 , eut lieu l'installation d^ Abraham de la QueufeUe- 
rie^y ci-devant pasteur flamand à Grave, mais wallon d'origine. Il 
avait été reçu en effet à Leide, par confession de foi, à Pâques 1607. 
Sa sœur, Françoise, y avant été reçue le 4 août 1606. Son père. 
Chrétien de la Quewellerie, fut pasteur à Âudenaerden. Après la 
suppression de cette Eglise, il partit pour Gtmd , fut à Utrecht un an 
et demi, reçut vocation pour Amemuidenen 1587, puis devint, la 
même année, ministre des compagnies du Comte Philippe de Nassau. 
La sœur d'Abraham, Françoise de la Quewellerie, épousa à Leide, 
le 20 avril 1615 , Daniel Desmaretz. 

Ce fut en 1619 que le Synode wallon (Bréda, 14 août) accorda de 
la Quewellerie à l'Eglise de Rotterdam , en même temps qu'il députa 
Daniel de Cologne, de Leide, et le pasteur Esiû'e du Pré, de Delft, 
auprès du Magistrat, pour traiter de l'affaire (art. 20). Dès le 4 avril 
1620, il représente TEglise de Rotterdam au Synode de Harlem, 
avec l'ancien Jean van Waesberge *. 

Sa nomination y fut sanctionnée aux mêmes conditions que pour 
ses prédécesseurs ; a principalement ^ , disait-on , « qu'il serait dédié 

1. a Voorgehoaden hoe dat de franoe keroke te klejn yalt , doordien de gemeynte 
dagelyk aenneempt en dat het Boshuys seer beqoaem soude syn omme de Yoorag. 
kercke aldaer te transporteeren , dooh werd besloten de saek in statn quo te laeten.i 

Besoltttien Vroedsohap Y, fol. 207. 

2. Ou de la QueiUerie. 

3. 11b reçurent pour leurs frais de Toyage et de séjour un subside de ft. IS : 14 : — 
Les séanoes du Synode durèrent quatre jours. 



44 LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

et affecté à TËglise wallonne, le tout suivant l'accord fait avec l'Eglise 
flamande du dit lieu.)) Pendant son ministère, le Consistoire ne 
cessa pas de demander que son pasteur fût détaché de TEglise fla- 
mande. Le 29 août 1629, seulement , le Synode wallon consentit à 
attendre jusqu'à ce que le Consistoire flamand eût obtenu un cin- 
quième pasteur. Ce cinquième pasteur fut élu au commencement de 
Tannée 1630 , mais Abraham de la Quewellerie mourut le 16 mars de 
la même année, sans avoirjoui du soulagement pour lequel il s'était 
donné tant de peines. 

Ses successeurs furent uniquement attachés à l'Eglise wallonne. 
Celle-ci ne devint donc qu'en 1630 tout-à-fait indépendante du Con- 
sistoire flamand. 

Pendant le ministère d'Abraham de la Quewellerie (1620 — 1630), 
les querelles religieuses s'apaisèrent beaucoup au sein de l'Eglise 
wallonne, en sorte que le pasteur put s'occuper avec soin des intérêts 
matériels du troupeau et régulariser l'administration de ses finances. 

Nous voyons commencer deux comptes distincts. Celui de la 
a Bourse des Povres de l'Eglise Franchoise à Rotterdam j> commence 
le 16 novembre 1619. Le fonds existait déjà avant cette date ; car le 
premier article du compte porte restitution d'une somme de fl. 600, 
prêtée à 6 V9 pet. à Pieter Dirckz Carre et Charles de la Ruelle, le 26 
avril 1617 ; mais il est probable qu'avant 1619 les recettes et les dé- 
penses étaient inscrites sur des feuilles volantes, toutes disparues, et 
dont il ne reste plus trace. Une administration régulière était d'autant 
plus nécessaire que ces prêts à long terme étaient fort fréquents. On 
trouve des sommes prêtées à Thomas Mathyssen , à Hubert Meule- 
naers van den Kieboom etc. etc., la plupart à 67$ pet, et toutes avec 
garantie d'une hypothèque sur la maison des emprunteurs. 

Plus tard , en 1633 , le Consistoire dressa l'inventaire des obliga- 
tions hypothécaires qu'il possédait et qui se montaient ensemble à 
fl. 3950 , donnant, au denier 16 , une rente de fl. 256 : 15 : par an. De 
1652 à 1672 , le Consistoire acheta 40 lettres de rente , se montant à 
fl. 49.355, dont 20 lettres, d'un montant defl. 26.105, existaient 
encore en 1672. 



LES DÉBUTS DE l'ÉQLISE WALLONNE DE ROTTERDAK. 45 

L'autre compte s'appelait « Compte des Affaires de TEglise fran- 
choise de Rotterdam. )) Il commence le 10 janvier 1620 , mais il exis- 
tait , lui aussi, avant sa régularisation administrative ; car un des pre- 
miers articles du compte de 1620 porte restituton de fl. 17 : 15 : 4 à 
Thiery Anthoine et à Paul Tim mers, du solde de Tannée précédente. 
Ce compte enregistre un subside annuel de fl. 50 que l'Eglise recevait 
du Yroedscdap , depuis juin 1606 , et un subside de fl. 42 pour le sa- 
laire du lecteur et du marguillier. Ces subsides étaient insuffisants. 
En 1620 , le déficit se montait à fl. 69 : 14: 4 , c'est-à-dire à 44 pour 
cent du compte entier. En 1631, il atteignait fl. 278: 13: Par une 
résolution en date du 16 décembre 1631 , le Yroedschap éleva le 
subside à fl. 150. Le déficit continuant, une résolution du 13 jan- 
vier 1648 éleva le subside à fl. 200 , et , le 1 9 février 1652 , on l'éleva 
à fl. 250. 

On portait sur ce compte le salaire du lecteur , qui fut , pour Maître 
Samuel Minel, puis, après 1660, pour Jean Gordelois^defl. 30, et 
celui du marguillier, Philippe de Bra, qui était de fl. 18. On y portait 
également les frais de députation au Synode et les contributions pour 
les a Escoliers j> , lesquelles étaient fixées par cette asemblée. Notons , 
entre autres détails , l'achat de « la Bible qui est au temple » ; elle ap- 
partenait à de la Quewellerie ; elle fut payée à la veuve de ce dernier 
fl. 4 : 10 : 

La question du local était restée en suspens depuis Tannée 1613. 
Mais, après l'installation d'Abraham delà Quewellerie, Taccroisse- 
ment de la population wallonne obligea les conducteurs de l'Eglise à 
de nouvelles démarches. 

Le 8 mai 1620, de la Quewellerie proposait au Consistoire de 
s'adresser de nouveau au Yroedschap. Demander un nouveau temple 
était inutile, depuis que le Magistrat avait disposé du Boshuys, 
d'abord en faveur des Remontrants, puis en faveur des Gontre-Re- 
montrants. On résolut donc de demander l'agrandissement de la cha- 
pelle des Cellites. 

La demande resta assez longtemps en portefeuille. Ce ne fut qu'un 



46 LES DÉBUTS DE L^EGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

an et demi après l'avoir reçue que le Vroedschap résolut de charger 
les Bourguemestres et les Maîtres de fabrique d'examiner , non seule- 
ment la chapeUe des Cellites , mais encore le Boshuis , pour voir lequel 
de ces deux bâtiments pouvait le mieux et avec le moins de frais être 
approprié aux besoins des Wallons K 

La question financière avait une importance capitale pour le Magi- 
strat , et, comme il n'était pas riche, il se borna à prendre la résolution 
précédente sans la mettre à exécution , de sorte que le statu quo fut 
maintenu. 

Les Wallons se turent ; ils ne pouvaient rien contre la mauvaise 
volonté ou le manque de ressources du Magistrat; mais la situation 
empirait chaque année. 

En juin 1624, le Consistoire renouvela ses plaintes. La situation 
était devenue intenable. Il n'y avait plus assez de place dans l'église. 
Non seulement cela , mais le cimetière était si rempli qu'on ne savait 
plus où ensevelir les morts , même quand il n'y avait point d'épidé- 
mie. Il paraît que ce dernier argument eut quelque influence sur le 
Yroedschap. Le 3 juillet 1624 , il résolut de transformer le Boshuis et 
le terrain adjacent en cimetière wallon '. 



1 . « Resolutie yan de Yroedsohap d.d. 21 Oot. 1621. Op 't Yersouok yan de gede- 
puieerden van de Walsohe Eéroke allûer om de fransche Eercke yergrootet te heb- 
ben tôt gerieff yan haere toehoerders die aUe dagen toeneemen en in de tegenwoor- 
dige Keroke niet en connen geyatet werden , — G^resolyeert dat borgermeesteren 
en fabryokmeesteren inspectie BuUen neemen yan 't boshuys deeser steede als oook 
yan de yoorag. Eercke ende oyer te leggen (te oyerleggen) waer die yan de yoorsz. 
firansche gemeinte bequaemelixst ende oncoBterlizst suUen connen geaocomodeert 
werden. » 

RegÎBtr. VI , p. 55. 

2. Resolutie yan de Yroedschap d.d. 3 juiUet 1624 : 

« la gerapporteerd , dat de Eerckmeesteren klagen dat nanliz langer plaetse in 
de kercke en het kerckhoff te yinden ie om de dooden te begrayen , sel& buiten 
sterffte. » En is mita dien geresolyeert , dat de kercke yan 't boahuys mettet erff 
daeraan geleegen tôt begraeffenisse sal werden geaocomodeert ende de geeyel yan 
't boshuys tôt dien einde yoorwaerts , neffens de geeyels yan de naest geleegen huy- 
sen uytgestelt en yan daer yoorts het erff met een mugr tôt aan de straet yan *t roode 
sant beslooten ende gehoocht. » 

Register YI , p. 255. 



LES DÉBUTS DE l'eGUSE WALLONNE DE ROTTERDAM. 47 

Le a. Boshuys :» faisait partie de rancien château de Bulgerstein. La 
grande tour de ce château appartenait depuis longtemps déjà à la ville 
de Rotterdam. Pendant la guerre avec l'Espagne elle avait servi de 
magasin de munitions ; de là le nom de ce Bushuis y> ^ qu'on lui avait 
donné. Contre cette tour était bâtie la chapelle des Pêcheurs , dédiée 
à St Pierre. Le nom de Bushuis désignait ces deux bâtiments réunis. 
Le terrain qui les entourait, et où se trouvaient les ruines du châ- 
teau , fut acquis en 1620 par la ville de Rotterdam par un bail emphy- 
téotique de fl. 330 par an. 

En 1613 on avait donné la chapelle aux Remontrants. En 1618, 
sous l'influence des Gomariens, on la leur enleva pour la donner aux 
Contre-Remontrants. En 1629 on y installa en faveur des Wallons 
une école française *. 

Donc le 3 juillet 1624, le Yroedschap céda le terrain du Boshuis 
aux Wallons pour en faire un cimetière. Il résolut en même temps 
de restaurer la chapelle ; mais ce fut pour la donner aux marchands 
anglaise Ces derniers, fabricants de drap et de laine, possédaient à 
Rotterdam un marché très important , qui devint encore plus considé- 
rable en 1635, lorsque Rotterdam devint lesiège du principal entre- 
pôt des draps et laines. La chapelle des Cellites resta aux Wallons. 
On faisait le nécessaire pour les morts, mais on laissait les vivants 
dans le besoin. 

Après trois années d'attente , le Consistoire présenta au Yroedschap 
une nouvelle requête et toujours pour les mêmes motifs. 

Enfin , le 9 août 1627 , le Yroedschap résolut de faire réparer la 
chapelle de St. Sébastien , <( afin que les membres de l'Eglise wallonne 
y pussent trouver place commodément » *. 

1. Poudrière. 

2. Bronnen II , p. 449 ,355 , 499 , 564. 

3. tfronnen II , p. 363 , 330. 

4. Besolutie van de Yroedschap d.d. 9 août 1627 : « Nooh gelesen synde de Re- 
monshuntie by den Predioant ende die van den Eerckenraedt der fransche ge- 
meinte ; Soo is goetgevonden, dat men de Capelle daer jegens woordigh Stadis turff 
in wert bewaert, staende omirent de Lombertse bmgge, sal repareeren, maecken en 



48 LES DÉBUTS DE L*EGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

Cette chapelle était un peu plus grande que celle des Gellites. Les 
Wallons gagnaient donc quelque chose , mais moins qu'ils ne dési- 
raient. Ils craignaient , non sans raison , que le nouveau local ne fût 
insuffisant. Ils firent part de cette crainte au Yroedschap,qui résolut, 
le 27 novembre de la même année, d'examiner si l'agrandissement 
de la chapelle était possible ^ Elle fut en effet agrandie de moitié et 
put alors contenir 350 auditeurs. 

La chapelle de St. Sébastien était située dans la rue des Lombards, 
en face du pont du même nom , au coin du Meent. Elle avait fait partie 
autrefois de l'hôtel des Arbalétriers (Sebastiaen Doele). Elle avait été 
construite avec les briques qu'un octroi daté du 18 mai 1418 auto- 
risait les Arbalétriers à fournir, en paiement de certaines amendes. 
Un des prêtres qui la desservirent fut, en 1482, Willem van der 
Sluys , l'historien des Guerres de Prans de Brederode (Jonker Fran- 
sen Oorlog). Plus tard la chapelle fut sécularisée et transformée en 
magasin de tourbes; ce qui dura jusqu'en 1627. 

La chapelle des Gellites resta inoccupée jusqu'en 1634. Alors elle 
fut annexée au Mont-de-piété. A quelle époque exactement les Wal- 
lons la quittèrent-ils? G'est ce que l'on ne saurait dire, vu que les 
actes du Gonsistoire ne commencent qu'en 1652; avant cette date 
on ne possède rien. Ge qui est certain , en tout cas , c'est que les 
Wallons étaient installés dans la nouvelle chapelle dès le commence- 
ment de l'année 1628 , car le 26 avril de cette année le Gonsistoire 
donnait divers pourboires ce aux ouvriers qui,» était-il dit, ce ont 
travaillé à notre nouvelle chapelle j> '. Dans une résolution du Yroed- 

approprieren tôt een Eeroke Yoor de gemelte fransohe gemeinte, dat sy lu jden haere 
exeroitie yan religie oommodienslick mogen doen. » Begistr. Vil, p. 60. 

1. VroedflohapB Resolutie d.d. 27 Noyemb. 1627. c Om te nemen oculaire inspec- 
tie , hoe men bequamliok de GapeUe , die nu tôt de Eeroke yoor de fransohe ge- 
meinte wert geapproprieert soude konnen yergrooten. — Syn neffens de Heeren 
Burgmeesteren yersooht ende geoommitteert de heeren Fabryokmeesteren om yan 
haer beyindinge te doen rapport. » Begister VU , pag. 90. 

2. Comptes de l'Eglise de Rotterdam I , pag. 19. 



LBS DÉBUTS DE l'gGLISE WALLON HB DU ROTTERDAM. 

schap en date du 2 juillet 1631 , résolution qui accorde certaine 
rogatives aux marchands de laioe, la chapelle des Cellites est déi 
80US le nom « d'ancienne église frani^se a '. 

La chapelle avait été agrandie de moitié. Une galerie fut cons 
sur le côté où se tronvait autrefois l'autel. Sous cette galeri 
côté de la rue du Sfeent, se trouvait une porte qui existe e 
aujourd'hui et qui conduisait à la demeure du marguillier, 
trouvait la salle du Consistoire. Les fenêtres qui donnaient sui 
rue ont été bouchées plus tard, lors de ta construction de cer 
maisons; mais on peut encore en voir Les piliers en rinceaux d 
muraille. L'aspect de ces vestiges montre que la demeure du 
guillier était fort basse et sans étage. La chaire de cette chapelle i 
encore. Elle est très belle et dans le style renaissance, ainsi q 
bancs et les balustres, dont on peut voir encore quelques restes. 

De la Quenellerie, qui mourut en mars 1630, eut donc, av 
mort, la joie de voir son troupeau pourvu d'une meilleure install 

Son successeur, Daniel Massis,futDomaiéen avril 1630. 

Consacré à l'Olive en I612,appeléàRouen en L615 et àCa 
1617, il avait succédé à de la Quefrellerie, en 1622, comme pt 
flamand de Grave. Son installation à Rotterdam eut lieu en se 
bre ou octobre 1630. Il était alors ftgé d'environ 40 ans. 

Daniel Massis parait avoir joui d'une certaine autorité pan 
collègues. Nous le voyons, en effet, en 1640, chargé de l'affa 
Jean Heynsius , pasteur à Middelbourg , qui avait donné du sca 
à son troupeau « en se livrant au commerce. » Il s'agit probablt 
de l'agiotage dans le commerce des tulipes, qui parvint en 1 
un si haut degréde développement. 

En 1641 Massis est chargé par le Synode de régler les affaii 
Bréda.où les catholiques refusaient de rendre l'église française 
ils s'étaient emparés pendant l'occupation espagnole (1625 — t6i 

Nommé régent du Collège wallon de Leide,en remplacemt 

1 TrosdMfaa]» Resolatle dd. 2 juillet 1631. Begiater VU, ps^ 376. 



60 LES DÉBUTS DE l'eGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

Louis de Dieu, décédé le 22 décembre 1642, il quitta Rotterdam en 
1643 pour aller occuper sa Douvelle position. Il mourut à Leide en 
février 1668 , à Tâge le 78 ans , regretté de son Eglise et de ses nom- 
breux élèves. 

Le 9 décembre 1643 le Consistoire appela pour lui siTccéder le 
pasteur Elle Delmé. 

La famille Delmé, ou de Lemé , était depuis longtemps établie en 
Angleterre. Le grand-père d'Elie remplissait en 1616 les fonctions de 
diacre dans l'Eglise de Norwich. Son père , Philippe Delmé , fut pasteur 
de cette même Eglise jusqu'en 1619, époque à laquelle il succéda à 
son beau-père, Elie Mauron, comme pasteur de Cantorbery , où il 
mourut en 1653. 

Elie Delmé avait été pasteur à Ysendyke, où commence sa car- 
rière pastorale; puis, en 1641, on l'avait accordé pour prêcher en 
anglais aux troupes en garnison à Bois-le-Duc. Il fut installé à Rot- 
terdam en janvier 1644, et s'y établit avec sa sœur, qui mourut en 
mars 1645. 

Son père , Philippe Delmé , le pressa le revenir en Angleterre. Mêlé 
activement aux luttes politiques et religieuses qui aboutirent au 
supplice de Charles I et dont l'Eglise française et flamande de Lon- 
dres se ressentait, il était naturel qu'il voulût avoir son fils avec lui. 
Elie fut appelé à Londres en juin 1645. Le Consistoire de Rotterdam 
lui conseilla de rester ; il refusa la vocation , mais à contre-cœur ^ 
L'année suivante il se rend à Londres pour s'occuper de sa nomina- 
tion comme pasteur de cette ville. Le Consistoire , qui avait entendu 
parler de ces négociations , lui écrivit pour lui recommander de reve- 
nir et de soigner son troupeau. Delmé obéit; mais il paraît qu'on lui 
réservait une place à Londres ^. Il se rend de nouveau dans cette der- 
nière ville en juillet 1651 , et y reste jusqu'en mars 1652. Son père 
informa alors le Consistoire que, vu son grand âge, il désirait que son 
fils restât à Londres, où. on lui avait réservé une place depuis 1646. 

1 . F. de Sohiokler , Les EglisoB du Refuge en Angleterre , II , p. 64 , bs. 

2. F. de Sohiokler , Les Egliaee du Refuge en Angleterre , II , p. 155. 



LES DÉBUTS DE l'eQLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 61 

Le Consistoire répondit qu'on désirait qu'il revînt à Rotterdam. Le 17 
avril 1652 il est à son poste et représente son Eglise au Synode de 
Rotterdam , où on lui déconseille de suivre les avis de son père et ses 
propres préférences , vu que « l'Eglise de Londres était très défectueuse 
en plusieurs égards. j> Il se soumit au désir du Synode, mais le 6 dé- 
cembre 1652 il obtint du Consistoire sa décharge, qui fut ratifiée par 
le Synode de La Haye, le 23 avril 1653. 

Malgré ses absences répétées, le Synode résolut « de lui donner un 
témoignage honorable des bons services qu'il avait rendus aux Egli- 
ses. » U partit pour Londres , où il mourut en 1660. 

Il montra dans son testament qu'il n'avait pas oublié ce Rotterdam 
où il avait été pasteur pendant huit années. Le 18 mai 1660 , la dia- 
conie reçut de ses héritiers un legs de 250 florins pour les pauvres. 

Après le départ de Delmé, le Consistoire appela comme pasteur 
Charles de Rochefort^ né en 1604. L'Eglise de La Rochelle l'avait 
envoyé à l'ile de Tortola , endroit malsain , situé près de la Jamaïque , 
qui appartint aux Hollandais jusqu'en 1606, époque où elle devint 
possession anglaise. De Rochefort n'y resta pas longtemps ; cependant 
le climat exerça sur sa santé une influence pernicieuse dont il se res- 
sentit toute sa vie. En 1650 il fut appelé à Flessingue ; puis, en décem- 
bre 1652 , à Rotterdam. 

La vocation fut approuvée par le Magistrat le 9 décembre 1652, 
mais à condition que « désormais le Consistoire communiquerait les 
(L noms des personnes prises en considération avant de passer à 
« l'élection définitive, afin qu'on procédât avec leur bon concours » ^ 

Le Consistoire prit l'engagement de se conformer à cette condition 
et signa le 16 décembre 1652 une déclaration à ce sujet s. 



1. Aotes du Consistoire le Rotterdam , k , fol. 2. 

2. Na dien onse Aohtbare Heeren Magistraten yerstaen dat voortaen onse Consi- 
storiale yergaderinge niet en procedeert tôt de absolute Electie yan een Predioant 
sonder haer Aohtbaerheden de persoon ofte persoonen gecommnniceert te hebben 
op weloken men soude de oogen connen slaen. Wy hebben goedt gedacht haer Aoht- 
baerheden te betuigen , dat wy gaeme die wegh volgben sullen die sy ons yoorsohy- 



52 LES DÉBUTS DE l'eQLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

En conséquence, par une résolution en date du 20 décembre 1652, 
le Vroedschap ordonna que les Seigneurs de la Loi (de Heeren van de 
Weth deeser Stede) prendraient connaissance des élections et donne- 
raient l'approbation requise. Par suite , les députés du Consistoire qui 
allaient inviter un pasteur à venir à Rotterdam , durent être accom- 
pagnés de l'huissier de la ville (Stadsbode). C'est ce qui se fit lorsqu'ils 
se rendirent auprès de Charles de Rochefort L'huissier qui les ac- 
compagna était Jurian Willems '. 

La vocation fut approuvée par le Synode de la Haye, le 23 avril 1653 
(art. 19). Le 4 juillet suivant de Rochefort présidait le Consistoire 
pour la première fois. Le 13 juillet, il distribuait pour la première 
fois la Ste- Cène à environ 200 communiants. Mais il ne s'installa à 
Rotterdam, au Haagsche Veer, qu'en août 1653. La ville lui alloua 
une somme de f. 250 pour son déménagement ^. 

La cause de ce retard de huit mois fut qu'en lui accordant sa 
décharge , l'Eglise de Flessingue avait mis pour condition qu'il la ser- 
verait jusqu'à l'arrivée de son successeur, Charles Stuart. 

Charles de Rochefort avait épousé Damoiselle Magdelaine Buteux. 
Ils eurent cinq enfants : 

Marie Magdelaine, baptisée le 25 avril 1655 ; Jaques Charles , bap- 
tisé le 11 mars 1657 ; Abraham , né le 26 et baptisé le 28 juillet 1658 ; 
Anne , baptisée le 16 octobre 1661 ; Charles René, baptisé le 27 jan- 
vier 1664. Presque tous ces enfants sont morts en bas âge. A sa mort, 
arrivée le 26 septembre 1683, Charles de Rochefort ne laissa qu'un 
enfant , Abraham , qui fut plus tard avocat à Rotterdam , puis échevin 
de Schieland. 

Sa veuve mourut à Rotterdam le 27 mai 1691. 



yen , gelooyende dat in suloke cas van Ëleotie van Predioanten het cor yel strekken 
tôt nuttigheid der Gemeente , dat men daar in prooedeertmetgoede Correspondentie 
der Ghristelyke Oyerigheid , in sonderheit als sj het begeeren. 

Uyt naem yan den Kerokenraet geteekent den 16 décembre 1652. 

Elias Delmé predicant, Adriaan Âmbrosius ouderlingh , P. du Rien ouderlingh , 
J. Timmera Diaeoken , Jaoob du Castel Diaeken. Actes du Consistoire , A , fol. 2. 

1. Comptes de TEglise yirall. de Rotterdam , III , p. 56. 

2. Ordinaris Thesauriers rekening oyer 1653 , f°. 277 Y. 



/ 



LES DÉBUTS DE l'eQLISK WALLONNE DE ROTTERDAM. 53 



C'est avec le ministère de Charles de Rochefort que commence l'ad- 
ministration régulière de l'Eglise. Aussitôt après son arrivée il éta- 
blit un registre des Actes du Consistoire. Le premier procès-verbal 
porte la date du 6 décembre L652,jour de sa vocation. L'obligation 
pour les Consistoires de tenir un registre de leurs actes remonte à 
l'année 1578; elle émane du Synode de Dordrecht, 3 juin de cette 
année (art. 24). Il est possible que , pour s'y conformer , le Consistoire 
de Rotterdam ait rédigé des « notes ou mémoires » ; mais en tout cas 
rien n'en a été conservé. En 1661 le Consistoire proposa de réunir dans 
une « discipline toutes les résolutions prises depuis des années. » Il se 
peut qu'alors on ait détruit ces ce notes » après en avoir extrait ce 
qu'on voulait conserver. Cette première discipline, rédigée par de 
Rochefort, fut approuvée le 1 décembre 1661 , imprimée en petit 8° en 
1662 et éditée par Henry Goddaeus, libraire à Rotterdam. Les frais 
d'impression furent de fl. 65 : 18 : — '. 

Charles de Rochefort établit aussi de nouveaux registres pour les 
baptêmes et les mariages. 

Le première baptême inscrit date du 6 juillet 1653; c'est celui de 
Judith, fille de Nicolas d'Aval et de Anne de Petit. 

Le premier mariage date du 9 novembre 1653 ; c'est celui de Pierre 
Léger, originaire de Poissy et de Marie Moran, veuve de François 
Pezé. Les annonces avaient été inscrites le 25 octobre 1653. 

Mentionnons encore une bibliothèque à l'usage des pasteurs orga- 
nisée par Charles de Rochefort. 

Les frais occasionnés par l'établissement de ces registres et par la 
fondation de la bibliothèque furent payés par le Vroedschap. On 
trouve dans le « Ordinaris Thesauriers Rekening » de l'année 1654, 
fol. 425 : « Paye pour des livres pour l'église française la somme de 
fl. l22:19: — 
Les libéralités du Vroedschap en ce qui concerne la bibliothèque 
ne durèrent pas, et le 7 mars 1666 le Consistoire décida que l'argent 

1. Comptes de TËglise de Rotterdam , lY , p. 1. 



•, 



I 



54 LES DÉBUTS DE l'eQLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

nécessaire à son entretien serait pris sur le revenu des collectes pour 
les besoins de l'Eglise et sur le subside accordé en faveur de l'entre- 
tien du Collège de Leide ^ 



Nous avons dit plus haut que le séjour de Rochefort à Tile de Tor- 
tola avait gravement altéré sa santé. On trouve fréquemment dans les 
Actes du Consistoire des résolutions tendant à régler le service de 
l'Eglise pendant a la maladie du pasteur. » C'était tantôt un collègue, 
tantôt un proposant qui le remplaçaient. Us recevaient un ducaton 
(f. 3 : 3 : — ) pour chaque service. 

En juillet 1666 on résolut de demander un second pasteur. Le 18 
juillet on rapportait au Consistoire que « l'église avait obtenu de 
(( Messieurs les Etats de Hollande la liberté d'appeler un second mi- 
ce nistre en qualité d'aide de Monsieur Charles de Rochefort pendant 
« sa vie en considération de ses fréquentes infirmités et qui doit lui 
(( succéder après sa mort. » Le Consistoire en donna communication 
au Vroedschap, qui accorda le 24 juillet l'autorisation d'appeler un 
pasteur. Mais de Rochefort se rétablit et il ne fut pas procédé à l'élection. 

Au bout de quelque temps les ce infirmités y> du pasteurs recom- 
mençaient. Le 10 septembre 1672 le Consistoire le députaient au 
Magistrat avec un ancien et un diacre , pour demander l'autorisation 
de nommer un second pasteur en vertu de l'approbation accordée par 
les Etats en 1666. 

Le Consistoire se réunit le 28 septembre et le 19 octobre 1672 pour 
dresser une liste de trois , savoir : Elle Saurin d'Utrecht , Phinées 
Piélal, ancien pasteur de Villeneuve de Berg en Vivarais , réfugié à 
La Haye, et Lombard , de Nîmes. Phinées Piélat fut élu le 21 décem- 
bre de la même année « comme aide de Monsieur de Rochefort et pour 
<r servir l'église tout seul sans aide en cas de décès de Rochefort 
a comme il était décidé par les Etats d'Hollande. » Ou lui alloue un 
traitement de f 500 : — à prendre sur les revenus des droits d'enter- 
rement. Piélat fut confirmé le 12 février 1673. 

1. Actes du Consistoire A , fol. 42. 



LKS DÉBUTS DE l'eGLISB WALLONNE DE ROTTERDAM. 55 

Les plaintes sur l'insuffisance de la chapelle de St. Sébastien ne 
cessèrent pas depuis Tannée 1628. Le résultat en fut qu'en 1631 
le Yroedschap donne aux Wallons l'église de la Hoogstraat. Mais , ils 
durent retourner en 1635 dans la Lombardstraat , l'église de la Hoog- 
straat ayant été donnée aux Anglais sous le nom de « Court-Kerkh » ^ 
Il ne resta plus au Consistoire que l'espoir de jours meilleurs. 

Le Vroedschap était plein le bonne volonté. Le 21 avril 1655 il ac- 
cordait au Consistoire , à condition ce de payer un prix raisonnable 
ce pour louage», l'usage de la maison située à côté de la chapelle , 
a pour tenir consistoire et enseigner la doctrine aux enfants d K Une 
chambre basse, qui donnait sur la rue , fut cédée par le Consistoire au 
ce portier y> qui s'appelait alors Louis Bay. Ces libéralités ne parurent 
par suffisantes. Le 3 octobre 1655 le Consistoire renouvela ses démar- 
ches en vue d'obtenir l'agrandissement de la chapelle. Mais ce fut en 
vain. 

L'année suivante (1656) la Cour des marchands anglais fut trans- 
portée à Dordrecht Aussitôt le Consistoire s'adressa au Yroedschap 
pour obtenir l'église de la Hoogstraat « veu qu'il est une place beau- 
coup plus commode que celuy que nous avons présentement et même 
qu'autrefois nous en avons eu la jouissance et que Messieurs les Magi- 
strats , qui nous en firent sortir pour la donner à la dite Cour des 
Anglois nous firent pour lors espérer , que si la dite Cour se retirait 
de cette viUe , on nous rétablirait dans la possession du dit temple j> ^. 

Cette demande fut favorablement accueillie et le Consistoire s'em- 
pressa de mettre l'église en état de servir dignement au culte wallon. 
Les comptes de l'Eglise nous en fournissent la preuve. 

Nous y relevons, en effet, les dépenses suivantes: f. 252 : — au 
menuisier Dirck Michielsz Cock pour réparation de la chaire * ; — 



1. Dr. Nicolas Zas. BesohrgYlngenKroaiek vaiiSohieland. Rotterdam, 165S.— 
Bronnen , II , p. 478. 

2. Aoies du Consistoire, A, foL 9. 

3. Actes du Consistoire de 4 juillet 1656 . A , fol. 12. 

4. Ordinaris Thesauriers rekening oyer 1657 , foL 392. 



56 LES DÉBUTS DE l'eQUSE WALLONNE DE ROTTERDAM. 

f. 20 : — à Johannes Honich pour la broderie de 15 coussins ^ ; 
f. 122: 19: pour achat de bibles et délivres 2; f. 19: 11: pour net- 
toyage du bâtiment ' ; f. 241 : — au charpentier Jean Jacobsz van der 
Poel ♦. 

On voulut aussi que l'intérieur de l'église fut plus sévère , plus 
conforme aux idées religieuses du temps, et l'on résolut a qu'au lieu 
« de tant d'armes et d'écussons et d'armoiries qui étaient à l'entour 
a des murailles du dit temple » (quand il était occupé par les Anglais), 
«on fît écrire en des cadres l'oraison Dominicale, le Symbole des 
a Apostres , les Commandements de Dieu et quelques belles sentences 
« tirées de la SK Ecriture. Le Consistoire a aussi arresté qu'on ferait 
«garnir la chaire de drap vert, qu'on y mettrait des chandeliers de 
« cuivre et qu'on ferait quelques autres petits accommodements qui 
« sont nécessaires pour l'ornement du dit Temple. )) 

Quand toutes ces améliorations furent terminées, on célébra le pre- 
mier culte; ce fut le dimanche 4 novembre 1657 *. On était arrivé à 
l'établissement définitif, celui du temple « au bout de la haute rue y> 
qui est resté aux Wallons jusqu'à nos jours. 

On peut diviser l'histoire de l'Eglise de Rotterdam en deux pério- 
des : la période wallonne et la période française. La première prend 
fin avec l'abandon de la chapelle de St. Sébastien. La seconde com- 
mence avec la prise de possession de l'église de la Hoogstraat. 

Dans la seconde moitié du XYIIe siècles des réfugiés français vin- 
rent s'établir en grand nombre à Rotterdam ; il en résulta une absorp- 
tion de l'élément wallon dans l'élément français. Notre Eglise prit un 
caractère français, beaucoup plus distinct de l'Eglise hollandaise, 
caractère qu'elle a conservé jusqu'à nos jours. 

Avant cette époque le nombre des Wallons paraît avoir été fort 



1. Ordinaris Thesauriers rekening otof 1657 , fol. 402. 

2. Ordinaris Thesaoriers rekening OTer 1657 , fol. 425. 
8. Ordinaris Thesanriers rekening OTor 1657 , fol. 394. 

4. Comptes de PEglise , III , pag. 76. 

5. Aotes du Consistoire , 4 noT. 1657 , A , fol. 15. 



LES DÉBUTS DE l' EGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 57 

restreint La chapelle des Cellites ne pouvait contenir que 150 person- 
nes et celle de St. Sébastien , que 350 personnes. Il est vrai qu'elles 
étaient trop petites ; mais on peut considérer comme certain que jus- 
qu en 1650 le nombre des Wallons ne dépassa pas le chiffre de 400. 

Sans doute il est difficile de contrôler ce chiffre d'une façon absolue. 
Yoici cependant une indication importante. D'après les comptes de 
TËglise, le nombre des méreaux usités pour la Ste. Cône pendant la 
première période va de 2 à 300 ; tandis qu'en 1652 on dut en acheter 
un millier. Il en fut de même ensuite tous les trois ou quatre ans. 

Une autre indication nous est fournie pas les registres des baptêmes 
et des mariages. En comptant un mariage pour 150 personnes et un 
baptême pour 33 , on peut évaluer le nombre des membres à 400 après 
1653 et de 5 à 600 après l'année 1672. 

Puis , par suite du redoublement des persécutions sous Louis XIY, 
le nombre des réfugiés devint si considérable que la moyenne peut 
en être évaluée au chiffre de 1200 , de 1683 à 1687 , et à celui de 2200 , 
de 1688 à 1692. Il va sans dire que nous ne comptons pas les pas- 
sants, ce qui serait d'ailleurs impossible, puisque les registres n'en 
font point mention. Si l'on considère que la population totale de la 
ville ne dépassait pas 50.000 habitants, on peut en croire J. Dumont 
de Bostaquet quand il dit , lors de son arrivée à Rotterdam , en 1687 : 
« Cette belle et grande ville, devenue presque française par la retraite 
d'un grand nombre des habitants de Rouen et de Dieppe. :s> 

Botterdam^ novembre 1899. R.-N.-L. Mirandolle. 



PASTEURS ÉTRANGERS QUI ONT PRÊCHÉ DANS 
L'ÉGLISE WALLONE DE ROTTERDAM 

1591—1687. 



1622. Lucas Trelcat , pasteur de l'Eglise flamande d'Elburg. 

Cussonel , pasteur à Saint-Palais. 

.... Jolyette. 
1626. Pierre Fremaut, pasteur à Cologne, appelé en 1626 à Embden. 

Lazare Bayard , pasteur à Bréda. 
1627 la Rivière. 

Jean Sanisson , pasteur à la Haye. 

1628. Jaques de la Grève , pasteur sous la Croix. 
Jean Sanisson , pasteur à la Haye. 

1 629. Pierre Agache , pasteur à Leide. 

Daniel Castel , proposant , appelé en 1 633 à Bois-le-Duc. 
1631. Jean Mathon , nommé le 31 Mars 163 1 chapelain du régiment 
wallon du Comte Maurice de Nassau. 
Pierre Philippe Bontemps, pasteur en Angleterre; appelé en 
1636 à Harlem. 

1633 Hamels. 

1634. Lucas Trelcat, pasteur à Amsterdam, 1630—34 dans l'Eglise 
walL, 1634—1638 dans l'Eglise flamande. 

1636. Esaïe du Pré, pasteur à Leide, 1621—1649. 

1637. Esaïe du Pré, pasteur à Leide. 
1638 Mason. 



LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 59 

1 640. Jean Bourgeois , fils , pasteur à Tournay. 
Jean Blondel , pasteur à la Haye. 

1645. Abraham de Lannoy, proposant, appelé en 1645 à Âarden- 

bourg. 
Coffard. 

1646. Cyrus du Moulin, en 1634 pasteur à Limbourg ; fait prison- 

nice par les Espagnols ; délivré en 1 636 ; devient pasteur à 
Chateaudun. 

1647. Jean Blondel , pasteur à la Haye. 
Cyprien Henriquet , pasteur sous la Croix. 

François de Cupil, Seigneur. Il était DocteurenTheolog.de 
TEgl. rom. 

de la Beraudière, de ]640 — 1652 pasteur des troupes 

françaises. 
1648 Mathar. 

Paul Bellot, proposant ; de 1652 à 1681 pasteur à Groede. 

Frédéric Spanheim, de Genève, pasteur à Leide depuis le 
3 juillet 1648 jusqu'à sa mort (14 Mai 1649); professeur 
de tbéol. à Leide depuis 1642. U prêcha le 1 Sept. 1648, à 
l'occasion de l'action de grâces pour la paix de Munster. 
1649 Mathar. 

Jean Beck, pasteur de l'hôpital de Delft; de 1652 à 1666 pas- 
teur à Leide. 

1651. Ezéchiel Daunois, pasteur à la Brielle, ancien pasteur de 

l'Eglise du Boulonnais; part en sept 1653 pour l'Angleterre. 

1652. Jean Blondel , pasteur à la Haye. 
Ezéchiel Daunois , pasteur à la Brielle. 

1653 delaCroye. 

Charles Stuart. 

François Simon, proposant; pasteur de l'Olive, 1656 — 1698. 
1661 de Rentre , pasteur à Harlem. 

1663. Jean le Brun , pasteur à Nymôgue. 

1664. Henry du Moulin, fils de Pierre, réfugié venu du Havre; le 

19 août 1664 appelé à Middelbourg. 
Bertrand de la Marque, pasteur à Lausanne, en Suisse. 



60 LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTEHDAM. 

1668 Croizet. 

1681. Daniel Sebille, pasteur à Montcerf en Brie; en 1681 appelé 
à Ooes. 

Pierre Juriea , de la Haye , réfugié de Sedan. 

1682 Albus. 

1683. Paul Gravisset 

Daniel Vernejou , pasteur à Bergerac. 



ANCIENS DE L'ÉGLISE WALLONNE DE 
ROTTERDAM 1591—1697. 



Jean Caulier, 1591-1612. 
Laurent Couplet, 1592-1600. 
LouysGati, 1594-1597. 
François Petit, 1598. 
Jaques de Eeiser, 1603. 
Jean van Waesberghe, 1604- 

1621. 
Guillaume de Loherville, 1606- 

1612. 
Jean Sluyters, 1607. 
Gérard van Berghen ,1609. 
Léon Petit, 1610-1628. 
Guillaume Thysken , 1611. 
Charles de la Ruelle ,1616. 
Jean le Maire, 1616. 
Henry Hartman ,1617. 
Dirck Anthoniszoon Heemstee, 

1617. 
Jean de Mars, 1618. 
Paul Timmers, 1619-1647. 
Jonas Cabillau, 1621-1622. 



Jehan de St. Aubin Anthonie- 

zoon, 1626-1628. 
Guillaume Dullaert, 1630. 
George Marcus, 1630-1649. 
Guillaume Gromé , 1631-1651. 
Isaac de Pré, 1634-1635. 
Jan Janszoon van Duren, 1636- 

1642. 
Adrien Ambrosius, 1637-1668. 
Isaac du Castel, 1641-1671. 
Henry Beck, 1648-1657. 
Pierre Ancellin, 1650-1651. 
Philippe du Rieu, 1650-1653. 
Casembroot, 1652-1653. 
Paul Timmers, 1654-1655. 
Pierre le Roy, 1654-1676. 
Jaques Motte, 1655-1656. 
RenéTinueback, 1657-1670. 
Jacob Gérard, 1657-1672. 
Mr. Adrien Vroesen , 1658-1659. 
François Versen , 1 658-1 669, . 



LES DÉBUTS DE l'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM. 



61 



Nicolas du Chemin, 1659-1679. 
Jean Beinier, 1662-1663. 
Jacob van Naerssen , 1662-1663. 
Paul Timmers, fils, 1663-1687. 
Jean de Graeff, 1663-1664. 
Théodore Dane, 1666-1675. 
Ewaldus Blanckert, 1667-1668. 
Jean Swinnas , 1668-1673. 
François le Maire, 1669-1674. 
Heymen Dullaert, 1671-1672. 
Jean van Dam, 1672-1673. 
Dominique Roosmalen, 1674- 

1675. 
JeanBeyer, 1675-1676. 
Franco du Bois, 1676-1681. 
Léonard van Naerssen, 1676- 

1677. 



Josua van Belle, Seigneur de 
Waddinxveen, 1677-1687. 

ReinierVisch, 1677-1687. 

Gerbrand de Reus, 1678-1686. 

Corneille Hechtermans, 1679- 
1684. 

Revixit van Naerssen, 1680- 
1687. 

Jean van der Linde, 1681-1682. 

Josias Olmius, 1681-1682. 

Pierre de Mey , 1682-1683. 

Jean de Mey, 1684-1686. 

JeanFaneuil, 1684-1686. 

Adrien van Hersele, 1686-1687. 

David leBaUeur, 1686-1687. 

Antoine Lus, 1687. 

Pieter van Doren , 1687. 



DIACRES DE L'ÉGLISE WALLONNE DE 
ROTTERDAM 1591—1687. 



Henry Hartman , 1612. 
Paul Timmers, 1621. 
Gijsbrecht Franssen , 1621. 
Louis Gabillau (Jonas), 1623- 

1632. 
Jean Pisset , 1 623. 
Dirk Anthoniezoon Hemstee, 

1623. 
Jean Galle, 1628. 
George Marcus, 1630. 
Isaac de Bra,J 631-1643. 



Jan Janszoon van Duren, 1631- 

1632. 
Guillaume Dullaert, 1631. 
Adrien Ambrosius, 1632-1640. 
Jean Vermasen , 1635. 
Willem W. Cooper, 1636-1637. 
Philippe du Rieu , 1638-1645. 
Henry Beck, 1640-1642. 
C.van Arkel, 1641-1647. 
Pierre Ancellin , 1643-1644. 
Jacob du Caatel, 1645-1654. 



62 LES DÉBUTS DE l'ÉGUSE 

François Verssen , 1645-1653. 
Pierre le Roy , 1 646-1648. 
C. van Weghel, 1647. 
Jean van de Graeff, 1649-1656. 
Nicolas du Chemin, 1649-1655. 
Jacob Motte, 1649-1652. 
JeanTimmers, 1651-1652. 
Richard le Bourgeois, 1654- 

1655. 
Abraham van Lathem, 1655- 

1656. 
Pierre Marret, 1656-1657. 
Jean Swinnas, 1656-1665. 
Isaac van Buren, 1657-1658. 
Théodore Dane , 1657-1 663. 
Jaques van Naerssen, 1658- 

1659. 
Jean van Dam, 1658-1663. 
Paul Timmers, fils, 1659-1660. 
Ewaldus Blanckert, 1659-1660. 
Jean Drolenvaui, 1660-1666. 
Gérard Goris, 1661-1662. 
Elie Hannot, 1662; décédé en 

1662. 
Abraham de Bra, 1663-1672. 
Herman van Bergen , 1663-1668. 
Jean Beyer, 1663-1669. 
Mr. Jean van derLinde,1664- 

1665. 
François le Maire, 1665-1666. 
Jacob du Castel ,1666-1668. 
Heymen DuUaert, 1666-1667. 
Franco du Bois, 1667-1672. 
Léonard van Naerssen, 1668- 

1669. 



WALLONNE DE ROTTERDAM. 

Moyse le Cocq, 1669-1670. 
Dominique Roosmale , 1 669- 

1670. 
Revixit van Naerssen, 1670- 

1671. 
Dirk van derHorst, 1670-1671. 
Jean le Vasseur, 1672-1678. 
Pierre van Doom ,1672-1673. 
Isaac de Peyster , 1 673-1674. 
Josias Olmius , 1678-1674. 
Gerbrand de Reus , 1674-1675. 
Arnold Schuerman, 1674-1675. 
Mr. Cornelis Hechterman , 1675- 

1676. 
Jean Bouwens, 1675-1676. 
Jean van Lith, 1676-1677. 
Reinier Borremans, 1676-1677. 
Jean Faneuil, 1677-1671. 
David le Balleur, 1678-1679. 
Isaac Poortugael , 1678-1687. 
Antoine Lus, 1679-1680. 
Jean Mancx, 1679-1680. 
Bernard Vaillant, 1680-1681. 
Jacob Lefort, 1680-1690. 
Cornelis de Haes , 1681-1682. 
Abraham Elsevier , 1681-1682. 
JeanFerrand, 1682-1688. 
Jean le Roy, 1682-1683. 
Mr. Michel Hannot, 1683-1684. 
Reinier Leers , 1683-1684. 
Abraham de Rochefort, 1684- 

1686. 
Herman Lufneu , 1684-1690. 
Henry Ravesteyn Jr., 1685- 

1690. 



LES DÉBUTS DE l/ÉQLISK WALLONNE DE ROTTERDAM. 



63 



Corneille des Ramaux, 1685- 

1686. 
Jean van Armeyde, 1686-1687. 
Philippe Poupée, 1686-1690. 
Gualtherus Hennequin, 1687- 

1688. 
Daniel van Keerbergen, 1687- 

1688. 
Guillaume de Mey, 1687-1688. 
Jean van der Hoeven, 1687- 
• 1688. 



Jacob Witheym , 1 688-1 689. 
Adriaen Groeninx, 168S-1689. 
Thymon van Schoonhoven, 1 688- 

1689. 
Thomas van Naerssen, 1688- 

1689. 
Adriaen Havelaar, 1689-1690. 
Philippe van der Hoeven, 1689- 

1690. 
Nicolas Maurice, 1690. 
Abraham van der Schalken, 1690. 



-<m— 



LA FAMILLE DIZL 



> » < 



M. H. J. Schouten , pasteur d'Omraeren , a fait don à notre biblio- 
thèque d'une copie du mémorial de la famille Dizi. L'original repose 
dans les archives de la famille Bodens, dont le dernier hoir est décédé 
récemment à Apeldoorn. Ce mémorial ne nous a pas paru présenter 
un intérêt de nature à devoir le reproduire in extenso dans le Bulletin. 
Nous en donnons cependant ici le commencement, parce qu'il con- 
stitue une page de l'histoire de la passion des Hugenots. 

Amsteldam l'An. 1772. 

Moi Louis Dizi, par la bonté de Dieu, ai mis par écrit ce petit 
abrégé de notre famille, pour l'instruction de mes enfants. 

J'ai ouï dire plusieurs fois à ma chère grand-mère, qui étoit veuve 
d'André Pécheur, mort en France, qu'en l'année 1686 elle et sa mère 
se sauvèrent de France, à cause de la cruelle persécution pour la reli- 
gion , sous le règne de Louis 14, ayant tout abandonné , n'emportant 
de France que sa pauvre mère sur son dos , parce qu'elle étoit à l'ex- 
trémité, et 2 enfants qui la suivoit, à savoir Pierre et Anne Pécheur, 
tous deux fort jeunes; et comme ils n'osèrent marcher de jour, (de) 
peur d'être pris , il falut qu'ils marchassent de nuit avec un guide qui 
les conduisoit. Au bout de 3 jours de trajet , la mère de ma chère grand- 
mère mourut. Alors ma chère grand-mère fut obligée de grater avec 
ses mains une fosse pour y ensevelir sa mère. Lorsqu'elle en faisoit 
le récit, un torent de larmes couloit de ses yeux. Neuf nuits s'encou- 
ièrent avant qu'ils arrivèrent à Mastricht. Y étant. Dieu fut grande- 
ment loué de cœur et de bouche d'être délivré de la crainte et de la 
poursuite de ses persécuteurs. De Mastricht on les envoya à Amstel- 
dam, où étant arrivez, ils furent pourvus de toutes nécessitez, tant 
pour la nouriture que pour le vêtement. 



CAPRICES DES NOMS PROPRES. 



Tout le monde sait que pendant longtemps rôtat-civil a été fort mal 
tenu et que Ton s'est permis toutes sortes de libertés , parfois fort 
étranges , avec les noms propres. Notre collection de fiches , qui con- 
tient plus de deux millions de copies d'actes tirés de registres de Hol- 
lande et d'Allemagne , est fort riche en exemples de variations plus 
ou moins arbitraires dans la manière dont sont reproduits des noms 
propres, qui, d'après nos notions, devraient toujours rester identiques 
à eux-mêmes. J'ai cru que l'on trouverait intéressant d'en avoir ici 
quelques échantillons. 

Bans les actes de baptême de la famille Deltifrie , une mère , tou- 
jours la même, est affublée tour à tour,comme nom de famille, des 
noms de Cheval^ Sieval , Faard et Peerd. 

Le vieux nom français Laict-de-Bœurre est devenu Ledebœr. 

En 1710 Patd Chevalier aépousé Ju(îtï% 6rrat;oui2, mais l'acte de 
mariage est au nom de Bidder\ en revanche les enfants issus de cette 
union portent dans les actes de baptême le nom de Chevalier. 

Orthographes diverses du nom Omvlee; Honfde^Honvele^ Honvléy 
Havli^ Hontdy , Honvly , Honvlee , Honvlie , Onvly , Onvley et Omvlee. 

De Languespée on a fait Longepee. 

Il y a en 1668 un Ahram Fouquet ^ (\\xi en 1669 s'appelle Vclket^ei 
sa femme, Judith Fortelanse en 1668, est l'année suivante Jt^iïA 
Lastdringer. 

A Mannheim on a fait d'un Libraire un Liebeherr. 

L'épouse de François Jean de Herstai s'appelle en 1690, à la Haye, 
Sara Toma van de Wijnperse^ et en 1693 , à Amsterdam , Sara Tho- 
mas Destordeur. 

Celle de Pierre Oombert est Elisabeth Castin^M IQlb^eMAfsheih 
Keisteen en 1677. 

De MiUecamps on a fait MUeJcan et plus tard MUikan ; cette der- 
nière forme existe encore à Leyde. On a aussi traduit , et nous trou- 
vons , pour le même nom , Duysentvélt. 

VIII. 5 



66 CAPRICES DES NOMS PROPRES. 

Jean Jacques Toussaint a été baptisé en 1684àLeuwarde; mais 
quand vingt-cinq ans plus tard il obtient ainsi que sa mère la natura- 
lisation à Amsterdam , c'est sous le nom de Heylig. Comme il est mort 
peu après son mariage, on ne peut savoir s'il a eu des enfants, et, 
dans ce cas , quel nom ils ont porté. 

Malfaitj corrompu, est devenu Malefeyty et aussi traduit, Qualyck 
gedaen. 

Le nom de Chatidron a été inscrit à Leyde sous les formes suivan- 
tes : Serdron , Zodrom , Chodron , Zodron , Sadrony Schodronj Sedron^ 
Seudron , Ziddron , Siedron , Cederon et Cedron. 

En Allemagne on a traduit Bassompierre par Bettstein, 

Isaac Chaufour, né en 1673 à Leyde*, s'y marie en 1696 comme 
Isaac Warmenhoven, On trouve en outre : Choufour^ Koffoer^ Coffour^ 
Soffour , Soffoer et Schoufoer. 

Lehkerwijn est la corruption de V Ecrivain. 

Les traduction sont des plus fréquentes. En voici encore quelques 
exemples: Le Blanc = de WU et Withe; Des Champs = van de 
Velde; Dubois = van den Bosch; Dupré = vander Weyden; La- 
croix = van der Cruyse; Chevalier = de Buy ter où de Bidder; Sau- 
vage = de Wilde; Meunier = Mvlder; Cjomeille = Kraay; Poi- 
rier = Peerèboom ; Marchand = Koopmans , et ainsi de suite , pres- 
que à l'infini. Il va sans dire que cette opération s'est effectuée avant 
tout sur les noms qui consistent en un substantif commun. 

Il y a quelque chose d'un peu drôle à la pensée qu'on chante : 

Wien Neerlands bloed door d'adren vloeit, 
Van vreemde stnetten vrç 

«Qui sent circuler dans ses veines un sang néerlandais , pur (2e 
toute souillure étrangère » 

H. J. HOEE, 

Commis de la commission de VHist. 

et de la Bibl. wallonne. 



RAPPOKT 

ANNUEL DE LA COMMISSION DE l'hISTOIRE ET DE 

LA BIBLIOTHÈQUE DES ÉGLISES WALLONNES, PRÉSENTÉ AUX 

DÉPUTÉS DES ÉGLISES WALLONNES RÉUNIS A BOIS-LE- DUC 

LE 22 JUIN 1899 ET JOURS SUIVANTS. 



aiWOOQOoani ■ 



Membres* — Le nombre des membres de notre Commission n'a 
subi aucun changement pendant le dernier exercice. Tous nous avons 
pu collaborer à l'œuvre qui nous est chère, en lui consacrant les loi- 
sirs que nous laissent nos occupations quotidiennes. 

Un des plus anciens membres de notre Commission , M. le pasteur 
Chavannes, ayant célébré dernièrement le jubilé de ses 25 ans de 
ministère à Leyde, nous ne nous sommes pas seulement associés par 
la pensée et par le cœur à la fête que ses amis lui ont ofierte à cette 
occasion. Nous avons profité de cette circonstance pour envoyer à 
notre dévoué collaborateur l'expression de notre reconnaissance et de 
notre afiection fraternelle. La Commission de l'Histoire doit beaucoup 
à M. Chavannes, tant pour ce qui concerne nos publications périodi- 
ques et autres que pour l'administration de la Bibliothèque wallonne. 
Dans les jours difficiles qui suivirent la mort de Du Rieu , il nous a 
rendu des services exceptionnels. C'est grâce à son intervention 
auprès de généreux anonymes que nous avons pu jusqu'ici parfaire 
le salaire de notre Commis. Comme vous le voyez, Messieurs, la re- 



-v 



U 

X 



68 RAPPORT. 

conoaissance que nous avons témoignée à M. Chavannes lui était bien 
due, et vous vous associerez , nous n'en doutons pas , aux vœux que 
nous formons pour quMl plaise à Dieu de nous conserver longtemps 
un collaborateur aussi utile et aussi dévoué. 



Finances. — L'état de nos finances est assez satisfaisant II en 
est ainsi grâce aux bienfaiteurs anonymes auxquels nous faisions 
allusion tout à l'heure. Sans le secours qu'ils nous ont accordé cette 
année encore, nous n'aurions pas pu payer le salaire de M. Hoek , ni 
maintenir l'équilibre de notre budget. 

La Commission wallonne a approuvé nos comptes et nous a accordé 
un subside de /*250, — , dont nous lui sommes reconnaissants. 

Le compte de la Commission de V Histoire se termine par un bon 
solde de f 790,54. Mais il est à prévoir que ce chiffre favorable bais- 
sera d'ici à quelques années. Nous aurons à payer bientôt la moitié du 
déficit qui résulte de la vente du Bulletin. En 1900 ou 1901 nous 
publierons le second volume du Livre synodal et le quatrième sup- 
plément du Catalogue de la Bibliothèque, ce qui occasionnera une 
forte dépense. 

Le compte de V Emprunt ne donne lieu à aucune remarque. Nous 
vous prions de vouloir bien procéder au tirage d'une obligation , qui 
sera remboursée à la mi-septembre , après le payement du coupon. 

Le compte de la BibliothèqtÂe se termine par un bon solde de 
f 136,21, à peu près le même que Tannée passée. Les contributions 
des Églises se sont élevées à f 104,50 pour le loyer , à / 269, — pour 
les achats et les réparations. Nous espérons bien que ces subsides ne 
diminueront pas. L'importance de notre bibliothèque est reconnue de 
plus en plus. Nous en reparlerons plus loin. 

Un quatrième compte figure , pour la première fois cette année , à 
la suite des précédents. C'est celui du Legs A.-J. Enschedé. 

Feu notre cher Vice-président a légué à la Commission wallonne, 
au profit de la nôtre, un capital de /^ 7000, — dont les rentes doivent 
servira payer une pension à deux personnes, leur vie durant. L'admi- 
nistrateur ayant consenti à transférer dès maintenant ce fonds à la 



RAPPORT. 69 

Commission wallonne, celle-ci a pensé qu'il serait préférable que la 
gestion nous en fut confiée directement, ce qui a été fait. Désormais 
c'est la Commission de THistoire qui est responsable. Elle devra cha- 
que année présenter les comptes du Legs A.-J. Enschedé. Elle a la 
charge de payer les pensions annuelles sur les intérêts. Le reliquat 
sera capitalisé de manière à former un fonds de réserve. Au 1 janvier 
1899, le bon solde se montait à f 38,30. 

Bnlletiii* — La 4™® et dernière livraison du 7nie volume du Bul- 
letin a paru il y a quelques semaines. La publication de ce volume 
est enfin terminée. 

L'heure est venue de décider une question dont nous vous avons 
déjà dit un mot dans notre rapport de l'année dernière. Y a-t-il oppor- 
tunité à maintenir la publication d'un périodique , et, dans l'affirma- 
tive , cette publication devra-t-elle continuer sous la forme du Bulle- 
tin , on sous une forme nouvelle ? Cette question a été soumise aux 
délibérations de notre dernière assemblée générale. Quant au prin- 
cipe, tous les membres ont été de l'avis que la Commission ne peut 
pas se passer d'un organe. L'application de ce principe a été confiée à 
l'examen d'une sous-commission chargée de prendre l'avis de l'édi- 
teur et de s'entendre avec lui. Différentes circonstances n'ont pas 
encore permis à cette commission de s'acquitter de son mandat, mais 
nous croyons savoir qu'elle ne tardera pas à le faire. 

Livre synodal. — Le projet dont nous vous avons parlé l'année 
dernière au sujet du Livre synodal , est en voie d'exécution. M. le pas- 
teur Picard a déjà à peu près terminé la Table des matières. Celle des 
noms de personnes et de lieux est très avancée. Toutefois M. Hoek, 
qui s'est chargé de cet important travail , en a encore pour une année 
environ. Il nous est donc permis d'espérer que notre prochain rapport 
vous apprendra que l'ouvrage est sous presse. 

Colleetion des flehes. — Le classement des fiches continue. 



70 RAPPORT. 

Celles qui nous sont venues de Berlin (ville) ont été ajoutées à la col- 
lection, ainsi que celles qui se rapportent aux officiers français dont 
les noms figurent dans les résolutions des États généraux. Nous nous 
occupons actuellement du classement des fiches provenant des envi- 
rons de Berlin. 

Le nombre des consultations a beaucoup diminué cette année. 
Peut-être n'est-ce là qu'un phénomène passager. Le produit net des 
consultations a été de /^ 52,39. 

Yoici les familles sur lesquelles nous avons donné des informa- 
tions: Abrassart, d'Autin, d'Auvillier, Basset, Brassart, Burch- 
graaf, Caron, Colet, Croyé, Ebrard, Ébrard du Casquet , Faigaux , 
Genêt, Glasenap, van Harlingen, Hautain, Jacquet, Jenet, de la 
Court , le Cerf, le Fè vre de Montigny , le Mort , van Lennep , Maigret , 
van Marie , Masclé , Munter , de Néale , de Nerée , Poilblanc , de Ras , 
de Rasse , Robertson , Roquette , Thellung et de Viry. 



Bibliotlièqae, — Nous vous disions , il y a un instant , que l'im- 
portance de la Bibliothèque wallonne est de plus en plus reconnue. 
Jamais, en efiet, elle n'a eu autant de visiteurs, jamais autant de 
livres n'ont été prêtés que pendant la dernière année. 

Un historien allemand nous ayant demandé de lui expédier, à titre 
de prêt, un manuscrit précieux, cette demande a donné lieu à une im- 
portante résolution. La Commission wallonne, consultée par nous^ a 
décidé qu'en règle générale les manuscrits précieux et les livres rares 
ne seraient pas prêtés en dehors de la Bibliothèque. Toutefois , dans 
certains cas particuliers , le Bibliothécaire pourra être autorisé par la 
Sous-Commission de la Bibliothèque à faire des exceptions à la règle. 
Dans ces cas, les ouvrages seront confiés , autant que possible, aux 
directeurs des bibliothèques publiques , des archives municipales ou 
autres , et c'est dans ces établissements qu'on pourra les consulter. 

Nos collections se sont augmentées , pendant le dernier exercice , 
de 134 volumes, de 3 portraits, des armoiries de la Rivière et de 5 
médailles; 103 de ces volumes et un de ces portraits ont été achetés 
par nous. Nous avons profité de certaines circonstances, telles que la 



RAPPORT. 71 

vente de la bibliothèque de notre regretté correspondant de Rouen , 
M. Lésons , la vente Royaards , à Utrecht, la publication du catalogue 
d'un grand magasin de livres de théologie appartenant à un antiquaire 
de Leyde, pour combler plusieurs lacunes et pour faire maintes ac- 
quisitions utiles. 

La construction d'une nouvelle armoire et celle d'une nouvelle 
vitrine ont été jugées indispensables. 

Le nouveau et 4™® supplément du catalogue , que nous vous pro- 
mettions Tannée dernière , est prêt pour l'impression. Toutefois notre 
Bibliothécaire préfère attendre jusqu'à l'année prochaine pour le pu- 
blier. Il croit utile d'y insérer les acquisitions que nous avons faites 
pendant le dernier exercice , acquisitions d'une certaine importance 
et probablement supérieures en nombre à celles qui seront faites d'ici 
à quelque temps. 

Nous mentionnons maintenant les noms des personnes ou des in- 
stitutions qui nous ont fait des dons , et nous leur offrons ici l'expres- 
sion de notre sincère gratitude , à laquelle vous vous associerez cer- 
tainement. 

Citons, en premier lieu, M. W.-J.-C. Moens, d'Angleterre, qui 
nous a tant de fois déjà donné des preuves de sa sincère amitié. Il 
nous a envoyé, cette année, les quatregrands volumes des archives 
de l'Église hollandaise de JJondres , Ecdesiae Londino Batavae Ar» 
chivum^ publication splendide , aussi remarquable sous le rapport de 
l'exécution typographique qu'importante sous le rapport scientifique. 

Citons ensuite : la Bibliothèque royale de La Haye, la Bibliothèque de 
la vïUe de Harlem , la maison E.- J. Brill , MM. C.-O. Chavannes , H.- J. 
de Dompierre de Chaufepié, Ch.-M. Dozy, Ebrard^ professeur à 
Francfort-sur-le-Main , J.-W. Enschedé , D.-G. van Epen , le Hugue- 
noUen-Verein ^ la Huguenot-Society y M.M. M.-J. Jaccard, de Lau- 
sanne , G. von Jordan , de Strasbourg , J. la Rivière , J.-C.-H. Matile , 
R-N.-L. MirandoUe , M.-A. Perk, les rédactions des journaux fo Ofem- 
tianisme au 19»»« siècle , le Kerkelijke Courant et le Befuge , la Société 
de Vhistoire du Protestantisme français ^ la Société d^histoire et d'ar- 
chéologie de Genève, M.M. R.-J. de Stoppelaar, A. von den Yelden, 
de Weimar, et P.-J. Wyminga. 



72 RAPPORT. 

Yeuillez être assurés, Messieurs, que nous nous efforcerons de 
nous montrer dignes de cette bienveillance, de ce concours amical 
qui nous est apporté de tant de côtés à la fois , comme aussi nous es- 
pérons justifier de plus en plus votre confiance, par Tardeur et le zèle 
avec lesquels nous nous consacrerons à la grande œuvre historique 
en vue de laquelle notre Commission a été fondée. 

Au nom de la Commissiùn : 

E. BouRUER ^président 
Ch.-M. Dozy , secrétaire. 



--^88«— 



E APPORT 

ANNUEL DE LA COMMISSION DE L'HISTOIRE ET DE 

LA BIBLIOTHÈQUE DES ÉGLISES WALLONNES, PRÉSENTÉ AUX 

DÉPUTÉS DES ÉGLISES WALLONNES, RÉUNIS A MAESTRICHT 

LE 5 JUILLET 1900 ET JOURS SUIVANTS. 



■I • MlQ Q Q OOO f * I 



Messieurs et très honorés Frères ! 

Membres. — En vous présentant notre Rapport annuel , nous avons 
le regret de vous signaler la perte subie par notre Commission du 
fait de la démission de M. van Boneval Faure. Nous regrettons vive- 
ment d'être privés désormais de son concours actif, quoique nous 
soyons heureux d'être certains de posséder toujours sa sympathie. 
Aussi nous a-t-il fait le plaisir d'accepter le titre de membre hono- 
raire de notre Commission, que nous nous étions empressés de lui 
offiîr. 

Notre Commission a été plus grandement encore éprouvée par la 
longue et douloureuse maladie de notre excellent secrétaire M. Ch. M. 
Dozy. A l'heure où nous écrivons ces lignes , il n'a pas pu encore re- 
prendre régulièrement ses fonctions. M. Chavannes l'a suppléé dans la 
mesure du possible , c'est-à-dire tant bien que mal. 

Pour le reste la composition de la Commission n'a pas varié. 

vm. 6 



74 RAPPORT. 



Finances. — Le secours anonyme qui nous a permis jusqu' à pré- 
sent de payer le salaire de M. Hoek, nous a été continué. C'est heu- 
reux , car nous ne pouvons pas nous en passer. 

La Commission wallonne a approuvé nos comptes et nous a accordé 
un subside de / 275, — , dont nous lui sommes reconnaissants. 

Le compte de la Commission de l'Histoire se balance par un bon 
solde de /" 636,84. 

Le compte de l'Emprunt se balance par un bon solde de f 597,95^ , 
ce qui n'est pas suffisant pour parfaire les f 1000,— nécessaires pour 
le remboursement d'une obligation ; il manquera , d'après nos prévi- 
sions, environ ^225, — , qu'il faudra prendre sur le solde de ^636,84. 
Nous destinions celui-ci à la publication du 4me supplément du Cata- 
logue de la Bibliothèque ; mais la maladie de M. Dozy a rendu impos- 
sible d'y procéder cette année , et nous avons cru sage d'employer 
cette fois l'argent qui y était destiné à nous acquitter de nos obliga- 
tions envers nos prêteurs. Nous vous prions de vouloir bien procéder 
au tirage d'un titre, qui sera remboursé à la mi-septembre. 

Le compte de la Bibliothèque se balance par un bon solde de 
f 27,58*, beaucoup moins que l'année passée, ce qui provient des im- 
portants achats qui ont été effectués. C'est de l'argent bien employé. 
Les contributions des Eglises se sont élevées à f 101,50 pour le loyer 
(f 3, — de moins que l'année passée), et à ^319, — pour les achats et 
les réparations (f 50, — de plus que l'année passée). Il a été collecté à 
La Haye Z' 17,18 et à Rotterdam /^ 25,356. 

Le compte du legs Enschedé accuse un bon solde de ^127,94, que 
nous avons placé à la Caisse d'épargne , pour nous prémunir contre 
les éventualités de pertes. 



Bulletin. — La première livraison du 9°^^ volume du Bulletin 
vient de paraître au moment où nous écrivons. Les personnes qui 
auraient des communications intéressantes à faire sont instamment 
priées de nous les envoyer pour les livraisons prochaines. 



RAPPORT. 75 



Llyre synodal. — M. le pasteur E. Picard continue le grand tra- 
vail de la Table des matières , mais n'a pas encore pu l'achever. Quant 
à celle des noms de personnes et de lieux , travail immense aussi , 
dont M. Hoek a été chargé , il lui reste à dépouiller trente années. 

Collection des flclies. — Le classement dés fiches provenant des 
villages de la banlieue de Berlin est presque achevé; suivra celui des 
fiches de Sedan. On consulte notre collection moins qu'auparavant. 
Le produit net a été de ^46,39 ; voici les noms sur lesquels ont porté 
nos recherches : Ardes , Bèchevel , de Bordes , Bussard , Cavallier , 
Cazius, Claudon, Clermont, Dubois, Dubosc, Duclos, Elbert,Es- 
peut , Gilly , Houles , Hugo , Huguenin, La Orue , Lucadou , Malherbe, 
Mècheaux , van der Meersch , Montgn , Pauw , Remy , Scherer , Suzan- 
net de la Forest , Tappé , ten Dali , Tinne , van Toornburg , van der 
Veer, Villaret, van Wassenaar, Wesselius et Zubli. Nous plaçons ré- 
gulièrement des annonces dans ce Le Refuge. y> 

BibliOtlLèqae. — On a fait cette année encore grand usage de la 
Bibliothèque , et nous avons prêté beaucoup de livres. 

Nos collections se sont augmentées de 120 volumes et manuscrits , 
de quatre planches représentant l'église v^allonne d'Amsterdam , de 
deux autres représentant celle de Bois-le-Duc et d'un portrait , celui 
du pasteur Oriot Nous avons fait des achats pour la somme de 
/ 108, — Les dons ont été faits par MM. C. Hofstede de Groot, P. Q. 
Brondgeest , S. J. Richard , Alex. Dietz , Ch. M. Dozy, le Baron W. 
Snouckaert van Schauburg , M. A. Perk , J. W. Enschedé , H. G. A. 
Obreen, A. van der Velden, L. J. A. Braakenburg van Backum, 
H. J. Schouten , F. Kjop , M. L. Schouten Hz. , G. Keizer , H. D. Guyot, 
L. D. Petit, la Société de l'histoire du Protestantisme français, le 
Hugenotten Yerein , la Huguenot Society de Londres et les Rédac- 
tions du Eerkelgke Gourant , du Refuge, du Christianisme au XIXe 
siècle et du Wapenheraut 



76 RAPPOBT. 

Noas prions instamment les Églises qui ne nous ont pas encore en- 
voyé d'images de leurs édifices, et les Pasteurs qui ne nous ont pas 
encore donné leurs portraits, de vouloir bien y penser promptement. 

Notons encore qu' il a été vendu un exemplaire en argent de la mé- 
daille du Refuge. 

Nous avons été invités par la Huguenot Socieiy de New-Tork à nous 
intéresser à la fondation d'une Société internationale pour les intérêts 
d'Églises protestantes d'origine française, et pour la publication d'ou- 
vrages s'y rapportant Nous avons répondu que cette entreprise, tout 
intéressante qu'elle est , sort entièrement du cadre de l'œuvre qui nous 
a été confiée par les Églises wallonnes. 

Notre collègue M. le Dr. Brondgeest a représenté notre Commis- 
sion , le 7 mai de l'année passée, à l'assemblée du Hugenotten-Yerein 
à Francfort. 

Nous continuons à recommander vivement à l'intérêt de nos Églises 
l'importante institution dont l'administration nous est confiée. 

PS. Au dernier moment nous recevons de la Huguenot Society of 
America un fort beau volume avec illustrations, intitulé : Tercente- 
nary célébration of the promulgation of the Edict of Nantes, April 
13, 1598 published by The Huguenot Society of America. — With 
portraits , facsimile of the first and last pages of the Edict and other 
illustrati ve matter. — Published by The Huguenot Society of Ame- 
rica. New-Tork 1900. 

La Commission de P Histoire des Églises tvaUonnes : 

(signé) K BoTTBUER j président, 

C. G. Chavannbs , secrétaire p. i. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

DISCOURS PRONONCÉ A l'OUVERTURB 
DE LA RÉUNION DES DÉPUTÉS DES ÉGLISES WALLONNES 

ASSEMBLÉS A MAESTBICHT, 

LE 5 JTJILLBT 1900 ET JOUBS SUIVANTS. 



n$ m ê m •• 



Mbssieubs, 

Si j'ai rhonneor de présider cette Réunion, j'en suis redevable à an 
fait que vous connaissez tous ; je veux parler de l'éméritat honorable 
de Monsieur le pasteur Ferk. Nous avions espéré que ce trôs honoré 
frère pourrait retarder de quelques semaines le moment de prendre 
sa retraite et terminer sa carrière pastorale en présidant la Réunion 
de Maestricht Des considérations , devant lesquelles nous n'avions 
qu'à nous incliner, ne le lui ont pas permis. 

Vous serez tous d'accord avec moi , Messieurs , pour le regretter. 
Connaissant à fond les affaires des Églises wallonnes et celles de 
l'Église hollandaise, joignant à l'autorité que donnent les services 
rendus celle qui s'acquiert à l'école de l'expérience, M. Perk était 
pour nos Réunions un guide difficile à remplacer. Yous savez avec 
quel esprit impartial il dirigeait nos discussions , de quelle cordialité 
expansive et vraiment fraternelle étaient empreints ses rapports avec 
nous. Vous vous souvenez des discours par lesquels il inaugurait nos 



78 LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 

travaux , sur des sujets variés , captivants , chaleureux , et toujours 
accompagnés de l'exactitude qui est une des qualités essentielles des 
études historiques. Si un départ ne devait point passer inaperçu , c'est 
le sien assurément, Messieurs, et vous ne serez pas surpris qu'au 
moment de lui succéder , j'aie éprouvé le besoin de rappeler ces sou- 
venirs pour lui en faire hommage. Ne croyez pas que j'espère vous 
faire oublier mon prédécesseur. Rien n'est plus éloigné de ma pensée. 
Je me propose simplement de m'inspirer de son exemple et de l'exem- 
ple , aussi , d'autres parmi nos honorés collègues que j'ai vus à l'œuvre 
et qui n'ont pas rempli avec moins de distinction les .fonctions de 
Modérateur. Je ferai de mon mieux. Et quant à vous , Messieurs , per- 
mettez-moi de solliciter l'appui de votre bienveillant et fraternel 
concours , qui , je l'espère , ne me fera pas défaut 

Suivant l'exemple de mes prédécesseurs , je me propose de vous 
adresser quelques paroles d'introduction aux travaux qui vous atten- 
dent. Le sujet dont je désire vous entretenir est VhisUnre de la Biblio- 
thèque wallonne de Leyde. 

C'est en l'année 1852 qu'elle a été fondée. Mais je dois remonter 
plus haut. La Bibliothèque est sortie du Dépôt wallon de Leyde. Je 
devrai donc vous parler de ce Dépôt Celui-ci est sorti, à son tour, des 
archives du Synode wallon. Il me faudra remonter par conséquent 
jusqu'à nos anciens Synodes. Le champ est vaste. Je ne réponds pas 
d'être court , même en prenant soin de ne pas trop entrer dans les 
détails et de raconter plus encore que de commenter. J'espère que 
l'importance du sujet pourra me servir d'excuse auprès de vous et 
vous encourager à me prêter votre patiente et bienveillante attention. 

Les sources auxquelles j'ai puisé en premier lieu sont les Procès- 
verbaux des Synodes toaUons^ depuis la seconde moitié du IGi^me siècle 
jusqu'à l'année 1810; en second lieu, les Actes delà Réunion wal- 
lonne depuis l'année 1848 jusqu'à nos jours, en tout une vingtaine 
de gros volumes in folio ; puis les Actes de la Commission des Archives. 
Bien que les procès- verbaux de nos Synodes ne fussent pas pour moi 
des inconnus, j'aurais pu difficilement m'y retrouver sur un sujet 



LA BIBUOTHÈQUB WALLONNE. 79 

aassi spécial , si je n'avais ea le bonheur de rencontrer un guide aussi 
sûr que dévoué, je veux parler de l'excellent Secrétaire de la Commis- 
sion wallonne, M. le pasteur Picard, qui, ayant dressé la table des 
matières de tous les Synodes wallons , a eu l'obligeance de me donner 
les indications dont j'avais besoin. Il a bien voulu faire de même pour 
les actes de la Réunion. Qu'il me soit permis. Messieurs , de lui expri- 
mer ici ma gratitude pour le très grand service qu'il m'a rendu. 
Cela dit , j'entre en matière. 



L 



Les membres de la Réunion ont pu remarquer , derrière la Table de 
cette assemblée et à la portée du Secrétaire , une malle portant sur le 
couvercle le chifire de la Commission wallonne (C. W.). Cette malle 
contient tous les objets , registres , règlements , pièces diverses , dont 
cette Commission a besoin pour ses séances particulières ou pour 
celles de la Réunion. 

Le Synode possédait un meuble semblable et d'un usage analogue , 
mais de dimensions plus grandes et soigneusement enveloppé d'une 
gaîne de cuir destinée à le protéger pendant ses voyages. On l'appelait 
le coffre synodal. 

Que contenait-il ? Bien des choses. H contenait, cela va sans dire, des 
papiers administratifs et diverses pièces relatives aux afEedres inscrites 
à l'ordre du jour des séances. H contenait , en outre , ce que j'appellerai 
les a/rchwes du Synode; savoir, l'exemplaire officiel de la Confession 
de foi , qui devait être signée par les pasteurs ; la discipline et les règle- 
ments synodaux ; des pièces et mémoires se rapportant à d'anciennes 
afiaires retentissantes qui avaient assez longuement occupé les Syno- 
des, comme l'afiaire de Joncourt , l'affaire Fauchereau , la fameuse af- 
faire Labadie ; puis deux objets d'une importance toute spéciale ; en 
premier lieu , le Livre synockU. C'était le registre dans lequel on ins- 
crivait les articles , autrement dit les procès-verbaux du Synode. En 
second lieu, le Livre des actes. U faut entendre par actes des arrêtés 
synodaux qui ne devaient pas figurer dans les procès- verbaux et qu'à 



80 LÀ BIBLIOTHÈQUE WÀLLONNB. 

cause de cela on appelait actes secrets. Il était défendu aux membres 
du Synode de les divulguer sous peine de censure. Eb bien, le Livre 
des actes était le registre qui contenait la copie de ces actes. On con- 
servait les pièces originales dans un recueil à part. Ajoutons aux ob- 
jets que je viens d'énumérer les articles synodaux imprimés *, puis le 
répertoire des procès- verbaux du Synode , et l'on aura une idée assez 
exacte de ce que le coffre synodal contenait de plus important 

La garde de ce coffre était confiée à VActtmre. Qu'était-ce que l'Ac- 
tuaire ? Dans les premiers temps , les fonctions du pasteur qu'on dési- 
gnait ainsi consistaient uniquement à garder le Livre des actes et à le 
tenir à jour. On confiait ce Livre à un seul pasteur , afin qu'il fut gardé 
plus secrètement. Peu à peu , les fonctions de l'Actuaire s'étendirent. 
Il devint le Secrétaire permanent du Synode; je dis permanent, pour 
le distinguer du Secrétaire proprement dit , lequel était nommé aa 
commencement de chaque Synode , mais seulement pour la durée de 
la session. A partir du jour où la garde du coffre lui fut confiée (nous 
ignorons la date précise) , il devint en outre Varchiviste du Synode. 
C'était donc , on le voit, un personnage important que l'Actuaire, je ne 
dirai pas aussi important, je dirai presque aussi important que l'est 
aujourd'hui le Secrétaire de la Commission wallonne. Assistant à tous 
les Synodes, il siégeait à la Table, à côté du Secrétaire proprement 
dit, et opinait après lui. Sa charge durait trois ans. Elle n'était pas 
rétribuée. Pendant quelques -années on lui avait alloué un léger sub- 
side, d'abord de fi. 30, puis de fl.50 ; mais ce subside avait fini par être 
supprimé. 

L'Actuaire était choisi, d'après un ordre fixé d'avance, parmi les 
pasteurs des Églises les plus considérables et ses collègues répondaient 
avec lui de la garde du coffre synodal. L'Église qui possédait l'Ac- 
tuaire s'appelait l'Église aciuariale. 

Le Synode veillait avec le plus grand soin à la conservation de ses 
archives. On peut dire qu'il avait l'œil constamment ouvert sur le cof- 

1. On ne commence^ à les imprimer qu'à partir de septembre 1688. Avant cette 
date , on se bornait à les transcrire dans le registre appelé Livre synodal. Les dépu- 
tés en prenaient copie. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 81 

fre. Les fonctions de TActnaire étaient minutieusement réglementées. 
A sa sortie de charge, qui , je l'ai dit , durait trois ans , il devait pré- 
senter un inventaire de tous les objets contenus dans le cof&e. Une 
commission nommée par le Synode faisait la vérification et s'assurait 
si tout était en ordre. Mais on n^avait pas toujours la patience d'atten- 
dre ce terme de trois ans. Dans l'intervalle on saisissait toutes les 
occasions possibles de se renseigner sur l'état des archives. On provo- 
quait des communications de la part de l'Actuaire. Une pièce venait- 
elle à manquer, vite on chargeait une Église , presque toujours Am- 
sterdam , de se mettre à sa recherche. Une coUectiQn offirait-elle des 
lacunes, on priait l'Actuaire de faire son possible pour la compléter , 
et les Églises étaient exhortées à lui venir en aide. Un pasteur venait- 
il à décéder, on tâchait d'obtenir de sa famille qu'elle rendît les pa- 
piers synodaux qu'il avait eus en sa possession. 

Ces recherches n'étaient pas toujours stériles. Elles amenaient 
parfois des résultats heureux. 

Permettez-moi de vous en citer un exemple intéressant 

n s'agit de l'exemplaire authentique de la Confession de foi des 
Églises wallonnes des Pays-Bas , rédigée , comme on le sait , par Guy 
de Brès, vers 1560. Cet exemplaire, magnifique manuscrit sur par- 
chemin, relié en vélin, et datant de l'an 1580, disparut du coffire 
synodal et fut même considéré comme perdu pendant cinquante ans. 
On comprend l'anxiété du Synode. C'est sur ce manuscrit qu'on avait 
fait les traductions hollandaises de la Confession de foi , puis la revi- 
sion du Synode national de Dordrecht II portait les signatures origi- 
nales. On y lisait les noms des fondateurs de nos Églises wallonnes , 
les Jean Taffin , Jean Hochedé , Jean de la Grève , Pierre Moreau , Da- 
niel de Cologne, etc. Qu'on se représente la joie du Synode, lorsqu'il 
apprit, tout-à-coup , que ce précieux manuscrit venait d'être retrouvé. 
Cette trouvaille était l'œuvre d'un pasteur d'Amsterdam qui , ayant 
aperçu , par hasard , le manuscrit chez des particuliers , avait obtenu 
qu'ils en fissent restitution. Ceci se passait en 1767. 

Pourquoi , Messieurs , la sollicitude dont le Synode ne cessait d'en- 



82 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

toorer ses archives ? Pourquoi le soin jaloux qu'il prenait de leur con- 
servation ? C'était afin de pouvoir profiter des leçons du passé ; afin 
d'avoir sous les yeux l'exemple des pères , de s'inspirer de leur sa- 
gesse, de leur prudence , de leur esprit de modération et d'équité, non 
moins que de leur foi et de leur zèle ardent pour les intérêts des 
Églises confiées à leurs soins. Ensuite, et indépendamment de cet 
intérêt religieux et pratique , à cause de la valeur historique de ces 
archives. Le Livre synodal , par exemple , renfermait les procès- ver- 
baux des Synodes que les plus anciennes Églises réformées des Pays- 
Bas , celles des provinces méridionales , y avaient tenus à l'époque où 
la Béforme n'était pas encore suffisamment établie dans les provinces 
septentrionales. Et quant aux Actes , leurs nombreux volumes conte- 
naient une infinité de faits extrêmement intéressants sur l'origine , la 
discipline , et l'histoire des Églises réformées des Pays-Bas en général. 
Nous pouvons donc nous montrer reconnaissants , Messieurs , envers 
nos anciens Synodes , de ce qu'ils ont compris l'importance de ces 
précieux documents et de ce qu'ils ont veillé à leur conservation avec 
un si grand soin. Assurément, ils ne pensèrent jamais à écrire l'his- 
toire de nos Églises ; ils ont encore moins prévu qu'on songerait un 
jour à le faire. Mais ils auraient eu cette pensée et cette prévision 
qu'ils n'auraient pas agi autrement. 

n. 

n était dans la nature des choses que les archives du Synode s'ac- 
crussent peu à peu et d'une manière continue. Il y avait deux sessions 
par an; chacune durait une huitaine de jours. Les séances étaient fort 
chargées. Nos pères ne connaissaient pas , ou connaissaient moins que 
nous , ces loisirs qui sont un des charmes de nos Réunions et que les 
Églises qui reçoivent s'ingénient à nous rendre agréables. 

Le cofire synodal devint trop petit En septembre 1733, le Synode 
de Oorcum décida qu'on en ferait un second , dans lequel on verserait 
le trop-plein du premier ^. On l'appelait lepetU coffre. L'actuaire l'avait 

l. Art. 71. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 83 

SOUS sa garde, comme le grand coffre, et devait l'apporter également à 
tous les Synodes, afin qu'on pût y recourir au besoin. Cet arrangement 
dura une bonne période d'années. Mais, en 1776, l'Actuaire , qui était 
alors Louis Appelius , pasteur à Middelbourg , apprit au Synode qu'il 
avait reçu un troisième coffre , et , en outre , un grand ballot pour le- 
quel un quatrième coffre était nécessaire. En même temps , il repré- 
sentait les inconvénients qu'il y avait à faire voyager ces deux derniers 
meubles tous les trois ans, lorsque l'Actuaire sortant de charge trans- 
mettait à son successeur les objets cqnfiés à son administration, voyages 
d'autant plus inutiles que le Synode n'avait que très rarement besoin 
des papiers contenus dans ces coffres. Appelius proposa d'en débarras- 
ser l'Actuaire et de les placer dans une Église située au centre de la 
Hollande \ Nous touchons ici, Messieurs, à la fondation du Dépôt wallon 
de Leyde. Nous lisons , en effet , dans les articles du Synode tenu l'an- 
nôp suivante à Bois-le-Duc (juin 1777), ce qui suit: «L'Église de 
Leyde se charge du dépôt des papiers du Synode dont l'Actuaire ne 
fait que très rarement usage ^ j>. Fuis , dans ce l'Inventaire des livres et 
papiers appartenant au Synode wallon » imprimé à la suite des articles 
du Synode tenu à la Haye en 1778, nous lisons, en note : « Déposé dans 
le Consistoire de l'Église de Leide .... deux grands coffres )>. L'Église 
de Leyde s'était-elle offerte? L'avait-on sollicitée? Les articles syno- 
daux ne le disent pas. Quoi qu'il en soit , le choix de cette Église se 
recommandait à plus d'un égard. EUe était située au centre de la 
Hollande , particulièrement au centre du groupe de beaucoup le plus 
important des Églises wallonnes. Elle avait rendu au Synode, dans la 
personne de ses Actuaires, Esaïe du Pré , Louis Benion , surtout Jean 
Louis Floumoy , des services signalés, qui lui avaient mérité la con- 
fiance et la reconnaissance des Églises. Enfin , elle comptait dans son 
consistoire un pasteur , Jacob-Charles Souchay , qui était au courant 
de tout ce qui concernait les archives et sur le dévouement duquel on 
pouvait compter. 

1 . Mémoire de l'Actuaire sur l'état actuel de nos Archives , et sur quelques améyo- 
rations qu'on pourrait y faire , présenté au Synode assemblé à Delft le 6 juin 1776, 
page 3 ) Y. 4^. (Imprimé à la suite des actes de ce Synode). 

2. Art. 65. 



84 LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 

On en était là depuis une dizaine d'années. L'Église de Leyde gar- 
dait les coffires n^. 3 et n^. 4 Elle en avait placé le contenu dans une 
grande armoire, afin de pouvoir y recourir plus commodément \ lors- 
que le Synode fut appefé à prendre une résolution plus importante 
encore. Dans un long mémoire, présenté au Synode de Dordrecht en 
juin 1788 , et imprimé à la suite des articles de ce Synode , l'Église de 
Harlem proposa de faire de Leyde le dépôt a général j> des archives 
synodales. Il ne s'agissait plus simplement des papiers dont l'Actuaire 
ne faisait que très rarement usage. H s'agissait de ce que l'Église de 
Harlem appelait a les vraies archives des Églises wallonnes )!>, autre- 
ment dit les anciens autographes, ces précieuses reliques, dirais-je, 
qui étaient gardées dans le cof&e synodal et dont le Synode ne s'était 
jamais séparé jusqu'ici. L'Église de Harlem demandait, en outre, et 
ceci n'est pas moins à remarquer, qu'on plaçât dans ce dépôt les 
registres de papiers des Églises supprimées ou éventueilement suppri- 
tnables. Ces propositions, légèrement modifiées, furent votées deux 
ans plus tard par le Synode de Leeuwarde, en septembre 1790 ^, et, 
dès lors , le vrai Dépôt wallon fut constitué dans ses éléments essen- 
tiels. L'Église de Leyde en fut la dépositaire et J.-C. Souchay l'admi- 
nistrateur. 

En même temps , le Synode entra dans une voie d'activité toute 
nouveHe. Je viens de mentionner la proposition de l'Église de Harlem, 
proposition votée par le Synode de Leeuwarde, en vertu de laquelle 
on placerait dans le Dépôt de Leyde les registres et papiers des Églises 
supprimées. Il s'agit ici des Églises de la Barrière , ainsi nommées 
parce qu'elles se trouvaient dans les places-frontières, où, en vertu du 
traité des Barrières (15 novembre 1715) , les États généraux devaient 
entretenir des garnisons. Elles furent supprimées en 1782, lorsque 
l'empereur d'Autriche , Joseph H , força la Hollande à retirer ses gar- 



1. Cette armoire était placée sous les orgnes du temple wallon de Leyde. EUe y 
est restée jusqu'à Vépoque de la fondation de la bibliothèque. 

2. Art 34. 



LA BIBLIOTHÈQTJB WAI.LONNE. 85 

nisons. C'étaient les Églises de Namur , Tournai , Ypres , Fumes , 
Menin , du fort de Enock. Deux Églises , Middelbourg et Maestricht , 
furent chargées par le Synode d'en rechercher les archives. Ces recher- 
ches se firent, et après bien des lenteurs et bien des difficultés , elles 
furent couronnées de succès. Maestricht retrouva les archives de Na- 
mur ; le pasteur de l'Olive , celles de Tournai ; Middelbourg envoya 
à Leyde les papiers dTpres, Aire, Menin , Fumes , même ceux de 
Lille, Béthune et Mons, véritable trésor historique qui , malheureuse- 
ment , devait être plus tard enlevé à nos Églises. 

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce qui concerne la fondation 
du Dépôt wallon. Je ne vous parlerai pas des mesures fort prudentes 
à l'aide desquelles le Synode en réglait l'administration. Je ne men- 
tionnerai qu'en passant la construction d'une deuxième armoire, deve- 
nue nécessaire en 1801 par suite de l'accroissement successif des col- 
lections. Mais je crois qu'il ne sera pas sans intérêt de terminer cette 
partie de mon sujet par un aperçu général de ce que le Dépôt wallon 
de Leyde était devenu à la mort de J.-C. Souchay, en septembre 1808. 
Je prends pour base de cet aperçu un inventaire détaillé , dressé par 
Souchay lui-même, et imprimé à la suite des procès-verbaux du Sy- 
node tenu à Ziericzée en juin 1803. Pendant les cinq années qui 
s'écoulèrent entre cette dernière date et la mort de Souchay, le con- 
tenu du Dépôt wallon a subi peu de changements ^ de sorte que nous 
pouvons nous en tenir à cet inventaire. 

Il comprend 18 pages in-folio. Les a Livres et papiers 7> du Synode 
y sont divisés en trois classes. 1^ Les articles synodaux, savoir l'exem- 
plaire officiel du Livre synodal , en deux volumes. C'est le plus ancien 
recueil des procès-verbaux des Synodes. H est manuscrit, et va de 1663 
(Synode provincial de Teur) à avril 1688 (Synode de Campen). Il y a de 
plus 23 paquets d'articles synodaux imprimés, allant de 1692 à 1802, 
et embrassant par conséquent une période de cent dix années. Ce sont 
des doubles, et cela était fort utile pour compléter les collections des 
Consistoires. 2o Des actes secrets. Us sont en petit nombre et concer- 
nent pour la plupart les Églises des Yallées vaudoises du Piémont 



86 LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 

(1752-1802). 30 Des mémoires et papiers imprimés. Ces documents 
sont de la plus haute importance. Ils se rapportent aux résolutions 
synodales et forment , avec les articles et les actes secrets , la base de 
l'histoire des Églises wallonnes. Il y en a 80 collections ou paquets. 
Plusieurs sont relatifis à la fondation de la Bourse des yeuyes , d'au- 
tres, à des affaires plus ou moins célèbres concernant certains pasteurs, 
de Joncourt, Fauchereau, Labadie, que j'ai déjà mentionnées à 
propos du coffre synodal. J'ajoute l'exemplaire authentique de la 
Confession de foi ; la série complète de ses éditions successives , ainsi 
que de celles des règlements synodaux ; un livre d'édification , le pre- 
mier de ce genre qui , publié par un pasteur wallon , ait été offert au 
Synode par son auteur; c'est le Psautier évangélique deDaniel-Za- 
charie Châtelain , alors pasteur-catéchiste à Amsterdam. Enfin la col- 
lection complète des archives des Églises de la Barrière. Sans entrer 
dans plus de détails , je compte en tout de cinq à six cents pièces, dont 
un grand nombre forment de gros volumes in-folio. 

Vous pouvez mesurer. Messieurs , le chemin parcouru. Nous voilà 
bien loin du coffre synodal. La source est devenue , je ne dirai pas un 
fleuve, ce serait exagéré, mais un ruisseau , qui coule toujours plus 
abondant vers le Dépôt de Leyde et dont, grâce à des soins bien en- 
tendus , rien ne se perd. 



m. 



J'aborde maintenant, Messieurs, la troisième et dernière partie 
de mon sujet, savoir: la Bibliothèque u^oZIonn^. Je commencerai par 
vous dire comment elle a été fondée. L'histoire de cette fondation a 
traversé deux phases distinctes , une phase négative et une phase po- 
sitive , séparées l'une de l'autre par un intervalle de plus de quarante 

années. 

La proposition de fonder une bibliothèque wallonne fut faite pour 
la première fois au Synode de Berg-op-Zoom (septembre 1807) , par 
l'^É^lise de La Haye. Voici ce qui^donna naissance à cette proposition. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 87 

Nous apprenons par l'article 47 du Synode de la Brille (juin 1807) 
que M. J.-H. Yernède, pasteur à La Haye, ofErit au dit Synode un 
exemplaire d'un volume de sermons détachés qu'il venait de publier, 
non sans les avoir fait examiner et approuver par le Synode ; car, dans 
ce temps-là ce n'était pas comme aujourd'hui; nul membre de nos 
Églises ne pouvait faire imprimer de livre concernant la religion sans 
y avoir été autorisé par le Synode , et cela en vertu d'une mesure qui 
remontait très haut et dont on trouve la première trace en 1581 , dans 
un article du Synode général de Middelbourg (art. 38). Soit dit en pas- 
sant , la publication de ce volume de sermons , le premier ouvrage de 
ce genre qui ait été offert au Synode par son auteur, cette publication, 
dis-je, était un acte de bienfaisance. Le titre porte , en effet , ce qui suit : 
Sermons à Vusage des chrétiens affligés^ par Jacob-Henri Vernède^ 
pasteur de V Église wallonne de La Haye , imprimés au profit du Fonds 
recueilli pour le soulagement des infortunés de Leide , 1807. 11 s'agit ici 
du désastre arrivé à Leyde en 1807. Le 12 janvier de cette année , un 
bateau chargé de poudre , amarré au Bapenburg, au centre de la ville, 
fit explosion. Huit cent maisons furent détruites et des centaines 
de personnes périrent sous les décombres. Le Synode de la Brille 
accepta l'offre de Yernède et décida que son volume de sermons serait 
conservé dans le Dépôt de Leyde. En même temps , sur la proposition 
de J.-C. Souchay, il invita ce tous les pasteurs membres de son corps y> 
à imiter l'exemple de Vemède ce par rapport à tout ouvrage relatif à 
la religion qu'ils pourraient publier. ]e> 

C'est sur cet article 47 du Sjmode de la Brille que l'Église de la 
Haye s'appuya pour présenter sa proposition. L'accès de la biblio- 
thèque projetée devait être ouvert à tous les membres du Synode. 
Pour la former , l'Église de la Haye comptait sur la bonne volonté de 
ceux d'entre ces derniers qui publieraient à l'avenir quelque ouvrage 
sur la religion , mais elle demandait , aussi , qu'on fît l'acquisition de 
tous les ouvrages de cette nature publiés par les membres du Synode 
depuis que celui-ci existait. Four subvenir aux frais d'achat , on pour- 
rait utiliser l'excédant des taxes. L'Église de Leydej serait invitée à 
prendre la bibliothèque sous sa garde , et Souchay à en être le biblio- 
thécaire. Tel était , dans ses traits essentiels , le projet présenté par 



88 LA BIBLIOTHÈQTTE WALLONNE. 

l'Église de La Haye K Les députés de Leyde proposèrent de l'élargir , 
en invitant, non seulement les pasteurs , mais aussi les autres mem- 
bres des Consistoires à offrir leurs ouvrages , et les personnes possé- 
dant des manuscrits relatifs à l'histoire des Églises ou à la religion à 
les céder au Dépôt wallon , ce qui devait donner beaucoup de prix à la 
future collection ^. 

Le Synode de Berg-op-Zoom fut , est-il dit , ce frappé des motifis 
d'utilité et d'édification qui se trouvaienfrépandus dans ces proposi- 
tions)). Mais, vous ne tarderez pas à le voir, Messieurs, cette im- 
pression favorable était loin de devoir être partagée par la majorité des 
Églises. Gomme il s'agissait d'une affaire qui était de leur compétence, 
le Synode leur renvoya les propositions de la Haye et celles de Leyda 

Ce fut au Synode de Delft , tenu au mois de mai de l'année suivante 
(1808), qu'on prit connaissance de leurs réponses ^. Quelques Églises 
disaient : une bibliothèque sera utile. D'autres : elle sera inutile et de 
peu d'intérêt. D'autres : elle sera sujette à des inconvénients , car a ou 
les pasteurs possèdent pour la plupart les ouvrages dont elle serait com- 
posée , ou bien ce qui est bon se trouve toujours ici ou ailleurs et ce 
qui ne l'est pas n'a pas besoin d'être conservé y>. On objectait encore 
l'éloignement du lieu de la bibliothèque où plusie^rs Églises seraient 
placées , éloignement qui les paverait de l'occasion d'en faire usage et 

• 

ce ne permettrait au Synode d'en avoir la vue que tous les 16 ans , sa- 
voir quand il s'assemble à Leyde y>. Ce n'est pas tout Fresque toutes 
les Églises , pour ou contre , déclaraient s'opposer à ce qu^on se servît 
de l'excédant des taxes en faveur d'une bibliothèque , et cela au nom 
de l'art. 5, chapitre IX, des Règlements synodaux, qui y était contraire, 
estimant, d'ailleurs, que l'argent pourrait être mieux employé. 

Cette première consultation n'était donc rien moins que favorable 
au projet de l'Église de la Haye. Mais elle laissait l'affaire en suspens. 
Désirant arriver à un résultat définitif, le Synode de Delft décida le 
renvoi aux Églises d'une série de questions dont voici la première : 

1. Syn. de Berg-op-Zoom , aept. 1807 , art. 29. 

2. Même Synode, môme artiole. 

3. Art. 65. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 89 

« Y aura-t-il une bibliothèque synodale à Leyde sous l'inspection de 
Souchay ? j) 

Je lis dans l'art 62 du Synode suivant , Rotterdam septembre 1808, 
ce qui suit : « U a paru par les Instructions des Églises que la pluralité 
a décidé qu'il n'y aurait point de Bibliothèque synodale. » Et ce fut 
tout La question fut enterrée poiir longtemps. 

Tous le Yoyez , Messieurs , autant nos Églises attachaient d^impor- 
tance à la conservation des archives synodales , autant elles compriren t 
peu l'utilité d'une bibliothèque. La chose était nouvelle. On ne voyait 
que des difBcultés. Les Consistoires ne se doutaient pas du nombre 
d'ouvrages intéressants et même remarquables de pasteurs wallons 
et réfugiés qu'on pouvait réunir pour en former une bibliothèque. Les 
circonstances au milieu desquelles on vivait étaient , d'ailleurs , peu 
favorables à une entreprise de cette nature. Je ne parle pas seulement 
de la situation politique du pays , dont chacun sentait l'instabilité ; on 
était, je le rappelle, en 1808 ; je parle de la situation dans laquelle 
nos Églises se trouvaient  une période de sécurité avait succédé une 
époque pleine de périls. 1808, c'est l'année du fameux décret royal 
qui substituait le gouvernement aux communes pour les traitements 
des pasteurs. Le commentaire qu'en donnait le commis Janssen , cet 
adversaire acharné de nos Églises, ne laissait pas ignorer que des 
traitements seraient diminués ou supprimés , s'il le fallait pour mé- 
nager les finances de l'État Déjà des vacances se prolongeaient sans 
fin ; des postes de pasteurs étaient supprimés. Avant de fonder une 
œuvre qui avait besoin de temps pour se développer , il aurait fallu 
être sûr du lendemain. On ne l'était pas. Si le Synode avait vécu , 
peut-être aurait-il repris la question un jour ou l'autre. Mais on sait 
comment notre organisation synodale fut rayée d'un trait de plume en 
1809 et que le Synode se réunit une dernière fois à Campen en 1810 
pour faire place au régime des fondés de pouvoir. 

Lorsque la question fut reprise, et avec succès, quarante ans 
plus tard , les temps avaient bien changé. Le régime ecclésiastique 
inauguré en 1816 s'était consolidé. Nos Réunions s'assemblaient régu- 
lièrement chaque année. Bien ne menaçait plus l'existence de nos 

VIII. 7 



90 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONKX. 

Églises. Sûres du lendemain , elles avaient la liberté d'esprit nécessaire 
pour fonder une œuvre à longue portée. Le réveil des sciences histo- 
riques , qui a jeté un si grand éclat sur le dix-neuvième siècle , se 
£EÛsait sentir en Hollande comme ailleurs , et les membres de nos Ré- 
unions, appartenant, alors comme aujourd'hui, à la partie la plus 
éclairée de la nation , étaient en mesure de comprendre l'esprit de leur 
temps. 

Chose singulière , cette fois-ci , l'idée de fonder une bibliothèque 
wallonne ne prit pas naissance au sein de nos corps ecclésiastiques. 
Elle vint d'un libraire de la Haye , M. Jean-Louis-Gharles Jacob , 
Suisse d'origine et membre de l'Église wallonne. Ayant rencontré à 
la Haye M. F.-J.- J. Mounier , alors président de la Commission wal- 
lonne , il lui fit part de son idée au cours d'une conversation , puis la 
lui exposa plus amplement dans une lettre datée du 17 juillet 1848. 

M. Jacob avait été frappé de la pénurie des documents relatifs à 
l'histoire des Églises wallonnes. Sur les origines et les premiers temps 
de ces Églises on ne possédait que peu de chose; pour la grande péri- 
ode de la Révocation, à peu près uniquement le célèbre ouvrage d'Élie 
Benoît ; sur le dix-huitième siècle , rien. Cette lacune lui paraissait 
extrêmement fâcheuse , étant donné le très grand intérêt qu'ofifrait 
l'histoire de nos Églises, intérêt senti même hors de leur sein, comme 
le prouvait le fait que quelques années auparavant la Société de Leyde 
avait mis au concours la question des ce Recherches historiques sur 
les Églises wallonnes et les réfugiés en Hollande j>. U pensait qu'un 
moyen très propre à la combler serait la fondation d'une bibliothèque 
dans le genre de celles que possédaient les Mennonites et les Luthé- 
riens à Amsterdam , les Jansénistes à Utrecht et les Catholiques- 
romains à Warmond. Les éléments s'en trouveraient , ajoutait-il. Et il 
indiquait entre autres les ouvrages publiés autrefois par des pasteurs 
wallons , ouvrages aussi nombreux qu'intéressants. Dans le cas où 
quelque corps ecclésiastique se.montrerait disposé à prendre l'initia- 
tive d'une proposition , il était prêt à contribuer à l'œuvre , en cédant 
au prix coûtant une collection importante qu'il avait formée ^ 

1. Voyez la note I. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNB. 91 

/ 

M. Mounier communiqua la lettre du libraire Jacob à la Réunion 
de Delft (même année). La proposition qu'elle contenait fut favorable- 
ment accueillie par les députés de nos Églises. Chargée de s'occuper 
sans retard de cette affaire , la Commission wallonne ne parvint pas à 
se mettre en rapport avec M. Jacob , mais elle trouva un appui aussi 
précieux qu'inattendu dans la personne de M. Jean-Théodore Berg- 
man, membre de l'Église wallonne de Leyde et attaché à la biblio- 
thèque de l'université de cette ville , lequel , ayant appris ce qui se 
passait, envoya à la Commission wallonne le a plan » d'une biblio- 
thèque. Aussitôt une commission , composée de MM. 0.-H.-M. Delprat , 
pasteur à Rotterdam, Daniel Chantepie de la Saussaye, pasteur à Leyde, 
et J.-S. Vemède, ancien de l'Église d'Utrecht, fut chargée de présenter 
un préavis sur la question de la fondation d'une bibliothèque wal- 
lonne et, dans ce but, de se mettre en rapport avec les Consis- 
toires. Nommée à Rotterdam en 1849, cette commission ne put pré- 
senter son rapport qu'en 1852 à la Réunion de la Haye. Une seule 
Église, celle de Breda, déclarait s'opposer à la fondation d'une biblio- 
thèque. Les autres étaient pour. En conséquence, la Réunion delà 
Haye décida qu'une bibliothèque wallonne serait fondée. Sur le préa- 
vis de la commission susnommée , elle arrêta une série de mesures 
relatives à cet objets Ces mesures, précisées et complétées dans la 
suite, aboutirent à un règlement , qui , provisoirement adopté par la 
Réunion de Nimègue, en 1861, fut définitivement arrêté l'année 
suivante à Harlem , sur le préavis d'une commission composée de 
MM. A. Réville, pasteur à Rotterdam, Âbr. Diemont, pasteur à 
Leeuwarde , B. Fokker , ancien de l'Église de Middelbourg , et H.- J. 
Eoenen , ancien de l'Église de Harlem ^. 

L'article 1 de ce règlement définit nettement le caractère et le but 
de l'œuvre : « Une collection de livres et de manuscrits se rapportant à 
Vhistoire des Églises wallonnes » est établie sous le nom de a Bibliothè- 

1 . Rapport de la CommiBsion waUonne au Biget de la Réunion de la Haye , 4852 , 
page5,C. 

2. Rapport de la Commission wallonne an sujet de la Réunion de Harlem, 7186, 
page 11, 2. 

3. C'est nous qui soulignons. 



92 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

que wallonne j> j>. Ce bat ne ressort pas moins clairement de l'art 2 , 
dans lequel on indique , au nombre des matériaux dont la bibliothèque 
sera composée : a Les archives des Églises éteintes , en outre des livres 
et manuscrits se rapportant, en général, à l'histoire des Églises 
réformées de langue française et, plus spécialement, à l'histoire des 
Églises wallonnes -». — Art 6 : a L'Église de Leyde est dépositaire de 
la collection ». — Art 7 : a Elle gère les intérêts de la bibliothèque au 
moyen d'une commission nommée par elle et dont un des membres 
est bibliothécaire d. Ajoutons encore quelques dispositions. L'Église 
gérante présente un rapport annuel à la Réunion. Elle publie un cata- 
logue , et , tous les cinq ans , un supplément , lesquels seront envoyés 
à toutes les Églises. — Cette mesure remonte à l'année 1854. Elle fut 
arrêtée par la Béunion de Middelbourg (Rapport , page 4 , A) dans le 
but d'exciter l'intérêt des Églises en faveur de la bibliothèque , intérêt 
qui semblait languir. Quant aux rapports de l'Église gérante avec la 
Commission wallonne, celle-ci est chargée d'envoyer annuellement 
deux délégués pour prendre inspection de la bibliothèque et faire 
rapport — Cette dernière mesure avait évidemment un caractère pro- 
visoire. Elle se comprenait au début , quand il s'agissait de fonder la 
bibliothèque ; mais lorsque celle-ci fut définitivement fondée , orga- 
nisée et bien administrée, elle n'eut plus de raison d'être. Aussi fut- 
elle supprimée en 1868 \ N'oublions pas les ressources financières. 
C'est aux Églises qu'on les demandera. Chose toute naturelle , puisque 
la bibliothèque leur appartient Elles seront invitées à chaque Réunion 
à indiquer le chif&e de leurs contributions volontaires. 

Je résume , Messieurs , ce qui précède en disant : la bibliothèque 
wallonne est la propriété de nos Églises. Elles l'ont fondée en 1852, 
à la Réunion de La Haye, dans le btU de réunir des matériaux d^une 
histoire des Églises tmUonnes. Institution religieuse , la bibliothèque 
wallonne est donc , en même temps , une institution scientifique. 

Et maintenant, Messieurs , mon intention n'est pas de vous expo- 

1. Rapport de la Ck)mmi88ion wallonne au Biyet de la Réunion de Maestrioht 
1868, page 6, 5. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 93 

ser d'une façon détaillée les développements successifs de la biblio- 
thèque wallonne. Cela m'entraînerait trop loin. Cependant je ne puis 
m'arrêter ici. Sous peine de rester par trop incomplet , je crois devoir 
vous donner au moins un aperçu général de ces développements. 

1. Parlons d'abord de la commission administrative ou , pour lui 
donner son vrai nom , de la Commission des Archives. 

Elle est mentionnée, comme vous aurez pu le remarquer, dans le 
règlement de 1862. Mais elle lui est antérieure de dix ans. Ce fut le 
Consistoire de Leyde qui, comprenant l'utilité, la nécessité même , 
d'une commission spéciale, prit l'initiative de la fonder, et cela, vers 
la fin de l'année 1852 ^ Elle se composait de trois membres permanents 
pris dans le sein du troupeau. Le Consistoire y était représenté par 
deux de ses membres , savoir l'un des deux pasteurs à tour de rôle , 
chacun pendant un an , et un membre laïque nommé pour un an et 
rééligible. Le pasteur remplissait les fonctions de président ; un des 
membres permanents, celles de secrétaire-bibliothécaire. Yoici les 
noms des pasteurs qui ont présidé cette commission. Je crois équitable 
de les mentionner , car ils ont été utiles à la bibliothèque. Ce sont 
MM. Daniel Chantepie de la Saussaye, R-C.-J. van Goens , J.-Â. van 
Hamel , C.-G. Cha vannes , N. Nardi. 

Constituée le 5 février 1853, la Commission des Archives a ad- 
ministré la Bibliothèque pendant 42 ans, un petit demi-siècle. En 
septembre 1893 , le Consistoire de Leyde s'adressa à la Commission 
wallonne dans le but d'être déchargé de son mandat. Pourquoi cette 
demande? Pour plusieurs raisons, très nettement exposées, et en fort 
bons termes, dans la lettre que le Consistoire adressa à la Commission 
wallonne à ce sujet; entre autres pour celle-ci : la Bibliothèque wal- 
lonne était entrée en relations étroites avec la Commission de l'histoire 
des Églises wallonnes , si bien que l'employé devenu indispensable à 
la bibliothèque rendait ses services également à la Commission de 
l'histoire. Il était donc raisonnable de réunir de droit ce que la nature 
des choses avait joint de fait ensemble , et de charger la Commission 

1. Actes de la Commission des Archives , vol. I , première séance. 



94 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

de l'histoire , société historique, de la garde et de l'administration de 
la bibliothèque, institution historique ^ La Commission de l'histoire 
ayant fait connaître qu'elle consentait , la Commission wallonne con- 
sulta les Consistoires par une circulaire datée du 20 novembre 1893. 
Un seul fit opposition ; tous les autres approuvèrent et le transfert 
eut lieu le 6 mars de l'année suivante. 

Sera-t-il interdit. Messieurs , de demander comment la Commission 
des Archives s'est acquittée de l'important mandat qui lui avait été con- 
fié par le Consistoire de Leyde ? J'ai pris la peine de lire d'un bout à 
l'autre les procès- verbaux des 156 séances tenues par la dite Commis- 
sion, depuis le 5 février 1853 jusqu'au 7 juin 1893. Eh bien ! Je le con- 
fesse en toute sincérité , Messieurs , cette lecture m'a édifié. J'ai vu là 
une œuvre, toute de désintéressement et de piété, accomplie avec 
beaucoup de zèle, un soin minutieux, un véritable esprit de consécra- 
tion , avec une persévérance qui étonne, lorsqu'on sait les difficultés 
matérielles que la Commission ne cessa de rencontrer et qui furent 
pour elle un sujet de graves soucis. J'ajoute avec intelligence, grâce 
au soin que prit le Consistoire de Leyde de choisir des personnes com- 
pétentes. Tels, par exemple, M. Louis-Caspar de Luzac, qui avait été Mi- 
nistre de rintérieur en 1848, bibliophile distingué ; M. Jean-Gérard 
la Lau, directeur d'une imprimerie assez importante pour l'époque; 
M. Jean* Chrétien Drabbe , docteur ès-lettres et imprimeur , membre 
de la Commission pendant 22 ans, qui fut extrêmement regretté; 
notre très honoré frère M. van Boneval Faure, dont j'ai vu le nom 
mentionné avec reconnaissance dans les procès-verbaux de la Com- 
mission ; M. Charles-M. Dozy, archiviste de la ville de Leyde et connu 
par ses recherches historiques ^. 

D'ailleurs la Commission des Archives eut le bonheur d'avoir pour 
secrétaires-bibliothécaires deux hommes aussi distingués que dévoués, 
J.-Th. Bergman, de 1853 à 1878, et Willem-Nicolaas du Rieu, de 1878 
à 1896. Ancien proposant wallon , mais détourné du ministère pasto- 

# 

1 . Voy : Rapport de la Commission wallonne au sujet de la Réunion de Nimègue, 
1894, page 10 , 5 , Bibliothèque wallonne, lettre du Consistoire de Leyde. 

2. Voyez la note II. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 95 

rai , c'est Ini-même qui nous rapprend dans son autobiographie ' , 
par l'état peu prospère des Églises wallonnes , voué à l'enseignement 
des littératures grecque et latine, puis attaché à la bibliothèque de 
Tuniversité de Leyde , dont il serait probablement devenu directeur, 
si Ton avait eu égard à ses mérites plus encore qu'à ce qu'il pouvait y 
avoir de singulier dans sa personne, bibliophile savant, esprit clair et 
méthodique , Bergman a été l'organisateur de la Bibliothèque wal- 
lonne. Cest lui qui en a tracé les cadres et classé les matériaux. J'en 
appelle ici à son grand catalogue , publié en 1875 ^. Plusieurs d'entre 
vous, Messieurs, le connaissent D doit s'en trouver un exemplaire 
dans les archives de la plupart des Consistoires. L'ampleur et l'ordon- 
nance du plan , non moins que le caractère scientifique et rationnel de 
la méthode qu'on y remarque , sont d'un homme qui était à la hauteur 
de sa tâche. Bergman avait 80 ans quand il termina ce travail absor- 
bant et ardu , et , détail qui est tout à son honneur , il fallut les sollici- 
tations pressantes de la Commission pour le décider à j mettre son 
nom ^. On peut dire que ce modeste , mais in&tiguable travailleur a 
contribué puissamment à faire de l'ancien dépôt synodal une biblio- 
thèque importante, et qu'à sa mort celle-ci jouissait déjà d'une certaine 
renommée parmi les historiens ecclésiastiques, tant en Hollande qu'à 
l'étranger. 

Quant à Du Bien, justement célèbre comme directeur de la biblio- 
thèque de l'université, et dont on a dit qu'il n'était pas un bibliothé- 
caire, mais a le bibliothécaire par excellence », tout en conservant les 
cadres tracés par son prédécesseur , il eut l'ambition de les élargir et 
de les enrichir de plus en plus. Il y a réussi Sous sa direction , qui n'a 
duré que dix-huit ans , près de la moitié moins que celle de Bergman , 
la Bibliothèque wallonne a doublé d'importance. Dans l'espace de dix 



1. LeTenBberioht van Dr. J.-T. Bergman door hemzelyen gesohreyen, met Na- 
Bohrift van Dr. W.-N. dn Rieu , Leiden , E.-J. BriU , 4879 , pag. 36. 

2. Catalogne de la Bibliothèque waUonne , déposée à Leide. Pnblié par ordre de 
la Réunion des Églises wallonnes des Pays-Bas. Rédigé par le Dr. J.-T. Bergman. 
Leide, Yan der Hoek , Frères , 1975. 

3. Rapport de la Commission wallonne au sujet de la Réunion de Dôrdreoht, 
1879, pages 8,5, Bibliothèque wallonne et Arohiyes , a. 



96 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

années, de 1880 à 1890 ^ Du Bien a ajouté au grand catalogue de 
son prédécesseur trois catalogues nouveaux ^, qui, réunis ensemble, 
formeraient un volume de 333 pages de texte serré. A sa mort , arrivée 
six ans après ^ , il laissait en portefeuille les matériaux d'un quatrième 
catalogue. Tous ceux qui l'ont vu à l'œuvre ne peuvent que rendre 
hommage au dévouement avec lequel il a travaillé à la prospérité de 
notre collection. Ce dévouement ne s'explique pas seulement par une 
ambition fort naturelle de la part d'un bibliothécaire épris de son œuvre, 
mais aussi par un attachement pour le passé de nos Églises que je 
n'hésite pas à qualifier de passionné, et qui avait chez lui le caractère 
d'un véritable culte ^. 

Gela dit, et cet hommage rendu à la Commission des Archives, j'es- 
saierai de vous montrer en terminant comment nos collections se sont 
formées. 

Le fond de ces collections n'est autre que l'ancien Dépôt wallon. 
Nous l'avons laissé à la mort de Souchay , en 1808. En quel état se 
trouvait-il 44 ans plus tard, lorsque la Bibliothèque wallonne fut 
fondée? Un des premiers soins de Bergman , après son entrée en fonc- 
tions , fut de s'en assurer. 11 en confronta le contenu avec l'inventaire 
de 1803. Quelques pièces avaient disparu , tel l'exemplaire authen- 
tique de la Confession de foi (il avait fait retour à la Commission wal- 
lonne, qui ne tarda pas à le rendre), et les archives des Églises de la 
Barrière. Pour le reste, il était intact ; on le trouva même enrichi de 
quelques ouvrages, entre autres de sermons de J.-B. Boullier et des 
deux Vernède *. 

Eh bien ! C'est ce Dépôt qui , complété et enrichi peu à peu , est de- 



1. 1880,1885,1890. 
% 20 décembre 1896. 

3. Yoy. BuUetin de la Commission de l'histoire des Églises waUonnes , Ile série , 
tome II, pages I à XV , La Haye ,MartinusNghoff, 1897 , Nécrologie de W.-N. du 
Rica, par E. Bourlier. 

4. Rapport présenté au Consistoire de Leyde par la Commission des Archivée , 
le 25 juillet 1854 , (Actes de la Commission des Archives , Yol. I , à la suite des actes 
de la 10e séance). 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 97 

venu nos collections. Deux choses sont à distinguer ici , la bibliothèque 
proprement dite ou les livres , et les archives. 

Les livres dont se compose notre bibliothèque proviennent de trois 
sources , les échanges , les acquisitions et les dons. 

Les échanges sont assez récents. Ils ne remontent pas plus haut que 
la création du Bulletin de la Commission de l'histoire, dont le premier 
fascicule parut en 1883. Nous l'échangeons contre le KerJcdyJce Cou- 
rant^ le Christicmisme au 19ième siècle et le Bulletin de la Société de 
V Histoire du protestantisme français. Nous l'échangeons, aussi, contre 
les périodiques publiés par la Huguenot Society de Londres^ celle d^ Amé- 
rique^ la Société d^ Histoire vaudoise , la Société d'Histoire et d'Archéo- 
logie de Genève. Ces derniers échanges constituent un véritable enri- 
chissement pour la Bibliothèque, car, quant au Bulletin de la Société 
de l'Histoire du protestantisme français , dont l'éloge , d'ailleurs , n'est 
plus à faire, un des premiers soins de la Commission des Archives 
avait été de s'y abonner. Je mentionne, en particulier, les publications 
des sociétés anglaise et américaine et de la société allemande comme 
présentant un très grand intérêt , les deux premières , au point de vue 
de l'histoire extérieure des Wallons, la troisième, eu égard aux rap- 
ports qui ont longtemps existé , comme on le sait , entre nos Églises et 
celles du refuge allemand. 

Les acquisitions. Comment en parler sans dire un mot des ressour- 
ces financières de la Commission des Archives et sans remarquer que 
ces ressources ne furent jamais brillantes ? J'ai constaté que, de 1853 
à 1891 , les contributions dés Églises ont varié de 160 à 190 fl. par an. 
En 1892, une augmentation notable se produit Les contributions mon- 
tent tout- à-coup au chiffre de 328 fl. A partir de cette date elles varient 
de 269 à 325 fl. Évidemment c'est peu. Four les trente-six premières 
années , c'était même trop peu. ce Nous ne pouvons pas acheter des 
ouvrages dont l'acquisition s'impose. Nous ne pouvons pas relier les 
livres. Nous ne donnons à notre commis qu'un salaire dérisoire. » Ces 
plaintes et d'autres semblables reviennent constamment dans les rap- 
ports annuels de la Commission. Quelques-uns de ses membres ont 
soutenu ses intérêts devant la Réunion avec vigueur. La Commission 
wallonne a toujours appuyé ses demandes. Soyoïfs justes. La plupart 



98 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

de nos Consistoires prélèvent sur leur budget le montant de leurs 
souscriptions. Or chacun sait qu'ils ne sont ni assez nombreux ni 
assez riches pour doter convenablement une institution scientifique 
comme la Bibliothèque wallonne. On aurait dû créer un fonds , et 
cela, dès le début. On l'a fait en 1896. Je veux parler de l'emprunt. 
C'était bien tard , et il s'écoulera encore plusieurs années avant que 
l'emprunt ne soit amorti. Eh bien ! quand on parcourt la série de nos 
catalogues on est étonné de l'importance des acquisitions qui ont été 
réalisées avec de si maigres ressources. Sur leâ 9 à 10.000 volumes 
dont la bibliothèque se compose, les trois quarts représentent des 
achats. Or les livres coûtent cher; le prix des livres anciens, notam- 
ment, a beaucoup augmenté depuis le réveil des études historiques 
en France. 

A propos de ces acquisitions il est un fait que je voudrais relever, 
savoir le parti qu'on a su tirer des ventes publiques, ventes de 
fonds de librairie ou de bibliothèques laissées par des professeurs 
de théologie ou des pasteurs wallons. C'est de cette source que pro- 
vient, principalement, notre collection de versions de la Bible , qui est 
riche et contient des exemplaires rares et anciens. De là aussi 
provient la partie wallonne de la bibliothèque, je veux dire les 
œuvres des pasteurs wallons ou réfugiés , leurs livres de piété , leurs 
catéchismes , leurs sermons. Cette dernière collection , celle des ser- 
monnaires , suffirait à elle seule à donner une grande valeur à notre 
bibliothèque. C'est une des plus complètes , probablement la plus com- 
plète qui existe. Du Bien aimait à dire qu'elle est unique dans son 
genre. Et nous pouvons nous fier à son jugement, car il s'y con- 
naissait 

Les dons. On se préoccupa de bonne heure de les provoquer, en fai- 
sant connaître la bibliothèque. Dans ce but on envoya le catalogue 
aux institutions scientifiques du pays , aux professeurs de théologie 
des universités hollandaises, aux Églises réformées du dehors. Des 
articles furent insérés dans certains journaux ou périodiques , VAlge- 
meene Kunst en Letterhode^ la Gazette de Leyde^ le Nederlandsche 
Spectator etc. Et les dons ne tardèrent pas à arriver. D'où sont-ils 
venus? D'un peu partout, de France, de Suisse , surtout de Hollande. 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 99 

 l'étranger, le premier corps ecclésiastique qui envoya des dons , fut 
la Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève. Mais le premier 
donateur fut un Hollandais , le professeur H.- W. Tydeman , de Leyde. 
Son premier don fut une Bible , un exemplaire de la version française 
de la Bible revue par les pasteurs de Genève et imprimée à La Bochelle 
en 1615 , ce qui provoqua de la part de Bergman cette réflexion tou- 
chante : ce Les cadeaux faits à notre Collection ne sauraient mieux 
commencer que par une Bible , le premier de tous les livres, tant en 
ancienneté qu'en dignité ^. i> D'ailleurs , M. Tydeman avait applaudi 
à la fondation de notre bibliothèque. U ne cessa de lui donner jusqu'à 
la fin de sa vie des preuves constantes de son intérêt, ce qui lui valut 
le surnom de hienfaitewr de la Bibliothèque wallonne. Je mention- 
nerai encore, parmi les donateurs , les professeurs Edst de Leyde et 
Bogge d'Amsterdam , la Commission wallonne , quelques Églises , le 
Comité de la Bibliothèque religieuse du Consistoire d'Amsterdam, qui, 
entre autres dons, envoya en 1880 vingt volumes de la belle édition des 
Œuvres de Calvin, publiée par Beuss, Baum et Cunitz ; un grand nom- 
bre de pasteurs. Les nom de P.- J.- J. van Goens , A. Réville , M.- A. 
Ferk sont parmi ceux qui reviennent le plus souvent. Il est bien peu 
de pasteurs et même de Itaques de nos Églises qui n'aient fait don à la 
bibliothèque de leurs publications religieuses ^. Toutefois les grands 
donateurs furent Bergman , du Bien et A.-J. Enschedé, les deux der- 
niers surtout. Du Rieu et Enschedé n'ont pas cessé , en efTet , de mettre 
au service de la bibliothèque leur vaste correspondance , leurs con- 
naissances bibliographiques , constamment à l'affût, pour ainsi dire, 

1 . Aotes de la Commission des Arohiyes , Yol. 1 , 4e séance , 28 juiUet 1853 , 3. 

% Un don intéressant à signaler est celui que Meiie Madeleine Meunier fit à la 
bibliothèque , en 1894, d'un exemplaire de la Bible française dé Sébastien Caatalion 
(1555, édition unique), qui ayant d'être sa propriété , appartint suocessiyement à son 
père Pierre Meunier , et à son frère P.-J.-J. Meunier. 

L'importance de ce don ne tient pas tant à la yaleur de la version eUe-mème, fort 
critiquée à cause du langage employé par le traducteur, qu'au fait que les exemplaires 
de cet ouvrage sont devenus très rares , les catholiques s'étant acharnés à les détruire , 
et les protestants paraissant ne pas s'être montrés beaucoup plus tendres à leur égard. 
En Angleterre, il y a quelques années, la Bible de Castalion atteignait , dans les 
ventes , le prix de 1200 à 1500 francs. 



z' 



100 LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 

parcourant avec soin les catalogues des ventes , s'adressant aux li- 
braires et aux antiquaires de France, d'Allemagne, d'Angleterre et 
d'Italie , multipliant les démarches et allant jusqu'à offrir de fortes 
sommes pour acquérir tel ouvrage, tel document, dont la place leur 
semblait marquée dans nos collections. Je l'ai dit et je le répète, les 
ouvrages dont se compose la Bibliothèque proviennent en majeure 
partie d'acquisitions. Mais il est juste de constater que c'est à l'aide de 
dons qu'elle a commencé à se former — dans les premières années 
on n'avait pas le moyen de faire des achats ~ et que, sans les sympa- 
thies généreuses qui lui furent témoignées de tant de côtés divers, elle 
ne serait pas à l'heure qu'il est ce qu'elle est devenue. 

Voilà pour la bibliothèque. Voici maintenant ce qui concerne le 
Dépôt wallon. Les archives qu'il contient peuvent se ranger sous qua- 
tre chefs distincts, Églises existantes. Synode, Commission wallonne, 
Églises éteintes. 

Les archives des Églises existantes forment une collection inconnue 
à l'ancien Dépôt wallon. Au commencement de l'année 1853 , la Com- 
mission des Archives, pensant qu'il devait se trouver dans les archives 
des Consistoires certaines pièces qu'il serait avantageux d'avoir en 
dépôt , adressa une circulaire aux Églises pour les inviter à céder ce 
dont elles pouvaient se dessaisir sans préjudice pour leurs archives 
particulières. Les Églises ne restèrent pas indifférentes à cet appel , 
plus tard renouvelé par la Commission de l'histoire. Fresque toutes 
ont envoyé quelque chose. Les listes les plus considérables sont celles 
d'Amsterdam , Harlem , Leyde. Il est vrai qu'il ne s'agit pas ici de 
documents de toute première importance. Ce sont des livres de compte , 
des exemplaires de règlements , d'anciennes listes de membres , des 
brochures ou des manuscrits relatifs à certaines affaires , des liasses 
de vieilles attestations , etc. Toutefois ces pièces peuvent être consul- 
tées avec fruit pour l'histoire particulière des Églises et , à cet égard , 
leur place était toute marquée dans le Dépôt de Leyde. 

Les archives du Synode , bien que formant déjà une assez riche col- 
lection , présentaient certaines lacunes. Chargée par la Réunion de 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 101 

Leeuwarde , en 1863 , de faire des recherches dans le but de les com- 
pléter 1, la Commission wallonne envoya successivement vingt- 
quatre in-folio, contenant des actes et des papiers originaux du Synode, 
puis des livres de copie allant de 1722 à 1810, enfin douze ou qua- 
torze grands volumes d'actes secrets, que Ton croyait perdus et qui 
furent découverts dans les archives de l'Église wallonne d'Amster- 
dam. Les collections en reçurent un tel accroissement que la chambre 
des Régents de l'Hospice de Fesgn , où elles étaient placées , devint 
insuffisante et que la Commission des Archives dut se mettre en quête 
d'un nouveau local K 

La Commission wallonne ne s'en tint pas là. Imitant l'exemple de 
nos ancien Synodes , elle écarta au fur et à mesure de ses propres ar- 
chives tout ce qui ne servait plus à la gestion des affaires et le plaça 
dans le Dépôt de Leyde. Il est intéressant de noter le contenu de ces 
envois successifs. Ce sont : les Bapports imprimés sur la Béunion^ au 
grand complet; la copie des Actes ou procès-verbaux de ces mêmes 
Réunions, de 1816 à 1893 ; les Actes autographes avec les rapports an- 
nexés et les pièces reçues de 1816 à 1894 ; enfin les Actes de la Com- 
mission wallonne et la Copie des pièces expédiées par elle de 1816 à 
1881. Inutile d'insister sur l'importance de ces documents et de dire 
que la valeur du Dépôt wallon en fut singulièrement augmentée. 

Les archives des Églises éteintes ont été l'objet de longues recherches, 
qui s'étagent sur une période de quarante années. Ce fut la Commis- 
sion des Archives qui en prit l'initiative. Elle sollicita, sans grand suc- 
cès , le concours des Consistoires ; mais elle trouva une collaboration 
autrement efficace de la part de la Commission wallonne. En 1852 il 
n'y avait au Dépôt wallon , en fait d'archives d'Églises éteintes, que 
celles de Franeker et de Naarden. C'était peu , si l'on considère que le 
nombre de ces Églises doit être évalué à 66, savoir 55 pour la Hollande 
(en comptant Hoom et l'Écluse, qui n'ont jamais fait partie du Synode 
wallon) et 1 1 pour les pays limitrophes. En Hollande , les archives des 

1. Rapport de la Commissioii wallonne au suget de la Réanion de Leeuwarde , 
1863 Page 14, d. 

2. Aotes de la Commission des Archives , ?oL 1 , 63e séance, 18 décembre 1863 , 3. 



402 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

Églises éteintes avaient été remises , pour la plupart , aux Consistoires 
hollandais. En 1856 , la Commission wallonne s'adressa par circulaire 
à 42 de ces Consistoires. Deux ans plus tard , nouvelle circulaire à 22, 
qui n'avaient pas répondu. Les Consistoires hollandais montrèrent 
peu d'empressement. Un très petit nombre cédèrent entièrement les 
archives wallonnes qu'ils détenaient ; quelques autres les déposèrent 
pour un temps illimité, mais sauf le droit de propriété ; la plupart ne 
consentirent à les prêter que pour un temps très limité. H s'en trouva 
même qui crurent avoir besoin de l'autorisation du Synode et la 
Commission wallonne demanda cette autorisation. Malgré ces difficul- 
tés , la Commission wallonne parvint à découvrir les archives de 22 
Églises. Dès le début de ses recherches , elle fit adopter parla Béunion 
d'Amsterdam (1857) une mesure excellente. Il fut décidé que le Con- 
sistoire de Leyde chargerait la Commission des Archives de faire 
des copies et des extraits des pièces qui n'avaient été confiées que 
pour un temps limité ^ Ce travail fut fait, et bien fait, sous la direction 
de Bergman, par M. Corneille Dée, ancien sous-maître de l'école 
diaconique wallonne de Leyde , puis continué plus tard par d'autres 
copistes. 

Ensuite , lorsque la Commission de l'histoire des Églises wallonnes 
eut été fondée , en 1877 , ce fut elle qui continua le travail commencé 
vingt*et-un ans auparavant par la Commission wallonne. Elle n'obtint 
pas des résultats moins satisfaisants. Quelques-uns même furent con- 
sidérés comme tout-à-fait inattendus. Non contente de compléter , pour 
six de nos anciennes Églises , les documents trouvés par la Commis- 
sion wallonne, elle découvrit les archives de onze Églises éteintes , 
entre autres celles des Églises d'Outre-Meuse (Bleigny , Dalhem , Ho- 
dimont, Olne) et celles de la Barrière. Cette dernière découverte est 
l'œuvre de A.-J. Enschedé. Qu'étaient- elles devenues, ces fameuses 
archives de la Barrière ? On en était à se le demander, lorsque des re- 
cherches faites en 1862 dans les actes du Consistoire de Leyde par le 
secrétaire de ce Consistoire, M. Lezw^n, firent connaître qu'elles 



1. Rapport de la Ck>imnis8ioii wallonne au sujet de la Réunion d'Amsterdam, 
1857 y page 15 , F. Bibliothèque Wallonne et Arohives des Églises éteintes. 



LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 103 

avaient été réclamées en 1824 (jaîllet) par ordre du Ministre du culte 
réformé ^. Quatre ans plus tard , Bergman apprit de M. Spigker , admi- 
nistrateur du département du culte réformé à la Haye, qu'elles avaient 
été réclamées sur la demande du Gouverneur du Eainaut, pour 
les Églises de garnison, et transmises à Tournay et aux autres Églises 
respectives^. La Commission de l'histoire s'adressa vainement à 
l'Église de Tournay. On n'y trouva rien. Alors A.-J. Enschedé se mit 
en correspondance avec les archivistes belges. Non content de cela, il se 
rendit plusieurs fois en Belgique, afin de se renseigner par lui-même , 
fit des recherches sur place et fut assez habile pour découvrir , en 
1880 , les registres de Menin , ainsi que le 3^ volume des Actes du 
Consistoire de Namur , qu'il acheta fort cher à un professeur de sémi- 
naire catholique ; en 1884 , les registres de Tournay , et en 1885 , les 
registres d'Ypres et le l^r volume des Actes du Consistoire de Namur. 
Portant ses recherches plus loin, en dehors des Églises wallonnes 
proprement dites , la Commission de l'histoire a encore retrouvé les 
registres des Églises françaises d'Allemagne autrefois secourues par 
les États généraux , Emmeric , Wesel , Clôves et huit autres Églises ; 
ceux de Paramaribo, Essequébo, Demerary, le Bécif, aux Indes- 
Occidentales ; enfin des documents historiques très intéressants sur 
l'Église du Cap, entre autres les registres de l'Église française de Dra- 
kensteyn. 

Il est à noter que la plupart des documents découverts ou retrouvés 
par la Commission de l'histoire ont été l^objet du même travail de co- 
pie et d'extraits qu'on avait fait antérieurement pour les archives dé- 
couvertes par la Commission wiedlonne. 

Ainsi, tandis qu'en 1852 le Dépôt wallon ne contenait d'autres archi- 
ves d'Églises éteintes que celles de Franeker et Naarden , nous possé- 
dons aujourd'hui celles de trente-trois de ces Églises. Les autres sont 
restées introuvables. Elles ont été détruites par des accidents ou par des 
personnes qui n'en comprenaient pas la valeur, ou bien , passées à des 
familles de pasteurs, on ne saura jamais ce qu'elles sont devenues. On 



1 . AoteB de la Commission des Archi?e8 , vol. 1 , 56e séance , 2 octobre 1 862 , 1 . 

2. Ibidem , 75e séance , 18 juin 1866 , art. 3. 



104 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

s'y est pris trop tard. C'est cinquante ans plus tôt qu'il eût fallu com- 
mencer. Le temps avait fait son œuvre. Si l'on tient compte de ces faits 
et de tant d|autres difficultés inhérentes aux recherches de ce genre , 
on reconnaîtra , je pense , que les résultats acquis ne sont pas inférieurs 
à la somme des efforts dépensés. Ces archives , péniblement retrouvées , 
jour après jour, parfois arrachées à leurs détenteurs , ne contiennent 
pas seulement des registres de baptêmes , de mariages , de décès , des 
listes de membres, des livres de comptes, elles'contiennent aussi les 
actes plus ou moins complets de dix-neuf Consistoires, et ces docu- 
ments ont une grande importance pour l'histoire particulière des 
Églises , dont , comme le dit Bergman , a ils servent à éclairer les ori- 
gines, le sort plus ou moins prospère , le dépérissement et l'extinction 
ou la suppression finale. î> 

Messieurs, je m'arrête ici. Ce n'est pas que j'aie épuisé mon sujet. 
Tant s'en faut II me resterait encore à vous parler de plusieurs choses , 
de la collection des fiches , qui a été un enrichissement pour la biblio- 
thèque , du cabinet des médailles , gravures , portraits , etc. , des diffé- 
rents locaux dans lesquels nos collections ont été installées ; il y en a 
eu quatre; enfin des services que la Bibliothèque wallonne a rendus à 
des institutions analogues et, d'une façon générale, à la science. Je ne 
le ferai pas. Il me faudrait, pour cela, ajouter plusieurs pages à ce tra- 
vail déjà long, et je craindrais d'abuser davantage de votre bienveil- 
lante attention. Je me bornerai à signaler une amélioration que nous 
avons pu réaliser depuis que nous sommes dans le local actuel , local 
qui n'est autre, vous le savez, que l'ancien hospice wallon \ Autrefois, 
on ne pouvait pas consulter la bibliothèque à des jours ni à des heures 
fixes. On le peut maintenant. Nous avons attaché à notre institution , 
depuis l'année 1890, un commis , M. Hoek , qui habite dans le bâti- 
ment de la Bibliothèque et qui se tient constamment à la disposition 
des visiteurs. A cet égard, et à bien d'autres encore, M. Hoek, qui 
est parfaitement qualifié pour son emploi , nous a rendu depuis 1 5 ans 

1. Voyez la note III. 



LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 105 

les plus grands services , et c'est pourquoi il me paraît juste de men- 
tionner dans cette étude le nom de cet employé aussi modeste que 
dévoué. 

Messieurs , j'ai essayé de vous raconter , dans ses traits généraux , 
l'histoire de la Bibliothèque wallonne. Vous savez à quelle époque, 
par qui , dans quel but elle a été fondée. Yous savez aussi quels sont 
ceux qui l'ont organisée et administrée depuis 48 ans. 

Je me reporte maintenant au programme tracé en 1852 par la 
Béunlon de la Haye et définitivement arrêté par la Réunion de Har- 
lem, en 1862. H est ainsi conçu: a La Bibliothèque se compose des 
Archives des Églises éteintes ; des Archives de la Commission wal- 
lonne, pour autant qu'elle pourra les céder ; de livres et de manus- 
crits se rapportant en général à l'histoire des Églises réformées de 
langue Française et plus spécialement à ^histoire de nos Églises wal- 
lonnes ; des publications des pasteurs et des hommes remarquables qui 
ont vécu dans les Églises wallonnes , et spécialement de leurs œuvres 
homilétiques. j) Je demande: ce programme a- t-il été rempli? Je ré- 
ponds qu'il l'a été. Parfaitement? N'y a-t-il aucun point criticable ? 
Est-il interdit de penser, par exemple, que, dans les achats, on est, 
parfois, quelque peu sorti des cadres ; que, pour les dons, on a, parfois 
aussi , accepté de droite et de gauche sans y regarder d'assez près ? 
Des remarques de ce genre ont été faites en Commission , même en 
Réunion, et n'ont pas été reconnues sans fondement. Ce sont là de 
ces défauts comme il y en a dans presque toutes les choses humaines. 
Le soleil a des taches ; cela ne l'empêche pas de briller. Soyons justes , 
Messieurs , et nous reconnaîtrons que , tout bien considéré , l'œuvre 
accomplie est digne d'éloges. Us ne lui ont pas manqué. I^es rapports 
sur la Réunion en sont pleins. 

Qu'est-ce en définitive que cette bibliothèque ? Qu'est-ce que le Dé- 
pôt des archives ? Je réponds : c'est notre histoire. Je n'entends point 
par là l'histoire desWallons, le rôle qu'ils ont pu jouer individuellement 
dans les destinées politiques, scientifiques, artistiques de leur pays 
d'adoption. Je n'entends pas , non plus , l'histoire des industries qu'ils 
ont introduites en Hollande. Les recherches qu'on a faites sur ce dernier 

VUI. 8 



106 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

point n'ont pas abouti jusqu'à présent. Les livres des anciennes cor- 
porations de métiers, ou bien ont disparu, ou n'indiquent pas les déno- 
minations ecclésiastiques auxquelles leurs membres appartenaient. 
J'entends Vhistoire de nos Églises, Il 7 a des lacunes pour les Églises 
éteintes, j'ai expliqué pourquoi. Les documents les plus importants 
pour l'histoire particulière des Églises existantes sont dans les archi- 
ves dç leurs Consistoires et doivent y rester. Mais l'histoire générale 
des Églises wallonnes, celle de nos anciens Synodes et de nos Réunions, 
avec les faces multiples de leur activité , les œuvres que ces Églises 
ont fondées , Collège wallon de Leyde , Bourse des Veuves , Bourse 
des étudiants, Comité vaudois. Augmentation des traitements des 
pasteurs, Commission de l'histoire; le rôle qu'elles ont rempli dans 
les destinées du protestantisme en Hollande; les œuvres de leurs 
polémistes et de leurs théologiens; les sermonnaires de ces pasteurs 
calvinistes réfugiés qui, comme l'a dit Voltaire, « ont porté l'élo- 
quence, la méthode dans les pays étrangers y> ; les rapports qu'elles ont 
entretenus avec l'Église hollandaise d'une part, et de l'autre avec les 
Églises réformées en France, en Suisse , dans les Vallées du Piémont, 
en Allemagne : tout cela , Messieurs , se trouve aussi complet que pos- 
sible dans nos collections. Si l'on me demandait de définir en quelques 
mots la Bibliothèque wallonne , je dirais : c'est un monument de la 
piété et de la science de nos ancêtres. 

Bénissons, Messieurs, la mémoire de ceux qui ont élevé, pierre 
après pierre, ce monument sacré. Relevons, en particulier, les services 
rendus par le Consistoire de l'Église de Leyde et son admirable Com- 
mission des Archives, par la Commission wallonne, et aussi par ces 
vaillants ouvriers, ces Wallons de vieille roche, animés d'un grand 
amour pour le passé de nos Églises , les Bergman , les Du Rieu , les 
Enschedé. Élevons notre gratitude plus haut que les hommes, vers 
Celui de qui descend toute grâce excellente et tout don parfait et, con- 
scients de ce qui reste à faire, veillons avec sollicitude sur l'œuvre 
accomplie , continuons à la soutenir de nos sympathies et de nos dons , 
en prenant pour devise ces trois vers, qui furent chantés par M. Benoist 
Germain , à l'occasion d'une séance de la Société de l'Histoire du pro- 
testantisme français tenue à Nîmes , et que nous avons fait placer à 



LA BIBUOTHÈQTJE WALLONNE. 107 

rentrée de notre salle de lecture et comme sur le seuil de notre biblio- 
thèque: 

Ce que Dieu demandait, nos pères le voulurent : 
Sondons ce que Dieu veut, ce que nos pères furent, 
Et, Tœil sur le passé , préparons l'avenir. 

E. BoiTRLIEB. 

pasteur. 



NOTES. 

Note I. 
Je transcris ici , à cause de son importance , la lettre de M. J.-L.-C. Jacob . 

Monsieur, 

Lorsque j'eus l'honneur de vous parler avant hier un instant au moment 
où vos hautes fonctions vous appelèrent ailleurs , vous voulûtes bien avoir la 
bonté de me promettre une entrevue ultérieure pour traiter ce que j'avais à 
soumettre à votre bienveillante approbation ; je crains bien , Monsieur , que 
vos nombreuses occupations n'y mettent obstacle. Permettez-moi donc de re- 
courir à la plume pour vous faire un court exposé de ce dont il s'agit: 

Me vouant depuis nombre d'années à tout ce qui tient à la librairie an- 
cienne, j'ai réussi parfois à me créer une clientelle respectable à l'étranger et 
honorable dans notre patrie. Depuis une bonne année néanmoins les deman- 
des deviennent plus rares : il y a six mois cependant que j'eus lien de me ré- 
jouir en me voyant investi de la confiance d'un de nos Pasteurs de France , 
an point de lui faire une fourniture assez importante dans la partie de la 
théologie protestante , mais, quelques soins, quelque zèle que j'aie mis à ré- 
unir les articles de sa demande, les malheureux évènemens politiques sur- 
venus depuis, ont dû en suspendre l'exécution. Dans cet état d'incertitude, 
il s'est présenté à mon esprit un projet presque téméraire en ce qu'il émane- 



408 LA BIBUOTHÈQUE WALLONNE. 

rait d'un point de vue trop mercantile, mais qui peut-être, au point de vue 
littéraire et religieux, obtiendrait quelque faveur auprès de nos vénérables 
assemblées synodales. 

n est dans notre patrie nombre d'institutions scientifiques et littéraires 
qui concourent puissamment à soutenir les progrès du temps; si, d'un côté, 
on peut être fier de nos bibliothèques universitaires qui recèlent tant de ri- 
chesses, combien d'autre part n'est-t-il pas de bibliothèques particulières 
qui méritent aussi ime honorable distinction. Il y a des communautés qui à 
cet égard ont porté leur sollicitude jusqu'à former des bibliothèques spéciales. 
Telle est la bibliothèque des Mennonites, des Luthériens à AmsterdatHy des 
Catholiques à Warmond , de la collection relative à l'instruction des sourds- 
muets à Oroninguey des Jansénistes à Utrecht^ en passant sous silence les 
collections du gouvernement, qui, pour les branches de la Marine , des CoUh 
nies et des ArekiveSy prennent tous les jours plus de développement. 

Lorsqu'il y a bientôt cinq années la Société de Leyde mit au concours la 
question de Becherches historiques sur les Églises ufallonnes et les réfugiés 
en Hollande, pour remplir cette lacune convenablement un besoin se faisait 
toujours sentir, c'est une bibliothèque spéciale , qui renfermât les œuvres di- 
verses de tant de vénérables pasteurs qui ont fait l'ornement, la gloire et 
l'édifieation de nos Églises. 

Lorsqu'on jette un coup d'œil sur la liste des 650 Pasteurs de l'Église 
wallonne qui depuis 1561 à 1848 se sont succédé dans les Pays-Bas, on 
trouve en effet près du quart de ce nombre qui ont des titres irrécusables à 
l'illustration par leurs travaux littéraires , par leurs œuvres édifiantes. A côté 
de Ouy de Brès, on voit de prime abord entrer dans la lice ce fervent défen- 
seur de la religion et de l'État du nom d^ Adrien Saravia^ qui, à côté deGuD- 
liaume I, a si efficacement concouru à secouer le joug de l'oppression es- 
pagnole. 

Si la Haute Cour par un arrêt remarquable n'avait pas consacré dernière- 
ment les droits de l'Église wallonne, on trouverait presque dans l'écrit de 
Saravia ci-joint (A^ 1563) de quoi étayer l'identité de l'Église wallonne avec 
les intérêts de la dynastie régnante; la Correspondance du Prince d'Orange, 
les écrits de Mamix de St Aldegonde , son chapelain, viennent du reste en- 
core confirmer cette assertion. 

Si les persécutions religieuses du 16^ siècle ont servi puissamment à éten- 
dre l'influence de la religion et de l'État, combien plus tard la révocation de 
l'Édit de Nantes a-t-elle fait de notre patrie ime terre d'hospitalité et de re- 
fuge ! C'est avec un touchant intérêt qu'on aime à relire ce que le savant pas- 



LA BIBUOTHÈQTJE WALLONNE. 109 

teur Benaist nous a conservé dans son Histoire sur une époque aussi mémo- 
rable; sans ce précieux ouvrage, qui renferme de si vastes recherches, com- 
bien d'événements ne fussent pas restés ignorés , et il est à désirer qu'on 
recueille aussi des dooumens postérieurs pour traiter VhisUHre des Églises 
icallonneB durant le 18* siècle. 

Ériger une bibliothèque spéciale dans ce but, ne serait-ce pas là un puissant 
moyen pour l'atteindre? Ayant fait une étude constante de la littérature 
protestante , je suis parvenu à réunir grand nombre d'ouvrages qui se ratta- 
chent à cette catégorie et j'ai tenu note de grand nombre de livres rares qui 
en sont l'objet. Au cas que donc une Commission d'un de nos Consistoires 
fdt disposée à prendre à cet égard l'initiative, je proposerais de mon côté d'y 
contribuer en quelque sorte en abandonnant pour une telle bibliothèque une 
collection notable de livres à mon prix coûtant^ pour être alimentée plus 
tard par des acquisitions annuelles en rapport aux fonds qu'on allouerait pour 
tel objet H est probable môme qu'ayant pris une disposition favorable pour 
fonder une telle bibliothèque, beaucoup de dons particuliers viendront en 
relever la valeur et le nombre. 

E!n prenant, Monsieur, la respectueuse liberté de vous soumettre mon 
plan, j'aimerais de savoir si ce serait procéder à bonne enseigne que d'en fedre 
l'ouverture à Monsr. le Président, lors de la réunion synodale qui doit avoir 
lieu au mois d'août prochain; je me mettrais en mesure pour lors de donner 
à on tel plan plus d'ordre et d'ensemble; j'ose compter que plusieurs avis 
bienveillants viendront en éclairer la marche. 

Eintre temps d'apprendre vos vues à cet égard, je vous prie. Monsieur, 
d'agréer toute l'expression de mon profond respect, 

votre très obéissant serviteur 

(signé) J.-L.-C. Jaoob. 

La Haye ce 17 juillet 1848. 

(Cette lettre est extraite du recueil des Pièces relatives à la Réunion an- 
nuelle, vol. G, 1845 à 1849, année 1848, no. 17 , Bibliothèque wallonne). 



410 LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 

Noten. 

Liste des membres de la Commission des Archives 

des Eglises wallonnes. 

1853—1894 

Présidents, MM. les pasteurs : D. Chantepie de la Saussaye 

F.-C.-J. van Gloens 
J.-A. van Hamel 
C.-G. Chavannes 
N.Nardi 
Membres, MM. J.-Th. Bergman, secrétaire 

L.-C. Luzao 
J.-G. la Lau 
C.-L. Levoir 
A.-K Simon Thomas 
W.-N du Rieu, secrétaire 
J.-J. Brutel de la Rivière 
R. van Boneval Faure 
H.Obreen 

J.-H. de Dompierre de Chaufepié 
J.-C. Drabbe 
G. Bisschop 
J.-D. van Wijk 
J.-M. Obreen 
W.-F. van Wyk Thzn 
Ch..M. Dozy 



Note m. 



Puisque je £ais allusion dans ce travail au local actuel de la Bibliothèque 
wallonne, je crois devoir en profiter pour dissiper une légende qui s*est for- 
mée à son sujet. 

On a prétendu que le célèbre Boerhave avait donné ses leçons de clinique 
dans les salles du rez-de-chaussée qai sont occupées maintenant par notre 



LA BIBLIOTHÈQUE WALLONNE. 111 

bibliothèque. Cette assertion est inexacte. Je n'ai pas été médiocrement sur- 
pris de la voir reproduite dans le rapport présenté à la Réunion de Leyde en 
1891 par la Commission des Archives , car du Rieu, l'auteur de ce rapport, 
connaissait l'histoire de sa ville natale. 

H résulte, en effet, de recherches faites à ma demande par le secrétaire ac- 
tuel de la Commission de l'histoire des Églises wallonnes, M. Ch.-M. Dozy , 
archiviste de la ville de Leyde , que le bâtiment qui sert actuellement de lo- 
cal à notre bibliothèque et qui , comme je l'ai dit , n'est autre que l'hospice 
wallon de Leyde , a été habité par des particuliers jusqu'à la fin du 18° siècle. 
Les curateurs de l'université de Leyde l'achetèrent en 1799 à la veuve du 
professeur Schultens. La même année, le professeur M.-S. du Puy inaugura 
un cours de gynécologie dans les salles du rez-de-chaussée, cours qui, jus- 
qu'alors n'avait pas encore été donné à la faculté de médecine de Leyde. 
C'est le seul fsdt à retenir. Quant à Boerhave, mort en 1738, comment 
aurait-il pu donner des leçons de clinique dans une maison qui, de son vi- 
vant, était habitée par des particuliers et qui n'appartint à l'université qu'à 
la fin du 18° siècle ? 



— *588^ 



EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE 
DES AMBASSADEURS DES PROVINCES-UNIES 

A LA COUR DE FRANCE 

DE 1726 à 1732. 
Communiqués par M. H.-D. GUTOT. 

(Comp. le Tome V. pages 156, 281 , 372.) 



-oexx^o- 



1. Lettre de M. P.-D. Paraviciny , secrétaire d'Ambassade , à L.-H. 
P., au sujet de cimetiôres pour les protestants. — Paris, 18 janvier 
1726. (Extrait. — Traduction). 

Le comte de Morville m'a informé qu'on a expédié des ordres aux 
ports de mer du Royaume, pour qu'on y désigne des cimetiôres pour 
l'enterrement des étrangers protestants qui y viendraient à mourir, 
et on m'a mandé de Bordeaux que l'Intendant avait déjà reçu les in- 
structions qui s'y rapportent. 

2. Réclamation de Maria van der Meer, veuve de Jan Wesenhagen, 
et cons. 

Résolution des États-Généraux du 10 août 1726 , par laquelle leur 
requête est remise aux mains de M. l'Ambassadeur Boreel. (Extrait — 
Traduction). 

Sur la requête de Maria van der Meer , veuve de Jan Wesenhagen , 
présentée tant pour elle-même, que pour ses enfants, Maria-Susanna, 



EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS. 113 

Abraham et Jan Wesenhagen, L. H. F. ont résolu de recommander 
à M. Boreel , leur Ambassadeur en France, d'y appuyer les requêtes 
que les suppliants, après lui en avoir donné communication , présen- 
teraient au Conseil du Roi , et de faire de son mieux pour obtenir que 
les suppliants, sujets de l'État , pussent rentrer dans la pleine posses- 
sion et jouissance de leurs biens situés en France , et des revenus qui , 
en temps de paix , en ont été perçus par d'autres. 

3. Lettre de l'Ambassadeur Boreel à L. H. P. — Fontainebleau , 
26 septembre 1726. (Extrait — Traduction). 

En exécution de la résolution de V.-H. P. du 10 août dernier sur la 
requête de la veuve et des enfants de Jan Wesenhage,j'airemisà 
M. le C*e de Morville une requête , qu'un des intéressés , qui se trouve 
ici , m'a confiée , et je l'ai appuyée au nom de V.-H. P. par un mémoire 
au Boi. M. de Morville m'a promis d'en faire rapport au Roi , et m'a 
assuré que bonne et prompte justice sera accordée aux suppliants. 

4. Résolution des États-Généraux du 22 septembre 1727 sur une 
nouvelle requête de Maria van der Meer , veuve de Jan Wesenhagen 
et cons. , et réponse de leur Ministre-Résident, Posters. (Extrait — 
Traduction). 

Sur cette nouvelle requête , exposant que , par l'intervention de 
l'Ambassadeur Boreel , l'affaire avait été renvoyée au a Conseil des 
Dépesches » , mais qu'elle y était restée en suspens par suite de la 
mort de l'Ambassadeur, les États-Oénéraux la recommandèrent de 
nouveau à leur Ministre-Résident Posters. 

Peu après , celui-ci leur manda de Paris qu'on l'avait assuré que 
l'afEEiire serait bientôt décidée. 

5. Réclamation de M^Ue Françoise de Beringhen. 

Résolution des États-Généraux du 3 novembre 1727. (Extrait. — 
Traduction). 

Dans cette requête M^He Françoise de Beringhen expose que , le 



114 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

Roi Louis XIY l'ayant fait conduire hors de son Royaume , elle n'est 
pas de ceux qu'on appelle réfugiés , que son départ a été bien plutôt 
un acte d'obéissance que de rébellion. Elle est originaire de la Guel- 
dre. Comme jadis elle n'en a pu fournir la preuve , le Régent en douta ; 
maintenant elle est en état de le prouver; elle est sujette des États- 
Généraux. Le Roi , en la renvoyant de son pays , s'est désisté du droit 
que sa naissance en France Lui avait conféré sur sa personne. Elle 
prie les États-Généraux de vouloir ordonner au nouvel Ambassadeur, 
qui va partir, de faire des instances pressantes en sa faveur, afin 
qu'elle puisse obtenir un arrêt du Conseil en France, ordonnant que 
Françoise Beringhen, résidant en Hollande, aura lajouissance et la 
disposition de ses biens, comme si elle résidait actuellement en 
France, de même que le Roi en avait accordé autrefois à des per- 
sonnes dont le cas était moins favorable que le sien. 

L'affaire est recommandée à M. l'Ambasadeur A. van Hoey, qui est 
en route pour la France. 

6. Requête des héritiers de Diderick Hoeuft. 

Résolution des États-Généraux du 31 janvier 1728. (Extrait. — 
Traduction). 

Requête des héritiers de Diderick Hoeuft aîné , sujets de l'État , 
lequel D. Hoeuft , mort à Dordrecht , avait été héritier de Jan Hoeuft , 
conseiller et secrétaire de S. M. le Roi de France et de ses finances , et 
Commissaire de L. H. P. auprès du Roi, mort à Paris en 1651, aux 
fins d'obtenir la permission de vendre publiquement leurs métairies, 
sises à Petit-Poitou en Champagne ,x;e qu'ils ne peuvent faire sans le 
consentement du Roi de France. 

L'afEûre est recommandée à M. l'Ambassadeur A. van Hoey. 

7. Réclamation de Catharina Charlotte de Morlot 

Résolution des États-Généraux du 3 août 1728 et lettre de leur 
Ambassadeur A. van Hoey sur son contenu. (Extrait — Traduction). 

Requête de M. Catharina-Charlotte de Morlot, fille msgeure de 



DES PROVrNCBS-TmiBS à LA COUR DE FRANCE, DE 1726 à 1732. 115 

Emst Philippe comte de Morlot, et petite-fille de David Morlot, de 
son vivant gouverneur de S. A. I. Guillaume II d'Orange-Nassau. 
Elle prie les États-Généraux d'ordonner à M. l'Ambassadeur en 
France de présenter au Boi un mémoire en sa faveur , aux fins que le 
Parlement de Paris prenne sans retard une décision dans son affaire 
et qu'elle recouvre sa terre de Sault en Poitou, laquelle n'a jamais 
été saisie par le fisc , ni confisquée. On allègue contre elle des prétex- 
tes fallacieux , qu'elle serait Française de naissance et réfugiée hors 
de France pour cause de religion , ce dont elle a prouvé la fausseté , il 
y a dix mois déjà, par une requête au parlement. 

L'afEEÛre est recommandée à M. l'Ambassadeur A. van Hoey, qui 
peu après écrit de Paris qu'elle lui semblait être de nature purement 
juridique. 

8. Requête aux États-Généraux de 26 galériens pour la foi. — 
Marseille, 19 novembre 1728. (Copie). 

A nos très Hauts et très Puissants Seigneurs des États Généraux 
des Provinces-Unies des Pays-Bas. 

Très Hauts et Puissants Seigneurs , la dure et fâcheuse captivité 
où les pauvres forçats religionnaires qui sont sur les galères de 
France se trouvent réduits depuis bien des années , uniquement pour 
s'être assemblés sur les terres de la domination de Sa M^^ très 
Chrétienne contre ses défenses dans des maisons particulières et 
autres lieux pour entendre la parole de Dieu , leur fait prendre la 
respectueuse hardiesse de se jeter à vos pieds pour implorer votre 
souveraine protection pour faire cesser leurs peines et les tirer des 
fers où ils se trouvent assujettis pour la Religion , dont vous êtes 
les protecteurs et défenseurs; ces pauvres captifs et suppliants osent 
vous assurer, très Hauts et Puissants Seigneurs, qu'ils n'envisa- 
gent la grâce de leur liberté que pour le salut de leurs âmes et 
pour être en état de faire un jour publiquement profession de la 
religion protestante, qu'ils ont sucée avec le lait, et pour laquelle ils 
sont toujours prêts de sacrifier leurs vies avec autant de zèle et de 
constance qu'ils ont fait leur liberté, n'y ayant ny mort ny puis- 



116 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASDADEURS 

sance qui puisse ébranler la fermeté de leur îoj. Si leur désobéis- 
sance au Roy très Chrétien au sujet du culte divin, qui est Tunique 
cause qui les a précipités sur les galères, paroist un crime aux yeux de 
ceux de l'Église romaine, leurs adversaires, ils s'en trouvent justifiés 
par ces paroles de l'apôtre S* Paul , qui dit précisément qu'il vaut 
mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Ils espèrent , très Hauts et Puis- 
sants Seigneurs, attendu qu'ils n'ont fait en cette occasion que de se 
conformer à ce passage de l'Écriture Sainte , que vous voudrez bien 
par un rayon de votre pieuse protection faire briser leurs chaînes , 
afin qu'ils puissent rentrer un jour dans le sein de leurs familles , où 
ils ne manqueront pas de publier vos bienfaits et de redoubler leurs 
vœux au Ciel pour la conservation et prospérité de Vos Hautes Puis- 
sances. 

A Marseille le 19^ 9bre 1728 sur la vieille galère. 

(S.) Jean Pierre Qaliber en nom des forçats religionnaires qui sont 
sur les galères de France. 

9. Liste annexée à la requête ci-dessus. (Copie). 



Noms et Surnoms. 


Nnm^ros. 


(La France Prot. YI, p. 213 soIt.) 


Etienne Geite. 


2469 


2017 


Louis Bernard. 


2472 


223 


Pierre Bernard. 


2473 


224 


Jaques Bonniol. 


2474 


323 


Daniel Du Gros. 


2621 


682 


Jaques Qilles. 


2622 


1037 


André Négra 


2623 


1575 


■ Pierre Rouvier. 


2897 


1939 


Jean Tarrasson. 


3074 


2222 


Etienne Gaulei 


3773 


1009 


André Compte. 


3776 


628 


François Compte. 


3777 


628 


François Beaumes. 


3778 


151 


André VerseeL 


4164 


2149 


Jean Pierre Galiber. 


4165 


? 973 



DES PROVINCBS-ONIES à LA COTIE DE FBiKCE , DE 1726 à 1732. 

NomaetSnmoim. Vaméros. (La France Prot. Y I, p. S13 snî 

François Mainadier. 6160 1476 

Jean Teiasier. 6161 2063 

Louis ChançoD. 6162 550 

Pierre Pascal. 6163 1622 

Jaques Armengaut. 6164 2195 

Pierre Tasserot. 6165 2129 

Pierre Sablerot. 6167 1960 

Daniel Armengaut 6169 2194 

Jean Figuier. 6961 905 

Antoine Colomb. 6962 616 

Jean de Veze. 6963 742 

10. Lettre des Ambassadeurs en France. — Paris, 1? décem 
1728. (Extrait. — Traduction). 

Noua avons reçu votre résolution du 4 décembre dernier, au si 
de la requête de quelques galériens pour la foi en France , datée 
Marseille 19 novembre 1728. 

L'Ambassadeur van Hoej nous a informé que, à la prière de qi 
ques pasteurs français et d'autres personnes , il a mis tout en œuv 
afin que quatre des personnes nommées dans la liste qui a été 
voyée fussent relaxées ; que la requête que, à cette an, il avait rem 
en leur nom & M. de Maurepas , secrétaire de la Marine , avait été 
voyée par celui-ci à l'Intendant de Marseille pour avoir son avis ,d 
elle lui était déjà revenue avec un avis &vorable ; que, quoique 
dispositions de la Cour ne fussent pas favorables à de telles requêt 
H. de Maurepas toutefois lui avait donné l'espoir qu'il pourrait libf 
ces quatre personnes. 

Dans cette conjoncture nous avons jugé qu'il vaudrait mieux , p< 
ne pas porter préjudice à la bonne tournure qu'a prise l'affaire de 
quatre malheureux, de différer une intercession générale pour b 
les galériens , etc. 

Paris, 17 décembre 1728. (S.) C. Hop, S. Hurgronje, Goslin 
A, van Hoey '. 

1. LMtToùpi«iiiierB,Âmbauadeiirs-Extnu>rdiiiaireBtiaooagréBdeSoiBaoiu, 



118 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

11. Lettre de M. de Maurepas , secrétaire de la Marine , à TAmbas- 
sadeur A. van Hoey. — Paris, 16 février 1729. (Copie). 

Monsieur! Sur le compte que j'ay rendu au Roy du mémoire des 
quatre forçats que Votre Excellence m'a remis , Sa M^^ a bien voulu 
acorder la liberté aux nommez Louis Bernard et Jacques Bonniol ; 
j'aurois souhaité qu'Elie eût fait grâce aussy aux deux autres, mais 
Elle n'a pas jugé à propos de la leur accorder. 

J'ay Thonneur etc. 

A Marly le 16 février 1729. (S.) Maurepas. 

12. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 20 
février 1729. (Extrait — Traduction). 

M. de Maurepas m'a fait savoir, par la lettre ci-jointe, qu'il avait plu 
au Roi d'accorder la liberté à deux des galériens pour lesquels 
j'avais demandé cette grâce. 

Je ne manquerai pas de faire tout ce qui est possible pour qu'à 
l'avenir, conformément aux chrétiennes intentions de V. H. P., d'au- 
tres encore de ces malheureux coreligionnaires puissent être libérés 
de leur misérable esclavage. 

13. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 20 
février 1729. (Extrait. — Traduction). 

Sur les réclamations des Hollandais établis à la Rochelle , qui se 
plaignent de ce que jusqu'à présent on n'y a pas encore désigné de 
cimetière pour enterrer les protestants qui y viendraient à mourir , je 
me suis adressé à M. de Maurepas , secrétaire de la Marine, qui m'a 
envoyé la réponse ci-incluse , qui a été communiquée aux plaignants. 

14. Lettre de M. de Maurepas , secrétaire de la Marine, à l'Ambassa- 
deur A. van Hoey. — Marly, 13 février 1729. (Copie). 

Monsieur ! J'ay examiné le mémoire que vous m'avez fait l'hon- 



DES PROVINCBS-XINIES à LA COUR DE FRANCE, DE 1726 à 1732. 119 

neur de me remettre , le premier de ce mois , au sujet du matelot hol- 
landais qui a esté enterré à la Rochelle sur le bord de la mer ; je puis 
asseurer Votre Excellence qu'il a esté envoyé le 24 mars 1726 dans 
les principalles villes maritimes du Royaume un arrest du Conseil , 
qui ordonne de désigner un terrain pour la sépulture des estrangers 
de la R. P. R. qui y décéderont. L'on devoit choisir à la Rochelle un 
emplacement dépendant des fortifications de la place. J'escris à l'In- 
tendant de la Province pour sçavoir si cela a esté exécuté , et je le prie 
de mettre cette affaire en règle , si elle n'y est pas. 

Je suis très parfaitement, etc. 

A Marly, 13 février 1729. (S.) Maurepas. 

15. Réclamation de Daniel Loches et cens. 
Résolution des États-Généraux du 2 mars 1729. — (Extrait. — 
Traduction). 

Requête de Daniel Loches , pasteur de l'Église wallonne de Leyde , 
tant pour lui qu'en qualité de père et tuteur de son fils mineur , Ja- 
ques Loches , né en Hollande de son mariage avec Jeanne de Super- 
ville, et Jean Brienhol, marchand à Rotterdam, marié à Germaine 
Loches , tous deux enfants de feu Jean Loches et de Susanna Broc. 

Ils exposent que Jean Broc, leur grand-père maternel, ayant eu 
trois enfants , Jean , Maria et leur mère susdite Susanne Broc , a par 
son testament, passé le 22 août 1653 en France où il demeurait , in- 
stitué héritier universel son fils Jean Broc , mais avec une clause de 
substitution ou fidéicommis en faveur des autres enfants ; que le sus- 
dit Jean Loches, leur père, pasteur de l'Église Réformée , après en 
avoir reçu la permission du Roi de France , s'est retiré , en ? , avec sa 
femme et ses enfants , alors âgés de quatre et deux ans , dans ce pays , 
où il est mort ; que plus tard leur oncle Jean Broc est mort en France 
sans descendance ; que donc les suppliants , devenus héritiers en vertu 
de la clause de substitution ou fidéicommis , ont droit à la moitié des 
biens laissés par leur grand-père , mais que leur tante Maria Broc y au 
mépris de leurs droits, se les arroge tous et en a pris aussitôt pos- 
session. 



120 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

L'affaire est recommandée à M. l'Ambassadeur A. van Hoey. 

16. Lettre des Ambassadeurs au greffier Fagel. — Paris, 8 avril 
1729. (Extrait. — Traduction). 

Monsieur ! Nous avons , en vertu de la résolution de L. H. P. du 
26 février 1729, intercédé auprès des Ministres de cette Cour pour 
les vingt-quatre autres galériens pour la foi. M. le Cardinal a daigné 
nous répondre que nous pourrions assurer L. H. P. qu'actuellement 
on ne persécutait, ni n'envoyait plus aux galères des personnes uni- 
quement pour la religion , pour autant qu'ils se tenaient tranquilles ; 
que ceux qui ont du subir cette peine avaient mérité une punition 
plus rigoureuse, parce qu'ils avaient tenu des conciliabules très sé- 
vèrement interdits par la loi ; que, comme dans ces réunions on fai- 
sait beaucoup d'exhortations séditieuses, il était nécessaire d'em- 
ployer ces rigueurs pour maintenir la paix dans le Royaume. Nous 
avons dlru devoir abandonner cette affaire et attendre qu'on eût des 
dispositions plus favorables. Paris, 8 avril 1729. (S.) C. Hop, S. Hur- 
gronje , Goslinga , A. van Hoey. 

17. Lettre du pasteur de l'Ambassade, Gabriel Dumont, au sujet de 
l'arrestation de personnes qui fréquentent l'église de l'Ambassade , 
à l'Ambassadeur A. van Hoey. — Paris, 17 avril 1729. (Copie). 

Monseigneur ! Quoyqu'il soit venu ce matin peu de François de 
Paris à l'hôtel de Votre Excellence, il y est venu un si grand nom- 
bre de paysans, que nous avons eu environ 600 communians. Et je 
viens d'apprendre qu'on en a arrêté trois de Villelbel , qui ont été 
conduits dans les prisons de St Martin. On a aussi envoyé au fort 
l'Évèque trois jeunes aprentifs , parmi lesquels il se trouve un jeune 
HoUandois, et l'exemt Manivoir a mené dans un même fiacre M. 
Jean Malletj^ garçon marchand de vin, et sa sœur, qui sert chez M. 
Massienes, charron, et M. de la Vaux et sa fille aînée, au Grand 
Chatelei Peut-être y a-t-il d'autres personnes saisies, mais je n'en ai 
pas encore connaissance; si elle me vient,je ne manquerai pas d'en 



DES PROVINCES-UNIES à LA COUR DE FRANCE , DE 1726 à 1 732. 121 

informer votre Excellence, de qui j'attends les ordres pour la con- 
duite que je dois tenir à cet égard. J'ay l'honneur de souhaiter un 
heureux voyage à l'Ambassadrice , etc. 
(S.)Dumont 

18. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Compiôgne, 
21 avril 1729. — (Extrait. — Traduction). 

Vous apprendrez par la lettre de Dumont ci-jointe, que dix per- 
sonnes , qui étaient venues le jour de Pâques à l'église dans mon 
hôtel , ont été arrêtées et emprisonnées le même jour. Pour le Hollan- 
dais qui se trouve dans le nombre , il sera sans aucun doute mis en 
liberté aussitôt que sa qualité aura été reconnue. Je suis fort en peine 
quant aux autres , parce que je ne trouve pas de raisons ou d'argu- 
ments, en vertu desquels je pourrais exiger leur libération. Toute- 
fois, aussitôt que la Cour sera arrivée demain ici, je tâcherai d'obte- 
nir leur relaxation. Aujourd'hui je reçois une lettre de mon valet à 
Paris, lequel me fait savoir, que M. Hérault, Lieutenant-Général de 
Police , m'avait 'demandé lundi dernier, et lui' avait dit qu'il était 
obligé d'empêcher les sujets du Boy de se rendre à l'église dans mon 
hôtel. 

n me semble nécessaire qu'on agisse en cette matière avec plus de 
circonspection et de modération , de peur, sans parler d'autres jai- 
sons, que tous ceux qui n'appartiennent pas à ma maison ne soient 
privés de l'exercice de la religion réformée dans mon hôtel. 

19. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Compiôgne, 
24 avril 1729. (Extrait. — Traduction). 

J'ai demandé au Cardinal la relaxation des dix personnes arrêtées , 
mais jusqu'à présent je n'ai pul'obtenir. U m'a dit toutefois que, s'il 
se trouvait un Hollandais dans Je nombre, il serait immédiatement 
relaxé. 

20. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 6 
juin 1729. — (Extrait. — Traduction). 



122 EXTRAITS DB LA G0RRB3P0MDANGK DES AMBASSADEURS 

Hier le Lieutenant-Général de Police a de nouveau arrêté cinq 
personnes qui étaient venues dans mon église. Ce sont , d'après mes 
informations , trois Français et deux Suisses. 

21. Nouvelle réclamation de Catharina-Gharlotte comtesse de Mor- 
lot. C£ nP. 7. 

Résolution des États Généraux du 18 août 1729 et lettre de l'Am- 
bassadeur A. van Hoey, datée de Paris, 2 septembre 1729. (Extrait — 
Traduction). 

Elle ajoute au contenu de sa précédente requête qu'elle avait aussi 
exhibé au parlement deux passeports originaux de S. M., qui lui 
avaient été délivrés en 1693 pour retourner en Hollande, sa patrie, 
après qu'elle eût sollicité en France la liberté de son père , Emst Phi- 
lippe de Morlot, emprisonné à la Bastille, d'où celui-ci n'avait pu 
sortir qu'après onze ans de détention, et ce sur les instances faites 
par Milord Portlandt au nom de S. M. Britannique. 

Sur une nouvelle recommandation à l'Ambassadeur A. van Hoey, 
celui-ci mande de Paris, le 2 septembre 1729, que, comme il ressort 
d'un extrait du registre qu'il joint à sa lettre , le Conseil d'État a ren- 
voyé l'afEedre de la comtesse à la justice ordinaire. 

22. Lettre des négociants hollandais établis à Bordeaux , à l'Am- 
bassadeur A. van Hoey. — Sans date. — (Extrait — Copie). 

— et de ne pas désapprouver la liberté que nous prenons de luy 
demander une nouvelle grâce, qui est pour nous d'autant plus inté- 
ressante qu'elle concerne l'exercice de notre religion. Le mémoire 
joint à notre lettre explique la qualité et la justice de notre demande; 
le décès du Sr. Eoning à Nantes y donne lieu en partie. Son Excel- 
lence en est informée, à ce que nous avons appris ; ainsi nous n'en 
parlerons plus et nous nous en rapportons à ce que les personnes de 
la nation en ont dit 



DBS PROYINCBS-UNIES à LA COUR DE FRANCE , DE 1726 à 1732. 123 

23. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 14 
octobre 1729. (Extrait — Traduction). 

Le cas de Gonink , dont il est fait mention dans la lettre ci-jointe 
des négociants hollandais de Bordeaux , consiste en ce que ce Go- 
ning, à son lit de mort à Nantes , a été trôs importuné par les prêtres 
au sujet de sa religion , désordre qui cependant a cessé aussitôt que 
la Cour en a été informée. Quoique de pareilles choses ne soient pas 
fort à craindre à l'avenir, je tâcherai cependant de procurer à nos 
Hollandais établis dans le Royaume plus de sécurité en cette matière. 

24. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 13 
janvier 1730. — (Extrait — Traduction). 

Aussitôt que je jugerai pouvoir le faire avec succès , je ne man- 
querai pas à agir en conformité des ordres contenus dans la résolu- 
tion du 4 janvier 1730 , de faire tous mes e£Ports afin que la personne 
qui y est mentionnée , (le galérien Daniel Dacros) (comp. France Prot 
T. VI p. 255 n^. 682) , puisse être mis en liberté, si c'est uniquement 
pour cause de religion qu'il a été envoyé aux galères. 

25. Mémoire de Gabriel Dumont , présenté à l'Ambassadeur A. van 
Hoey, et envoyé par celui-ci à L. H. P. , de Paris, 10 mars 1730. Le 
mémoire est sans date. (Gopie). 

Le zèle de votre Excellence m'est si connu que j'y recours avec 
une pleine confiance en faveur de nos frères Yaudois des vallées de 
Pragelas et de Zesane. Ges fidèles , cruellement persécutés, n'osent ni 
s'addresser au Roy de Sardaigne leur Souverain , à qui on les rend 
sans cesse odieux, ni implorer la protection des Princes et des États 
protestants , de peur qu'on ne leur en fasse un nouveau crime. Souf- 
frez donc. Monseigneur, que je serve aujourd'huy d'interprète à leur 
douleur et à leurs désirs , étant bien informé de leurs misères. 

Les vallées de Pragelas, de Se^ane et de Ghâteau Daufin ayant été 



124 EXTRAITS DE LÀ CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

conquises en 1708 sur la France par les troupes de S. A. R deSavoye 
et par celles de ses alliez^, l'Empereur, les Rovs d'Angleterre et de 
Prusse et L. H. P. les Seign. £. G., les Yaudois habitants de ces vallées 
envoyèrent des députés à Son Excellence M. van der Meer, qui, de 
même que Mylord Cbetwin , Ambassadeur de la Reyne d'Angleterre , 
les assura que Son Altesse Royale s'estoit obligé par le traité d'alli- 
ance à donner la liberté de conscience dans tous les pays qui seroient 
conquis, et qu'ils pouvoient commencer à faire profession ouverte de 
leur Sainte Beligion comme avant la révocation de l'Édit de Nantes; 
peu de temps après Monsieur Gasca , intendant à Fenestrelles , les 
mande pour leur dire qu'il avoit ordre de S. A. B. de leur déclarer 
qu'EUe leur accordoit liberté de conscience, et qu'ils pouvoient exer- 
cer leur religion de la même manière que les habitants des autres 
Vallées, ses anciens sujets, en observant de n'avoir nulle dispute ni 
contestation avec les Catholiques romains, ni avec les curez principa- 
lement ; les pasteurs des vallées de St Martin et de Luzerne eurent la 
permission de leur aller prêcher et faire toutes les autres fonctions 
du S^ Ministère. 

Cette permission fut révoquée au bout de deux ans , et les habitants 
des vallées de Pragelas et de Cezane se virent obligez à aller aux ex- 
ercices secrets des vallées de St Martin et de Luzerne , et à y porter 
leurs enfans pour y recevoir le Saint Baptême. 

En 1708^ leurs ennemis profitants de l'absence du Boy, qui étoit 
allé en Sicile, on dépouilla les notaires protestants de leurs offices ; 
on déposséda les Consuls et les Conseillers protestants de leurs em- 
plois, on Ôta les maîtres d'école protestants de toute la vallée de 
Pragelas , et on relégua par lettre de cachet plusieurs de leurs princi- 
paux habitants , qui furent exilez dans plusieurs villes de Piémont ; 
mais qui au retour du Boy furent relâchez et renvoyez chacun 
chez eux. 

Un édit de S. M. fut publié en 1716 dans toutes les communautés 
des vallées conquises, qui défendit sous des peines très rigoureuses 
d'y faire des assemblées en plus grand nombre que de dix personnes, 
ce qui donna occasion à diverses vexations. 

Un arrest du Conseil supérieur de Pignerol, affiché en 1721, en- 



DES PROVINCES-UNIES .à LA COUB DE FRANCE , DE 1726 à 1732. 126 

joignoit aux mêmes habitants de faire baptiser leurs enfans vingt- 
quatre heures après leur naissance , et cela encore sous de grosses 
amendes ; ce qui causa encore divers troubles. 

Vers la fin du mois de novembre 1726, au gros de l'hiver, M. 
d'Arenton , Intendant de la province de Suze , ordonna à tous les Pro- 
testants de l'Église de Fenils dans la vallée de Cézanne de changer de 
religion ou de sortir incessamment des états de S. M. Quelques mois 
auparavant le S. Bousset , avocat fiscal de Pignerol, avoit fait signifier 
aux pasteurs et aux anciens des vallées de Luzerne et de S^ Martin 
qu'ils eussent à ne recevoir dans leurs assemblées aucun étranger, de 
ne baptiser les enfans, ni bénir les mariages, que des habitants de 
leurs propres vallées. 

Enfin, au commencement de la présente année 1730, il est venu de 
Turin dans la vallée de Pragelas deux missionaires , qui, avec un 
détachement de soldats qu'ils ont obtenu du Commandant de Fenes- 
trelles , obligent ces pauvres Yaudois à abjurer leur religion , à aller 
à la messe et à faire d'autres actes de la religion romaine. 

Ce ne sont là, Monseigneur, que les persécutions générales; si 
j'entrois dans le détail des persécutions particulières et des mauvais 
traitemens faits à des familles entières , comme à celle de mons. Ri- 
chard du Château Daufin , de qui on a enlevé les filles pour les enfer- 
mer dans des couvents , et on les a ensuite mariées malgré luy à des 
catholiques romains ^ à la famille de Messieurs Consuls de Fenils 
dans la vallée de Cezane, à la famille du Capitaine Etienne Friquet, 
à celle de Jean Ouiot, à celle de Daniel Gonet, des traverses de la val- 
lée de Pragelas ou des cruautés inouïes contre une infinité de particu- 
liers à l'instigation des ecclésiastiques , d'un Jean Oalice , curé du 
Château de Bois , ce mémoire deviendroit un gros livre. 

Je ne doute pas , Monseigneur , que si votre Excellence daigne le 
faire présenter à L. H. P. , Elles ne se sentent touchées de tant de mil- 
liers d'innocents opprimés , recommandables par leur fidélité à leur 
Souverain aussi bien que par la pureté et l'ancienneté de leur religion. 

Il n'est pas nécessaire que je représente icy Timportance de conser- 
ver ces Églises-là , pour affermir celles des autres Yallées voisines et 
pour perpétuer le nom vaudois ; je prendray seulement la liberté de 



126 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

remarquer que ces pauvres Églises out d'autant plus d'espérance d'un 
heureux succès de la puissante recommandation de L. H. P. auprès 
du Roy de Sardaigne , leur Souverain , que ce Prince , également juste 
et prudent, sait qu'il n'a point de sujets plus fidèles et que ce ne peut 
être qu'à son insu qu'on travaille à leur perte totale ; tout ce qu'ils 
demandent de sa justice et de sa clémence avec la plus profonde hu- 
milité, c'est de pouvoir servir Dieu et honorer leur Roy selon les lu- 
mières de leur conscience dans une pleine liberté. 

26. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 26 
juin 1730. — (Extrait. — Traduction). 

A Nîmes , où demeurent un grand nombre de protestants , on a fait 
dernièrement une perquisition domiciliaire générale , pour découvrir 
s'il y avait des personnes en possession de quelque arme , ce qui dans 
ce Royaume est défendu à ceux du tiers état. Le jour précédent le Com- 
mandant du district avait fait venir en ville un régiment de fantassins 
pour prévenir toute opposition; aussi n'y en a-t-il pas eu. De là le 
bruit qu'il y avait eu de vifs engagements entre les troupes et les pro- 
testants, lorsque les premières avaient attaqué ces derniers, assem- 
blés pour l'exercice de leur religion. Mais ce n'a été qu'une rumeur, 
contraire à la vérité. 

. 27. Requête de Charlotte et Elisabeth de Rogissart 

Résolution des États-Généraux du 7 août 1730. — (Extrait. — 
Traduction). 

Requête de Charlotte et Elisabeth de Rogissart, sœurs , citoyennes 
de la Haye, exposant qu'en 1728 elles sont allées en France pour y 
réclamer une terre, nommée Bois le Comte , située dans la province 
de Brie , ayant appartenu à leurs aieuls maternels , dont elles sont 
héritières légitimes , ce parce qu'elles pouvaient fournir la preuve 
d'êtres Hollandaises et de ne pas appartenir à la classe des réfugiés ; 
que leur mère, Anne du Houx, fille d'Antoine du Houx, écuyer. 
Sieur de Bois le Comte, était parti de France en 1680 et avait épousé 



DES PBOYINCBS-TJNIES à LA COTJB DB FRANCE, DE 1726 à 1732. 127 

en 1683 Pieter de Bogissart , notaire à la Haye, fils de Jan de Bogis- 
sart , né en 1618 à Charleville dans la principauté de Sedan, de la mai- 
son de Bouillon; quen 1624, le susdit Jan de Bogissart, n'ayant 
que six ans, était entré comme page, puis comme intendant, en ser- 
vice chez M. G-rotius , qu'il accompagna dans tous ses voyages , en 
Suède et ailleurs; que Jan de Bogissart, pendant ce service, avait 
épousé Hester de Enolles de la nation Écossaise, duquel mariage 
naquit leur père Pieter de Bogissart etc.; que, nées à la Haye d'un 
père qui n'avait jamais été sujet du Boi de France et d'une mère par- 
tie de France avatit la révocation de l'Édit de Nantes , elles ont été 
reconnues Hollandaises et, en suite d'une sentence duChâteletdu 
12 novembre 1728 , mises en possession de la terre de Bois le Comte, 
et ce sans aucune opposition ; qu'elles aimeraient à vendre cette terre, 
jugent expédient d'en demander la permission au Boy, et sollicitent, 
pour y parvenir , l'appui de l'Ambassadeur en France. Ce que l'on 
accorda. 

28. Lettre de l'Ambassadeur A. van Hoey à L H. P. — Compiègne, 
20 août 1730. — (Extrait. — Traduction). 

J'ai reçu votre résolution du 8 août 1730 au sujet de la requête 
des héritiers de Diderick Hoeufft aîné, qui a été cohéritier de Jan 
HoeuJBR; , en sa vie secrétaire de S. M. le Boy de France. 

J'ai fait tout mon possible pour que le Boy permît aux suppliants 
de vendre en tout ou en partie leurs métairies et terres , situées en 
Petit-Poitou ; mais les difficultés que chaque fois l'Intendant de la 
province où les biens sont situés m'a suscitées, ontfait que je n'ai 
pas encore pu réussir. 

Pour ce qui regarde le paiement extraordinaire que l'on exige 
maintenant de ces biens, savoir 25.000 livres, outre les deux sous 
par livre comme droit de confirmation , à cause de l'avènement de S. 
M. au trône , j'ai tâché d'en obtenir la libération , et , comme on n'avait 
plus dès lors importuné le gérant, je croyais avoir mené cette af- 
faire à bonne fin. Mais , il y a trois ou quatre semaines , le gérant 
m'écrivit de rechef qu'on le menaçait d'une exécution pour le paie- 
ment de ces droits. 



128 EXTRAITS DE Lk CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

Par provision j'ai reçu cette réponse: que le droit de joyeuse arri- 
vée à la Couronne est un droit réel , qui est levé et ainsi doit être payé 
par les possesseurs sans distinction, soit habitants du pays, soit étran- 
gers ; que ce droit est levé par rapport à toutes concessions , grâces 
ou octrois accordés sous d'autres règnes et ainsi est applicable aux 
biens susdits ; que l'allégation qu'ils en avaient été excusés autre- 
fois, en était une dont la vérité, à cause du grand laps de temps , 
pourrait difQcilement être prouvée, parce que le cas n'était jamais 
survenu qu'à l'occasion de la joyeuse arrivée à la Couronne de feu 
S. M. Louis XIY; que la non levée de ces droits pour une fois n'en 
impliquait pas la libération pour toujours. 

29. Requête de Maria Susanna de Civile, veuve de Louis Enoppert, 
en sa vie officier d'infanterie de L. H. P. 

Résolution des États-Généraux du 24 octobre 1730. (Extrait. — 
Traduction) ^ 

Elle avance que, en veriu d'une transaction, son frère K de 
Ramé, demeurant à Rouan en Normandie sous la domination du Roi 
de France, lui doit certaine somme, dont nonobstant toutes ses in- 
stances elle ne peut obtenir le payement; que donc elle serait obligée 
de l'actionner, mais que toutes ses peines ne lui porteront aucun 
fruit , ni efPet , si elle n'est pas secondée et appuyée par des lettres de 
recommandation de L. H. P. à M. l'Ambassadeur A. van Hoey. 

Les États-Généraux les lui accordèrent. 

30. Requête de Benjamin Binet. 

Résolution des États-Généraux du 23 janvier 1731. — (Extrait. — 
Traduction). 

Benjamin Binet, professeur d'e philosophie et pasteur wallon à 
Bois-le-Duc, tant pour lui-même que pour les enfants mineurs de 
Pierre Bobineau, de son vivant citoyen de Delft, et de feu son 

1. Ég\. waU. de Maestrioht. Inhumée le 15 février 1742 madame la baronne de 
Enoppert , Marie Sosanne de Enoppert , née de Seyille de la Ferté ; déoédée le 12. 



DES PB0VINCE8-TJNIKS à LA COUR DE FRANCE , DE 1726 à 1732. 129 

épouse Anna Binet , fait savoir qae son père , Benjamin Binet , de son 
vivant Ministre du S. Ë.' en France , a obtenu de S. M. le Boi de 
France , par un brevet du 15 juillet 1685 , la permission de se rendre 
avec son épousé Catharina de la Valette Santel et ses deux enfants , le 
suppliant et sa sœur Anna Binet , hors du Royaume , en Hollande , et 
de vendre ses biens situés en France ; que ses parents se sont établis 
à Delft et y sont morts ; que sa sœur , décédée depuis à Delft , a laissé 
huit enfants qui habitent diverses villes de la Hollande; que, à son 
départ, son père a bien tâché de vendre ses biens , mais que cela ne 
lui a pas^ entièrement réussi ^ peut-être parce qu'alors on hésitait à 
acheter des biens à des protestants ; que donc son père en a dû aban- 
donner une partie considérable, situés pour la plupart sous la juri- 
diction de Caen en Basse-Normandie, dont ses enfants sont mainte- 
nant de fait dépossédés; qu'il sollicite donc des lettres de recomman- 
dation de M. l'Ambassadeur auprès de S. M. le Boi Louis XY^ afin 
\ que lui et les mineurs recouvrent les biens susdits et leurs revenus 

échus depuis, comme aussi tout autre héritage qui leur pourrait être 
dévolu. 

Ce que les États- Généraux lui accordèrent. 

31. Lettre de M. l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris , 
30 avril 1731. — (Extrait — Traduction). 

Il y a plusieurs raisons qui plaident en faveur de la vente de l'or- 
gue de l'église de mon ambassade : 1^. il y a peu de place ; 2®. l^ntre- 
tien de l'orgue et les honoraires de l'organiste exigent une dépense de 
250 livres; 3^ à défaut d'un organiste réformé, on a été obligé d'en 
prendre un catholique , qui , étant sujet du Boi , a été envoyé à la Bas- 
tille, parqe qu'il s'était prêté à remplir ces fonctions ; 4^. parce qu'on 
a fait l'expérience que l'emploi de l'orgue attire trop l'attention et 
que le moyen le plus propre pour faire assister beaucoup de monde 
au culte divin, est de l'exercer avec le moins d'apparat possible K 

1 . La réfl. des É. G. du 7 juin 1732 autoriaa la vente de Torgue. 



130 EXTRAITS DE LÀ. GOBBESPONDANCE DES AMBASSADETJB8 

32. Lettre de TAmbassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris, 28 
mai 1731. — (Extrait. — Traduction). 

L'affaire de Catharina Maria Panhuysen, veuve de feu André 
Scion , Sieur de Ternan , qui avait un procès devant le Conseil du 
Boi , aux fins d'obtenir la possession de ses biens paternels situés en 
France, a eu enfin une issue favorable , comme V. H. P. le pourront 
Yoir dans la copie-missive ci-jointe de M. de Maurepas , secrétaire 
d'État, à laquelle j'ai l'honneur de me référer. 

33. Lettre de M. de Maurepas à M. l'Ambassadeur A. van Hoey. — 
Versailles, 26 mai 1731. — (Copie). 

Monsieur ! J'ay rapporté aujourd'huy au Conseil la demande de la 
Délie de Panhuys, à fin de main-levée des saisies faites sur ses biens 
par le préposé à la régie des biens des fugitifs. La main-levée en a été 
accordée à cette DoUe. j'en feray incessamment expédier l'arrêt, et 
on le remettra à son avocat, lorsqu'il sera revêtu de toutes ses for- 
malités. 

J'ai l'honneur d'être, etc. 

A Versailles 26 may 1731. 

(S.) Maurepas. 

34. Lettres de M. l'Ambassadeur A. van Hoey, à L. H, P. — 1®. Pa- 
ris, 30 juin 1730 ; 2^. Compiègne, 8 juin 1732. La seconde est accom- 
pagnée d'un mémoire. — (Extrait — Traduction). 

L'importante succession du banquier Jean Claude Tourton , mort 
à Paris en 1724 , a donné naissance à un procès devant le parlement 
de Paris entre : 

P. Elisabeth Tourton , la plus proche héritière ab intestat de son 
oncle décédé, fille de Jean Tourton, épouse de Theophil us Vernet, 
Qenevois de naissance , mais citoyen d'Amsterdam , qui a fait à Paris 
des affaires de banque sans être naturalisé, et qui s'y trouve mainte- 
nant détenu par ses créanciers ; et 



DES PEOVINCES-TJNIBS à LA COUB DE FRANCE , DE 1726 à 1732. 131 

2^. M. Telusson , rhéritier testamentaire , Genevois. 

Le 1 avril 1 729 le Parlement a donné gain de cause à Elisabeth 
Tourton , et ce , parce que Théritier testamentaire Telusson , étant 
Genevois, était incapable d'hériter d'un sujet français. 

Mais, aussitôt après cette décision , d'autres héritières ab intestat , 
plus éloignées, Maria Jeanne de James et Marie Marguerite Doucet , 
sujettes du Roi de France , ont attaqué Elisabeth Tourton devant le 
parlement, quoiqu'elles eussent été ses associées dans le procès 
contre Telusson, soutenant que celle-ci était d'origine réfugiée pour 
la religion et qu'ainsi , selon les édits du Roi contre les religionnai- 
res , elle ne pouvait hériter en France d'un sujet français. 

Les prétentions de ces deux parentes sont mal fondées; elles ne 
peuvent exiger l'application de l'édit de 1669 dans le cas d'Elisabeth 
Tourton , car celle*ci est Hollandaise ; elle n'est pas réfugiée et ne 
descend pas de réfugiés. Elle est née en Hollande. Son père Jean 
Tourton a quitté la France dès l'an 1662. Après un apprentissage de 
commerce de cinq ans dans la ville d'Amsterdam , il s'est établi à son 
compte en 1669 ; il s'est fait agréer au nombre des bourgeois d'Am- 
sterdam en 1673 ; il s'y est marié en 1678 et y est mort en 1710. 

J'ai dressé en faveur d'Elisabeth Tourton le mémoire ci-joint, que 
j'ai remis à M. l'abbé de Vienne, conseiller et rapporteur de la grande 
chambre du parlement de Paris, et j'ai recommandé l'afEstire à son 
attention. 

35. Lettre de M. l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris , 8 
août 1732. — (Extrait. — Traduction). 

La grande chambre du parlement de Paris a quinze membres. Huit 
ont voté pour, sept contre les droits d'Elisabeth Tourton. Selon la loi 
aucun arrêt ne peut être formé qu'à la majorité de deux voix. Ainsi 
l'afiEaire doit être renvoyée à une autre chambre du parlement J'ai 
remis à M. de Vienne un nouveau mémoire sur cette affaire. 

J'ai appris que votre ordonnance du 7 mai 1726 a contribué plus 
qu'autre chose à nuire à la cause, et que cette ordonnance aurait 
paru très étrange au parlement On dit que le motif allégué pour la 



132 EXTRAITS DB LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS 

rendre, savoir que les lois rigoureuses qui existent en France contre 
les réfugiés auraient été étendues à ceux qui s'étaient retirés en Hol- 
lande depuis 1669 , n'a jamais eu de fondement. • 

36. Lettre de M. l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Fon- 
tainebleau , 18 septembre 1732. — (Extrait. — Traduction). 

L'occasion me paraissant favorable, j'ai fait aussi communication 
au Cardinal de votre résolution du 9 septembre dernier, au sujet de la 
lettre de S. M. le R. de Prusse du 2e à V. H. P. , Vous invitant à vou- 
loir prêter vos bons offices à la libération de quelques sujets Français, 
galériens pour la foi. ^ 

Son Éminence me répondit que ces personnes n'avaient pas été 
condamnées aux galères pour cause de religion ^ mais pour avoir, au 
mépris des lois du royaume, soit tenu des conciliabules où l'on en- 
seignait une religion défendue, ou y avoir assisté, soit introduit des 
livres défendus, soit contrevenu de quelqu'autre manière aux règles 
établies. 

Cela me donna l'occasion de parler de l'opinion de beaucoup de 
savants qui avaient écrit sur la matière, dont quelques-uns, il est vrai, 
sont d'opinion qu'il est permis à un souverain de régler et déterminer 
l'exercice extérieur de la religion de la manière qu'il juge utile à son 
État , mais que presque tous opinent que le pouvoir d'un prince ne 
s'étend pas jusqu'à la croyance intérieure; ce que je soutenais après 
contre le Prince et Evèque de Liège, qui , par son mandement, a la 
prétention de régner , contrairement à ces principes , sur les conscien- 
ces, puisqu'il y a ordonné à chacun d'accepter purement et simple- 
ment sa susdite constitution sous peine d'excommunication. 

En suite des ordres de V. H. P. je me concerterai avec les Ministres 
des Puissances protestantes sur les moyens d'atteindre le but que 
vous vous proposez chrétiennement. 

37. Lettre de M. l'Ambassadeur A. van Hoey au Greffier Fagel. — 
Paris, 26 octobre 1 732. (Extrait. — Traduction). 

On me mande de Marseille que, le 13 octobre dernier, le Commis- 



DES PROVINCES-UNIES à LA COUR DB FRANCE, DE 1726 à 1732. 133 

saire des galères , assisté de deux ou trois employés , avait fait venir 
auprès^ de lui tous les galériens pour la foi , et leur avait demandé 
quelle somme d'argent ils pourraient payer pour leur libération ; que 
quelques-uns avaient offert trois cents livres , d'autres de cent à trente 
livres, et que quelques-uns avaient dit n'avoir rien du tout et qu'ainsi 
ils n'étaient pas en état de donner quelque chose ; que leurs réponses 
avaient été notées ; que l'on avait encore dressé un état de tous les 
galériens qui étaient incapables de faire leur service ; que tout cela se 
fit sur l'ordre du ministère de cette Cour et qu'il semblait qu'on eût 
l'intention d'acheter pour le montant des rançons des esclaves Turcs , 
qui remplaceraient les galériens affranchis. 

Mes correspondants de Marseille ajoutent que si ces hommes pou- 
vaient être pourvus secrètement des fonds nécessaires par des parti- 
culiers, ils pourraient peut-être recouvrer leur liberté, mais qu'on 
n'aurait probablement aucun succès si une ou plusieurs puissances 
étrangères s'offraient à payer pour eux. 

Comme je crois voir dans cette nouvelle un symptôme d'adoucis- 
sement à la Cour envers ces malheureux, je ferai tout mon possible 
pour coopérer à leur libération. 

38. Lettre de M. l'Ambassadeur A. van Hoey à L. H. P. — Paris , 
18 décembre 1732. (Extrait — Traduction). 

Les héritiers de feu M. Diederik Hoeufift , de son vivant secrétaire 
du Roi de France et Commissaire de V. H. P. en ce Royaume , ont 
demandé à être dispensés du payement du droit de joyeux avènement 
de S. M. le R , lequel , à chaque nouvelle succession à la Couronne , 
doit être payé pour le renouvellement de chaque grâce et chaque 
octroi. De ce chef ils avaient été taxés pour les terres qu'ils possè- 
dent en France d'une somme de vingt mille livres, parce que ces 
terres avaient été endiguées jadis en vertu d'un octroi de feu le Roi 
Louis XHL 

Je me suis employé avec succès en leur faveur, comme vous le 
verrez par la missive ci-incluse de M. le Contrôleur Général , à laquelle 
j'ai l'honneur de me référer. 



134 EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DES AMBASSADEURS. 

39. Lettre du Contrôleur Général Orry à M. TAmbassadeur A. van 
Hoey. — Versailles, 4 décembre 1732. — (Copie). 

Monsieur ! J'ai examiné Taffaire des héritiers du sr. Hoeuf, Hollan- 
dais, qu'on avait employez dans un roUe du joyeux avènement à 
cause des Marais desséchez qu'ils possèdent en Poitou , et j'ai été fort 
aise de trouver que ce que Votre Excellence a désiré pour eux pou voit 
leur être accordé sans blesser les règles établies sur cette matière 

J'ai rhonneur d'être, etc. 

Versailles, 4 décembre 1732. 

(S.) Orry. 



— ^588«— 



MÉDAILLES WALLONNES. 



PBEMIEB ABTIOLE. 



Aux 17e et 18^ siècles la médaille commémorative avait une toute 
autre importance que de nos jours. Toutes les familles qui se respec- 
taient et qui jouissaient d'une certaine aisance faisaient frapper ou 
graver des médailles en Thonneur de leurs noces d'argent ou d'or. — 
Quand un pasteur ou un savant mourait , on célébrait sa mémoire 
par une médaille, un vrai monument en métal. 

Dans les familles appartenant aux Églises wallonnes un assez 
grand nombre de ces pièces ont été frappées , pour conserver la 
mémoire des faits joyeux ou graves de leur vie intime. — Nous 
commençons ici la publication d'un certain nombre de médailles qui 
figurent dans le cabinet royal des médailles à La Haye. 

Nous avons cru devoir nous laisser guider dans notre choix par les 
précieuses indications des fiches de la Bibliothèque wallonne de 
Leyde \ Si un nom de famille se trouvait mentionné dans les fiches 
et sur une médaille, nous avons cru devoir regarder la famille comme 
ayant appartenu à nos Églises, et nous avons cru que la pièce offrirait 
un intérêt tout spécial pour les lecteurs du Bulletin. 

Nous commencerons notre examen par l'étude d'une pièce exces- 

1. Noire commis M. Hoek a examiné avec le plus grand zèle les fiches à cet eifet. 



136 MÉDAILLES WALLONNES. 

sivement intéressante. C'est une médaille en argent, gravée de main 
de maître, et acquise en 1897 par le cabinet royal. 

1. — 1629. Mariage de Daniel Des Ruelles avec GmLLEMETTE 
Benqevoort. 

Cette médaille est inédite et nous la reproduisons sur notre 
planche \I. 1. 

Argent 20,5 gr., 49 X 62 mm. 

Le 14 janvier 1629 on célébra dans l'église wallonne d'Amster- 
dam le mariage de Daniel des Ruelles et de Guillemette Bengevoort. 
Pour fêter ce glorieux événement les jeunes mariés firent graver 
cette pièce magnifique. 

A l'avers nous voyons une scène symbolique. Le Christ, portant 
une grande croix, donne la main à une jeune femme; une colombe 
portant une couronne descend des cieux ; les chœurs des anges en- 
tourent ce groupe principal. Une inscription gravée autour, dit : Hout 
daer Joncvrouw die Ici bemin en anders geen. Daer is mijn trouw m^n 
hert en sin naest Godt aUeen. Le sens de ces mots n'est pas très clair. 
Nous croyons cependant ne pas trop nous en écarter en les tradui- 
sant ainsi : a Tiens ferme (au Christ) , ma fiancée ; mon unique bien- 
aimée. A toi, outre Dieu seul, ma foi, mon cœur, ma joie]!>. Au 
milieu se trouve la date Vît 1629. 

Le revers représente une scène biblique: Laban donne Rachelà 
Jacob. Un vieillard met la main d'un jeune homme, en costume de 
berger, dans celle d'une jeune femme, qui elle aussi tient une hou- 
lette; des brebis paissent autour d'eux et un paysage s'étend sur 
le fond de la médaille. Au dessous , les noms des jeunes mariés. L'in- 
scription porte : Doen Laban Bachd stdde aen JacoVs groene sy, Was 
's herders eid vemoeght , van al de slavemij. ce Quand Laban plaça 
Rachel aux côtés de Jacob, l'âme du berger, après sa longue servi- 
tude, se remplit de joie ». 

Le mariage de ces deux époux fut béni; ils eurent six enfants, 



1. Le dessin est de Monsieur J. Bgtel, amanuensis du Mnsée des antiquités, 
de Lejde. 



MÉDAILLES WALLONNES. 137 

quoique leur union n'ait duré que dix ans , car le 12 novembre 1639 
Daniel Des Ruelles fut inhumé à Amsterdam dans l'église wallonne. 

2. — 1655. MoBT DE SusANNE HoscHBPiED (25 février 1655). 
Médaille inédite, reproduite sur notre planche , I. 2. 

Argent 57,5 gr., 65 mm. 

A l'avers on voit le buste de la jeune femme ; l'inscription men- 
tionne son nom et la date de sa naissance (24 juin 1633). — Le revers 
porte les armoiries de la famille; deux génies volent à côté , tenant 
dans leurs mains des fleurs et des rubans ; l'inscription dit qu'elle 
est morte le 26 février 1655. 

Elle était flUe de Daniel Hoschepled et de Catharina van der Merct ; 
elle a été ensevelie le 2 mars à Amsterdam dans le Zuiderkerk. 

3. — 1673. Mort du Lieutenant Louis Serrurier. 

Médaille mentionnée par Dirks , Penningkundig Bepertorium , II, 
n». 1686. 

Argent 178,5 gr., 80 X 74 mm. 

Le cadavre est étendu sur une civière, qui repose sur les dos de 
deux anges ; contre la civière est placé un cartouche avec l'inscrip- 
tion : Saiigh sijn de dooden die in den Heere sterven , van nu aen^ja 
segt de Geest opdat sg rusten moghen van haren arbeU, Apoc, 14 cap. 

oc Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ; 
oui, dit l'Esprit, afin qu'ils se reposent de leurs travaux, d (Apoca- 
lypse 14 V. 13). 

Au milieu d'une lumière étincelante volent deux anges qui tien- 
nent une banderoUe , sur laquelle est gravé : Siet de Doot is een In- 
ganck ten Leven. a Yoyez ! La mort est l'entrée dans la vie j>. 

Le nom du Seigneur est placé au haut de la médaille. 

Au revers, deux squelettes supportent un cartouche entouré d'os 
de mort. Sur le cartouche est placée l'incription suivante : Ter ge- 
dachtenis van — Louis Serrurier — Luytenant van — een Com- 
pagnie — voet knegten Natus — Amsterd. 11 Janua — 1654 Obiit 
Ireda — 2Q Septemb. — 1673. 

c[ A la mémoire de Louis Serrurier , Lieutenant d'une compagnie de 

fantassins "». 
yni. io 



138 MÉDAILLES WALLONNES. 

Au-dessus du cartouche est assis un génie qui fait des bulles de 
savon, image de la fragilité de la vie humaine. Au bas du champ, 
sur un cartouche en forme de chauve-souris, a L^homme propose ^ 
Dieu dispose ». 

Louis Serrurier a été baptisé le 18 janvier 1654 dans l'église wal- 
lonne d'Amsterdam ; il était fils de Joseph Serrurier et de Marie de 
Rhoe. Il se maria le 14 mai 1673 dans la même église avec Oatharina 
Adolfs; notre médaille nous apprend que ce mariage n'a été que de 
très courte durée, puisqu'il mourut la même année en septembre. 

4. — 1687. En l'honneur de P. Jurieu , pasteur a Rotterdam. 
Variété de la médaille van Loon III , 352. Cp. Catal. Teyler, p. 56. 

Argent 80,5 gr., 60 mm. 

A l'avers, le portrait de Jurieu tourné à droite. Autour de la tête 
est placée Tinscription suivante : Fetrus Jurieu S. S. Theol P. P. 
Aetat. L. En bas , spe fati melioris alor^ allusion aux prophéties de 
Jurieu. 

Au revers , la terre qui s'ouvre et d'où sortent des flammes et de la 
fumée ^ qui cachent une église située au fond du champ. Le soleil 
brille au Zénith, accompagné de l'inscription Brevi luddior fulgebU, — 
A l'exergue, Etiam venio cito amen — veni domine Jesu — 1687. — 
Tout dans cette médaille fait allusion aux thèses et aux prophéties 
émises par Jurieu. 

5. — 1695. Médaille frappée en l'honneur de Johannes a Beaumont. 
Médaille inédite; nous en reproduisons l'avers sur notre plan- 
che , IL 6. 

Argent 61 gr., 70 mm. 

A l'avers se trouvent les armoiries de Johannes à Beaumont , en- 
tourées de drapeaux et d'armes. L'inscription mentionne son nom et 
la date de sa naissance en 1609. Le revers est formé par l'inscription 
suivante : 

Johant^es a Beaumont — post quamLXlI^ annos^proBelgio — 
Foederato, centurio^ cohortis — Trïbunus^et intégrai legionisprae — 
fedus acerrimm^ summa cum pietate — meruit^ commissa sibi prae- 



MÉDAILLES WALLONNES. 139 

sidii Breda^ — ni Oubemans traenae mortem — obiitLXXXVL 
aetatis swie — anno , Die IXP augusti. et — Xll^ funere éUUus — 
Anno MDCXCr. 

Johannes à Beaumont a été baptisé à Leyde dans l'église wallonne 
le 5 avril 1609. Il était fils d'Antoine à Beaumont et de Sara Bail- 
leu. U se maria le 10 août 1628 à Leyde, en premières noces, avec 
Martha Grasque, le 20 mai 1635 , en secondes noces, avec Sasanne 
Berver, aussi à Leyde, et, le 29 avril 1637, avec Maria de Wit à la 
Haye. — A Beamont a donc eu des états de service bien remplis , 
soit comme officier, soit comme époux. 

6. — 1705. Noces d'argent de Hendrik van Eibergen et de 
SusANNA Marisal , par J. van Dishoecke. 

Médaille mentionnée dans Dirks 1. c. n^. 2803. 

Argent 48,5 gr., 49 mm. 

C'est le type ordinaire des médailles qu'on avait coutume d'offrir à 
ses parents et amis quand on avait le bonheur de célébrer ses noces 
d'argent ou d'or. 

Un génie ailé empêche le Temps d'abattre une colonne, sur la- 
quelle sont gravés le chiffre XXY et deux mains jointes ; dans le 
lointain une autre colonne porte le chiffre L. Des vers en hollandais 
donnent l'explication des symboles de l'avers : 

Dees zuyl en V saam — gevlocMe handen — voor vyfen twintig — 
jaar gevest^ — syn even vast : door — Liefdens banden , — Schoon 
dot de tijdt — hun dreygt ap 't lest , — Oodtlaat^dieHsiher — feest 
nu geven , — Oesegent H Goude — ooh hdeven. 

ce Cette colonne et ces mains entrelacées, fondées il y a vingt-cinq 
ans, sont encore solides, grâce aux liens de l'amour, quoique le 
temps les menace. Que Dieu accorde de voir aussi leurs noces d'or 
à ceux qui maintenant nous convient à célébrer leurs noces d'argent j). 

Sur la tranche est gravée cette inscription : Ter gedachtenis van 
H 25«<< tromcjaar van Hendrik Eibergen en Smanna Marisal verjaart 
denl October 1705. 

(a En souvenir de la vingt-cinquième année de mariage de Hendrik 
van Eibergen et de Susanna Marisal , célébrée le 1 octobre 1705 y>. 



1 40 MÉDAILLES WALLONNES. 

Neuf enfants sont nés de ce mariage. Nous n'avons pas pu décou- 
vrir si en 1730 les noces d'or ont été célébrées; en tout cas on n'a pas 
alors fait frapper de médaille. 

7. — 1708. Noces d'argent de David Sandra et de Marli Hendriks 
Ramserammer. 

Médaille mentionnée par Dirks, 1. c. n^. 2897; l'avers est re- 
produit sur notre planche, I. 7. 

Argent 29 gr., 44 mm. 

A l'avers, tableau symbolique; sur un autel deux cœurs liés et 
surmontés d'un serpent qui se mord la queue; le chiffre 25 et les 
armoiries des deux familles y sont attachés. Les cordons qui lient les 
cœurs sont tenus par Hymen et Eros ; le Temps plane au milieu des 
nuages et tient des couronnes au-dessus des têtes de ces dieux. A 
terre gît la mort vaincue cette fois par la protection efficace du Temps , 
d'Hymen et d'Ëros. Autour de ce tableau , les noms de David Sandra , 
a kiesheer van Middelburg » , et de Maria Hendriks Ramskrammer. 
Au revers on lit ces vers : De Tijd — Met Hymen en — Cupied^ — 
De Dood het woeden — Hier oerbied^ — Zo teld Heer Sandra — na 
eyn paaren^ — Nu vijfentwintig — ZUvre Jaaren, — 10 xb : 1708. 

« Le Temps avec Hymen et Cupidon défendent à la Mort de sévir. 
Ainsi Monsieur Sandra a été marié pendant 25 années j>. 

Nous trouvons dans les fiches que le 10 décembre 1683 fut célébré 
dans l'église wallonne de Middelbourg le mariage de David Sandra et 
de Maria Hendriks. On a omis d'y ajouter le nom de Ramskrammer. 

8. — 1 714. Noces d'argent de J. A. de Normandie et de C. de Greep. 
Cette médaille est inédite; nous reproduisons l'avers sur notre 

planche , I. 8. 

Argent 46,5 gr., 48 mm. 
A l'avers se trouvent les armoiries des deux familles. Dans les nua- 
ges, illuminées par une lumière céleste, deux mains jointes ; au milieu 
de cette lumière brille le nom du Seigneur. Les noms Joan Anthony 
De Normandie et Catharina de Greef sont placés autour des armoi- 
ries. A l'avers on lit l'inscription suivante ; 



UÉDAILLES WALLONKBS. 141 

Getrout — den 23 Januari 1689 — IHens troudagh 5 maais ver- 
yœrt — is Qont ten danck dit sUver wœrt — Verlengden 't Oodt nor^ 
cens soo meer — aoo strekt het Goudt loi Godes eer — Gegeven ter g 
dachlenia — den 23 Januari — 1714. 

« Celui qui peut célébrer le cinq fois cinquiôme aoniversaire i 
ses noces doit à Dieu cet argent (médaille en argent). Si Dieu ve 
protoDger la durée du mariage jusqu'aux double, cesem de l'or q 
glorifiera le Seigneur». — Nous trouvons la mention decemariaj 
comme célébré dans l'église wallonne de la Haye. Nous craignoi 
fort que Dieu n'ait pas été glorifié par la médaille en or,carnoi 
n'arrivons pas à découvrir celle-ci. 

9. — 1736. En l'honneïïr de Jean Lecleeo, peofkssbur de phil 
SOPHIE à ÂusTEBDAU, par Jean Dassier. 

Médaille mentionnée dans « Yervolg van Loon » n°. 218 (cf. M] 
senm Mazznchellianum. T. H. T. CXII n". 3 et p. 55). 
Br. 28 mm. 

A l'avers se trouve le buste de Leclerc tonmé à droite ; l'ioacri] 
tîon le nomme : Joannes Clericus. L'inscription du revers vante a 
grands mérites : 

Theologus , phi — îoaophus , histori — eus , criticus insignts , — E 
li^entia et cando — re «mHï aecundua — nalua Genevae 19 mars 165 

Clericus était un grand savant; la liste de ses œuvres ne rempi 
pas moins de sept pages dans van der Aa. Il fut inhumé dans l'égli: 
wallonne; comme curiosité nous ajoutons la copie de la lettre d'inv 
tatioD à la cérémonie de l'enterrement 

dlnAmsteldam Anne 1736. TegensYriidag den ISjanuarys'avoni 
ten zes uuren werd Ued. ter Begravinge verzogt met Jean le Clei 
Proffessor. Op de oude z^ds Agter burgwal over het Prinsenhof o; 
ten seven uuren te sgn in de Waaiekerk j>. 

10. — 1737. Noces d'aroekt de J. van Pernt st de D. "Willeeeni 
médaille de Holtzhey. 

Médaille mentionnée par Dirks, 1. c. n9. 604 
Argent 45 gr., 48 mm. 



i 42 MÉDAILLES WALLONNES. 

Type ordinaire des médailles de ce genre (cp. n^. 6) ; à l'avers un 
génie ailé a dérobé au Temps sa faux et tâche de l'éloigner d'une co- 
lonne oii est gravé le chiffre XX Y; sur un autel, deux cœurs flam- 
boyants; au fond, une autre colonne avec le chiffre L. L'inscription 
est ainsi conçue : Dus bloeit de trou van man en vrou , ce Ainsi fleurit 
la fidélité de l'époux et de l'épouse i>. Au revers on lit les vers sui- 
vants : Een vierde Eeuw — duurde d^HutaélijJcsband — van Femy en 
0ifn liefdespand — Vrouw WtUekens, — Vier schoone Looéen — De 
Vreugd hierover 0eer vergrooten — Qadt eij hun Oodi en eeuurig 
goedî — Oodt neeme hen aUe in eijn behoed, 

ce Un quart de siècle a duré le mariage de Femy et de son épouse 
bien aimée Willekens. Quatre rejetons en viennent augmenter la joie. 
Dieu soit leur Dieu et leur bien étemel ; Dieu les protège tous ». 

En haut, les noms des époux; dans des nuages, d'où sortent des 
rayons de lumière, un œil; sur un ruban, la date du mariage, 21 
avril 1712. En bas, les emblèmes du marisige et Middelbourg 1737. 

Jean de Femy, fils de Jean de Femy et d'Elisabeth Mageron , bap- 
tisé le 18 juillet 1688 à Bergen op Zoom, se maria comme nous 
venons de le voir le 21 avril 1712 à Middelbourg. 

11. — 1739. Noces d'argent de P. Balgttebie et de Th. Ryswijck. 

Médaille mentionnée Dirks 1. c. n^. 653 

Étain , 59 mm. 

Une femme symbolisant la piété attache les armoiries des deux 
familles à une colonne, sur laquelle deux pigeons sont placés. Sur un 
tableau au bas de la colonne est gravée l'indication du passage I Sam. 
7, V. 12. (« L'Étemel nous a secourusjusqu'iciD). A côté les enfants 
issus de ce mariage déposent des offrandes sur un autel. 

A l'entour, l'inscription suivante: Pierre Bàlguerie etTheodora 
Ryswijck getrouwt tôt "Rotterdam. — A l'exergue : Den 17 dec, 1714. 

Au revers : Dm viert Bàlguerie — hlij van geest — Met zijn RyS' 
u)ych — het eUvre feest — Daer veyfvan hare — huulijkslooten — 
Die ongemeene vreugd — vergrooten — De hemel , doe hun aUe frisck — 
eens naderen aan den gouden disch, Amsterdam 12 decemb, 1739. 

ce Ainsi Bàlguerie célèbre ses noces d'argent avec sa Ryswqck. 



MÉDAILLES WALLONNES. i43 

Cinq enfants augmentent leur joie. Que le ciel leur permette de 
s'asseonir pleins de verdeur au festin de leurs noces d'or ! jo. 

Au haut du champ , des anges tenant des fleurs et des couronnes. 

L'histoire de ce couple , telle que nous pouvons la reconstruire au 
moyen des fiches et de la médaille, a été le bonheur même. Pierre 
Balguérie épouse, comme nous l'avons vu, à Rotterdam, le 13 
décembre , Theodora Ryswgck ; le mari est natif d'Amsterdam , où il 
paye le 21 novembre 1714 le droit de 30 florins pour son mariage ; 
en 1739 nous les voyons entourés de cinq rejetons, et depuis huit 
autres sont venus se joindre aux premiers. En 1759, helas ! cinq ans 
avant que le repas des noces d'or pût être ordonné , Pierre Balguérie 
mourut et fut inhumé à Amsterdam dans la classe de f 30. 

12. — 1740. Mort de Pierre Cossart. 

Cette médaille, mentionnée par Dirks, Le. III, 688 , n'a pas été 
publiée^ nous la reproduisons sur notre planche, N^ UL 12 ^ 

Argent 129 gr., 96 mm. 

Nous donnons l'explication de cette très belle pièce dans les ter- 
mes mêmes du célèbre a raadpensionaris » van der Spieghel. (cf. Na- 
vorscherl890,p. 275). 

«L'Amitié, représentée par un jeune homme ayant deux mains 
<x gravées sur sa cuirasse , assis et appuie sur un Rocher , au pied du- 
ce quel coule un Ruisseau (image de la Yie) il tient un mouchoir de la 
a main dont il s'apuïe et paroit abattu par la perte qu'il a fait , a sa 
«c gauche se voit l'écu ou est le chif&e de la personne qui fait couller 
a ses Larmes. 

a De l'autre côté la Religion (seul motif qui puisse aider les hom- 
a mes a suporter les grandes pertes) console par ses sages leçons et 
« relève TAmitié par sa Foy. Elle tient un pied sur une pierre de 
a touche pour montrer que de touttes les épreuves que la providence 
a nous dispense la séparation des personnee chéries est la véritable 
« pierre de touche où la résignation du Chrétien est éprouvée. La cha- 
a rite au millieux accompagnée d'enfants participe à la douleur que 

1. Le dessin est de Monsieur J. Bgtel. 



144 BfÉD AILLES WALLONNES. 

a resent l'Amitié, et l'un des Enfans témoigne par son attitude et son 
(L flambean renversé la peine qu'il endure de ce qu'un de ses pères 
a nourisiers lui est enlevé. L'espérance paroit toute occupée a con- 
cc soller l'Amitié; elle lui montre l'œil de la providence qui dirige tout 
(n et nous aprent par la a ne point murmurer, au contraire que c'est 
ce à nous a nous soumettre a sa sage Volonté et que Dieu ne retire 
ce ceux qui le craignent que pour les combler de biens et de plaisirs 
a de sorte que s'ils pouvoient être susceptibles de peines dans leurs 
« Etats glorieux ce seroient eux qui pleureroient sur nous. Au bas 
(( de la médaille paroit en petit les trophées de la Mort savoir un mou- 
(f lin d'enfant, la béquille d'un viellard, le sceptre d'un roy et la hou- 
« lette d'un berger ». 

Au revers nous lisons entre les emblèmes de la mort l'inscription 
suivante : Pierre Cossart — Né a Rotterdam le XXX — janvier 
MB CCIX. Epousa — Anne Claudine de la Porte — Le XXX juin 
MDCCXXIU est Décédé le IX mars — MDCCXL. 

Pierre Cossart, à la mémoire duquel cette belle médaille a été 
consacrée, était fils de Jean Cossart et de Judith Faneuil ; il a été 
baptisé dans l'église wallonne de Rotterdam. 

En 1734 nous trouvons mentionnés à Rotterdam les époux Cos- 
sart et de la Porte de Morselade. Jean Cossart fut inhumé le 1 1 mars 
1740 dans le caveau n^. 32 de l'église wallonne de Rotterdam. 

13. — Noces d'ob de W. Buts et de E. Lestevenon. 

Médaille mentionnée chez Dirks , 1. c. , III , n^. 756. 

Argent 30 gr., 42 mm. 

A Tavers , les armoiries des deux familles ; entre elles , deux cœurs , 
et en dessous :aei 81. ad 70. 

L'inscription est ainsi conçue : Gulielmus Buy s , ord. Holl. et Westfr. 
a secre9. conjuxque Elisabetha Lestevenon. — Au revers , au haut du 
champ, caducée ailé et branches de laurier; au bas, le chiffre L 
entouré d'un serpent qui se mord la queue , et des fleurs. Au milieu du 
champ : eCCe DIes LVCet , — LVstrIs bTs qVIno VepehaCtIs — 
qVa Ce Lebrare torI - poeDera Laeta IVVat. — 11 nov. l e. 
buts. nep. 



MÉDAILLES WALLONNES. 145 

En 1692 Mr. Willem Buys, avocat à la oour de Hollande, épousa 
Elisabeth Lestevenon , native d'Amsterdam et y demeurant. Elisabeth 
Lestevenon était fille de Mattheus Lestevenon et d'Elisabeth Backer. 
La vielle dame vécut encore cinq ans après la fête et mourut en 1747. 

14. — 1747. Majuage de David Reguleth et de Christina Éusa- 
BETH Lestevenon. 

Très belle médaille frappée, mentionnée par Dirks , 1. c. , III, 1027. 

Nous l'avons fait reproduire sur notra planche , U. 14. 

Les coins de cette médaille ont été faits par Holtzhey. 

Argent 119 gr., 77 mm. 

A l'avers on voit Laban confiant Rebecca au serviteur d'Abraham. 
Cette scène est pleine de vie et surtout le serviteur est bien rendu. 
L'entourage , avec la tente et les chameaux , est très pittoresque. Au 
haut du champ, l'indication du texte: Gen. 24, v. 49. 50. 51. A 
l'exergue, les noms des jeunes époux et la date 13 juin 1747. 

Au revers nous .voyons partir Rebecca avec le serviteur. Ici aussi 
il faut admirer le groupement plein de goût des personnages et de 
leurs montures. Le paysage au loin est charmant ; au haut du champ, 
l'indication du texte : Gen, 24, t?. 58. 59. 60. A l'exergue, en Hollan- 
dais : Il a fait que toutes choses soient belles dans leur temps. Le texte 
est fautivement indiqué comme tiré d'Eccl. IH , v. IX ; lisez vers. XI. 

Nous pouvons suivre dans les fiches la vie des jeunes mariés. 
Christina Elisabeth Lestevenon a été baptisée le 13 décembre à Am- 
sterdam ; elle était fille de Daniel Lestevenon et de Christiaan van 
Rjjsen. Le 24 mai 1747 le droit de se marier est payé et la médaille 
nous montre que le 13 juin le mariage fut célébré. David Reguleth 
mourut en 1793; il a été inhumé le 13 avril dans l'église wallonne 
d'Amsterdam; le 14 octobre 1775 fut inhumée dans la même église 
Christina Elisabeth. La médaille leur a donc porté bonheur, car pen- 
dant 28 ans ils ont été heureux ensemble. 

15. — 1749. Mort de Jean CmoN , pasteur a la Haye. 
Médaille mentionnée chez Dirks , 1. c. , m , 1 1 18. 

Argent 13 gr., 36 mm. 



446 MÉDAILLES WALLONNES. 

 l'avers, sur un can^ouche ornementé : Juccbus Chton — Fas- 
tar — ecd, Oal, Belg — Hagancte per 39. — Ewieritusper — annos 
4. — Au revers, sur un drap mortuaire surmonté d'un sablier, on 
lit : licUus 31 may — MDCLXXIV. — Mort 19 et — sepuU 25 
Pébr. — MDCCXLIX, — Au bas du drap une tête de mort et des os. 

Les indications des fiches et de la médaille ne concordent pas tout 
à fait. Les fiches constatent qu'en 1703 Jacques Ghion vient d'Orange 
à la Haye et est élu pasteur en 1 710. La médaille constate qu'en 1749 
il avait été pendant quatre ans pasteur émérite et pendant 39 ans pas- 
teur; il aurait donc dû être nommé en 1706. Probablement cette 
difficulté peut se résoudre, si l'on tient compte du fait que Chion fut 
pendant quatre ans pasteur des nobles. 

16. — 1753. Noces d'argent d'Essayé Gillot et de Marie Mounibr. 

Médaille mentionnée Dirks, 1.1., III, 1236; nous la reproduisons 
sur notre planche, III. 16. 

Argent 43 gr., 48 mm. 

A l'avers un génie est assis au milieu des nuages; de la main il 
tient un flambeau ; sur ses genoux sont placées les armoiries des deux 
familles. Au bas du champ, des caisses, tonneaux et ballots , au fond , 
des navires en mer ; symboles du métier du mari , qui était négociant 
La lumière céleste illumine la scène. En haut , les noms ; à l'exergue, 
Marié l Aouô, MDCCXXVIL Au revers , les deux heureux époux 
assis dans des fauteuils et se donnant la main. Entre eux , un autel ; de- 
vant eux, sept arbrisseaux dont deux tronqués. Dans la lumière céleste 
brille le chiflEre XXV ; l'inscription porte : FideUejtisqu^a ce jour et à 
Jamais. A l'exergue : La Feste célébrée MDCCLllI. Sur la tranche 
de la médaille : Tu les a enrichi de tes biens et comblé leurs voeux. 

Essaye Oillot a été baptisé à Amsterdam dans l'église wallonne le 
9 août 1699. Il était fils d'Essayé Oillot et de Madelaine Desormaux. 
Marie Meunier , fille de Pierre Meunier et de Marie Olivier , fut baptisée 
dans la même église le 12 avril 1715. Us se sont mariés à Amsterdam 
dans l'église wallonne le 1 août 1728 (dans la classe de f60). Ici de 
nouveau se produit une contradiction apparente entre les données des 
fiches et la médaille. Us ont eu selon les fiches cinq enfants , et sur la 



MÉDAILLBS WALLONNES. 447 

médaille nous voyons sept arbrisseaux, symbolisant donc sept enfants ; 
car on se souvient que sur d'autres médailles les enfants sont toujours 
nommés des rejetons, et on avait souvent la coutume de mettre ce 
symbolisme en image vivante sur les médailles. Mais il faut remar- 
quer que deux de ces arbrissaux sont tronqués , antre symbolisme , 
qui annonce au spectateur que deux des sept enfants sont morts en 
bas âge. La médaille et les fiches sont donc en parfeut accord. 

17. — 1753. Médaille oppeete par Albertus Adhiaan Houwink à 

SES , TUTEURS , ABRAHAM VAN BrOYEL , JaCOB CoSTER ET PlETER LOCQUBT. 

Par Holtzhey. 

Médaille mentionnée par Dirks , 1. c. , III , n^. 1234. 

Argent 75 gr., 59 mm. 

Une femme assise devant un monument contient de sa main 
gauche un lion rugissant; de sa main droite elle tient un sceptre et 
une chaîne , qui lie un homme gisant à terre ; de ses pieds elle écrase 
des serpents ; un aigle est à côté d'elle. Le symbole n'est pas très clair. 
Il est dû à l'esprit inventif de Chr. Brandi Ni l'inscription de l'avers , 
FUialis amaris erga tut&res patres monumenium , ni les vers du revers 
n'en sont une explication : Ter^gedach^ — vanhet — dertienjtmg 
voogdyschap — van de heeren — Abraham van Broijel — Jacob Cas- 
ter — en Pieter Locquet — over — Albertus Adriantis Houwink — 
6ry, die nu dertienjaar H voogdyschap mynerjeugd — Ah vaders hebt 
bestiert , naar H richtsnoer van de deugd — WiU een gering geschenk 
uU liefde niet verachten — De waare erkentenis doet my myn plicht 
betrachien — De oprechtigheid offert ze u , ontdaan van àtle schijn — 
DefM dat een eedle eid nooit Jean ondankbaar eijn. — Ces vers soilt 
signés : A*» Am Houwink. 

a En souvenir de la tutelle de 13 ans exercée par MM. Abr. van 
Broyel , Jacob Koster en Pieter Locquet sur A. A. Houwink. Vous 
qui pendant treize ans avez été les tuteurs de ma jeunesse et qui 
comme des pères avez pris soin de moi, qui m'avez élevé selon les 
principes de la vertu , permettez-moi de vous ofBrir un petit cadeau j 
que je vous donne comme preuve de mon amour et que vous ne 
dédaignerez pas. C'est par une sincère reconnaissance et sans aucune 



148 MÉDAILLES WALLONNES. 

hypocrisie que je vous l'offre. Les âmes nobles ne peuvent pas être 
ingrates ». 

Au bas du champ, entouré de branches de laurier, le chiffre 
MDCCLUl. Ces vers sont vraiment une preuve indubitable de son 
excellente éducation littéraire. Sorti de tutelle, le jeune homme se 
hâta de se marier Tannée suivante, le 19 juin , avec Gerarda Johanna 
Variât; il eut le bonheur de vivre jusqu'en 1799. 

Abraham Broyel, le premier tuteur, fils de Herman Broyel et de 
Jacoba Pot, naquit en 1694 à Amsterdam; le second, Jacob Coster, 
épousa à Amsterdam le 29 janvier 1713 Hermina Gastier; le mariage 
fut célébré dans l'église wallonne; il mourut en 1756 et fut inhumé 
le 16 novembre dans la même église. Le troisième tuteur, Pieter Loc- 
quet , fils de François Locquet et de Maria van Geel , naquit à la Haye 
en 1703, se maria avec ApoUonia Pepijn et s'établit en 1749 à Am- 
sterdam , où. il devint a poorter » de cette bonne ville ; il mourut en 
1750 et fut inhumé dans l'église wallonne. La preuve de reconnais- 
sance que son pupille lui donna fut donc posthume. 

18. — 1759. NocBS d'argent de A. Myi^us et db E. Seignette. 

Médaille mentionnée chez Dirks, 1. 1. , III, 1234. 

Argent 66 gr., 66 mm. 

Les deux époux se donnant la main au-dessus d'un autel. Derrière 
eux , Minerve assiste à la cérémonie pendant que deux génies sont 
occupés à tresser des couronnes; deux autres génies jouent avec un 
chien et une brebis. Ge côté de la médaille est travaillé à jour. Au 
revers, un cartouche d'un assez bon goût, avec l'inscription suivante : 
Ter gedachtenis — van het eilvere — hruyloft feest — van Abraham 
Mylitis — en Elisabeth — Seignette — Oeviert in — Amsterdam — 
Den 20 April—nb9. 

ce En souvenir des noces d'argent d'A. Mylius et d'E. Seignette, 
célébrées à Amsterdam le 20 Avril 1759 y>. 

Abraham Mylius , fils de Hendrik Mylius et de Susanna de Winter , 
a été baptisé à Leyde et s'est marié comme nous venons de le voir en 
1734. L'épouse meurt en 1789 à Amsterdam ou elle est inhumée le 
12 avril. 



médailliss wallonnes. i49 

19. — 1765. Mort du pasteur Abram Petrus Eobineau ^ 

Médaille mentionnée par Dirks , 1. c. , ELI , 1451. 

Argent 16 gr., 36 mm. 

Drap mortuaire surmonté d'un sablier ailé portant Tinscription 
Abràh. Petr. — Bobineau — Nat, Ddph, — 8 aug. 1715. — Mort. 
Hag, co — 14 mai 1765. 

Au revers , en haut , une lampe ; en bas , une tête de mort et des 
flambeaux. L'inscription est ainsi conçue: Poster ecd. — OM, 
Londin, — Postea Haganae — per annos — XVL 

A Bobineau , fils de Pierre Bobineau et de Anna Bonet , fut baptisé 
à Delft dans l'église wallonne le 11 août 1715. Il se maria à Leyde 
ayec Jeanne Jordan. 

1778. Noces d'argent de J. P. d'Orville et de M. P. Sohrijver '. 
Par Holtzhey. 
Vervolg V. Loon , n^ 526. 

Argent 44 gr., 49 mm. 
A l'ayers , scène symbolique ; une femme est agenouillée devant un 

w 

monument, sur lequel sont gravés deux mains et les monogrammes 
entrelacés , entourés d'un serpent qui se mord la queue. Sur le monu- 
ment est déposée une bible ouverte ; les rayons d'une lumière céleste 
entourent la colonne. Sous le monument, un autel, auquel sont 
attachées les armoiries des deux familles. 

Une corne d'abondance est déposée à côté à terre. 

Au loin un navire. L'inscription mentionne les noms des époux. 
A l'exergue : Vereend 29 May 1753 (unis 29 mai 1753). Au revers, 
au haut du champ , un œil dans une lumière étincelante ; au bas , le 
chiffre XXV entouré d'un serpent qui se mord la queue et des 
emblèmes. Au milieu du champ, les vers: De Kerk ^ onz^ Echt ^ eijn 
heiéC in Vreugd — Op deesen dag , nu tvij naa ^tpaaren , — En Oods- 
dienst en ons heiderjeugd , — Zien in des Heeren gunst Ferjaaren — 

1 . Cette médaille se tronye à la Bibliothèque wallonne ; yo j le Sme snpplément , 
p. 109. 

2. Cette médaille est à Leyde. 



150 UTÉDAILLES WALLONNES. 

Eendockter siert ons ZWvre feest — Wij looven God met danJcbren 
geest — Sur un ruban : Oeviert 1778. 

«L'Église et notre mariage tous les deux sont joyeux en ce jour, 
parce que nous voyons l'anniversaire de la religion et de notre 
jeunesse , favorisée par Dieu. Une fille est Tornement de notre fête. 
Nous louons Dieu avec reconnaissance )). 

Cette combinaison assez étrange de la religion avec des noces 
d'argent s'explique par le fait que le 27 mai fut célébré à Amsterdam 
le souvenir du passage de cette cité à la réforme. 

Joan Frederik d'Orville, fils de David d'Orville et de Sara Maria 
Scherenbergh, fut un homme d'une grande influence et entre autres 
fonctions exerça celles de « bewindhebber y> de la compagnie des 
Indes Orientales , ce qui explique le navire de l'avers. 

Madame d'Orville Schrijver naquit le 17 janvier 1732; elle était 
fille de Cornelis Schrgver et de Maria le Plat 

Elle fut régente de l'hospice v^allon d'Amsterdam. On lit dans le 
Nederlandsche Mercurius de 1771 (p. 154), parmi les noms des 
régentes qui assistèrent à la solemnité du jubilé qu'on y célébra: 
a Maria Philipine Schrgver huisvrouw van Joan Frederik d'Orville, 
scheepen (échevin) deser stad )». On lit dans les « Jaarboeken » de 
Tannée 1783 que d'Orville donna une somme d'argent pour régaler 
les vieilles femmes du Diaconie oude vrouwenhuis , dont son épouse 
était régente. 

Les fiches nous apprennent que deux enfants sont issus de ce 
mariage, Gornelia Maria et David; la médaille ne mentionne qu'une 
fille; le fils est donc probablement décédé avant la célébration des 
noces d'argent. 

20. — 1779. Mort de Th. L. Barbauld , pasteur a la Haye K 
Médaille décrite et reproduite dans Vervolg v. Loon , no. 540. 

Argent 14 gr., 36 mm. 
A l'avers , au haut du champ , sablier ailé. Sur un drap mortuaire : 

Theoph, Ludov, — Barbatdd — ecclesiastes — Londin, — ann. ncU. 

LXl V — Diemoh Hag. Corn, — IX februar — CICICCCLXXIX. 

1. Cette médaille est à Lejde; 2>ne guppL p. 131. 



UÉD&tLLEB VALLONNES. 

An revers, au haut du champ, une lampe', en bas, nnt 
mort et des flambeaux. L'iDscription dit: In eccles. — Oo 
Hag — jRsr Ann. Fere 17. — Condonatoris. — vices, ecii 
et m ead. — XI V. d. Sequettti — iShs^^hs. 

Théophile Loois Barbault avait été chapelain de l'TJnivi 
Cambridge. Il épousa Jeanne Marguerite de Rochemond. I 
1775àlaHaye. 

1 783. MOBT DD PASTEUR J. EoTEB V 

Médaille décrite et reproduite verv. van Loon , n''. 590. 
Argent 26 gr. 38, mm. 

A l'avers, un monument funéraire surmonté d'une tête 
et de branches de palmier. Sur le monument est placée Tint 
suivante: Joh. Boyer — Nat. Hag. eom. — 28 sept. 1705 
Stidem — 2G aug. 1783. — s. Ministerio — fwtct.per ann. — 

Contre le monument se trouve un sablier ailé. Au rêve 
l'inscriptioD suivante : Leg<U. Bat. — Aug. Suess. 1728. — € 
for — mox — Pastor Zeovard. — postea — Hagae comit. 
ser. pr. A aua. — A saeris. — Au haut du champ , une lai 
bas , deux flambeaux. 

Jean Royer , fils de Jacques Royer et d'Elisabeth van der 
chapelain de l'ambassade des Etats Unis au congrès de S 
comme nous venons de le voir sur la médaille , il fut appelé ei 
Leeuwarde. Le 20 mars 1731 il fut appelé à La Haye et insts 
juin. Ëmérite en décembre 1779 après 56 ans de ministère 
pris les années de service comme chapelain à Soissons. 

En 1735 il épousa Sara Philipine Hoeuft van Oyen ; il fut 
au Kloosterkerk le 30 août 1783. 

21. — 1784. Noces d'ok d'Abel Mathurin Molière et e 
Elisabeth Yéron. 

Cette belle médaille de S(chepp) a été publiée et reprodi 
Verv. van Loon , n". 610. 

1. CettomédNUeeBtiLeyde;3>»eBappl.,p. 110. 



1 52 MÉDAILLES WALLONNES. 

Or. 54 gr., 42 mm. 

A Tavers , les portraits des deux époux avec la date de leur nais- 
sance (28 février 1709 et 17 août 1705). Au revers, une femme, sym- 
bolisant la Reconnaissance , est assise devant un autel illuminé par 
la lumière céleste ; elle est entourée des emblèmes de la foi et de l'a- 
bondance. 

Les inscriptions sont ainsi conçues : Tar la faveur de la providence 
et à l'exergue : L^anniv, du mariage de — 50 ans^ célébré le 6 — juin 
1784. 

A. M. Molière , fils d'Abel Molière et de Magdelaine Pinau , naquit 
àWesel, où il fut baptisé en 1709. Le mariage fut célébré à l'église 
v^allonne de la Haye. 

Le 12 novembre 1787 Molière fut inhumé dans la Nieuv^e Kerk ; 
trois ans après, le 28 mars 1790, son épouse fut inhumée dans la 
même église. Sept enfants sont issus de cet heureux mariage. 

22. — 1785. MoET DU pasteur C. Chais ^ 

Médaille réproduite et décrite dans le Vervolg van Loon , n°. 615. 

Argent 23 gr., 36 mm. 

Le type est sembable celui du n®. 19. A l'avers, un drap mortuaire 
surmonté d'un sablier ailé. L'inscription dit: caroi. Chais. — Oeneven- 
sis — Eccl, gaUo Belg. — Haganae — Pastor, — Au revers , lampe , 
deux flambaux et l'inscription suivante : Nat 4jan, 1701 — Past 
15 maii 1728 — emerit 5 apr. 1764 — ohiit 7 nove, 1785. 

Nous n'avons que peu à ajouter aux notices biographique que la 
médaille elle-même nous donne. Si, dans une autre livraison de ce 
bulletin, nous racontons l'histoire de la diaconie et de l'hospice wallon 
de La Haye, nous retrouverons le pasteur Chaix , qui fut un des pro- 
moteurs de la fondation de l'hospice. 

23. — 1 788. Noces d'or d' Ary Dura et Catharine Éusabeth Dupire '. 
Cette médaille inédite est reproduite sur notre planche, TH. 23. 

Or. 44,5 gr., 45 mm. 

1 . Cette médaille est à Le jde ; Sme Buppl. , p. 1 11 . 

2. Un exemplaire en argent de cette médaille est à Leyde ; S^e suppl. , p. 111. 



MÉDAILLES WALLONNES. 15; 

 l'avers , scène symbolique : une femme sacrifiant à un autel , ot 
est gravé le chifire L entouré d'un serpent qui se mord la queue ; è 
côté de l'autel , un arbre portant quatre branches avec trois fruits e1 
une branche cassée à laquelle pendent sis fruits. L'inscription dit : Deti 
Bemdkeer eij dank en eer «. Reconnaissance et gloire au Seigneur » 
A l'ezergue, a Qeviert 1788 ». 

Au revers, au haut dn champ, les armes des deuxfamilles, entouréoE 
de couronnes de fleurs et de flambeaux:. Sur des banderolles, lesnoms 
des époux et la date du mariage. L'inscription est ainsi conçue : 

Telgen gunst van 't Albeleid — Mogt Vijftig jaar — ans Egt be- 
straalen — 't gedenken orner Dankbaarheid — moog niei met ons — 
ten grave daalen. 

« mes enfants, la faveur du Tout-Pnissant a pendant 50 anf 
illuminé notre vie. La mémoire de notre reconnaissance ne saurail 
descendre avec nous dans le tombeau ». 

Il paraît que la famille Bura-Dupire demeurait à Dordrecht Noue 
avons vu sur l'avers un arbre avec trois fruits et une branche cassée 
avec 6 fruits ; des vers nous donnent l'explication de cet symbolisme. 
En voici la traduction : « Six fois la faux du moissonneur qui 
«n'épargne rien a fait saigner le cœur de la mère, parce qu'elle 
« dut perdre un de ses enfants (symbolisés par les six fruits de le 
« branche cassée). Trois enfants sont pourtant parvenus à assister & la 
« fête joyeuse s, (symbolisés par les trois &uits de l'arbre). 

24. — 1789. Noces d'ok de C. tan Ma&zen kt dk £. M. QoussBr. 
Far Holtzbey. 

Uédaille mentionnée par Dirks , I. c. , n**. 2306. 
Argent 26 gr., 42 mm. 

Les armoiries des deux familles se trouvent à l'avers ; elles sonl 
entourées par des emblèmes du mariage et des fonctions municipales 
du mari , qnî , comme l'inscription l'indique , fut bourgmestre de la 
ville de Delft. Nous voyons les armoiries de Delft au milieu du 
champ. 9ur une banderoUe aouB Uboûb igetrouwt te Meoude 22 sept 
1739. Au revers, une femme symbolisant la Reconnaissance verse 
des ofirandes sur un autel ; de la main droite elle tient le chifiVe L en- 



154 MÉDAILLES WALLONNES. 

touré du serpent; à ses pieds une corne d'abondance ; sur l'autel , 
Dankbaarheijd. A l'entour : D' Algoede GocU schenkt ans dit lot ; à 
l'exergue : Tgoude feestgevierd 1789. Le millésisme gravé. 

25. — 1793. Noces d'aegent de L. D. Bongardt et de M. L. Martin. 

Médaille de Lageman , mentionnée par Dirks, 1. c. j n^. 2388. 

Argent 26,5 gr., 45 mm. 

A l'avers nous voyons les deux époux occupés à déposer des of- 
frandes sur un autel ; dans la lumière céleste brille un œil ; une 
colonne avec le chififre 25 se dresse à côté. Le revers porte l'inscrip- 
tion suivante : 

Ter gedachtenis — van de — vijf en twintigjaarige — Trouwdag — 
van — Leendert Daniel — Bongardt — en — Marie Elisabeth — 
Martin — den 11 october 1793 — in — Amsterdam. — « En sou- 
venir des noces d'argent de Bongardt et de Martin etc. etc. ». 

Ce mariage fut célébré dans l'église wallonne d'Amsterdam le 
11 octobre 1768; L. D. Bongardt a été inhumé dans la même église 
le 30 avril 1795. 

H. I. de DoMPIEHBE de CHAUFEPrÉ. 



— »:?88f- 



UNE AMUSETTB HUGUENOTE 
OU CATHOLIQUE. 

{Stib jfidice lis est). 



-•♦♦■ 



A titre de curiosité, nous reproduisons, d'après un journal hollan- 
dais , qui les a trouvés dans une histoire du protestantisme au Havre , 
récemment publiée, les vers suivants. Ils constituent , suivant la ma- 
nière dont on les lit, une profession de foi huguenote ou catholique. 
Nous les donnons premièrement avec le sens huguenot. 

J'abjure de bon cœur le pape et son empire ; 
Luther, ce grand docteur, est l'objet qui m'attire. 
Oui , j'abandonne en forme et la messe et sa loi ; 
Luther et sa réforme ont tout pouvoir sur moL 
Je combattrai toujours les feux du purgatoire. 
Luther et ses discours me préparent la gloire. 
Il faut que j'extermine et le pape et sa cour; 
Luther et sa doctrine est mon plus grand amour. 
Dieu destine à l'enfer Rome et ceux qui la suivent; 
Les enfants de Luther au ciel toujours arrivent. 

Maintenant, si nous coupons ces vers en deux, de façon à lire , pre- 
mièrement , les uns après les autres , les premiers hémistiches , puis , 
aussi les uns après les autres, les seconds, nous entendrons la note 
contraire : 



156 TJNE AMUSKTTE HUGUENOTE OU CATHOLIQUK. 

J'abjure de bon cœur 
Luther , ce grand docteur ; 
Oui, j'abandonne en forme 
Luther et sa réforme ; 
Je combattrai toujours 
Luther et ses discours ; 
Il faut que j'extermine 
Luther et sa doctrine. 
Dieu destine à l'enfer 
Les enfants de Luther. 
Le pape et son empire 
Est l'objet qui m'attire , 
Et la messe et sa loi 
Ont tout pouvoir sur moi. 
Les feux du purgatoire 
Me préparent la gloire , 
Et le pape et sa cour 
Est mon plus grand amour. 
Rome et ceux qui la suivent 
Au ciel toujours arrivent. 



--B^«— 



UjnAy^ 



CHARLES-MARIUS DOZY. 



La mort de celai à la mémoire duquel je consacre ces lignes n'a pas 
été seulement une perte pour sa ville natale , mais pour la Hollande 
elle-même. 

Cette impression , dont j'ai retrouvé l'écho dans la presse, s'impose 
quand on songe aux emplois administratifs qu'il a remplis , aux so- 
ciétés dont il était membre et où il occupait une place aussi utile 
qu'appréciée , aux services qu'il rendait à la science, particulièrement 
en sa qualité d'archiviste de Leyde, enfin aux nombreuses et impor- 
tantes publications qui sont sorties de sa plume. 

Nous mentionnons spécialement parmi ces sociétés : la Société néer- 
landaise de beUes-lettres ; la Société éC histoire d' Vtrecht ; la Société pro- 
vinciale de la même ville; V Union des Archivistes-, la Société des 
Béunians populaires, — Il était aussi inspecteur du MtAsée municipal 
de Leyde (Lakenhal) et il organisa, en cette qualité, plusieurs exposi- 
tions intéressantes. 

Je n'ai point l'intention de donner ici une liste complète dé ses pu- 
blications; mais je tiens à signaler les principales , en vue surtout de 
nos abonnés étrangers, qui pourront ainsi se faire une idée assez 
exacte des directions variées qu'il imprimait à ses travaux et de l'im- 
portance des sujets qu'il abordait. Presque toutes consistent en tra- 
vaux historiques. 

En 1875, âgé de 23 ans, il publiait, à l'occasion d'un concours, 

une étude fort remarquable sur Le développement de V administration 
viu. 11 



158 CHARLES-MAfiins DOZt. 

ei de la justice sous les princes de. Bourgogne et d* Autriche. Ensuite je 
remarque: un Maniai de numismcUique] des études sur Les biens de 
mainmorte et les statistiques officielles; sur Le morcellement de la 
propriété foncière ; des notices sur R-H. Sweelinck et P.-C. Hooft ,sur 
0. Dapper , W--H. Blaen et A. Tasman ; un Supplément au Catalogue 
des gravures historiques hollandaises de F. Muller ; de nombreux ar- 
ticles dans le Nederlandsche Speciator et le Nederlandsche Kunstbode. 
Citons encore: Leyde autrefois et de nos jours^ guide historique 
destiné à servir d'accompagnement à la nouvelle carte de Leyde, et 
plusieurs études sur les environs de cette ville. 

Mais , si la mort de Gh.-M. Dozy a été un deuil pour la Hollande 
entière , nous pouvons dire que nulle part elle n'aura été plus regret- 
tée que parmi nous , membres de la Commission de l'histoire des Égli- 
ses wallonnes. U était de la maison ; il s'y sentait comme chez lui ; il 
n'y comptait que des amis. 

U y fît son entrée en 1883. Notre Commission s'appelait alors la 
Commission des VU; ses membres étaient nommés par ht Réunion 
des députés des Églises wallonnes , mais elle avait la faculté de nom- 
mer des membres-adjoints. Elle ofErit cette qualité à Dozy, alors 
attaché aux archives d'Amsterdam, en même temps qu'à M. C.-A. 
Chais van Buren , membre du tribunal d'arrondissement d'Amster- 
dam, (rdeux hommes, d est-il dit dans le Rapport annuel de la Com- 
mission des Yn , a qui ont donné des preuves de leurs connaissances 
historiques comme de leur amour pour les Églises wallonnes , dans 
les annales desquelles leur nom jouit d'une certaine renommée ^ s> 
Dozy accepta sa nomination. 

Quatre ans plus tard , en 1887, il remplaçait au sein de la Commis- 
sion des Archives^ dont le siège était à Leyde et dont nous avons ra- 
conté l'histoire dans ce Bulletin *, l'excellent et très regretté J.-C. 
Drabbe. 



1 Rapport de la CommiBsion wallonne an si^jet de la Réunion à Bois-le-Dno, 
1883, page 15. 

2 Tome III, pages 89 et boIt.* 



CHABLES-MARItrS DOZT. 159 

La mort foudroyante de W.-N. du Rieu , survenue , on s'en sou- 
vient, le 26 décembre 1896 , nous plaça dans une situation très em- 
barrassée. Un des plus anciens membres de la Commission, M. le 
pasteur C.-G. Cha vannes de Leyde , se trouva là , fort providentielle- 
ment , pour parer aux difficultés et pourvoir aux besoins divers créés 
par ce douloureux événement Toutefois Tintention de M. Ghavannes 
n'était pas alors de se charger du secrétariat , comme il a consenti à le 
faire dernièrement, sur les instances de la Commission. Les affaires 
une fois mises en ordre , il fallut désigner un successeur à du Rieu. 
Ce fut Ch.-M. Dozy. 

Il n'acceptait pas une sinécure. Secrétaire de la Commission de 
l'histoire des Églises wallonnes et , comme tel , chargé de la correspon- 
dance et de l'administration générale , il était en outre le trésorier de 
la Commission. Comme tel il gérait, non seulement nos finances, mais 
encore celles du fonds de l'emprunt et le legs Enschedé. U était de 
plus directeur de la Bibliothèque et des Archives des Églises wallon- 
nes , trésoijier de ces importantes institutions, et secrétaire de la ré- 
daction du Bulletin. 

Eh bien , cette tâche , complexe , difficile , laborieuse , parfois in- 
grate, et toute de désintéressement , car elle ne lui rapportait pas un 
centime d'honoraires, il l'a remplie pendant les quatre dernières années 
de sa vie , non seulement avec toute l'intelligence et le zèle désirables, 
mais encore avec affection. Nous avons dit qu'il était de la maison ; 
nous pouvons ajouter: et il l'aimait. Il l'aimait , non pas seulement à 
cause du caractère scientifique de l'œuvre qui s'y faisait , mais parce 
que cette œuvre avait pour objet l'histoire des Églises wallonnes et 
que Dozy était wallon de race et de cœur. Les Églises wallonnes , 
c'était pour lui la patrie religieuse , la famille spirituelle , une famille 
respectueusement et finalement aimée. 

Yoilà, en particulier , pourquoi nous le regrettons. C'est pour nous 
un deuil de famille. Oui , et si nous tenons à présenter ici l'hommage 
de nos sympathies respectueuses à son autre famille , à son fils , à sa 
veuve , si étroitement unie, nous le savons , aux préoccupations et aux 



lÔO CfiARLÊS-iiARItJS DOZY. 

travaux de son mari, c'est en les assurant que leur douleur est la 
nôtre et que le souvenir de celui qu'ils pleurent est bien vivant dans 
nos cœurs à tous. 

Nos regrets seront partagés , nous en sommes convaincus, par tous 
ceux de nos membres-cori-espondants qui ont été en relations avec 
lui. Quelques uns d'entre eux nous l'ont déjà fait savoir. 

Us seront partagés , également , par tous ceux qui ont eu l'occasion 
de le consulter sur des questions se rapportant à l'histoire des Wal- 
lons ou à celle de nos Églises , ou bien de faire usage de la Bibliothè- 
que wallonne. Là , comme aux archives de la ville , on ne pouvait que 
se louer de sa bienveillance , de son empressement à rendre service et 
de l'aménité de son caractère. Gomme le vice-président de notre Com- 
mission, M. MirandoUe, l'a dit sur sa tombe : <r C'était un plaisir de 
travailler avec lui et d'apprendre à le connaître comme ami. d 

J'arrête ici , non sans regret , l'hommage que je voulais rendre à la 
mémoire de notre cher et excellent secrétaire. Ce n'est pas qu'il n'y 
eût encore beaucoup à dire; mais je dois céder la place à deux objets 
qui compléteront cette notice mieux que je ne pourrais le faire moi- 
même et dont la communication intéressera nos lecteurs, je l'espère, 
du moins. 

Le premier consiste en des notes sur la vie, la carrière, la person- 
nalité de Dozy, que M. le pasteur Chavannes a recueillies avec soin 
dans des papiers de famille et qu'il a mis fort obligeamment à ma dis- 
position, ce dont je lui suis très reconnaissant. 

Ces notes contiennent des choses déjà plus ou moins connues , mais 
elles en contiennent, aussi , d'autres qui sont moins connues ou tota- 
lement ignorées du grand nombre. 

Le second de ces objets n'est autre qu'une généalogie des Dozy, 
qui ne comprend pas moins de neuf générations. Elle offre cette par- 
ticularité intéressante d'être l'œuvre des représentants mêmes de ces 
générations successives, qui tous , les uns après les autres , sont venus 
inscrire leur signature dans un exemplaire du Mistère du Vieil Testor 
ment y que l'aïeul de la famille, François Dozy, leur avait transmis. 
Nous sommes donc en présence d'un document parfaitement authen- 



CHARLES-MARIU8 DOZT. 161 

tique et inédit , et je remercie d'autant plus chaleureusement M. le 
docteur et professeur G.- J. Dozy, de La Haye , frère de notre regretté 
ami , de l'obligeance qu'il a eue de le mettre à ma disposition. 

Laissons , d'abord , la parole à M. Ghavannes. 

a Cbarles-Marius Dozy était le cadet de cinq garçons. Il a perdu 
son père de bonne heure, quand il n'avait encore que cinq ans , de 
sorte que tout le fardeau de son éducation est retombé sur sa mère. 

Gharles-Marius est né à Leyde le 29 sept. 1852. Il a premièrement 
suivi les écoles primaires de Leyde. Sa mère crut qu'il avait besoin 
d'une discipline plus étroite et se décida à le mettre en pension chez 
les frères moraves avec son frère Edouard. Elle emmena donc ses 
deux cadets à Neuwied, où elle s'établit elle-même; Charles avait 
alors onze ans. La mère , quoique élève elle-même des Moraves — elle 
avait été en pension à Herrnhut — n'était pas très satisfaite de Neu- 
wied ; elle y laissa néanmoins son garçon pendant deux ans, pour le 
placer ensuite au gymnase de Glausthal , où il fit quatre semestres 
(1865-1867). Ses bulletins semestriels son excellents. De Glausthal il 
passa à l'école industrielle (Hoogere Burgerschool) de Zutphen (1868- 
1871) et en sortit premier à l'examen de fin d'études. U vint faire son 
droit à Leyde, où il fut immatriculé à l'Université en octobre 1871. 
En novembre 1876 il prit avec distinction son degré de docteur en 
droit, pour se voir immédiatement placé en qualité de commis- 
adjoint au grefféi de l'administration provinciale du Noord-Holland. 

En 1875 il avait composé un traité juridico-historique pour un 
concours universitaire ^ U obtintjune mention honorable. Le a judi- 
cinm j> relève d'excellentes qualités dans ce travail , fondé sur une 
étude très sérieuse des sources. 

Dozy a énormément produit. Il n'avait pas vingt ans que le Navor- 
séher publiait déjà de lui un article signé Marins , et dès lors ses con- 
tributions aux journaux de diverses natures et aux revîtes , et les 
brochures , juridiques , historiques , archéologiques , artistiques , qu'il 
a fait paraître sont innombrables. On peut signaler comme fort remar- 

1 Yoyez plus haut , pages 157 et 15S , le titre de oe traité. 



162 CHARLES-MàRIUS DOZT. 

quable an travail historiqae lu par lui devant la SocUU néerlandaise de 
heUeS'lettree sur les événements politico-ecclésiastiques très impor- 
tants qui se déroulèrent à Leyde au commencement du dix-septième 
siècle. 

L'activité de Dozy a été prodigieuse. Outre ses nombreuses publi- 
cations, outre les devoirs absorbants des diverses fonctions dont il a 
été chargé et dont il s'est toujours consciencieusement acquitté (il en 
possédait les témoignages les plus honorables) , outre le temps et la 
sollicitude qu'il a dépensés pour la Commission de l'histoire des 
Églises wallonnes et pour la bibliothèque wallonne, il s'est livré à 
des recherches étendues, d'où devaient sortir des ouvrages de haute 
valeur. En tout premier lieu , il faut mentionner un vaste ouvrage sur 
l'histoire de Leyde. H y avait mis toute son âme et y avait travaillé 
avec une persévérance jamais démentie. Au moment oii la mort nous 
l'a enlevé, il avait achevé les recherches préparatoires et pouvait pas- 
ser à la rédaction. Les notes qu'il avait accumulées remplissent vingt- 
huit portefeuilles. Espérons que ce vaste labeur ne sera pas perdu et 
qu'il se trouvera quelqu'un de capable de mettre en œuvre ces pré- 
cieux matériaux. Un autre ouvrage , moins considérable, mais néan- 
moins important, était aussi prêt pour la rédaction. U a laissé les 
matériaux, méthodiquement ordonnés, d'un exposé du droit mari- 
time d'Edam. Et , comme si ce n'était pas assez , il avait en prépara- 
tion , en qualité de collaborateur du docteur Brédius , un travail sur 
les peintres néerlandais. Tout cela a été fait par un homme mort à 
quarante-huit ans ! 

Sa carrière administrative a été bien remplie et des plus honora- 
bles. U obtint au 1 mai 1878 sa décharge honorable de commis au 
greffe de la Hollande septentrionale , pour entrer au service de la com- 
mune d'Amsterdam en qualité de commis-rédacteur au secrétariat. 
Bientôt, tout en lui laissant son titre, on l'emploie aux archives de la 
ville, où il se rend si utile qu'en 1885 on trouve nécessaire de faire 
de lui officiellement un archiviste. Le l mai de cette année, il est 
archiviste-adjoint. Leyde l'attirait et il sollicita la place d'archiviste 
que l'on venait de créer. Ce n'était certes pas la soif de l'or qui le 
poussait , car lé traitement était tout simplement dérisoire ; vers la fin 



OHARLBS-MARmS DOZT. 163 

de sa vie, on l'a augmenté; mais Dozy a toujours beaucoup plus 
donné que reçu ; ses services n'ont jamais été suffisamment rétribués. 

D'autres archives encore que celles de la ville d'Amsterdam et que 
celles de Leyde ont été mises en ordre par Dozy. En 1896 il rendit ce 
grand service à Edam , et il l'avait déjà fait à Amsterdam pour les 
archives de la maison des orphelins wallons. Les régents de cette 
institution lui écrivaient le 8 juin 1890 une lettre dont voici la tra- 
duction : 

a Lorsqu'il y a quelque temps vous nous demandâtes l'autorisation 
d'examiner les archives que nous possédons , nous étions aussi loin 
que possible de penser que vous vous proposiez de nous rendre le 
grand service de les mettre en ordre et de les cataloguer pour notre 
plus grande utilité et pour celle de nos successeurs. 

Nous vous en exprimons nos sincères remerciements et nous espé- 
rons que vous daignerez nous permettre de vous offrir la gravure 
ci-jointe, qui vous rappellera notre reconnaissance ^ y> 

U est à remarquer que Dozy, élevé selon les idées moraves , fort 
en dehors du a monde j> (sa mère s'est reproché d'avoir exagéré cette 
tendance), en avait conservé une certaine timidité de caractère et que, 
cependant, cela n'empêche pas qu'il n'ait eu beaucoup d'amis, c'est- 
à-dire tous ceux qui ont eu le privilège d'entrer en contact plus que 
superficiel avec lui. Très vif, nerveux, toujours affairé, il était bon, 
serviable, avenant. Il était naturellement aimant, a toujours été très 
attaché à tous les membres de sa famille et ses relations avec sa mère 
étaient extrêmement tendres. }> 

Je n'ajouterai rien à ces notes, dont chacun sentira le très grand 
intérêt, si ce n'est que Dozy, tombé malade au commencement de 

1 t Toen Toor eenigen t{jd geleden door u de yraag tôt ons werd gerioht om 
eenB inzage te hebben van het in ons bezit zgnde archief, hadden wjj nooitin 
de Tente yerte knnnen denken dat u ons den grooten dienst zoudt bewgzen 
Tan toTons dat arohief zoodanig te rangschikken en te catalogiseeren, dat w|j 
en onze opTolgers het grootste nut erran knnnen plukken. 

Wlj betnigen u dan ook onzen oprechten dank en hopen dat u ons znlt 
wiUen Tergunnen noTonsgaande graTure te mogen aanbieden, opdat de aanbUk 
daarop u steeds onze erkentelgkheid zal doen herinneren. t 



164 CHABLES-MARIUS DOZY. 

l'année 1900 , ayait paru se rétablir , mais qu'an retour du mal s'étant 
produit dans les derniers mois de cette même année, il succomba, 
après de vives souffrances, le 12janyier dernier, à l'Hôpital wallon 
de Leyde , où il était en traitement 

Yoici, maintenant, la généalogie. Mais, auparavant, une question 
préliminaire. Comme on va le voir, c'est de Yalenciennes que les 
Dozy sont venus à Leyde. Est-ce à dire que la famille en fdt origi- 
naire? Je ne le pense pas. Il paraît qu'il existe dans les environs de 
Yalenciennes une localité du nom de Dozy. Quoi de plus naturel que 
de voir dans cette localité le berceau de la famille? M. G.-J. Dozy me 
paraît partager cet avis lorsqu'il m'écrit : a Mon frère a fait des 
recherches infructueuses à Yalenciennes même pour retrouver des 
traces de notre famille dans les archives de cette ville. Il n'y trouva 
qu'un village, Dozy, assez près de Yalenciennes, et qui , évidemment 
a été l'origine de notre nom ^ j> 

I. François Dozy, mort à Yalenciennes le 12 septembre 1647. 

n. Pierre Dozy, mort à Yalenciennes le 29 janvier 1647, fils du 
précédent. Il eut trois fils: François, Charles et Pierre. La descen- 
dance masculine des deux derniers s'est éteinte. 

HE. François Dozy, né le 19 mai 1619, fils de Pierre. L'époque 
précise de son établissement à Leyde est inconnue. En février 1646 il 
est admis à la Sainte cène dans l'église wallonne de cette ville — au sein 
de laquelle un de ses neveux exerça les fonctions de diacre , puis d'an- 
cien. Le 3 novembre 1656 il est inscrit dans le registre de la bour- 
geoisie sous la qualité de fabricant et de marchand de drap (grein- 
reider ^ en koopman). Il mourut le 12 septembre 1670. 

Sa femme s'appelait Jeanne de l'Espine. Il laissa douze enfants , 
dont un seul , le fils aîné, a transmis le nom de la famille. 

lY. Pierre Dozy, né le U juillet 1648 , mort le 26 février 1712. 

1 Lettre du 11 féYrier 1901. 

2 GroBgrainier , fabrioant de drap à gros grain. 



CHABLKS-MARroS DOZY. 165 

Sa femme s'appelait Estber Drolenvaux. B a eu quinze enfants, 
dont un fils seul nous intéresse. 

V. Jaques Dozy, né le 20 octobre 1686, mort le 16 octobre 1766. 
U donna de grands développements à sa manufacture de draps et fit 
Tacquisition d'un vaste terrain sur le Oude Test , là où se trouvent 
maintenant les fabriques de M. Erantz et de M. Leembruggen. Il était 
un des gouverneurs de la halle aux draps (de Lakenhal). En considé- 
rant son portrait peint à l'huile , ainsi que celui de sa femme (portraits 
qui appartiennent actuellement à M. G.- J. Dozy) , et en parcourant 
l'inventaire des bijoux de safemme, on a l'impression de personnes 
jouissant d'une grande aisance. Il devait en être de même pour son 
frère François , qui habitait une belle maison de campagne. Mais il 
paraît qu'il avait trop compté sur la fortune et sur son crédit. Des cir- 
constances fatales, qui ruinèrent pour un temps le commerce des 
draps en Hollande, l'obligèrent à liquider. 

D avait épousé Marie le Pla. De ce mariage naquirent sept enfants, 
de qui descendent les différentes branches de la famille Dozy. L'aîné, 
Pierre Dozy (1723-1766), médecin à La Haye , étant mort sans des- 
cendants, nous n'avons à parler que d'Abraham-Henri et de Guil- 
laume-Henri. 

VIA. Abraham-Henri Dozy (1725-1778) épousa Titia Kiers et 
eut dix enfants. Deux de ses fils , Boelof-Jacobus et Beinier, jouèrent , 
au service de la Compagnie des Indes-Orientales, un rôle assez con- 
sidérable. Leur postérité n'a survécu que par les branches féminines, 
et cela, dans les familles Belaerts van Ennichoven , Merkus , Doornik 
et Deketh. 

Son troisième fils, Jaques (1757-1837), était l'aïeul de Pierre 
Dozy, qui vit encore à Haarlem. 

Son quatrième fils, Pierre (1762-1836),' était le grand père de 
Pieter-Anne Dozy, le célèbre orientaliste et professeur d'histoire de 
l'Université de Leyde. 

A cette branche appartenaient les Thomsen Dozy , les Schultens 
Dozy, les d'Ozy. 



166 CHABLE8-MARIT7S DOZY. 

Abraham-Henri paraît avoir quitté Leyde. £d tout cas ses descen- 
dants se sont dispersés. Il en existe encore à Assen , à Dedemsvaart , 
à Elburg, à Haarlem , à Spanbroek et aux Indes. 

Son frère cadet, Ouillaume-Henri , troisième fils de Jaques Dozy, 
resta fidèle à sa ville natale. 

r 

VI, B. Guillaume-Henri Dozy, né le 7 mars 1739, mort le 27 oc- 
tobre 1822 , premier commis au secrétariat de la ville de Leyde et 
collecteur qualifié de la loterie de TÉtat II épousa Margaretha-Elisa- 
beth Populeus et eut quatre enfants , dont deux fils , Jaques-Léonard 
et Jean-Pierre. 

VII, A. Jaques-Léonard Dozy, né le 28 janvier 1768, mort le 10 
mai 1845 , président de la cour de justice à Leyde. Il épousa Geertrui- 
Adriana-Louisa Clignet et en eut deux filles et un fils, Guillaume- 
Henri (1792-1860), qui fut secrétaire des Curateurs de l'Université 
de Leyde, et eut de son mariage avec Adriana Eluit un fils et une 
fille , tous les deux morts sans enfants. Cette branche est donc éteinte. 

Vn, B. Jean-Pierre Dozy, né le 17 janvier 1770, mort le 20 dé- 
cembre 1849, notaire à Leyde. Il avait pris en 1796 le nom de van 
Elinkenberg Dozy, en souvenir du notaire Elinkenberg , auquel il 
avait succédé. Il épousa Maria- Johanna Bodel et en eut neuf enfants. 
Cinq de ces enfants sont morts jeunes ; deux filles n'ont pas laissé 
d'enfants; deux fils se sont mariés et ont laissé des enfants; ce sont 
Jean-Marius et François. 

VIII, A. Jean-Marius van Elinkenberg Dozy, né le 30 janvier 
1806; mort le 26 avril 1883, officier d'artillerie, épousa Adriana 
Z weerts et en eut une fille , qui vit encore à Ede. 

VIII, B François Dozy, né le 27 décembre 1807, mort le 7 oc- 
tobre 1856, médecin à Leyde et docteur ès-sciences. Ses nombreux 
ouvrages de botanique lui valurent d'être nommé membre de l' Acadé- 



CHâRLKS-MARIUS DOZY. 167 

mie royale des sciences. Sa femme, Wilhelmina-JohaDDa van den 
Bosch , appartenait à une famille établie à Goes , en Zélande. Le père 
de sa femme, premier directeur du Wilbelminapolder, a occupé une 
place distinguée dans Thistoire de Fagriculture. 

De ce mariage naquirent huit enfants. Quatre sont morts sans 
enfants, savoir Maria-Johanna (1837-1838), Jean-Marius-Adriaan 
(1844-1845), Clara-Petronella-Hendrika (1845-1897), femme de 
Helenius de Cock , de Eampen , et Eduard-Gornelis (1848-1868), qui 
mourut à Glausthal, où il étudiait à l'École des mines. Les quatre 
autres enfants, qui se sont mariés et ont eu des enfants, sont les 
suivants : 

IX, A. Jean-Pierre Dozy, né le 24 décembre 1848, médecin- 
inspecteur de l'État à Amsterdam. 

IX , B. Oualtherus-Jacob Dozy, né le 3 mai 1841, docteur es- lettres, 
professeur à TÉcôle moyenne (Hoogere Burgerschool) de La Haye. 

IX, G. Iman-Gornelis Dozy, né le 17 février 1843, mort le 5 octo- 
bre 1890, colonel de génie en retraite. 

IX, D. Charles-Marius Dozy, né le 29 septembre 1852, mort le 
12 janvier 1901 , archiviste de la ville de Leyde. 

La Haye^ 12 mars 1901. E. Boublieb. 



— »^^f- 



LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION ET 
LA CHARITÉ WALLONNE À ROTTERDAM. 

(d'après les archives de l'église wallonne 

DE CETTE ville). 



-♦♦-^ 



Les Églises wallonnes des Provinces-Unies doivent leur fondation 
aux protestants qui, vers la fin du IG^me siècle, afin de se soustraire à 
la persécution , quittèrend les Flandres et les provinces wallonnes sou- 
mises à TEspagne. La plupart de ces réfugiés étaient des pauvres gens , 
mais ils avaient Tespoir de gagner leur pain dans les cités commer- 
çantes et industrielles de Hollande. Actifs, laborieux et économes , ils 
ne tardaient pas à faire fortune et à occuper des positions honorables 
dans leur patrie adoptive. Au 1 Trotte siècle, beaucoup d'entre eux 
possédaient les moyens d'assister leurs frères de France persécutés. 
Ceux de Rotterdam usèrent largement de cette faculté; les archives 
de l'Église wallonne de cette ville en font foi. 

La sympathie que les Wallons éprouvaient pour les persécutés de 
France avait pour cause principale le souvenir des soufiFrances que leurs 
propres aucêtres avaient endurées. Nons la voyons se manifester à 
Rotterdam dès les commencements de l'Église wallonne de cette ville. 
Une des plus anciennes résolutions du Consistoire de cette Église 
porte ce qui suit : (iB^c(m.YiMmdat%on Singulière pour nos frères qui 
sont persécutez pour la profession du Saint Evangile.» C'est l'article 
13, chapitre Y, d'un recueil des résolutions de ce Consistoire, depuis 



LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION ETC. 169 

l'orgine de l'Église, recueil publié en 1662 par le pasteur Charles de 
Bochefort ^ Il ne s'agit pas, on le voit, de sympathies passagères, mais 
bien de sentiments solides et durables autant qu'efficaces , et remon- 
tant à une époque bien antérieure aux perséculions de Louis XIY. 

Au reste, ces sympathies étaient partagées par le pays tout entier , 
depuis les chefs de l'État jusqu'aux simples particuliers. En voici un 
exemple significatif. Après le combat naval de Messines, où la flotte 
française sous les ordres d'Abraham du Quesne fut contrainte à la re- 
traite(7 janvier 1676), l'amiral de Ruyter fut reçu à Naples (11 février 
1676). Le roi, le viceroi, le peuple même, le comblèrent de cadeaux et 
d'honneurs. Mais lui, comme cadeau suprême, demanda la liberté de 
26 ministres protestants qui se trouvaient là sur les galères. Cette de- 
mande fut agréée. Les pasteurs furent conduits sur le vaisseau-amiral, 
entourés de soins, puis envoyés en Hollande ^. 

Cette sympathie s'explique ensuite par l'indignation que causaient 
les édits du Roi de France contre les prétendus réformés. <icDe Ri- 
goureuse placaten van Z^n Conincklyke Majesteit van Yranckrjjck," 
ces mots se trouvent en toutes lettres dans une résolution du Magis- 
trat de Rotterdam en date du 16 août 1681, pour motiver la réso- 
lution qui accordait aux réfugiés qui voudraient s'établir à Rotterdam 
avec leurs famille certains avantages, tels qu' immunités et sommes 
d'argent, sous condition qu'ils savaient un métier ou faisaient quelque 
négoce 3. 

Les faveurs dont ceux-ci étaient l'objet ne furent pas, il est vrai, 
sans exciter certaines jalousies. On pouvait comprendre qu'on proté- 
geât les frères persécutés, mais les favoriser plus que les bourgeois, 
c'état injuste, suivant leur opinion. Ainsi les corporations de métiers 
(giiden) se crurent lésées dans leurs droits et décidèrent que les réfu- 
giés ne pourraient être reçus au nombre de leurs membres. Mais elles 

» 

1. Rotterdam, ohez Henry Goddaeus, 1662. 

2. Mr. J. Tan Lennep, G^eaohiedenia ran Noord Nederland. III, page 161. 

3. Resolntien Yroedsohap van Rotterdam dd. 18 Augustus 1681. f. 89. 



170 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE REUQION 

n'eurent pas Topinion publique de leur côté. Se sentant soutenu par 
la bourgeoisie, le Consistoire d'alors demanda à «Messieus delaLoy» 
le 13 décembre 1682, de faire des règlements pour empêcher l'opposi- 
tion des Maitres-Jurés ^ Puis, pour montrer qu'il ne se laissait pas 
intimider par ces associations si puissantes, il donna à Jacques Fro- 
ment, passementier, et à Abraham Helfertois, tapissier, le 31 mai 
1683, la somme de 200 florins et loua pour eux une maison ccafin d'y 
exercer leur métieri) 2. 

L'opposition des corporations ne cessa tout-à-fait que lorsqu'on eut 
obtenu des États de Hollande et de West-Frise l'édit du 18 juillet 
1709, qui accordait à tous les Français réfugiés en Hollande pour cause 
de religion le droit de se faire naturaliser. Une des conséquences de la 
naturalisation était la faculté de se faire incrire dans les registres des 
corporations sous les mêmes conditions que les Hollandais de nais-^ 
sance. 

Le même privilège leur fut accordé par les États de Zélande (édit 
du 17 mars 1710) '. Plus tard, le pasteur Jacques Basnage se donna 
beaucoup de peine pour leur faire obtenir la même faveur dans les 
autres provinces ♦. 

Du reste les États de Hollande et de West-Frise avaient, antérieure- 
ment déjà, accordé aux réfugiés d'autres privilèges. C'est ainsi qu'une 
résolution en date du 25 septembre 1681 les affranchissait des charges 
et tributs extraordinaires pendant les douze années qui suivraient leur 
arrivée ^ Une résolution du 17 septembre 1688 leur faisait d'autres 
avantages. Ks furent exempts de l'impôt du 200^^ denier sur leurs 
revenus et, pour l'année 1687, de l'impôt sur les biensfonds *. 

1. Aotes du Connstoire, 13 déœmbre 1682, A. f. 104. 

2. Aotee du OoDsistoire, 31 mai 1683. A, f. 108. 

3. Groot Plaoaatboek V. f. 1281. 

4. Aotee Synodaux, mai 1715, art. 38 ; Septembre 1716, art. 42. 

5. GrootPlaoaatboek,lII,f.l4l4. 

6. Personen om de Religie uyt Yrankrgk gevlught werden geeximeert van de 
200e penningh (Groot Plaoaatboek. lY, f. 930) en yrggeBteld yan de Yerpondinghen 
oyer *t jaar 1687 (Groot Plaoaatboek, lY, f. 974). 



ET LA CHABITÉ wallonne à ROTTERDAM. ^^1 

Oq ne s'en tint pas là. La mort civile avait été prononcée, en France, 
contre tous les protestants qui quitteraient le royaume. En vertu de ce 
décret ceux-ci ne pouvaient pas hériter et leurs parents catholiques 
s'étaient emparés des biens qu'ils avaient laissés en France. Non 
contents de cela, ces parents prétendaient avoir un droit légal sur les 
biens acquis en Hollande que les réfugiés laissaient à leur mort. Pour 
redresser cette injustice les États Généraux décidèrent, par une réso- 
lution en date du 31 octobre 1709, que les personnes établies en 
France ne pourraient faire valoir leurs droits à la succession des ré- 
fugiés , ni par testament, ni ab intestat, ni par contrat de mariage ^ 

Ni le gouvernement , ni l'Église wallonne de Botterdam ne considé- 
raient les réfugiés comme des étrangers. Dans sa séance du 26 décem- 
bre 1686 , le Consistoire décida que les réfugiés qui, auraient servi les 
Églises de France en qualité d'anciens, seraient éligibles à la même 
fonction, pourvu qu'ils eussent habité Botterdam depuis trois ans. 
Ce terme de trois ans avait pour but de s'assurer de leur conduite. 
Les malades étaient admis à l'hOpital de la ville au même titre que 
les bourgeois de naissance '. Un logement fut assigné aux passants 
pauvres *. 

On protégeait particulièrement les guides qui assistaient les réfu- 
giés pendant leurs voyages pénibles et dangereux, et l'on nommait 
des maîtres-passants pour recevoir les arrivants et les conduire aux 
hospices de la diaconie. 

Un de ces guides fut Abraham Janson, cloutier de Dieppe, âgé de 
41 ans, ccqui avoit fait plusieurs voyages pour aider les réfugiés qui 
sortaient de France. i> Il paraît qu'il eut le malheur de « succomber 
dans la foi. ]) Le 30 novembre 1686 , il fit acte de ccrecognoissance», 
mais en particulier, non devant l'Église, comme c'était la coutume. 
On voulait tenir secrets son nom et ses services , afin de ne pas com- 
promettre les fugitifs. 

1 Groot Plaoaatboek. Y, f. 74. 

2 Actee de Consistoire, 19 mai 16S7. A, f. 146. 

3 Actes du Consistoire, 25 mai 16S7. A, f. 146. 



172 LES OAI^ÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

Le Consistoire nomma un médecin pour les réfugiés. Ce fut Her« 
man Lufneu, membre de TÉglise wallonne. Lorsqu'il eut donné sa dé- 
mission , on nomma à sa place , le 5 janvier 1687 ^, Henry Marchand , 
natif de Basin , au pays de Liège ' et David Telle , Seigneur de la Pot- 
terie , né à Pont-Audemer près Rouen '. Ajoutons que le 2 décembre 
1685 on avait nommé -comme pharmacien des réfugiés Pierre du 
Chemin , venu de Rouen , où il avait exercé la même profession. On le 
nomma (( parce qu'il parlait François y> *. 

A partir du commencement de l'année 1685, la Chambre de la 
Compagnie des Indes orientales de Rotterdam donna à la diaconie un 
quart du millième denier du produit des ventes faites par elle ^ En 
1697 , ce subside atteint le chiffre de 250 florins. Il est facile de calcu- 
ler que le produit des ventes faites cette année-là à Rotterdam s'était 
élevé à un million de florins. 

Le Consistoire wallon et les bourgeois de Rotterdam n'étaient pas 
seuls à protéger les réfugiés. Le Synode wallon contribuait à leur 
soulagement selon ses moyens et les recommandait à la bienveillance 
des autorités quand il en avait l'occasion. Il étendait même sa sol- 
licitude jusqu'aux protestants de France. En voici une preuve entre 
bien d'autres. 

Après la sanglante bataille de Neerwinden (29 juillet 1693), tout 
le monde félicitait le Prince d'Orange, qui, avec une armée beaucoup 
plus petite que celle de Louis XIY , avait si bien manœuvré que le 
maréchal de Luxembourg n*avait eu aucun résultat de sa victoire. Le 
Synode décida qu'une députation prise dans son sein serait chargée 
d'aller féliciter Guillaume III. Mais , en même temps , les députés de- 
vaient témoigner au Roi la reconnaissance des Églises wallonnes 
pour ses bontés envers les frères persécutés en France et lui « re- 

1. Aot6fldaGon8!8toire,5janyier 1687. A,f.l44. 

2. n épousa le ^ août 1676, à Rotterdam, Marguerite Buoquin. 

3. Sa femme s'appelait Marie Petit 

4. Actes du Consistoire, 2 décembre 1685. A, f. 126. 

5. Actes du Consistoire, 18 février 1685. A, f. 120. 



ET LA CHaUIT^ wallonne à ROTTERDAM. ^'^'^ 

I 

présenter la ConditioD dure et fâcheuse » , est-il dit dans les actes du 
Synode de Nimègue , a de tant d'illustres confesseurs que nous avons 
sur les galères et dans les prisons, et particulièrement celle de nos très 
honorés frères les pasteurs d'Orange et autres, détenus depuis huit 
ans dans les prisons de Pierre-en-Cize ï> ^ 

Ainsi, gouvernement, Troedschap, Synode , Consistoire et bour- 
geois, tout le monde rivalisait de zèle en faveur des réfugiés et 
des frères souffrant pour la foi. La sympathie pour les persécutés 
n'avait d'égale que l'indignation que l'on ressentait contre leurs per- 
sécuteurs. 

Un décret daté du mois d'août 1669 avait fait défense aux protes- 
tants de sortir de France sans la permission écrite de l'évèque diocé- 
sain ou du maire de la ville oii ils étaient établis ^. Ce décret, à peu 
près tombé dans l'oubli, fut renouvelé par une déclaration du Roi 
datée du 14 juillet 1682, qui défendait aux protestants de sortir du 
royaume pour aller s'établir à l'étranger sans la permission de Sa 
Majesté. Les permissions de ce genre furent accordées quelquefois à 
des pasteurs, rarement à leurs femmes et à leurs enfants, mais ne le 
furent jamais aux autres membres des Églises réformées. 

La même ordonnance déclarait nuls les contrats de vente et autres 
dispositions des biens <ic de ceux de la B. P. R », signés un an avant 
leur départ ^. 

Ces mesures furent inutiles. L'exode devint de plus en plus général. 
A partir de l'année 1682 le nombre des membres de l'Église wallonne 
de Botterdam subit une augmentation si considérableque le temple 
de la Hoogstraat devint trop petit. En mai 1686 le Consistoire dut 
augmenter le nombre des exercices publics, a Les présentes persé- 
cutions y> , est-il dit dans les actes du Consistoire, « ont contraint un 
si grand nombre de familles de France de se réfugier dans cette 

1 . Actes Synodaux, Sept. 1693, art 61 . 

2. Édits, Déolaratîona et Arrêts concernant la Religion P. Réformée. 1862 — 1751. 
Paris 1885. p. 26. 

3. Édits, Déclarations etc. p. 119. 

YUI. 12 



174 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

ville })i. En février 1688 tous les bancs, même ceux qui étaient ré- 
servés pour le Magistrat, sont occupés par les réfugiés. Le Consistoire 
députe à a Messieurs de la Loy » Phinéas Piélat , pasteur , Vaillant et 
Hennequin anciens , pour leur demander de remédier à cet état de 
choses K 

Le nombre des réfugiés qui sont arrivés à Rotterdam pendant l'épo- 
que de l'exode était très grand. Le chiffre pour les années 1680 à 
1684, en est inconnu; mais nous savons que pendant ces années 
l'église de la Hoogstraat devint trop petite pour contenir tous les audi- 
teurs ; afin d'y remédier, le Yroedschap donna au Consistoire, aussi 
pour le service, la chapelle de S^. Sébastien. Après ces années , l'émi- 
gration diminua; en 1690 cette chapelle restait même presque vide 
et l'église de la Hoogstraat suffisait pour le service de tous '. Néan- 
moins <ic l'acte de Becognoissance d fut signé à Rotterdam entre les an- 
nées 1685 et 1700 par 1485 personnes venues de France, et nombre 
d'autres réfugiés n'eurent pas à le faire, parce qu'ils ne s'étaient pas 
a réunis à la Religion Catholique Apostolique et Romaine j>. 

Gaspard Baux, pasteur à Leeuwarde , écrivait en 1687 à son frère, 
qui résidait à Nîmes , q ue les réfugiés avaient envoyé à Amsterdam et 
à Rotterdam pour plus de huit millions de marchandises ^. Ce fait 
doit avoir eu lieu avant 1682, car les protestants qui quittèrent la 
France après cette date étaient dans l'impossibilité d'emporter quoi 
que ce fut et avaient dû laisser leurs biens et très souvent leur famille 
à la merci des dragons et des prêtres. A quelques exception près , tous 
ces fugitifs étaient pauvres et il fallut songer à les assister. 

• 

Dans ce but on se préoccupa de recueillir de l'argent II y eut 
dans les Églises des Pays-Bas des collectes générales en juillet et oc- 
tobre 1682 (année de la fameuse déclaration royale qui fermait la fron- 

1. Actes du Consistoire, 25 mai 1686. A, f. 136. 
% Actes du Consistoire, 1 féyrier 1688. A, f. 165. 

3. Actes de Consistoire, 17 décembre 1690. A, f. 184. 

4. Bulletin de la Société de Thistoire du Protestantisme français, 15 avril 1894, 
page 190. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 175 

tiôre aux protestants) , en 1685 ^ en in juin 1687. Bien qu'à Rotterdam 
la première de ces collectes produisit la somme de f. 4567 : 12 : ' — ; 
la troisième : f. 5094 : 17 : ^ — sommes énormes pour le temps et pour 
une ville qui ne comptait alors que 50000 habitants. Et ces dons 
n'étaient pas les seuls qu'on recueillait à Rotterdam. On y collectait 
pour d'autres buts. C'est ainsi qu'une collecte en faveur des prison- 
niers esclaves à Alger, faite en août 1688, produisit la somme de 
f.3311:7: — *. 

Les Wallons de Rotterdam contribuaient à ces collectes pour une 
grande partie ; et les^ frères de l'Église flamande les aidaient de tout 
leur pouvoir. Il en était de même dans les autres villes du pays. La 
bourgeoisie considérait l'assistance aux réfugiés comme une affaire 
qui |concernait les réformés en général. Gela explique pourquoi les 
États Généraux , par un édit en date de 15 octobre 1687, purent ordon- 
ner une collecte dans toutes les provinces et dans le ressort de la gé- 
néralité. La collecte eut lieu le 10 novembre ^ Le 7 février 1699 un 
nouvel édit en prescrivit une du même genre pour toutes les pro- 
vinees •. 

Il faut constater, malheureusement, que ces grandes collectes géné- 
rales ne furent pas sans exercer une influence fâcheuse sur celles qui 
se faisaient à la fin de chaque service dans l'Église wallonne de Rot- 
terdam. Nous en voyons la preuve dans le fait que , le 16 avril 1699 , 
le Consistoire chargea Pierre Jurieu de rédiger « une exhortation » 
au troupeau a pour redoubler les charités en faveur des frères persé- 
cutés. j> Cette exhortation nous a été conservée dans le livre des Actes ''. 
Nous la reproduisons en entier. 

1. La ooUeote de 1685 arait pour but la oréation d'un fonds destiné à l'entretien 
des pasteurs réfugiés (Actes du Consistoire, 3 déoembrel685 A,f. 127). Les deux 
autres étaient destinées aux réfugiés en général. 

2. (Comptes de TÉglise wallonne de Rotterdam. Y. f. 1. 

3. Actes du Consistoire, 2djumet 1687. A, f. 148. 

4. Actes du Consistoire, 15 août 1688. A. f. 169. 

5. Groot Plaoaatboek: YII, f. 618. 

6. Groot Placaatboek. YU, f. 619. 

7. Actes du Consistoire, 26 avril 1699. B, f. 162. « 



•'^^ LES GAti^RIEN'S POUR CAUSE DE RELIGIOÎ^ 

a La Compagnie du Consistoire a jugé à propos de faire savoir aux 
membres de cette Église et à tous ceux quy fréquentent les prédica- 
tions quy se font icy le triste estât on se trouve la Diaconie. 

a La persécution de France quy est advenue plus cruelle depuis la 
paix et particulièrement depuis un an , contraint nos frères de s'ex- 
poser aux périls des galères et des plus rudes supplices pour tenter le 
passage, ce quy réussit à un très grand nombre quy nous arrivent 
continuellement de France et quy arrivent dans une entière destitu- 
tion de tout; — ayant toiut abandonnez , ils sont encore pillez et volez 
sur les frontières. On ne peut pas refuser à ces pauvres frères fugitifs 
les aliments sans se rendre coupable d'une dureté criante devant 
Dieu, et comme presque tous viennent icy dans le dessein de passer 
la mer et qu'ils sont souvent plusieurs jours sans pouvoir l'exécuter, 
ils périroient de misère à nos yeux après avoir échappez les mains des 
bourreaux , si la charité des frères ne leur subvenoit. 

a C'est ce que la Diaconie a fait, en ménageant pourtant les deniers 
avec une grande prudence , mais enfin , par les dépances absolument 
inévitables , elle se trouve hors d'estat de fournir aux plus pressantes 
nécessités de ses propres membres , et pour comble de misère elle re- 
marque que les charitez ordinaires quy se font dans les bourses et 
boittes diminuent tous les ans continuellement au lieu d'augmenter. 

(L C'est ce quy oblige le Consistoire à implorer le secours de ses mem- 
bres charitables et de tous ceux qui viennent écouter les prédications, 
les conjurant par les entrailles de la miséricorde de Dieu de se laisser 
toucher par la vue et le récit des profondes misères oii nos frères sont 
réduits, pour s'élargir en leur faveur par les raisons susdites et celles 
qui y ont été adjoutées dans la prédication présente. Nous les prions que 
leurs aumônes quy se mettent dans les bourses et boittes soyent plus 
abondantes non seulement une fois en passant, mais ordinairement, 
ce quy nous obligera à faire des vœux tant plus ardents à ce qu'il 
plaise à Dieu de multiplier les revenus de votre justice. » 

Cette exhortation, distribuée aux membres du troupeau sous forme 
de lettre circulaire , dut produire quelque résultat. C'est du moins ce 
que nous croyons pouvoir conclure du fait que l'année suivante le 
Consistoire demanda à Pierre Jurieu , qui avait la plume facile, d'écrire 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^7 

aussi une lettre pour les Églises de ces Provinces , afin de les émou- 
voir à la charité envers nos confesseurs sur les galères. y> 

La nécessité d'organiser l'administration du produit de ces collectes 
en faveur de tant de fugitifs obligea le Magistat de Rotterdam à 
prendre des mesures extraordinaires, de concert avec le Consistoire 
wallon. Par une résolution en date du 25 octobre 1685 (presque le 
même jour que celui de la révocation de TÉdit de Nantes) il nomma 
une commission permanente pour a travailler au soulagement et à 
Tassistance des réfugiés pour cause des persécutions. » Cinq des mem- 
bres de cette commission furent nommés par le Yroedschap, savoir: 
Jacob Beyer , échevin , Revixit van Naersen , trésorier de la ville, Tun 
et Tautres membres du Yroedschap, Jean Bogge et Jean Claerhout, 
tous deux régents du dépôt de mendicité, et Pierre Paissecœur, 
régent de Thôpital. Les quatre autres furent nommés par le Consis- 
toire. C'étaient Gerbrand de Reus,secrétairederorphelinat et Jean 
Faneuil avocat, anciens, Abraham de Bochefort, avocat et Henri Ba- 
vesteyn , diacres ^ 

Malgré le chiffre élevé des collectes , la Commission permanente se 
trouva en face de grandes difficultés par suite du nombre considérable 
des passants. Les villes des Provinces-Unies n'étaient pas toutes assez 
riches pour entretenir les réfugiés qui venaient de s'établir chez elles. 
Elles tâchaient de s'en débarrasser en les envoyant en Angleterre 
par la voie de Botterdam , que son commerce mettait en relations avec 
Londres et les autres ports anglais. Ces passants étaient une charge 
pour la diaconie, car ils étaient pauvres; les réfugiés qui possédaient 
quelques ressources personnelles restaient dans ces villes. 

Le 20 avril 1689, les députés de l'Église wallonne de Botterdam 
se plaignirent de cet état de choses au Synode d'Dtrecht et proposè- 
rent qu'à l'avenir les Églises d'où venaient ces passant paieraient un 
ducaton par tête K 

1. Aotee du Consistoire, 25 ootobre 1685. A, f. 123. 

2. Actes Synodaux, 20 avril 1689, art. 41. Un duoaton valait 3 florins 3 sols. 



178 LES Galériens pour cause de religion. 

Bien que cette proposition n'ait pas rencontré d'opposition au sein 
du Synode, on ne sait si les Églises ont jamais payé cette taxe ; les 
comples de l'Église wallonne de Rotterdam n'en portent aucune trace. 
Le 2 juillet 1689, le Consistoire présenta à Herman van Zoelen, 
bourgmestre de Botterdam, une requête a pour supplier nos Seigneurs 
les États de Hollande de trouver quelque moyen pour subvenir aux 
frais extraordinaires que fait cette Église pour le grand nombre de 
réfugiés qui se présentent pour passer en Angleterre i> ^ 

Quelques semaines auparavant , le Consistoire avait député Phi- 
néas Piélat , Gerbrand de Beus et Jacob Witheym auprès du bourg- 
mestre de la Brille, van der Poel , pour s'entendre avec lui au sujet 
des passants. Le 13 mars 1689, les députés firent rappport qu'ils 
étaient ce convenus de payer au bout de l'année la somme de 150 
florins an maître du Paquet boot )> K 

Par cette convention avec la Brille, la Commission permanente 
disposa de plus de ressources en faveur des réfugiés qui restaient. 
Comme on le voit , les bourgeois de Botterdam et ceux des autres villes 
s'occupaient activement du sort des victimes de la persécution. 

Plus malheureux que les réfugiés étaient les protestants restés en 
France sous le joug de la persécution , et , en premier lieu , ceux qui 
étaient condamnés aux galères. 

Pour donner une juste idée de la crdauté du sort de ces derniers , 
il faut rappeler ici ce que l'on sait d'ailleurs de l'organisation de ces 
sortes de navires et des traitements inhumains réservés aux rameurs , 
en particulier à ceux qui étaient condamnés pour cause de religion. 

La galère était un bâtiment de guerre fort lourd et , depuis qu'on 
avait des navires à voiles, d'une utilité douteuse. Sa longueur en ren- 
dait la manœuvre fort difficile. Les vaisseaux de haut bord la coulaient 
aisément à fond. Elle exigeait un équipage très nombreux. On comp- 
tait 500 personnes par galère : cinq ou six esclaves pour chacune des 
50 rames ; cela faisait un total de 250 à 300 galériens , qu'on appelait 

1. Aotee du Consistoire, 2 juillet 1689. Â, f. 176. 

2. Actes du Consistoire , 13 mars 1689. A, f. 175. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 179 

a la chiourme :^ ; pour maintenir en ordre ces condamnés , on avait des 
comités assistés par des turcs, en toat une cinquantaine de personnes ; 
restaient, pour les combattants, officiers et soldats, 150 à 200 per- 
sonnes , dont la moitié devait servir à contenir la chiourme pendant 
le combat, de peur qu'elle ne fît cause commune avec l'ennemi. Des 
quatre ou cinq pièces de canons qui se trouvaient sur ces bateaux , 
deux, chargés à mitraille, étaient pointés sur les rameurs, prêts à 
partir au moindre signe d'insubordination. Ces précautions étaient 
d'autant plus nécessaires que les galériens appartenaient pour la plu- 
part à la classe des criminels de la pire espèce. Pendant le combat , 
ils pouvaient être plus dangereux que l'ennemi. 

Ces galères ne pouvaient manœuvrer que par une mer très calme 
et devaient rester toujours en vue de la côte , prêtes à rentrer dès que 
le vent se levait. 

Outre leur peu d'utilité , elles nécessitaient de grosses dépenses. Les 
officiers de tout grade recevaient une solde supérieure à celle de ceux 
qui étaient sur les autres navires. Bien que leur salaire et celui de 
leurs subalternes coûtait au moins 4000 livres par mois. 

Louis XIY entretenait 40 galères , tant pour faire montre de sa 
puissance que pour emprisonner des malfaiteurs et pour entretenir le 
grand nombre des gentilhommes qui vivaient à ses dépens ; ces gentil- 
hommes étaient pour la plupart des cadets de famille , chevaliers de 
l'ordre de Malte. Us formaient un ordre laïque, dont les membres 
faisaient vœu de célibat. Après leur mort, leurs biens revenaient à 
l'Église. Cette dernière avait donc quelque intérêt à ce que les galères 
fussent maintenues a pour la défonce du royaume. j> 

Plus tard les charges trop lourdes du budget obligèrent le roi Louis 
XY à réduire à dix le nombre des galères. 

Bamer sur les galères était le travail le plus pénible qu'on pût 
imaginer. On recourait, pour l'obtenir, aux coups de nerfs de bœuf 
appliqués sur le dos; parfois la mort s'en suivait. On n'y employait 
que des esclaves, avec qui seuls on pouvait se permettre de pa- 
reils traitements. Le galérien était regardé comme plus méprisable 
qu'une bête. On ménageait un chien; on ne ménageait jamais un 
galérien. 



*80 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

La manœuvre devait se faire avec une cadence parfaite, car si une 
rame se mouvait trop tôt ou trop tard , ceux qui étaient devant avaient 
la tête fracassée, et ceux qui avaient mal manœuvré se heurtaient 
contre la rame placée derrière eux. Les comités régularisaient la ma- 
nœuvre à coup de nerfs de bœuf. Un homme fort et bien nourri 
pouvait faire ce travail pendant une demi-heure ; or on faisait parfois 
travailler la chiourme douze heures de suite, sans aucun intervalle 
de repos. Plus d'un galérien mourait alors à la tâche. 

En 1703, on résolut d'envoyer des galères de Dunkerque à Anvers, 
mais, comme on craignait que les galériens ne profitassent de la 
proximité des frontières pour s'évader, on n'arma que quatre « demi- 
galères ^, dont l'équipage se composait , pour chacune , de 75 matelots 
connus pour être de bons rameurs. Ces galères étaient beaucoup plus 
légères que les autres. Les rames n'avaient que 25 pieds (8 mètres , 
12 centimètres et demi) ^ de long , au lieu de 50 pieds (16 mètres , 25 
centimètres) ; il suffisait de trois hommes pour les manœuvrer au lieu 
de six. Eh bien , on reconnut qu'il était impossible de naviguer avec 
des hommes libres, qu'on ne pouvait frapper. Les galères ne dépas- 
sèrent pas la rade de Dunkerque. Il fallut rentrer dans le port. Le com- 
mandant de l'expédition écrivit au ministre qu'on ne pouvait navi- 
guer sans chiourme d'esclaves. Il reçut ordre d'employer des esclaves 
comme « vogue-avant ». On appelait de ce nom le premier rameur 
de chaque banc, celui qui avait la besogne la plus lourde. Malgré 
cela , on eut toutes les peines du monde pour arriver à Ostende et on 
y resta. 

I^es galériens étaient enchaînés à leurs banc , six au même banc. 
Ils y passaient la nuit, mais, comme ils n'avaient pas assez de place 
pour s'étendre, on comprend qu'ils ne prenaient qu'un repos très in- 
suffisant. En outre ils étaient rongés par la vermine. Pour se protéger 
contre la fraîcheur des nuits et le froid de l'hiver , ils n'avaient autre 
chose qu'une simple capote. Pendant la manœuvre , ils étaient com- 
plètement nus. De la sorte , on économisait des vêtements et les coups 
de nerf de bœuf portaient d'autant mieux. Si un galérien venait à s'af- 

1 . Le pied yaut 32 centimètres et demi. ^ 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 181 

faisser sur la rame, on le frappait aussi longtemps qu'il donnait signe 
de vie. On ne voulait pas s'exposer à tolérer la paresse ou la mauvaise 
volonté. Lorsque le malheureux ne respirait plus , on le déchaînait 
et on jetait son cadavre à la mer. 

Pour toute nourriture, les galériens ne recevaient que 26 onces 
(795 grammes) de biscuit et 4 onces (I22V2 grammes) de fèves par 
jour '. C'était la ration officielle, mais encore fallait-il que le distibu- 
teur des vivres ne volât point. Jean Marteilhe raconte, dans ses mé- 
moires', qu'il a plus d'une fois compté les fèves, mais qu'il n'en a 
jamais trouvé plus de 30 par portion. 

Mauvaise nourriture , vêtements insuffisants , pas de repos pendant 
la nuit, traitements cruels de la part des officiers, des comités et des 
esclaves turcs , tel était le sort du galérien. C'était un martyre qui re- 
commençait tous les jours et dont la mort seule le délivrait '. 

Jje bruit de ces horreurs ne tarda pas à se répandre en Europe. Il 
y rencontra d'abord beaucoup d'incrédulité. Lorsque, en 1690, les 



1. La lirre usuelle valait 4 quarterons ou 489 grammes et demi ; le quarterou 
yalait 4 ouoes ou 122 grammes et demi ; Ponoe valais 8 gros ou 30 grammes et demi ; 
un Gros comprenait 72 grains et valait 3 grammes trois quarts. 

2. Page 360. 

3. Nous avons emprunté ces détails aux ouvrages suivants : 

P. Jean Marteilhe. Mémoires d'un Protestant condamné aux Galères de France 
pour cause de religion. Réimprimé à Paris, en 1881 . 

2^. Relation des tourments qu'on fait souffrir aux Protestants qui sont sur les 
galères de France; faite par Jean Bien, oy devant Prêtre et curé d'Ursy, ancien 
Aumônier de la galère nommée la Superbe. A Amsterdam, chez Paul Marret, et à 
Londres, chez Heni*y Riboteau. Un exemplaire de cet ouvrage se trouve à la Biblio- 
tèhque royale de La Haye, Biblioth Dunoanniana 1669. vol. 1. La Bibliothèque des 
Églises wallonnes de Leyde en possède une traduction hollandaise , qui contient, 
outre la relation de Jean Bien, des lettres du galérien Ëlie Nean à Jean Morin, pas- 
teur à Berg op Zoom. Voici le titre de oette traduction : Echt verhaal îi der || tour- 
mentenen elenden !| die de !; Protestanten !| op de Galeyen van Vrankrijk jl moeten 
ondergaen. I| In *tFransoh beschreven door || Jean Bien || Gewezene Aalmoessenier 
op de gemelde Galeyen. || Uit *t Fransche yertaald en vermeerderd || met eenige 
Brieven van en aan de Verdrukten op dezelyen || Dienende om een denkbeeld te 
geven || welke Rampen en Ëlendede {; Eerlgke misdadige {{ însgnzevenjaarige 



182 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

députés de l'Église wallonne de Rotterdam parlèrent des soufirances 
des galériens devant le Synode d'Amsterdam , en termes généraux , il 
est vrai, on ne voulut pas croire à tant de cruauté ^ Cependant, le 
Synode recommanda à toutes les Églises de recueillir des dons en 
faveur des galériens et de les envoyer à Rotterdam , le Consistoire de 
cette Église ayant déclaré avoir les moyens de les faire parvenir à 
leurs destinataii:es. 

Huit mois plus tard , au Synode de Leyde , les doutes s'effaçaient 
et l'on nommait de leur vrai nom les tourments infligés aux confes- 
seurs de la foi. Les députés de Rotterdam rapportèrent entre autres 
qu'il y avait sur les galères plus de 400 protestants , persécutés pour 
cause de religion ; qu'un grand nombre d'autres étaientjetés en prison 
ou déportés dans des colonies malsaines, oii la mort ne tardait pas à 
les délivrer de leurs misères ; que ce serait un grand bienfait pour 
ceux qui étaient sur les galères que de recevoir quelques secours pour 
apaiser leur faim ou se couvrir la nuit 

Le Synode exhorta les Églises d'une manière pressante à contribuer 
de tout leur pouvoir a pour le soulagement de ces fidèles serviteurs de 
Dieu », et à envoyer leurs dons à l'Église de Rotterdam , « dans huit 
jours après qu'elles auront reçu les articles de ce Synode » * , ou , en 
d'autres termes, au plus tôt possible. Ces exhortations furent renouve- 
lées au Synode de Naerden , le 29 août 1691 *. 

• 

Il est probable qu'elles ne produisirent pas l'effet qu'on en atten- 
dait, car le Consistoire de Rotterdam , en tant que désigné comme ad- 

slsTemy heeft || moeten onderrinden. || Gtodmkt te Amsterdam bg Christisan Tan 
Ebboii, boekrerkoper in de Eromme Elleboogsteeg bg de Beors. (s. a.). 

30. Oh. Coqaerel. Les Églises du désert. Ath. Goqaerel fils. Les forçats pour la foi. 
Paris 1866. 

49. Fenouiilot de Falbaîre. L'honnête criminel. Drame en cinq actes, publié ^^ 
Stockholm en 1768. C'est, mise en drame, Phistoire du g^érien Jean Fabre. 

5». BuUetin de l'histoire du Protestantisme. VI, pages 108 et 833 ; XIY, pages 77 
et 92 ; XV, page 384. 

1. Actes synodaux, ^ août 1690, art. 37. 

2. Actes Synodaux, 2 mai 1691, art. 42. 

3. Actes Synodaux, 29 août 1691 , art. 30. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 183 

ministrateur, par le Synode, écrivit aux Églises pour leur rappeler 
les recommandations du Synode et les prier de lui envoyer leurs dons 
incessamment. Yoici ce que nous lisons dans les actes du Consistoire 
à la date du dimanche 13 janvier 1692 > : 

a Étant nommé par les Synodes pour recevoir les charités des autres 
Églises , destinées pour le soulagement de nos pauvres frères les pri- 
sonniers et captifs sur les galères de France ; 

a la Compie étant touchée de la longueur et de la grandeur de la souf- 
france de ces pauvres prisonniers , à qui un plus long retardement 
d'assistance ne leur peut Stre que fort douloureux , 

a la Gompie a trouvé à propos d'écrire comme elle a fait aux princi- 
pales Églises de ces Provinces, qui n'ont pas encore envoyé leurs cha- 
rités, pour les solliciter à les envoyer promptement, afin que la 
Compie les leur puisse faire tenir incessament. y> 

Malgré cela, les dons tardaient à venir, et le Consistoire résolut, 
au bout de quinze jours , de ne pas attendre davantage , mais d'envoyer 
aussitôt 100 florins, pris sur les fonds de la Diacoiiie , et de décider 
plus tard comment se ferait la restitution ^. 

Elle se fit à l'aide d'une collecte parmi les membres de l'Église, 
qui rapporta plus que ce dont on avait besoin , si bien que la Diaconie 
y gagna quelque chose '. En attendant , quelques Églises envoyèrent 
des dons , et les députés de Rotterdam informèrent le Synode tenu à 
Ziericzee, le 7 mai 1692 , que le montant de ces dons s'élevait à 555 
florins ^ Us rendirent compte de ce qu'ils recevaient pendant plu- 
sieurs années de suite, mais le chiffre des sommes reçues n'est pas 
indiqué dans les actes du Synode. 

De même qu'en 1685 on avait nommé une commisson pour s'oc- 
cuper des affaires des réfugiés en général, de même on en nomme 
une en 1692 pour administrer les sommes destinées aux galériens. 
Dans les premiers temps, cette administration fut confiée au secré- 

1. Actes du Consistoire de Rotterdam. A, f. 201. 

2. Actes du Consistoire, 27 janyier 1692. A, f. 202. 

3. Actes du Consistoire, 21 mars 1693. A, f. 229. 

4. Actes du Synode de Ziericzee, 7 mai 1692, art. 19. 



184 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

taire du Consistoire, qui s'en occupait de concert avec une dame Jean 
van Armeyde née Christine van Naersen. Le compte figurait dans les 
actes du Consistoire. Mr. J. van Armeyde expédiait les secours ; mais, 
par une résolution en date du 11 août 1692, le secrétaire fut déchargé 
de cette administration et elle fut confiée à Tancien Jean Faneuil 
et au diacre Théodore Sismus , l'un et l'autre avocats ^ Puis , l'admi- 
nistration du fonds se compliquant tous les jours, on résolut, le 19 
septembre 1694, d'avoir un livre de comptes à part pour ce fonds '. 

Dn grand nombre de livres et doouments ayant appartenu autrefois 
aux archives de l'Église wallonne de Rotterdam ont disparu. Un re- 
gistre, datant de 1682 et dans lequel on avait inscrit les distributions 
de secours provenant de la collecte pour les réfugiés (c afin que le 
vénérable magistrat de cette ville puisse en tout tems voir à qui et 
par quels motifs les distributions des deniers de la collecte ont estes 
faits ' », est perdu. 

Un registre du même genre tenu par les diacres Antoine Lus et 
Isaak Portugael , suivant une résolution du Consistoire du 20 juillet 
1687*, a également disparu, ainsi qu'un livre contenant un compte 
du fonds des galériens, qui avait été approuvé par le Consistoire le 
19 juin 1695 ». Les livres continuant cette dernière comptabilité qui 
se trouvent encore dans les archives, vont de 1698 à 1769. Les som- 
mes reçues avant 1698 sont à peu près inconnues. 

Le 13 novembre 1695, l'Église d'Amsterdam écrivit au Consis- 
toire de Rotterdam pour lui faire des remarques et lui poser des ques- 
tions concernant la gestion du fond des galériens. Est-ce à dire que 
cette gestion lui parût laisser quelque chose à désirer? Nous ne 
saurions rien affirmer à cet égard, faute de documents. Au fond, 
l'Église d'Amsterdam aurait voulu que cette gestion lui fût confiée. 

1 . Actes du Consistoire, 1 1 août 1692. A, f. 21 5. 
% Actes du Consistoire, 19 septembre 1694 B, f. 21. 
li. Actes du Consistoire, 28 mai 1684. 

4. Actes du Consistoire, 20 juillet 1687. A, f. 147. 

5. Actes du Consistoire, 19 juin 1695. B, f. 60. 



^ LA CHARITÉ Wallonne a rottkrdaM. ^^^ 

Nous apprenons par les actes du Consistoire de Rotterdam que l'ar- 
gent destiné aux galériens leur était envoyé par Tentremise d'une 
maison de banque d'Amsterdam , sous la raison sociale de Pierre Got 
et Cie. Peut-être l'Église d'Amsterdam s'appuyait-elle sur ce fait pour 
prétendre à la gestion du fonds. Mais le Consistoire de Rotterdam en 
était trop jaloux pour y renoncer. Le 27 novembre 1695 , il résolut de 
répondre à Amsterdam a en termes généraux , parce qu'on ne trouvait 
pas nécessaire de lui communiquer ces comptes "» ^ 

L'Église d'Amsterdam s'est-elle contentée de cette réponse ? Cela 
nous paraît douteux. Les lives de compte de Rotterdam ne mention- 
nent jamais de contributions envoyées par Amsterdam. Comme il est 
impossible que cette grande ville, riche en capitaux et en réfugiés , 
n'ait jamais rien fait pour les galériens, on doit admettre qu'elle en- 
voyait ses secours sans passer par l'Église boursière, en quoi elle 
allait contre les ordonnances du Synode qui , régulièrement, recom- 
mandait aux Églises d'envoyer le montant des collectes à l'Église de 
Rotterdam *. Celle-ci , de son côté, soumettait ses comptes à l'appro- 
bation du Synode ' , tandis qu'on ne trouve rien de l'approbation des 
comptes d'Amsterdam. 

L'Église d'Amsterdam obtint ce qu'elle désirait, en ce sens du 
moins qu'elle fut nommée secondeÉglise boursière. Nous lisons, en 
effet, dans les actes du Synode d'Arnhem, 12 mai 1696 , art. 29, que 
les Églises seront priées a d'envoyer leurs subventions aux Églises 
d'Amsterdam et de Rotterdam. y> L'art 30 du même Synode décide 
qu'à l'avenir Amsterdam rendra aussi compte des sommes qu' elle 
aura reçues pour les confesseurs sur les galères. A partir de cette 
date, les actes synodaux parlent des deux Églises comme Églises- 
boursières *. 

Plus tard , en 1729 , l'Église de Rotterdam finit par envoyer régu- 

1. Actes du Consistoire, 27 novembre 1695. B, f. 71. 

2. Actes Synodaux, Dordi'echt, avril 1693, art. 18; Gouda, avril, 1694. art. 24, 
eto etc. 

3. Actes Synodaux, sept. 1693, art. 45, etc. etc. 

4. Actes Synodaux, la Brille, sept. 1696,art.34et35; Berg-op-Zoom, mai 1697 
art. 38 ; Delft, Sept. 1697, art. 42, eto. etc. 



J 



186 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

liôremeot le montant de ses recettes à TÉglise d'Amsterdam. Elle 
pouvait alors abdiquer entre les mains de la capitale, vu qu'il n'était 
plus si difficile qu'autrefois de remettre de l'argent aux galériens. 
 combien se montent les sommes reçues par Amsterdam ? Par quelle 
voie cette Église faisait-elle parvenir les secours aux destinataires ? 
Ce sont là des secrets enfouis jusqu'à ce jour dans un certain nombre 
d'armoires pleines de documents, qui s'appellent les archives de 
l'Église d'Amsterdam. 

L'envoi de l'argent aux galériens devait rester secret , car il leur 
était défendu de rien recevoir sous peine delà bastonnade, punition 
atroce i. Les criminels pouvaient recevoir de l'argent ; cette défense 
ne concernait que les a religionnaires ». Les banquiers et les négociants 
qui transmettaient l'argent s'exposaient à de graves dangers dans le 
cas ou ils viendraient à être découverts. Le gouvernement de France 
n'ignorait pas le fait, mais il ne parvenait pas à découvrir les noms 
des a coupables )). Tout galérien sur lequel on trouvait de l'argent rece- 
vait la bastonnade jusqu'à ce qu'il eût déclaré comment il l'avait reçu 
et , s'il refusait de parler, jusqu'à la mort Tous préféraient tout souffrir 
plutôt que de livrer le secret K 

Dans les premiers temps , le Consistoire de Rotterdam envoyait les 
secours aux banquiers Pierre Got et C>e. d'Amsterdam ; ceux-ci les fai- 
saient parvenir à Marseille ou à Dunkerque , où se trouvaient les galé- 
riens. Ces banquiers finirent-ils par ne plus avoir l'entière confiance 
des administrateurs de la Bourse, ou bien manquôrent-ils de la pru- 
dence nécessaire? Toujours est-il que, dès l'année 1696 , on résolut 
de chercher d'autres intermédiaires et qu'à partir d'avril 1697 le nom 
de cette maison de banque disparaît des livres de a la Bourse d. Cepen- 
dant elle existait encore en l'année 1708, comme cela résulte d'une 
déposition faite par certains banquiers dans l'afiaire de J. H. Huguetan 
de La Haye , afPaire dirigée contre le gouvernement français ^. U est 

1. Mémoires de Jean Marteilhe, page 210. 

2. A. Coquerel, fils. Les forçats pour la foi. Page 70. 

3. Apologie contre J. H. Hoguetan, 4jainl708,page44. Unexemplaitredeoet 
ouvrage se trouve à la Bibliothèque des Églises wallonnes de Lejde. 



KT LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 187 

certain qu'en 1695 ou 1696 l'administration française s'aperçut que 
des galériens avaient reçu de l'argent. Le 30 juin 1696 , en effet , le 
Consistoire de Rotterdam déclarait avoir reçu , de l'Église de Bois-le- 
Duc , une lettre lui apprenant que les frères sur les galères de Marseille 
étaient depuis peu plus maltraités que jamais , a à cause des charités 
qui leur étaient envoyées ^ , et qu'ils demandaient si notre Église avait 
les moyens d'envoyer ces charités » ^ A quoi il fut répondu qu'on espé- 
rait ade trouver des moyens sûrs pour leur envoyer cet argent » 

Gomment la chose avait-elle été découverte ? Par la faute de Oot 
et Ci« ou par l'imprudence de quelqu'un d'autre? C'est ce que l'on 
ignore. Quoi qu'il en soit à cet égard , on ne trouva pas tout de suite 
un nouvel intermédiaire et, par suite, l'on eut à surmonter bien des 
difficultés. 

Le Consistoire pria Antoine le Page, pasteur réfugié de Dieppe , 
de s'informer des moyens de faire tenir aux frères sur les galères les 
secours des Églises ^ ; mais cela n'alla pas aussi vite qu'on le désirait, 
et, le 28 avril 1697, les députés de Rotterdam au Synode de Berg- 
op-Zoom furent chargés de lui représenter que a des obstacles insur- 
montables pour faire tenir des deniers aux galériens » étaient cause 
qu'on n'avait pas encore demandé aux Églises leurs « charités î> pour 
ces malheureux *. 

Cette situalion dura encore durant l'année 1697*; et ce ne fut 
qu'au Synode'd'avril 1698 que les députés purent déclarer qu'on avait 
trouvé a les voyes de faire tenir du secours aux galériens ^. » 

Des condamnés de droit commun qui se trouvaient sur les galères 
pouvaient avoir quelques communications , très restreintes il est vrai, 
avec les personnes du dehors. Pendant l'hiver , les galères étant dé- 
montées , on leur permettait de s'installer sur les quais avec de petits 
bancs et de vendre des bas tricotés par eux et d'autres objets de leur 
fabrication. Ces petits avantages étaient refusés aux a religion naires y> , 

1. Actes du CJonaistoire, 30 juin 1696. B, f. 81. 

2. Actes du Consistoire, 16 septembre 1696. B, f. 87. 

3. Instructions pour les députés au Synode, 28 ayril 1697. 1, page 56. 

4. Instructions pour les députés au Synode, 1 septembre 1697. 1, page 61. 
1^. Instructions pour les députés au Synode, 13 ayril 1698. 1, page 66. 



188 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIÔÎON 

et leur isolement était absolu. Ils ne pouvaient rien se procurer qui 
leur permît d'apaiser leur faim ou d'acheter des couvertures pour 
se garantir du froid de la nuit. Aussi le Consistoire leur envoyait-il 
surtout de l'argent , afin de les dédommager autant que possible de 
ce manque de ressources. 

Les moyens auxquels il avait recours pour le leur faire parve- 
nir sont restés inconnus jusqu'à présent et le seront probablement 
toujours. Le Consistoire de Rotterdam ne les indique jamais dans 
ses actes, afin de mieux assurer le secret ; il refusait absolument de 
répondre à ceux qui lui demandaient des informations à ce sujet. 
Ainsi en avril 1720 , le Synode flamand, qui avait déjà donné de gran- 
des sommes, environ 5000 florins, crut que cela lui conférait le 
droit de demander au Synode wallon quelques communications tou- 
chant l'admistration de la Bourse des galériens. Le Consistoire refusa 
de les donner, ccparce qu'il auroit esté dangereux pour nos frères 
de les mettre dans des articles qui deviennent publiques d ^. 

Les seuls renseignements que nous possédions sur cette question 
sont loin d'apporter une lumière suffisante , comme nos lecteurs vont 
pouvoir en juger. 

Il y avait d'abord celui qu'on appelle r« amy ». 

Le 27 avril 1704, le Consistoire de Rotterdam charge un de ses 
diacres, Théodore Ryswgk^, d'envoyer de l'argent aux galériens de 
Dunkerque a par son amy 7>. Les actes du Consistoire dû 11 décembre 
1713 nous apprennent que 403 écus pour les galériens libérés furent 
payés à l'aide d'une lettre de change tirée par ce l'amy de Marseille j> 
sur Mme Ida Catherine van der Meyde , veuve de Josué van Belle , 
Seigneur de S* Hubert, Waddingsveen et Sleeuwijk , de son vivant 

1. Instmotiona pour les députés de l'Église de Rotterdam au Synode de Maes- 
trioht, 24 avril 1720. 1, f. 296. 

2. Théodore Rgswijk, originaire d'Amsterdam, épousa à Rotterdam, le 29 sep> 
tembre 1694, Mme Elisabeth HoUaert, de Nautes. SafiUe, Théodora Rgswijk, née à 
Rotterdam, le 24 août 1694, épousa, le 12 décembre 1714, un yeuf, Pierre Balquerie, 
d'Amsterdam, qui était agent de Sa Mcgesté le Roi de Suède. Le 28 avril 1717, Théo- 
dore Rgswgk partit avec sa famille pour Amsterdam, où il fut plus tard échevin. 
L'aamj» n'était donc pas de sa famiUe, mais il avait des relations à Amsterdam ; 
peut-être que Vm am j » demeurait là. 



ET LA CHARiré WALLONNE â ROTTËRÙAlt. ^^^ 

Conseiller à Rotterdam , et directeur de la Compagnie des Indes-orien- 
tales ^ Elle était alors âgée de 54 ans. Rien de plus concernant Tdamyi). 
Ainsi dans les deux cas, il n'7 avait ni relations de famille , ni corres- 
pondance de commerce. 

Yoici quelques autres renseiquements. Jean Marteilhe raconte 
dans ses mémoires ^ que les galériens de Dunkerque recevaient de 
l'argent par l'intermédiaire d'un M. Piecourt. Plus tard ce fut par 
celui d'un M. Penetreau. L'un et l'autre étaient négociants. U men- 
tionne même, et ceci a lieu d'étonner , l'aumônier de la galère. Nous 
savons qu'à Marseille aussi l'aumônier Jean Bion était bon pour les 
galériens. Mais il est permis de se demander de qui les aumôniers 
recevaient l'argent 

Les actes du Consistoire de Rotterdam mentionnent, à la date du 
18 décembre 1706, un <£ marchand de Dunkerque ^ , qui avait payé 
/* 4 : 3 : — de moins. S'agit-il de Penetreau ? Âpparamment. Mais , si 
Penetreau et son prédécesseur consentaient à recevoir l'argent , ils 
avaient recours à des tiers pour le faire distribuer aux galériens. C*est 
ce qui nous paraît prouvé par ce que nous lisons dans les actes du 
Consistoire du 18 septembre 1702, savoir que le Consistoire donna 
trois ducatons à un jeune homme a recommandé d , est-il dit , a par les 
galériens qu'il a assistés plusieurs fois ». 

Le 28 mai 1703, le Consistoire donnait l'ordre d'acheter une lettre 
de change tirée par un certain M. van der Cruys sur un M. Denis , à 
Dunkerque. Ce dernier n'était vraisemblablement pas le distributeur 
de l'argent; autrement on n'aurait pas écrit son nom dans les actes. 
D'ailleurs en l'année 1703 on se servait encore de Piecourt 

On aura remarqué que le jeune homme dont il a été question tout 
à l'heure n'est pas nommé dans ces mêmes actes. U en est de même 
du banquier qui distribuait l'argent sur les galères. Dans les actes des 
18 juin , 13 août , 22 octobre , 3 et 11 décembre 1713 etc. etc. , on ne 
le désigne pas autrement que par les mots a un amy à Marseille y>. 

i. Leur mariage fut oélébré à Moer-KapeUe» près de Gouda, le 13 juillet 1675. 
Ida Catherine Tan der Meyde moumt en 1729 à Tâge de 70 ans, et fat enterrée le 
2 mars dans le temple wallon de Rotterdam. Cayeau n*'. 146. 

2. Pages 158, 204, 215, 216, 221. 

VIIL 12 



^^ LES GAL^RIEaîS POUÊ CAUSE Ï)E RELIGlOK 

Le 18 août 1718, le Consistoire envoyait £ 291 : 5 : — aux galé- 
riens de Marseille a par la voie de Paris ». Le 30 mai 1 729 , il envoyait 
f 292 : 10 : — par l'intermédiaire de J. Molin , à Paris. Il y avait 
donc, dans la capitale de la France, un relais pour assister les protes- 
tants de ce pays qui , cependant , étaient censés ne plus exister depuis 
quarante ans, officiellement parlant. 

Les 9 juin 1720 , le Consistoire envoie 300 livres aux galériens de 
Marseille a par Monsair Midi » ^. Est-ce un nom de guerre ? 

Comme on le voit, les moyens qu'on utilisait pour envoyer l'argent 
sont inconnus. Il en est de même de ceux qu'employaient les galé- 
riens pour le recevoir. On sait seulement que ces moyens variaient 
souvent, et que l'argent arrivait à destination. Pour tout le reste on 
en est réduit à de pures suppositions. 

Les galériens ne recevaient pas uniquement de l'argent. Le 12 
juillet 1712, la demoiselle van Armeyde leur envoyait, par ordre 
du Consistoire, pour 35 florins de chemises K Marteilhe raconte dans 
ses mémoires que plusieurs galériens possédaient des ouvrages de 
Pierre Jurieu et d'Élie Saurin ^. Il est impossible qu'ils les eussent 
apportés avec eux , car on les soumettait à une visite sévère lors de 
leur arrivée. Us les avaient donc reçus depuis qu'ils étaient sur les 
galères. Mais comment les avaient-ils reçus ? 

Ils savaient se procurer le nécessaire pour écrire. On a trouvé en 
effet dans les papiers de Paul Babaut des listes de galériens dressées 
par eux-mêmes , avec attestation et signature de Lafond , pasteur du 
Désert à Coulon , de 1744 à 1752 ^. Ce dernier, connu sous le nom de 
guerre de Fontanelle , était originaire du Haut-Languedoc. Court parle 
de lui dans deux lettres du 18 mai et du 3 décembre 1745 (Archives 
du Comité de Hollande, pièces 11 et 25). Le 8 novembre 1744,1e 

1 . Comptes de TÉglise de Rotterdam. Y, f. 57. 

2. Comptefl de l'Égliae. V, f. 39. 
a Page 220. 

4. A. Ck)qaer6l fils. Les forçats pour la foi, page 254. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^ 

proposant Fontanelle fit Texeroice à Négrepelisse près de Montauban 
pour environ 12000 personnes ^ ! 

L'Église de Groningue avait envoyé de l'argent à Marseille par 
l'intermédiaire du pasteur Daniel de Superville et de M^e Jean van 
Armeyden , née Christine van Naerssen ^. Le Consistoire de cette 
ville avait exprimé le désir d'avoir une quittance signée par les galé- 
riens. Cette quittance, datée du 4 février 1701 et enregistrée dans 
les actes du Consistoire de Groningue du 12 mars de la même année , 
est de la teneur suivante : 

(ïNous ci-après signés soufrant pour la vérité de la Religion Refor- 
mée sur les galères de France, tant en nos noms qu'en celui de nos 
autres frères ; 

• ccReconnoissons avoir receu de Monsieur de Superville , de l'Église 
de Groningue^ par la voie de M^He van Armeyden , la somme de Six 
cents trente huit livres cinq sels, que nous emploieroiis , s'ilplaità 
Dieu, au soulagement de la société enchaînée et recluse, selon les 
intentions de nos charitables bienfaiteurs ; 

(rLesquels nous remercions humblement du fond du cœur , priant 
le Seigneur avec toute la ferveur dont nous somes capables d'être leur 
magnifique Rémunérateur en la vie présente et en la vie à venir. 

aNous nous recommandons à la continuation de leur pretieuse bien- 
veillance et souvenir en leurs prières tant publiques que privées qui 
nous sont tant nécessaires dans notre captivité. Nous ne les oublions pas 
dans les nostres et nous somes respectueusement leurs très humbles 
et très obéissants serviteurs. 

«A Marseille ce 4 février 1701» (signé) Baptiste. 

Desmonts. 
Blanchard. 

DE LiSSART. 

On fait remarquer dans les actes de Groningue que M. de Super- 
ville écrit au sujet de cette quittance : 

d Au reste je dois vous dire que les noms qu'ils preûent dans leur 



1. BuUetin du Protestantieme français, 1900, page 10. 

X Son mari était anoien de rËglise wallonne de Rotterdam. 



^^2 ljjs galériens pour cause Ï)E REUGtON 

sein , est leur nom qu'ils se sont donés entre eux et avec leurs amis 
auquels ils écrivent Gelai qui signe Baptiste est Monsieur Bancillon^ 
qui s'appelle Baptiste de son nom de batême; celui qui signe Bldth 
chard est Monsieur de la Valette, Nous connaissons leurs noms , leurs 
seins et leur écriture et particulièrement celle de Monsieur Bancillon, 
un de nos plus illustres confesseurs , qui a écrit toute la quittance et 
qui nous a écrit aussi en mesme temps ^ y> 

On sait, d'autre part, que Jean Baptiste Bancillon était sur la galère 
la Hardie sous le n^ 102 ' et qu'il était mousse du capitaine delà 
galère \ André Yallette , Sieur de Yaissac , dit Blanchard , ou encore 
Nègre, était sur la galère VÉdatantej sous le n^ 2122. Les deux 
autres signataires , Desmonts et Lissart , sont restés inconnus jusqu'à 
présent. 

Les galériens pouvaient donc correspondre avec le dehors. Yoici 
un exemple touchant de l'emploi qu'ils faisaient de cette faculté. En 
avril 1702 le Consistoire de Rotterdam reçut une lettre des galériens 
de Marseille, qui demandaient des secours pour ceux de Dufikerque ^. 
Ils parvenaient aussi à correspondre entre eux , même sur des galères 
différentes. Mais tout cela ne résoud pas la question de la distribution 
de l'argent. 

Ce dernier ne pouvait leur être envoyé par la poste ; le billet de 
banque et le papier monnaie n'existaient pas encore. Il devait leur 
parvenir en petite monnaie , de façon à leur permettre d'acheter des 
vivres. Tout cela suppose une ou plusieurs personnes qui le leur don- 
naient de la main à la main. Quelles personnes ? Des visiteurs chari- 
tables? C'est possible, mais ces visiteurs risquaient beaucoup, car s'il 
était permis aux galériens condamnés pour des crimes ou délits de re- 
cevoir des visites, cela était absolument défendu aux a religionnaires. y> 

Ne pourrait-on pas penser aux esclaves turcs qu'on employait sur 
les galères ? Bien ne l'empêche. Ces esclaves circulaient dans la ville. 

i. Actes du Consistoire de TEglise Française à Groninque. 12 mars 1701. 

2. France protestante in yoce : Forçats. 

3. Marteilhe. Mémoires, page 107. 

4. Actes du Consistoire, 17 aTril 1703. B, f. 207. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^ 

On peut admettre qa'ils recevaient l'argent d'un banquier quelconque 
et qu'ils le remettaient aux galériens après en avoir prélevé une part 
pour se payer de leurs peines. Mais ce ne sont là que des conjectures. 
Nous nous trouvons en face d'un mystère qui ne sera probablement 
jamais éclairci. 

Nous avons déjà parlé des dons que les Églises recueillaient. Nous 
avons dit que c'était sur la recommandation du Synode. Mais il ne faut 
pas oublier que l'initiative était partie de Rotterdam. Le Consistoire 
wallon de cette ville ne cessa pour ainsi dire pas d'adresser des appels, 
même en dehors du Synode. C'est ainsi qu'en 1698 il alla jusqu'à 
envoyer aux bourgmestres de Rotterdam un mémoire retouchant 
l'état misérable ou se trouvaient les Confesseurs sur les galères de 
France ^.y> Ces démarches diverses ne restaient pas sans effet. Comme 
exemple , nous croyons intéressant de donner la liste des dons reçus 
pendant une année. Nous prendrons l'année 1698. Yoici ce qu'on avait 
recueilli à la fin de l'an : 



Église anglaise 


de Hambourg 






/• 272 : 6 : — , 


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wallonne de Rotterdam 


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551 


:11: — 


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Dordrecht 


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Bréda 


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24 


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Groningue 


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20; 




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Zîericzée 


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18 


:18: 


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Flessingues 


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12 


:12: 


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Schiedam 


n 


12 


: — 


n 


n 


Bommel 


» 


10 




• 


n 


Oostbourg 


w 


8 


893 : 17 : 



Total /• 1166: 3: — «. 



Ces dons se répétaient chaque année. 



i. Aotea du Ck>ii8iBtoire, 25 mai 1698. B, f. 139. 

% Actes du Consistoire, 25 décembre 1698. B, £. 153. 



^^ LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE BEUGION 

Pendant la période qui nous occupe , et plus tard encore , on fit 
bien des tentatives en vue de la libération des galériens. 

Les uns recoururent à des démarches diplomatiques. Ainsi le Con- 
sistoire de Rotterdam, en juin 1898, suppliait le Magistrat d'inter- 
céder pour eux a auprès du Grand Pensionnaire Antoine Heinsius )) ^. 
Cette démarche n'eut aucun succès. Il en fut de même d'autres du 
même genre qu'on fit dans la suite ^. 

D'autres voulaient racheter les galériens. Orâce à des pots-de-vin 
payés à divers personnages officiels, on parvint, avant la révocation 
de l'Édit de Nantes, à les racheter pour 1000 écus(/'2735.— )par 
tête ^ ; plus tard pour la moitié de cette somme. En 1755 , on en ra- 
cheta trois pour 1000 livres (jf 455) par tête. Bousquel et Marteilhe 
informaient le Consistoire de Rotterdam , par des lettres du 20 juillet 
1710 , qu'on pourrait les retirer d'esclavage moyennant la somme de 
600 livres (/273 : — ). On en conféra avec le Magistrat , avec l'Église 
d'Amsterdam et même avec le Pensionnaire Heinsius, mais sans 
résultat. C'était probablement un faux bruit , facilement accepté par 
les galériens, qui croyaient volontiers ce qu'ils désiraient avec tant 
d'ardeur ^ La libération à prix d'argent, ou le rachat, n'était pas du 
goût de tout le monde. Antoine Court, entre autres, ne l'approuvait 
pas. a Si les commis de Versailles » , écrivait-il , a y avaient vu un 
moyen de s'enrichir, les galères eussent bientôt regorgé de plus de 
protestants qu'on n'eût pu en libérer ». 

D'autres, enfin, pensèrent à des échanges de galériens contre des 
officiers prisonniers de guerre. Ce procédé rencontra en Hollande plus 
de sympathies que le précédent, mais il n'eut pas plus de succès. 

1. Actes du Consistoire, ^ juin 1698. 6, f. 142. 

2. Actes du Consistoire, 20 et 27 juillet, 3 août i 710. B, f. 339 et 340. 
Instruction pour les députés au Synode 31 août 1710. 1, page 191. 

3. 91/7 écuB d'argent valaient 1 marc fin ou ^25. 
Un éou d argent valait 6 livres ou ^2 73^. 

Un écu de change valait 3 livres ou ^1 .36'^. Une livre valait /'0.45 cents. G. Bren- 
der à Brandis. Vaderl. munten, page 156. 

4. Actes du Consistoire, 20, 27 juillet et 3 août 1 710. B, f. 339 et 340. 
Instructions pour les députés au Synode dAmhem, 31 août 1710, page 191. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^ 

Aprôs la victoire remportée, le 13 août 1704, à Hochstadt et Blen- 
beim , sar les Français et les Bavarois , par les alliés sous la conduite 
de Marlboroogh et du prince Eugène, le Consistoire wallon de Botter- 
dam proposa , de concert avec le Consistoire flamand , des échanges 
de ce genre et pria le Magistrat de Rotterdam d'appuyer cette propo- 
sition à La ELaye auprès des États ^ Mais les députés au Synode tenu 
à Leyde en mai 1705 ne purent que rapporter au Synode que ces dé- 
marches n'avaient pas réussi ^. 

Le Consistoire ne se laissa pas décourager par cet échec. Deux ans 
plus tard , en 1706 , quelques uns de ses membres ayant appris que le 
gouvernement français avait fait aux alliés des ouvertures secrètes en 
vue de la paix, en parlèrent dans la séance du 5 décembre. Or nous 
lisons ce qui suit dans les actes de cette séance : ^Monsieur de Super- 
ville propose de demander (aux États) de se souvenir des frères 
Confesseurs qui souffrent sur les galères , dans les négociations de 
paix et de tâcher de leur donner la liberté. La Comp. croit qu'il 
faut agir en même temps pour les intérêts de la religion et de l'Église 
opprimée en France ; mais comme on n'est pas exactement informé 
des négociations , les particuliers qui ont accès auprès de Messieurs 
les Députés aux États d'Hollande les solliciteront d'avoir compassion 
d'eux et de faire leurs efforts afin de leur procurer quelque soulage- 
ment et d'autant plus que les circonstances y paroissent favorables. 
Et la Comp. dressera des mémoires sur cette matière pour s'en servir 
dans le besoin \ 7> Ce besoin ne se présenta que quelques années plus 
tard. Les proposition de paix n'aboutirent pas , par suite de la mau- 
vaise volonté de l'Angleterre. 

Au mois de juillet de l'année suivante, les alliés assiégeaient 
Toulon. Leurs forces n'étaient pas sufGsantes pour mener la chose à 
bonne fin, mais, à Rotterdam, on l'ignorait; on croyait même que 
Toulon ne tarderait pas à tomber en leur pouvoir. Le Consistoire 
fut convoqué le 14 août, et voici ce que nous lisons dans les actes : 



1 . Aotes du Consistoire, 98 septembre 1704. B, f. 231 

2. Instmotions pour les députés au Synode 26 ayril 1705. 1, page 115. 

3. Aotes du Consistoire, 5 décembre 1706. B, f. 263. 



<^ LES GALÉRIENS POUB CAUSE DE REUGION 

(n La Compi®. a été avertie qu'il y a environ 80 frères Confesseurs 
sur les galères qui se trouvent à pjésent à Toulon. Espérant qu'on 
peut dans les circonstances présentes travailler efficacement à leur 
délivrance , la Compi^. a prié Monsieur Basnage d'écrire à S. Alt. Sér. 
le Prince héréditaire de Hessen-Gassel pour le supplier d'avoir égard 
à nos dits frères , si Toulon tombe entre nos mains , et aussi Monsieur 
Aemaut van Zuylen van Nyenvelt de joindre une lettre au même 
sujet au dit Prince dont il est particulièrement connu. Monsieur Bas- 
nage écrira sur le même sujet à Monsieur l'Envoyé de Son Altesse le 
Landgraf de Hesse ^ d 

A la suite des événements de 1708 et de 1709 et particulièrement 
de la sanglante bataille de Malplaquet ', le gouvernement français , 
qui éprouvait le besoin de réparer les pertes subies par son armée , 
libéra des galériens protestants à la condition qu'ils serviraient dans 
les troupes. On préférait de beaucoup les religionnaires aux autres 
galériens ; on craignait les mauvaises qualités des criminels. Mais la 
plupart de ces protestants libérés profitaient de cette occasion pour 
s'enfuir en Hollande. Ils aimaient mieux déserter l'armée d'un pays 
où on les persécutait que de se* battre contre les puissances protestan- 
tes qui les protégeaient. Plusieurs de ces déserteurs vinrent à Rotter- 
dam , où ils furent assistés par le Consistoire. On peut sans doute 
trouver que ces malheureux tinrent mal leur promesse , mais le gou- 
vernement français avai^il bien le droit de le leur reprocher ? Jamais 
ce gouvernement n'a observé les clauses du traité de paix signé par 
lui à ntrecht. Ces clauses prescrivaient la libération de tous les galé- 
riens protestants ', et cependant , malgré les démarches réitérées des 
Consistoires de Rotterdam et d'Amsterdam , le gouvernement français 
en libéra à peine la moitié. Sa Majesté Louis XIV a tenu à passer à 
la postérité avec le mépris de sa propre parole \ 

i . Actes du Consistoire, 14 août 1 707. B, f. 273. 

2. 11 septembre 1709. 

3. Spécifique Eysoh Tan Haar HooghMogenden tôt het maaken van de Yreede 
met Yranckrljck in 1712. Groot Placaatboeok. Y, f. 442. Traotaat yan Yreede met 
Vranokryck van il April 1713. Qroot Placaatboeok. Y, f. 456. 

4. Bulletin de THistoire du Protestantisme français. 1900, page 391. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^9' 

On peut dire qu'en libérant des galériens protestants à la condition 
qu'ils serviraient dans les troupes , le gouvernement français agissait 
d'une façon contraire au système et à la politique qu'il avait toujours 
suivis. Nous l'avons déjà dit, les conditions de la peine étaient beau- 
coup plus dures pour les religionnaires que pour les criminels, 
même pour les plus grands criminels. Ainsi les criminels étaient libé- 
rés avant lé terme de leur condamnation , s'ils recevaient des blessures 
dans le combat Les confesseurs restaient sur les galères , même quand 
ils avaient été blessés ^ Les premiers étaient libérés à l'expiration du 
temps fixé par la sentence. Les confesseurs restaient sur les galères 
aussi longtemps qu'ils refusaient de se convertir, c'est-à-dire, pour 
la plupart , jusqu'à la mort ^, et cela d'après un arrêt qui fut renou- 
velé par déclaration du Boy en date du 24 may 1724. Cet arrêt disait : 
<ï Aucun homme condamné pour cause de religion ne pourra jamais 
sortir des galères, d Lorsqu'on 1762 le duc de Bedfort demanda la 
liberté de 37 galériens religionnaires, le comte de Saint Florentin , 
ministre du roi, répondit au duc de Cboiseul que c'était impossible à 
cause de cet arrêt. 

Gomme le lecteur peut le voir par tout ce qui précède , la chose la 
plus utile qu'on pût faire pour les galériens était de leur envoyer des 
secours en argent. 

Ces secours formaient des bourses , dont les comptes ont été con- 
servés pour la plupart dans les archives de différentes Églises. 

Dans celles de l'Église de Rotterdam, ce compte commence en 1699 
et va jusqu'au 25 Mai 1723. Le bon solde du dernier compte se mon- 
tait à f. 33 : 5 : — et fut donné à Jean Manuel , galérien libéré, qui 
était à la charge du Consistoire depuis février 1717. 

A partir du 25 mai 1723, la Bourse reçut encore, de temps en 
temps, des dons envoyés par quelques Églises ou par des particuliers, 
mais ces dons n'étaient pas fort importants. En 1729 on envoya aux 

1. J. Marteilhe. Mémoires, page 170. 

2* A. Coquerel fils. Les forçats pour la foi, page 137. 



^^ LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE REUGION 

galériens de MarseUle / 632 : 14 : 8 — ; en 1728: / 292 : 10 : — ; 
en tout, pour ces deux années, f 825 : 4 : 8. Après 1726, les dons 
furent envoyés à Amsterdam , où se trouvait la seconde Église bour- 
sière, par le moyen d'assignations sur des banquiers ou des négo- 
ciants de cette ville. Voici d'après les livres de compte les noms de 
ces banquiers. 

1736 , le Boulenger et Blaquière. 

1738, Pieter van den Bosch Gorneliszoon. 

1739, Hendrik van Ëssen. 

1740, François RigaU. 

1741 , Jean Gossart fils et Bouwer. 

1742, André Pels et fils. 

1 743 , Pierre CorresoUes. 
1745 , Ghavat et Passalaique. 
1754 y le Boullenger et Blaquière. 

„ Lanjol et Gordes. 

Ges noms sont presque tous des noms français et désignent proba- 
blement des réfugiés ou des descendants de réfugiés. 

Les sommes qui leur furent envoyées pendant les années de 1736 — 
1754 forment un total de /* 2.057 : 10 : — 

Les sommes que la Bourse de Rotterdam a reçues de 1699 à 1769 
sont: 

du Synode flamand , f 6.321 : 18 

„ „ wallon, „ 145 : 17 



de l'Église flamande de Rotterdam , f 4261 : 16 : — 
„ „ wallonne ^ ^ w 7767 : 4 : — 



/^ 6.467: 15 













/" 12.029: 


— 




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f 18.496: 


15: — 


Église 


wallonne de La Haye, 


f 1.690 : 


10: 








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„ Utrecht , 


„ 1.306 : 


17: 


8 






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„ Bréda , 


„ 1.228 : 


1: 










Transport f 4.225 : 8 : 8 /^ 18.496 : 15 : — 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à BOTTERDAM. 



199 



Transport f 4.225 
Eglise wallonne de Delft , ^ 1.056 



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» 

n 

» 



Arnhem , 
Middelboarg , „ 
Gouda , 
Dordrecht , 
Schoonhoyen, „ 
Groningue , „ 
Ziericzee , 
Kuylenbourg, „ 
Tournay , 
Bois-le-Dac , 
Gorcum , 
Leyde, 
Haarlem , 
Nimègue , 
laBrUle, 
Voorn-Putten , „ 
Namur , „ 

Berg op Zoom, „ 
Schiedam , 
Flessingue , 
Woerden , 
Tholen , 
Deventer, 
Grave , 
Heusden , 
Franequer, 
Baren , 
Aerdenbourg, „ 
Bolde(UreDthe), „ 
Bommel , 
Cadzand , 
Veere , 



•n 
•n 
n 
n 
•n 
n 
n 
» 



» 



991 

980 

596 

574 

566 

405 

366 

355 

282 

255 

247 

240 

226 

210 

148 

126 

112 

112 

109 

103 

103 

72 

57 

50 

50 

48 

46 

43 

40 

40 

36 

32 



Transport ^12.911 



8 
5 

12 
9 

11 
9 



14 



9 

13 

10 

10 
16 



14 



19 



14 



8 /'18.496 : 15 : — 

4 

8 



8 



8 



8 



12^18.496:15: — 



200 



LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE REUGION 

Transport f 12.91 1 : 14 : 12 fl8A96 : 15 : — 



» 



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Eglise wallonne de Groede , „ 

Maestricht,„ 
Campen , „ 
Doesburg, „ 
Zutphen , ^ 
Montfort , „ 
Blaigny , „ 
Oostbourg , „ 



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;14: 


30: 


3: 


30; 




25: 


— ; 


15; 




15: 


— : 


15; 




12 


;10: 


12: 


16: 



— f 13.067: 3:12 
Total f 31.563:18:12 



Si Ton retranche de cette somme ce qui a été reçu après 1723, c'est- 
à-dire depuis que l'Église d'Amsterdam eut seule l'administration de 
la Bourse , il reste , pour les 23 années qui précèdent , f 28.681 : 4 : 4, 
ou , en moyenne ^1246 : — : — par an. 

Outre ces sommes destinées aux galériens , le Consistoire de Rot- 
terdam en recevait quelques autres qui, données dans un but spécial, 
ne sont pas inscrites dans les comptes annuels de la Bourse et que l'on 
consacrait à l'assistance d'ex-galériens , qui arrivaient à Rotterdam 
entièrement dénués de ressources. 

Ainsi nous trouvons dans les actes du Consistoire qu'en 1699 M. 
Théodore van Teylingen , conseiller à la cour de Schieland , fit un don 
de 55 ducatons (/l 73.25) \ 

Le 22 avril I703,lepasteu,r Jacques Basnage rapporte avoir reçu 
de M. Amya , pasteur flamand à La Haye , la somme de /'2000 : — *. 

En 1704, le Consistoire recevait de M"ne Sickinga , femme de M. 
Dioant, pasteur flamand à Rotterdam, la somme def 300, donnée 
a par quelques* personnes de Oroningue il y a quelques années » , 
est-il dit, (ïpour nos frères sur les galères et dans les cachots de 
France * ». 

Le 20 décembre 1745 , on trouvait daos le produit de la collecte or- 

1. AotoB du Consistoire, 19 avril 1699. B, f. 160. 

2. Actes da Consistoire, 2^2 avril 1703. B, f. 219. 

3. Actes du Consistoire, 8 juin 1704. B, f. 230. 



Et LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^^ 

dinaire faite par les diacres pendant le service: ^60 : 8 enveloppés 
dans un billet, qui portait les mots : oc Pour les frères persécutés en 
France. » Le Consistoire décida que f 30 : 8 : — seraient envoyés aux 
galériens et ^30 aux prisonniers de la Tour de Constance et du fort 
Briscou ^ 

Yoici le montant détaillé des secours qui ont été fournis par la 
Bourse des galériens, de 1699 à 1769. 

Aux galériens de Marseille f 21.968 : 12 : 8 

„ w w Dunkerque „ 3.536 : 7 

„ „ „ St. Malo „ 80 : — 

„ „ „ Ostende „ 288 : 18 

A l'Église d'Amsterdam , comme Église bour- 
sière, après 1723 „ 2.057:10: — 

A l'Église de Oenève , pour les galériens libérés 

en 1716 „ 500 : — 

Aux galériens qui sont arrivés à Rotterdam . „ 3.125 : 1 



Total f 31.556: 8 



12». 



D'après les livres de comptes de l'Église wallonne de Rotterdam , le 
nombre de galériens arrivés à Rotterdam pendant les années 1699 à 
1721 fut de 66. Les noms de plusieurs ne sont pas mentionnés. Appa- 
remment c'étaient des passants. Yoici la liste de secours donnés à ces 
anonymes. 

Le 1 5 mars 1699 , a à un galérien. 
„ 8mai 1701, „ „ „ 

„ 20 août 1713, „ six galériens. 

„ 25 septembre 1713, „ deux „ 
„ 25 octobre 1713, „ sept „ 
„ 2 mai 1717, „ cinq „ 

„ 12 septembre 1718, „ un „ 
„ 7 juillet 1719, „ un „ 

1. C!ompteB de TÉgUse. YI, page 56. 

2. Le florin valait 30 sols (sous) hollandais et le son ?alait 16 deniers. 



2Ô2 i^Es GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

Le 26 octobre 1719, à un galérien. 
„ 7 janvier 1720, „ un „ 
„ 9 juin 1720, „ un „ 

„ 1 septembre 1721 , „ un „ 
Ce qui fait un total de vingt-huit galériens dont les noms sont res- 
tés inconnus. 

Mais on a aussi donné des secours à des galériens dont les noms 
figurent dans les comptes de l'Église ou dans les actes du Consis- 
toire. Nous donnons sur chacun d'eux les renseignements que nous 
avons pu nous procurer. 

7 août 1699 , un don de 25 florins à Jean du Buy a sortant des ga- 
lères. » D'après la France protestante, il avait été condamné à Mons 
en 1691 ; il fut libéré en 1698 \ Il fut pensionné par les États de Hol- 
lande en 1699. 

16 mars 1704, assisté Pierre Soulereau ^. Il est dit dans la France 
protestante (Forçats, n^. 2036) que Jacques et Pierre Souleyrol de 
St. Etienne en Languedoc, furent condamnés, le 26 septembre 1698 , 
par le Présidial de Montpellier, pour avoir été au prêche à Orange. 
Jacques fut écroué sur la galère UHércme^ sous le no. 21833, et 
Pierre, sur La Triomphar^te ^ sons le n®. 21840. D'après le même 
ouvrage tous les deux auraient été libérés en 1713. Mais ce dernier 
point doit être rectifié pour ce qui concerne Pierre. 

Nous lisons en effet, dans les actes du Consistoire de l'Église wal- 
lonne de Rotterdam , à la date du 1 6 mars 1 704, ce qui suit : «Pierre 
Soulereau , qui a été sur la galère la Triomphante parmi le nombre de 
nos frères Confesseurs qui se trouvent sur y celle à Duynquerque et 
étar^t heureusement échappé ', il s'est présenté à la Compagnie , a de- 
mandé qu'elle eût la bonté de l'habiller et faire apprendre un métier 
pour estre en estât de pouvoir gagner sa vie. Et sur le rapport que mon- 
sieur de Superville, un de nos pasteurs, a fait, de l'avoir interrogé, 

■ 

1. France Protestante, Forçats, no. 776. 

2. Actes du Ck>nBiBtotre , 16 mars 1704. B, £ 227. 
S. C'est nous qui soulignons. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^ 

et vérifié ce que le dit Soulerau rend raison de nos frères confesseurs 
sur les galères , et que cela se trouve conforme aux lettres qu'on en a , 
mesme que le dit Soulerau est sur la liste ; — La Gompie. accorde sa 
demande et qu'on prendra l'argent qu'il faudra des deniers qu'on a 
pour nos frères sur les Galères ». 

On voit par cette résolution que le Consistoire n'agissait pas à la 
légère et qu'il n'accordait son assistance qu'après mûr examen. Mais , 
une fois accordée, l'assistance ne subissait aucun délai quatre semai- 
nes plus tard. 

Nous trouvons encore ce qui suit à la date du 14 avril 1704 , dans 
les comptes de la Bourse des galériens : «Payé à MeUe van Armeyden, 
débours qu'elle a faits pour Pierre Soulerot, qui s'est sauvé des 

galères fSéilS 

et donné par ordre du Consistoire ^ 2:11 



«Ensemble f 36 : 4 : — ;> 

Il paraît que Jacques Souleyrol n'a pas eu le bonheur de pouvoir 

s'échapper; il fut libéré en 1713 , et il se peut que dans le livre d'écrou 

on ait noté , comme libéré à la même date , Pierre , qui avait disparu 

des galères neuf ans ouparavant. 

Jean François Bian, né à Dgon , le 24 juin 1668 , de parents catho- 
lignes , curé d'Ursy , puis aumônier sur la galère La Superbe. U em- 
brassa le protestantisme et s'enfuit à Genève (1707), où il arriva dans 
le plus complet dénuement U fut habillé aux frais de la Bourse fran- 
çaise et on lui donne 15 florins pour gagner l'Angleterre. A Londres 
il exerça les fonctions de recteur d'une école et de pasteur de l'Église 
de Chelsea. U passa ensuite en Hollande , où il fut chapelain d'une 
Église anglaise ^ 

Les comptes de l'Église portent, à la date du 4 décembre 1707: 
«Payé par ordre du Consistoire à un Galérien nommé Bion f 20 : il a 
esté aumônier sur les galères et converty }> K 

1. David 0. A. Agnew. Protestant exiles firom Franoe. London 1S74. Index toIu- 
mes page 241. 

2. Comptes de l'Église. Y, page 32. 



^^ LES GALéWENS POtJR CAUSÉ DR RELIGION 

C'est évidement en se rendant de Genève à Londres qu'il a passé 
par Rotterdam. 

20 décembre 1716 , Jaques Olivier reçoit 25 florin , que le Consis- 
toire avait résolu de donner, à titre de secours extraordinaire , à tout 
galérien qui se réfugierait à Rotterdam ^ Natif de Foissac , près 
d'Uzès , et laboureur de son état , il avait été condamné comme Ca- 
misard à l'âge de 20 ans. Il habitait alors à S^ Maurice du Langue- 
doc. Il avait été libéré le 25 juillet 1 7 16 «. 

A la même date , Claude Bogier reçoit le même secours. Né à Ta- 
vernes, en Languedoc, condamné comme Camisard à Montpellier, le 
10 janvier 1704 , U avait été Ubéré le 24 juiUet 1716 3. 

Le 10 janvier 1717 , Jaques Fontagnous reçoit le même secours \ 
Fils de Jacques Fontagnous et de Lucresse Sauverane , né en Lan- 
guedoc y cardeur de son état , il avait été condamné , le 1 1 mars i 703 , 
à l'âge de 23 ans , et libéré le 29 juUlet 1716. 

Elie François Ledoux^ de Guines, gouvernement de Calais , con- 
damné en 1690, fut libéré en 1712, après 22 ans de détention, à la 
condition de servir dans les troupes ^ U profita de cette libération con- 
ditionnelle pour s'enfuir en Hollande. Le 29 avril 1712, le Consis- 
toire de Rotterdam donnait un secours de fl. 45 : 4 : — a pour un ha- 
bit complet au Sieiir Elie François Ledoux , délivré depuis peu des 
galères de Marseille où il a esté pendant 22 ans )» ^ Huit jours plus 
tard , il recevait un nouveau secours de trois ducatons (f9A5), 

Le 3 juin 1713fut assisté le (( Sieur Jaques Oagneux^déliYTé depuis 
peu des galères de Marseille » 7. D'après la France protestante, Ghtr 

1. Comptes de FÉglise. Y, page 48. 

2. Fraooe protestante, Forçats, n®. 1601. 

3. France protestante, Forçats, n\ 1886. 

4. Comptes le PÉglise. y, page 49. 

5. France protestante, Forçats, nO. 1309. 

6. Comptes de l'Église. V, page 38. 

7. Comptes de rËglise. y, page 38. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 205 

gDoux OU le Qagneux était originaire d'Auray en Bretagne. Il fut con- 
damné en 1698 et libéré en 1712, à la condition de servir dans les 
troupes \ 

Le 14 août 1713 fut accordé h Niœlas Robelinele qqcomtq extreL" 
ordinaire de 25 florins *. Originaire de Nanteuil-les-Meaux , il avait 
été condamné à Paris , le 15 juin 1688, et libéré en 1712 , à la con- 
dition de servir dans les troupes. Les États de Hollande lui accor- 
dèrent une pension de fl. 200. 

Une nommée Judith Robelin, née à Calais en 1664, habitait la 
Hollande depuis déjà 27 ans lorsqu'il arriva dans ce pays. Elle s'était 
établie successivement , en 1685 à Middelbourg , en 1687 à La Haye , 
et en 1689 à Rotterdam, où elle mourut le 19 mars 1748 , à l'âge de 
84 ans. Peut-être appartenait-elle à la famille de Nicolas Robelin et 
peut-être est-ce sa présence à Rotterdam qui y attira ce dernier. 

Du 23 octobre 1713 au 4 septembre 1713 furent accordés des se- 
cours réguliers, chaque semaineàJaçwes-4rm€w^fers^, vigneron, de 
Pignan en Languedoc ; il avait été , d'après la France protestante , con- 
damné à Nîmes , le 20 août 1704 , à l'âge le 30 ans , libéré en 17 13 , 
et s'était retiré à Zurich avec sa cousine, Céline Courtine, qui était 
allée le rejoindre à Marseille. 

On voit d'après la date des secours mentionnés plus haut qu'il ne 
séjourna pas longtemps à Zurich. Il s'était marié avec sa cousine quand 
il arriva à Rotterdam. De ce mariage sont issues deux filles : Jeanne , 
née le 18 avril 17 14 , qui eut pour marraine Jeanne Marignac , et Es- 
ther, née le 11 janvier 17 16, qui eut pour marraine Esther Renaud. 
Jeanne paraît être morte jeune. Esther partit pour la Haye , où elle fut 
reçue membre de l'Église wallonne , le 1 juillet 1 756 , à l'âge le 40 ans. 

En 1717, Jacques Armen tiers tomba malade et reçut des secours 
extraordinaires. Comme à partir du 4 septembre de cette même année 

1. Fraooe protestante, Forçats, n^ 965. 

2. Comptes de PÉglise. Y, page 41 . 

3. Comptes de Ti^lise. Y, pages 42, 43, 47, 49 et 50. 

VIII. 14 



S06 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

il n'est plus fait mention de lui, nous supposons qu'il mourut à cette 
époque. Il avait alors 48 ans. 

Le 9 Novembre 1 7 1 3 , fut accordé au galérien libéré Daniel de Bas- 
secauUy aussi nommé Basque ou Bassecaul^ le secours extraordinaire 
de 25 florins ^ D'après la France protestante, il était tondeur de son 
état, natif de Bédarieux en Languedoc , fut condamné aux galères en 
1701 , à l'âge le 25 ans , libéré en 1 7 13 et se retira alors à Berne '. 

Le 8 janvier 1714, même secours fut accordé à Jean Berus , dU le 
Bom \ D'après la France protestante , il était Vaudois , natif de Saint 
Jean dans la vallée de Luzerne. Condamné à Grenoble, en 1689, il 
fut libéré en 1713 après 24 ans de galères \ 

Le 1 juin 1714, même secours à Jaques Fauché, 

Originaire de Lèches en Dauphiné, laboureur de son état ; il fut 
condamné en 1701 , à l'âge de 54 ans, libéré en 1713, et partit alors 
pour Zurich ^. Il avait donc atteint l'âge de 67 ans lorsqu'il arriva à 
Rotterdam. 

Le 18 août 1714, même secours accordé à deux galériens condam- 
nés comme guides ^. 

L'un était Pierre Bertrand^ de Condé-sous-Meaux en Brie , con- 
damné à Tournai, en février 1696 et libéré en 1714^.11 était bour- 
geois d'Amsterdam lors de sa condamnation. 

L'autre , Etienne Vincent , dit la Forge , forgeron , était originaire de 
Grateloup dans le diocèse d'Agen. Condamné à Bordeaux à cinq ans 
de galères, le 25 février 1702 , à l'âge de 46 ans, il ne fut libéré que 

1. Comptes de FÉglise. Y, page 42. 

2. France protestante, Forçats, n'. 143. 

3. Comptes de TÉglise. Y, page 42. 

4. France protestante, Forçats, !<>. 247. 

5. France protestante, Forçats, n*. 869. 

6. Comptes de TÉglise. V, page 44. 

7. France protestante, Forçats, no. 231. 



ET LA CHARrré WALLONNE à ROTTERDAM. 207 

douze ans plus tard , le 7 mars 1 714 Ml obtint des États de Hollande 
une pension de 200 florins. U paraît être resté à Rotterdam. Les régis* 
très de TÉglise wallonne de cette ville le portent en effet comme par- 
rain de Jeanne-Petronelle , fîUe de Pierre Secouneu et de Bastienne 
Floquet, le 24 mars 1715, et d'Ëstienne, fils de Jacob Qrenier et 
d'Anne Labat, le 25 mars 1718. 

Louis Aubier^ natif de La Tremblade, en Saintonge, sortit de 
France en 1687, à Tâge de 24 ans , pour se rendre en Hollande. Le 24 
janvier 1689 il fut fait prisonnier sur un navire qui venait de la Gui- 
née et condamné aux galères. Sa peine commença le 10 décembre 
1690. Vers 1695, il était à Marseille sur la galère La Fî^^ et, en 
1698 , à Brest sur V Amazone ou La Marquise '. 

Yingt-cinq ans après sa condamnation, le 24 juillet 1715, il se 
trouve à Rotterdam , où il est assisté par le Consistoire. Le 15 janvier 
1720 il reçoit un secours pour passer en Angleterre. Ce secours est 
augmenté de cinq florins le 28 janvier 1 720, vu qu'il n'a pu partir, 
le vent étant contraire *. 

1 novembre 1716 , accordé le secours extraordinaire de 25 florins 
à Moïse Berthet ^. 

Natif de Sommières, en Languedoc, il fut condamné comme Ca- 
misard , par le maréchal de Montrevel , le 10 juin 1703 , et ramait sur 
la galère La FidHe ^ 

Le 1 novembre 171 6,f ut accordé le même secours à Jean de Longe^ dit 
Montméjan^ natif d'Alais en Languedoc ^. Condamné par le maréchal 
de Montrevel, comme Camisard, le 7 juin 1703,ilfutécrouésur la 
galère La France^ le 28 juin 1703 7. U s'établit à Rotterdam , oii il 

1. France protestante, Forçats, no. 2189. 

2. France protestante, Forçats, n^^. 72. 

3. Ck>mptes de TÉglise. Y, pages 45 et 47. 

4. Comptes de FÉglise. Y, page 48. 

5. France protestaote, Forçats, n®. 233. 

6. Comptes de TÉglise. Y, page 48. 

7. France protestante, Forçats, n». 1340. 



208 LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE REUOIOK 

épousa Marie Mari , veuve , native de Linnetot en Normandie. Son 
mariage fut béni par le pasteur Dumont, le 7 février 1727. De 1751 à 
octobre 1752 il reçut un secours de 7 florins par quartier , provenant 
d'un legs fait à la Diaconie en faveur des galériens ^ 

Le 8 novembre 1716 , fut accordé le secours extraordinaire de 25 
florins à cinq galériens libérés *, savoir : 

Jean Mié^ de Deaux en Languedoc , condamné comme Gamisard 
en septembre 1705 , placé sur la galère La Béaie et libéré le 24 juil- 
let 1716 «; 

André Metche ou Metge^ de Ribautes, diocèse d'Alais , condamné 
à Montpellier comme Gamisard , par le Maréchal de Montrevel, le 10 
janvier 1704, placé sur la galère La Querrière et libéré le 24 juillet 
1716 ^ 

David Condrai , de St. Germain de Galberte , condamné pour assem- 
blée pieuse en 1707 , placé sur la galère La Princesse et libéré le 24 
juillet 1716 6; 

Michd Oossin^ Oaussen ou Oossen^ de Blanzac en Languedoc, 
condamné comme Gamisard en 1 705 , placé sur la galère U Invincible 
et libéré le 24 juillet 1716 «; 

Jacques Gravier , de Moussac en Languedoc, condamné à Montpel- 
lier, comme Gamisard, par le maréchal de Montrevel , le 10 janvier 
1704, placé sur la galère La Couronne et libéré de 24 juillet 1716 7. 

En 1726 , Jacques Gravier et sa femme Marie Goula étaient établis 
à Ëmmeric , où , le 26 mai de cette même année , ils assistaient au 
mariage de leur fils Jaques Dominique Gravier a peigneur de laine, 
originaire de Moussac en Languedoc, avec Marie Madelaine Bertrand, 
fille de Jacques Bertrand, serrurier, et Marguerite Déodat ». La béné- 
diction nuptiale fut donnée par le pasteur de La Groix. 

i. Ck>mpteB de FÉglise. YI, page 78, et YU, page 67. 

2. Comptes de relise, y, page 48. 

3. France protestante, Forçats, n<). 1181. 

4. France protestante, Forçats, nM 492. 

5. France protestante. Forçats, n<>. 658. 

6. France protestante, Forçats, nMOl 2. 

7. France protestante, Forçats, n». 1081. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. 209 

Ce Jacques Dominique Gravier partit, vers la fin de 1727, pour 
Qoch, où il mourut au commencement de 1728. Sa veuve retourna à 
Ëmmeric et le 13 novembre 1729 , y épousa en secondes noces Jean 
Tomas, fabricant de bas. Elle avait eu de son premier mariage un fils 
du nom de Jacques, né le 17 juin 1707. U se noya dans le Rhin, entre 
Èmmeric et Arnhem à Tâge de six ans et fut enterré dans cette der- 
nière ville \ 

Le 4 février 1717 , est accordé le secours extraordinaire de 25 flo- 
rins à deux galériens libérés , AtUhoine Bourdy et Jean Manuel K 

Anthoine Bourely reçut en outre ^2:8: — par semaine jusqu'au 
10 février 1718. A cette dernière date on lui donna f20: — afin qu'il 
pût se retirer en Allemagne ^. 

La France protestante mentionne plusieurs personnes du nom de 
Bourely ; deux, entre autres , portant le prénom d'Anthoine.'Ce sont : 
Anthoine Bourelly (no. 368), mangonier, c'est-à-dire épicier, con- 
damné, ainsi que son fils EstienneBoureUy, le 26 septembre 1698, 
par le présidial de Montpellier; et Anthoine ou Jean Anthoine Bou- 
rely, de Qrabat, dans les Gévennes (no. 367), condamné comme Ca- 
misard , le 9 novembre 1 705, et placé sur la galère La Oloire, 

JeanManud^ cardeur de laine, originaire de Matay-Combusson , 
paroisse de Gtebriac en Languedoc , fut condamné à Nîmes, ie 1 7 mars 
1703, par le maréchal de Montrevel , écroué le même mois et libéré le 
24 juillet 1716 *. Né en 1681 , il comptait 35 ans lorsqu'il fut libéré. 
Outre les 25 fiorins dont il a été parlé plus haut, Manuel reçut du 
Consistoire un secours de ^2 : 8 : — par semaine jusqu'au 30 juillet 
17 1 7 « ; f 3 : — par semaine , du^25 août 1 720 au 25 février 1723 ; à 
cette dernière date, ^23 : 5 : — montant du bon solde de la Bourse 
des galériens • ; puis , du 20 mars 1 750 au 21 mars 1 754 ,/ 9 : — par 

1. Extraits des registres de rËglise française d'Ëmmerio. 

2. C!oinptes de FËglise. Y, page 49. 

3. Comptes de PÉglise. Y, pages 49, 50 et 52. 

4. France protestante, Forçats, n". 1385. 

5. Comtes de TËglise. Y, pages 49 en 50. 

6. Comptes de TËglise. V, pages 57 et 63. 



^^^ LES OALÉBIEMS POUB CAUSE DE BELIQION 

quartier, à la oharge du compte des legs ^ A partir de cette dernière 
date , il n'est plus fait mention de lui dans les livres des comptes. U 
était alors figé de 73 ans. 

Le 21 juin 1718, fut accordé le secours extraordinaire de / 25 a à 
Moyse Lairon^ dU Barrière^ sorti nouvellement des galères i> '. 

La France protestante mentionne, sous le no. 122 , aP. Barière ou 
Barrière, aussi nommé Moyse Leron , galérien à Marseille en 17 18 )). 

Le 17 juillet 1718 , même secours à est accordé Antoine NoetGar- 
cin d sorti des galères et venant de Suisse j> s. 

Il n'est pas fait mention de ce galérien dans la France protestante. 
On y trouve, sous le no. 987 , un David Garcin , de Guilherte en Dau- 
phiné, condamné à Antibes et écroué en 1705 sur la galère Za Coth 
ronne^ libéré le 7 mars 1714 , pensionné en 1719 par MM. de Berne , 
établi à Morges. 

En 1718 arrivait d'Angleterre à Rotterdam le galérien libéré Fran- 
çois Fleissièrre. D'après la France protestante , il était natif de Sumène , 
fut condamné comme Camisard à Montpellier , le 15 mai 1705 , placé 
sur La Conquérante et libéré le 27 juillet 1716 ^. U se rendit en An- 
gleterre dans l'espoir d'y refaire sa santé, n'y réussit pas, et vint 
mourir à Rotterdam, le 12 Septembre 1718. Pour honorer l'ancien 
galérien , le Consistoire assista à son enterrement et en paya les frais , 
qui s'élevèrent à la somme de / 36 : 3 : — ^. 

Le 4 décembre 1718 , le Consistoire accordait aà Pierre Petit , con- 
fesseur sorti des galères allant en Angleterre , 12 florins^ ^. 
La liste des galériens publiée dans la France protestante contient 

1. domptes de rËglise. YI, pages 79, 78 ; YII, pages 67, 69 et 71. 

2. Ck>mpt6s de l'Église, y, page 53. 

3. Comptes de PËglise. y, page 53. 

4. France protestante. Forçats, n<^. 911. 

5. Comptes de PÉglise. y, page 54.Aotes dn Consistoire 11 Septembre 1718. CX 47. 

6. Comptes de TÉ^ise. y, page 54. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^^ 

un Pierre Petit , co-seigneur de Mazet , originaire de Saint-Lager-de- 
Peyre , diocèse de Mende , condamné à Montpellier â l'âge de 77 ans, 
le 1 juin 1706 , par le duc de Rauguelaure K S'il sagit de la même per- 
sonne et si les dates données par la France protestantes sont exactes , 
Pierre Petit aurait été âgé de 89 ans lorsqu'il se réfugia en Angleterre , 
et cela, après plusieurs années de galère. 

Le 24 février 1719, fut accordé 15 ûorin k Jean Claude ^ dit La 
Fosse a galérien libéré, pour se retirer en Angleterre i> ^. 

La France protestante dit (n^. 595) qu'il était nouveau prosélyte , 
natif de Poussins en Bugey et qu'il fut condamné en 1692. 

Le 4 juin 1719, accordé 10 florins à J. François Combas , ancien 
galérien qui allait partir pour la Pensylvanie '. 
Ce galérien est inconnu à la France protestante. 

Le 26 octobre 1 7 1 9 , fut accordé 40 florins à Elie Maiignas et Isaac 
Baymond^ galériens libérés , et <i( à un jeune homme, pour passer en 
Angleterre » *. 

Elie Matignas est inconnu à la France protestante. Isaac Raymond 
ou Ramon y est mentionné, sous le n^. 1795, comme galérien en 
1713 et libéré le 15 novembre 1717. 

Le 14 avril 1720 se présentait devant le Consistoire Jean de la 
Croix y jadis marchand de soie à Nîmes. On ne crut pas devoir l'assis- 
ter, vu qu'il avait déjà reçu de l'Église d'Amsterdam un secours de 
200 florins et qu'il était pensionné des États de Hollande ^ 

D'après la France protestante (n^. 1240), Jean de la Croix se ré- 
fugia à Amsterdam en 1714. Après sa mort, survenue le 12 juillet 
1 72 1 , les États transférèrent sa pension à sa tante Antoinette Plantier. 

1. Franoe protestante, Forçats, n®. 1678. 

2. Comptes de rÉglise. y, page 55. 

3. Comptes de rÉglise. y, page 55. 

4. Comptes dé FËglise. y, page 56. 

5. Instmotions pour les dépatés de Rotterdam au Syaode de Maestrioht. I, f. 289. 



2^^ LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

Le 1 Septembre 1720 , fut accordé le secours extraordinaire de 26 
florins à Jean Bey « confesseur » \ 

D'après la France protestante (no. 1828) , il était originaire de Sail- 
lans et avait été condamné en 1694. 

Le 6 septembre 1720, le Synode wallon de Naerden résolut qu'un 
secours de 200 florins, pris sur la Bourse des galériens, serait accordé 
à (( Monsieur Louis Bay )) qui avait été pendant quatorze ans dans les 
cachots du Pont S^. Esprit près d'Uzès, et qui en était sorti en 1713 à 
la paix d'Ctrecht. En même temps le Synode conseilla à ce digne vieil- 
lard de se retirer à Erlangen auprès de sa famille ^. 

Louis Bey ne figure pas sur la liste des galériens publiée dans la 
France protestante. Peut-être le confond-on avec Jean Bey dont il a été 
parlé tout-à-l'heure. Mais alors nous ferons observer que ce dernier 
fut condamné en 1694 , tandis que Louis Ray le fut en 1699. En tout 
cas Louis Bay n'a pas été à proprement parler galérien, bien que le 
sort des prisonniers de Pont-Saint-Esprit n'ait guère été meilleur. 

Le 29 décembre 1 720 , fut accordé à David Mafre , galérien libéré , 
12 florins 12 solz^ 

D'après la France protestante (n°. 1361), il était originaire de Va- 
bres , près Castres ; il fut condamné en 1704 pour assemblée pieuse et 

écroué sur la galère La Fière. 

* 

1. Comptes de rÉgliae. y, page 57. 

2. a Monsieur Louis Ray, qui a glorifié Dieu par des soufirances de quatorze ans 
dans les caohots du Pont St. Esprit et qui en est sorti à la paix d*Utrecht comme un 
iUustre confesseur, s'étant présenté à cette compagnie pour lui demander sa béné- 
diction et ses conseils. EUe a été extrêmement touchée et consolée en même temps, 
de voir ce digne Tieillard toujours plein d'amour et de zèle pour la Vérité. EUe lui a 
souhaité la Bénédiction de Dieu en lui conseiUant de se retirer a Erlang auprès de 
sa fieunille et prie FÉglise de Rotterdam de répondre à la résolution unanime, qu'elle 
a prise sur son sujet en lui donnant 200 florins à prendre sur la Bourse des galériens.» 

Actes du Synode de Naerden 6 Septembre 1720, art. 27. 
Comptes de PÉglise de Rotterdam V, page 58. 

3. Comptes de TEglise. V, page 58. 



ET LÀ CHAJUTÉ WALLONNE à BOTTERDAM • 213 

Après 1720 , TÉglise d'Amsterdam est seule chargée de la gestion 
de la Bourse. A partir de ce moment on ne voit plus paraître que deux 
fois , dans les comptes de l'Église de Rotterdam , des noms de galériens 
secourus. 

Le 5 août 1754 , un secours est accordé à ce Jasué Gàhis sortant des 
galères de France » ^ Du 1 juin au 27 juillet de la même année , donc 
pendant 57 jours , il avait logé chez David Bergoin , au prix de 1 3 sols 
par jour. 

Le 24 Décembre 1 754 , on accorde un secours de 22 florins à « Marc 
Montegu^ natif du Yivaretz en France, nouvellement sorti desgalères ». 

Il n'est pas fait mention de ces deux galériens dans la France pro- 
testante. 

En récapitulant, nous trouvons un chiffre de 38 galériens venus à 
Rotterdam et assistés par l'Église wallonne de cette ville. 

Nos lecteurs s'étonneront peut-être de nous voir donner une série 
de galériens /itéras en 1713 , après avoir dit (page 197) que les protes- 
tants condamnés aux galères pour cause de religion n'en sortaient ja- 
mais à moins qu'ils ne se convertissent. Nous croyons devoir rappeler 
que 1713 est l'année du traité d'Utrecht et qu'une des clauses de ce 
traité obligeait Louis XIY à libérer tous les protestants détenus sur 
les galères pour cause de religion. Cette clause ne fut observée qu'en 
partie. Un petit nombre seulement de galériens furent libérés en 1 713. 
Parmi eux se trouvaient ceux que nous citons ici comme ayant été 
secourus par le Consistoire de Rotterdam et sur lesquels nous avons 
été heureux de pouvoir réunir quelques renseignements. 

Un galérien qui paraît avoir été l'objet de sympathies toutes spé- 
ciales et dont le nom mérite d'être mentionné sous ce rapport, est SdUh 
mon Bourget^ de Croissy, en Normandie, condamné en 1697, libéré en 
1713^. Il avait probablement des relation avec la Hollande. Un membre 

i. Comptes de l'Eglise. VU, page 125 
2. France protestante, Forçats, n". 373. 



2^^ LES GALÉRIENS POUR CAUSE DE RELIGION 

de sa famille y était établi; c'est Jean Bourget, qui, le 9 novembre 
1685, reçut à Amsterdam le droit de bourgeoisie (Poorterschap), et 
qui fut nommé lecteur de la nouvelle église wallonne ^ It habitait 
au coin du Eoningsplein. Le 15 juin 1710, une demoiselle de Mon- 
tigny, demeurant Leuvehaven à Rotterdam, faisait un don de 120 
florins pour « Salomon Bourget, galérien sur La Vieille Beale » avec 
prière de recevoir quittance de sa main '. Le 23 Novembre 1710 le 
Consistoire recevait, pour le même S. Bourget , un don de 80 florins *. 
Lorsque Bourget eut été libéré, cette même demoiselle de Montigny 
fit en sa faveur un nouveau don de 25 florins , le 10 février 1713 , don 
qu'elle renouvela le 19 décembre de la même année. Le 23 novembre 
précédent un inconnu avait fait pour le même Bourget un don de 80 
florins. 

Le 22 octobre 1707 le Consistoire recevait de M. Latané un don 
de 20 florins a pour les galériens » ; le 4 décembre de la même année, 
300 florins de Johannes Texenius; le 17 août 1710, 30 florins de 
François du Vidal , etc. etc. 

Terminons et concluons. En France, l'initiative des rigueurs contre 
les religionnaires partait du clergé. Les pouvoirs publics exécutaient 
ses ordres. En Hollande , Tinitiative des mesures de secours en faveur 
des persécutés partait des individus. Les Consistoires recueillaient 
les dons et les envoyaient aux galériens. 

Les sympathies des Hollandais pour ces dernier étaient la consé- 
quence logique de leurs convictions religieuses et de leurs opinions po- 
litiques, basées, les unes et les autres , sur un ardent amour de la 
liberté individuelle. 

Au seizième et au dix-septième siècle, tout le monde , excepté les 
protestants, acceptait le principe d'après lequell'Église ou le prince 
n'ont qu'à ordonner selon leur bon plaisier, en vertu d'un droit 
divin incontestable, tandis que les individus n'ont qu'à obéir sans faire 
ni objections , ni observations. 

i. 11 s'agit de la chapelle de coin du Prînsengraoht et du Molenpad. 

2. Actes du Consistoire, 15 juin 1710. B, f. 335. 

3. Actes du Consistoire, 23 novembre 1710. B, f 348. 



ET LA CHARITÉ WALLONNE à ROTTERDAM. ^15 

L'Église de Borne n'a vu dans le protestantisme qu'un réveil reli- 
gieux basé sur la Bible. En réalité ce fut une révolte de l'esprit hu- 
main contre l'absolutisme religieux et politique étouffant la liberté 
naturelle de l'individu. 

Cette liberté, dont les réfugiés jouissaient au sein des Provinces 
Unies , les Hollandais l'avaient conquise dans leurs luttes contre l'Es- 
pagne. La France se vante d'avoir été la première à en concevoir l'idée. 
Elle se trompe. La devise de la révolution , liberté , égalité , fraternité , 
a vu le jour un siècle trop tard. Louis XIV aurait épargné bien des 
malheurs à la France, s'il avait compris et pratiqué les principes de 
liberté qui étaient acceptés dans la république des Pays-Bas. Mais le 
Boi-soleil préférait persécuter les protestants, avec l'assistance et sur 
les ordres du clergé. Comme on l'a dit, Louis XIY portait la cou- 
ronne, mais le clergé portait le sceptre. Le roi tout puissant n'avait 
qu'à obéir aux ordres de l'Église romaine. Ce sont les protestants qui 
ont lutté , en France , pour le principe de la liberté individuelle , et les 
galériens, en souffrant pour elle, ont contribué à sa victoire. 

Botterdam , octobre 1900. R-N.-L. Miranoolle. 



— ^^^f- 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 

(notes supplétives) \ 



Depuis l'insertion de notre article généalogique sur le pasteur 
Matile et sa famille dans le Bulletin de l'Histoire des Églises wallon- 
nes \ de nouvelles recherches nouô ont fait découvrir par-ci par-là 
des détails propres à augmenter les notes que nous avions déjà re- 
cueillies sur la branche de cette famille qui a habité la Hollande. 
L'ensemble de ces notes constitue le présent article. 

Le nom de Matile se trouve fréquemment dans les actes du XViè"»® 
siècle. Originaire de l'Ombrie, la famille Matile est venue s'établir en 
Suisse, où elle appartient à l'heure qu'il est aux plus anciennes famil- 
les du pays. 

Un de ses membres, Quillaume Matile, chevalier du saint sépulcre, 
fut chanoine à Soleure (Suisse). Il avait deux frères , Jacques et Bas- 
tien Matile. Leur frère, Hennemand Matile, épousa la nièce du curé 
Etienne Besancenet du Locle ( 1 488-1539), dont le nom est si populaire 
dans les montagnes de Valangin. Besancenet était chevalier du saint 
sépulcre. Il fit un voyage en Terre Sainte pour le repos de l'fime du 

1. Cet article (ait suite, en le complétant, à un premier article du même auteur, et 
la Commission de l'histoire a cru pour cela devoir le publier ; cependant elle a pris 
en même temps la décision de ne plus imprimer d'articles purement ^néalogiques, 
à moins que, par exception, il ne se présente des raisons fortes de déroger à la règle. 

2. Voyez le Bulletiny 2e série, tome II, page 53. 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 217 

comte Claude d'Arberg (mort en 1517). La caravane se composait des 
chevaliers Pierre Faucon , Guillaume d'Arsens, Nicolas Gbtchet , prêtre 
de Payerne , et de plusieurs curés de Vaud et de Fribourg ; elle partit 
du Locle, le 3 mars 1519, et rentra le 4 décembre suivant. Etienne 
Besancenet fit bâtir en 1520 la tour de Téglise du Locle par Pierre 
Paton du comté de Bourgogne. La Réforme fut introduite au Locle en 
1536, et le 25 mars de cette année-là Besancenet dit sa dernière messe 
au Locle. Ses paroissiens lui offrirent d'être leur pasteur évangélique, 
ce qu*il refusa. Il se retira en Franche-Comté et mourut trois ans 
après au prieuré de Morteau , où il fut enterré au pied de la chaire 
dans l'église de ce monastère \ 

En 1500 nous trouvons en Suisse un autre Hennemand Matile , qui 
a un fils nommé Prin Jaques Matile *. Ce dernier a obtenu des privi- 
lèges de bourgeoisie à Yalangin du Comte Jean Frédéric de Madrutz 
et de la Comtesse Isabelle de Challant, par lettre patente du 23 no- 
vembre 1573. Ses fils sont: Pierre , Antoine et Hennemand Matile. 
Pierre eut un fils appelé Jaques Matile , qui vivait à la Sagne vers 
1640. D'après les états généalogiques qui accompagnent cette let- 
tre patente, ledit Jaques Matile a eu quatre enfants: Pierre et Je- 
han , dont le premier est mort hors du pays , et le second sans des- 
cendants; une fille, Jeanne, qui épousa Abraham Tissot, et enfin 
encore un fils , Abraham , qui demeurait en 1660 à La Joux du Plane , 
rière Dombresson au Yal de Buz. Il reçut le 1 juin 1661 une lettre 
d'octroi de bourgeoisie du prince Henri d'Orléans , duc de Longue- 
ville. Les noms de ses quatre fils sont : Jaques , Abram , Jehan et 
Pierre Matile. 

Quant aux deux autres fils de Prin Jaques Matile , Antoine et Hen- 
nemand, le premier a eu un fils. Jaques, mort sans descendants, et 
l'autre deux fils : Zacarie et Jaques. Le document original porte : 
m Les fils de Zacarie fieu Hennemand fieu Prin Jaques Matile demeu- 

1. Yoir le Néorologne de Morteau. — Etienne Jaoot Deseombes, son yicaire, qni 
«Tait embrassé la Réforme^ a été le premier pasteur du Locle. 

2. 11 est possible que le prénom de Prin soit une abréviation de celui de Perrin. 
Mr. Louis Colomb) archiviste de TÉtat en Suisse, nous a communiqué que la per- 
sonne qui a inTcntorié la lettre de bourgeoisie a écrit Perrin Jaques M. 



218 LB PASTEUR MATILC ET SA FAIOLLE. 

rent à Cormoret riôre Ërguel là où ils ont du bien. Zacarie mort a des 
fils qui sont à Cormoret rière Erguel. Jaques mort sans hoirs, d 
D'autres recherches nous ont encore appris les détails suivants : 
Jean Matile, né à la Sagne vers 1530 ou 1 535 , est cité en 1574 
comme gouverneur de la commune de la Sagne en même temps que 
Pierre Jacques Matile, gouverneur de la commune. Le plus ancien 
acte des Archives communales de La Sagne est de 1372. C'est un acte 
de franchise accordé par Jean d'Arberg de Yalangin aux habitants du 
Locle et de la Sagne. C'est dans le même cahier (traduction des an- 
ciens actes, qui sont en latin) que se trouvent les noms de ces deux 
gouverneurs de la Sagne. Les noms des Matile paraissent à plusieurs 
reprises dans les anciens actes, comme justiciers, tuteurs ou vendeurs 
d'immeubles, témoins en justice , etc., mais souvent la filiation n'est 
pas indiquée. Plusieurs membres de cette famille occupèrent des 
postes élevés dans les milices de la Suisse et dans les services étran- 
gers, des fonctions d'anciens d*Église,dejusticiers de la Sagne, etc. 
Les Matile sont communiers de La Sagne et des Ponts , bourgeois in- 
corporés de Yalangin. 

Vers la même époque vivait en Suisse un Pierre Matile , qui a 
deux fils : Biaise et Pierre Matila Le premier eut une fille appelée 
Susanne Matile, qui épousa Guillaume, fils de feu Orand Ouillaume 
Perrenoud de la Sagne ^ Ils reçurent tous une lettre de bourgeoisie 
le 7 décembre 1573. Piere Matile a eu trois enfants : deux fils , Pierre 
et Jaques , et une fille , Étienna Matile. 

I. Pierre Matile susdit a eu trois fils et trois filles. Deux de ses 
fils sont morts sans descendants , et le troisième , Jehan Matile, vivait 
encore en 1661. L'une de ses trois filles. Biaisa Matile, épousa 
Biaise Jehan Petitmatile. 

II. Jaques Matile a eu aussi trois fils et trois filles : Pierre , David , 
Jehan , Marguerite , Judith et Magdelaine. Yoici ce que le diplôme dit 
au sujet de ces trois fils : — ce Pierre fiéu Jaques fils de Pierre ffeu 
Pierre Matile est hoste es Oeneveys sur Fontaine où il est commode et 



1. La Camille Perrenoud (Pemot, Perrenot, etc.) a donné naissance aa cardinal 
Granvelle. 



LE PASSBUR MATILE ET SA FAMILLE. 219 

de plus a une maison et environ 3 faux de bonne terre à Miéville. 
David son frère divis demeure vers chez Marmod , a environ dix faux 
de terre. Jehan leur frère divis est en France et n'a rien qu'un quart 
de faux de terre à Boinoud. j> 

III. Estienna Matile épousa Pierre Jean Petitmatile. 

Ce nom de Petitmatile, qui a déjà été cité deux fois , provient d'un 
fonds créé par une branche de cette famille et auquel seuls les descen- 
dants de cette branche avaient droit. C'est là l'origine de cette ad- 
jonction , qui n'a été faite, comme on le voit, que pour distinguer ces 
branches. Cette singulière transformation du nom de la famille est très 
ancienne, puisqu'on la rencontre déjà avant 1630. Il n'est pas toujours 
facile d'ailleurs de distinguer dans les anciens registres les Matile 
d'avec la branche spéciale des Jean-Petitmatile. Ainsi , par exemple , 
le 22 juillet 1772 le registre des décès de la Sagne ne donne que 
l'inscription suivante : — « Monsieur le lieutenant-Colonel Matile 
âgé de 72 ans. t> — Le registre des baptêmes de la Sagne de 1699 à 
1701 n'indique aucune naissance d'un enfant mâle du nom de Matile. 
Ce n'est qu'en compulsant les actes minutaires conservés aux Archi- 
ves communales de la Sagne qu'il résulte que le lieutenant-colonel 
en question était un Jean-Petitmatile. U y a encore actuellement des 
familles de ce nom en Suisse. On les appelle simplement Matile, mais 
les registres de l'état civil portent « Jeanpetitmatile j>. 

Le blason des Jeanpetitmatile est diiSérent de celui dont le dessin 
se trouve à la page 63 du Bulletin. Us portent un croissant d'or sur 
champ d'azur , au chef de gueules , chargé de trois étoiles d'or. 

En 1625, le 8 mai , il y a un acte de vente dans lequel est cité le 
testament d'un certain Adam Matile, dont la date de naissance peut 
se placer entre 1560 et 1600. Il n'y a que cette citation ; le testament 
n'est simplement reppelé dans l'acte de vente que par ces mots : 
Il ce ensuite du testament » || . L'acte lui-même ne présente aucun in- 
térêt Un autre acte des archives communales de la Sagne, en date 
du 12 mai 1637, mentionne un dc Jaques Matile fils d'Adam y>. Nous 
devons la connaissance de ces détails à la bienveillance de M. Paul 
Aug. Perret , officier de l'état civil de la Sagne , qui a bien voulu 
nous les signaler. 



220 LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 

Avant d'arriver à notre trisaïeul, Henry Frédéric Matile(1671- 
1756) ^, nous rencontrons encore dans les registres de paroisse de la 
Sagne deux personnes plus anciennes : Isaac et David Matile. 

A. Isaac Matile, né vers 1620 ou 1625, fut inhumé à la Sagne le 
29 mars 1700. Sa femme Marguerite et leur fils Jean sont nommés 
dans un acte du 24 janvier 1686. Ses quatre fils habitaient tous Mar- 
mod. Ce sont : 

1. Abram Matile, dont il est question dans un acte d'investiture du 
16 septembre 1699. L'un de ses trois enfants, Isaac Matile (4 mai 
1614-21 janvier 1766) était conseiller à Marmod. 

2. Henri Matile se maria deux fois. Du premier mariage naquirent 
deux enfants : Daniel Matile, baptisé le 31 juillet 1687, mentionné 
comme catéchumène à la Sagne à Noël 1703, et Jeanne Marie Matile, 
baptisée le 21 octobre 1688. Selon toute probabilité ledit Daniel Ma- 
tile est le même que celui que les registres mentionnent comme ayant 
participé à la sainte cène à Menin (Belgique) , le 30 mai 1739. 

3. Jean Matile , qui est mentionné dans un acte du 6 octobre 1686 
et dans un autre du 24 janvier 1686. 

4. Jacob Matile, mort hors du pays. Il avait un fils nommé Ko- 
dolphe Matile, confirmé à Noël 1703. Il était capitaine et justicier. Sa 
femme (qui était déjà veuve alors) mourut à la Sagne le 2 septem- 
bre 1766. 

B. David Matile , fils de Jean. Il était ancien d'Église. Un acte du 1 
octobre 1659 le nomme comme établi tuteur; il est encore question 
de lui le 21 février 1660, lorsque sa maison fut entièrement brûlée. 
Ce sinistre a été relaté dans le volume des Enquêtes de la Justice (21 
février 1660) : « par malheur Jeudy dernier seizième du mois courant 
la maison de David Matile ffeu Jean Matile es Coeudres fut entière- 
ment brûlée et dans cet accident demeuré toute sa graine, fourrages, 
linge, Meubles et autres hardes, » etc. — Quelque temps après il 
trouva l'occasion de rebâtir sa maison. Il est rappelé ensuite à plu- 
sieurs reprises dans les anciens actes. Il s'est vendu plusieurs pièces 

1. Cp. page 54 du Balletin. 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 22l 

de terre joutant les siennes, ce qui explique que Ton retrouve sou- 
vent son nom. En I70I (le 25 février) it est nommé justicier. En tous 
cas il est mort avant 1722 , car le 22 juin de cette année un acte cite 
« Pierre fils de feu le justicier David Matile. » Il a laissé cinq fils , 
Josef , David , Pierre , Daniel et Jean Matile. 

Henry Frédéric Matile (1671-1759) , mentionné à la page 54 , a été 
marié à Anne Marguerite van Beusen , née probablement en Hollande 
ou en Belgique. Bien qu'il n'existe point de registres de mariages de 
cette époque-là, nous sommes à même de constater avec certitude 
qu'elle était son épouse , par le registre des baptêmes de Groede, qui 
mentionne le 13 mars 1757 , à la naissance de Charlotte Alexandrine 
Matile (page 55 , ligne 1 1) comme marraine de Tenfant : a Anne Mar- 
guerite van Beusen , veuve de Mr. le lieutenant Henry Frédéric Ma- 
tile. )) Huit ans auparavant, à la naissance de Henri Frédéric Matile, 
leur petit-fils (page 55 , ligne 4) à Gorcum en 1743 , le registre dit que 
l'enfant a été « présenté en baptême par Mr. Henry Frédéric Mattile 
et Mad. Marguerite van Beusen. )) Elle survécut à son mari, mais jus- 
qu'ici nous ignorons l'époque précise de son décès. Des recherches 
faites en Suisse pour tâcher de découvrir les noms des parents dudit 
lieutenant Henry Frédéric Matile sont restées infructueuses, non seu- 
lement à cause de l'absence de registres de baptêmes de cette époque, 
mais aussi parce que les livres des catéchumènes de la Sagne ne com- 
mencent qu'en 1697. Il aura été probablement reçu membre de 
l'Église en 1688 ou 1689. 

Il est question à la page 55 d'Ami Robert Matile, né à Groede le 13 
septembre 1760. Remarquons que le nom de Robert ne se rencontre 
jamais dans la famille Matile. Si ses parents lui ont donné ce nom , 
c'est probablement à cause de son parrain Robert Boidin , originaire 
d'Arkinghem (Châtellenie de Lille), mentionné dans l'inscription de 
baptême. 

Marie Thérèse Des Tamps , native de la Châtellenie de Lille (Cp. 
page 56, ligne 10), épousa le pasteur Charles Alexandre Matile. Le 
registre des décès de Groede porte : — « Anno 1761 , 10 July ; Be- 
graven te Groede, Marie Thérèse Destamps , huysvrouw van Ch. A. 
Matile, predikant der Waalsche gem. te Groede, gestorv en 5 July, 

vm. 15 



222 LE PASTEUR MATILE ET SA l'AMILLE. 

oad 30 jaar, 11 maanden , 20 dagen , geboren te Illies , Gastellarg van 
Bgsset, laat een kind na. » — Elle mourut donc à la suite de ses pre- 
mières couches. Son enfant Charlotte Marie (page 57a) ^ née le 29 juin 
1761 , fut baptisée le jour même de la mort de sa mère , et ne vécut 
que 4 semaines 5 jours. Cette enfant eut pour parrain son oncle le 
capitaine Amy Matile et pour marraine Jeanne Catherine Destamps , 
sœur de la mère. 

Pierre Alexandre Charles Siméon Matile, mon cousin germain , 
décédé à Hargicourt le 5 mai 1894 (Cp. page 58^), a été enterré au 
cimetière protestant du village. Presque tous les membres de la famille 
ont été enterrés dans ce cimetière. Conformément aux usages de la 
famille en France , un sapin a été planté sur chacune des tombes. 

Voici ce que nous avons encore appris sur Esther Cornélie Matile , 
mentionnée à la page 62 , fille du pasteur Ch. Alexandre Matile et de 
Henriette Caron. L'inscription de baptême nomme comme marraine 
Mine Esther Cornélie de Laccan , veuve Orandpré , et comme parrain 
son père, qui Ta tenue sur les fonts. Elle s'est mariée au colonel hollan- 
dais Franciscus Jacobus Steinman , et demeurait à Eampen , rue dite 
Oeerstraat , où elle décéda, veuve , le 31 juillet 1865 , âgée de 87 ans. 

Quoique les archives de Paramaribo aient été détruites pour la plus 
grande partie par un terrible incendie , nous avons su trouver plu- 
sieurs détails généalogiques dans les registres des Églises néerlandai- 
ses réformées et luthériennes, voire même dans ceux de TÉglise 
catholique de Paramaribo, ce qui fait que nous avons pu reconstruire 
avec exactitude la liste généalogique des descendants de Pierre An- 
toine Matile. N$ le 17, baptisé le 21 mai 1769 à Dalhem (Cp. page 60f, 
dernière ligne en bas), il partit pour Suriname en 1786. Il devint 
plus tard capitaine de vaisseau. On dit qu'il est mort noyé dans la 
mer, par suite d'une tempête. Il eut de FalkinaCornelia, indigène, 
deux jumeaux, nés le 4 mars, baptisés le 23 mars 1794 dans l'église 
réformée néerlandaise de Paramaribo. Ce sont Jean Corneille Matile 
et Henri Louis Matile. 

A, Jean Corneille Matile épousa le 9 janvier 1837 Saralje Cornelia 
Maria van Bakhausen , qui était de la religion luthérienne. La pre- 
mière proclamation de ce mariage eut lieu le 22 décembre 1836. Jean 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 228 

Corneille Matile décéda le 5 mai 1841 à l'âge de 47 ans. De cette 
union naquirent à Paramaribo : 

1. Taaltje Jacoba Matile, née le 27 février 1827. Henri Louis Ma- 
tile, son oncle , est cité comme témoin du baptême. Elle mourut 
jeune. 

2. Jeanne Henriette Jacoba Matile, née le 9 février, baptisée le 2 
mars 1828, décédée le 9 mai 1856, âgée de 28 ans. De son union 
avec John Samuel Robles de Médina ' naquirent deux enfants : 

a. Mlle Marie Julienne Henriette Bobles de Médina , née à Pa- 
ramaribo le 18 janvier 1853. C'est à cette dame que nous 
devons quelques-uns des détails sur cette branche. 

b. Saratje Johanna , née le 22 août 1854 , décédée le 30 jan- 
vier 1857. 

3. Antoinette Cornélie Louise Matile , née le 10 juin 1830 , mourut 
jeune. 

4. Antoine Jean Louis Matile , né le 10 mai 1832 , mourut vers la 
finderanl88p. 

5. Corneille Alexandre Antoine Matile, né le 28 juin 1834. Il sé- 
journa pendant une vingtaine d'années à Demerara, et revînt à 
Paramaribo en 1896, où il mourut le 13 avril 1898, sans laisser 
de descendants. Il avait épousé Louisa Maria van Bouer, union 
dont naquirent trois enfants qui actuellement sont tous décédés. 
Ce sont : 

I. Henriette Wilhelmina Maria Matile, née le 30 avril 1859. 
IL Jeanne Louise Matile, née le 5 mai 1861. 
IIL Willem Frederik Matile, né le 19 juin 1865. 

6. Pierre Charles Henri Matile, né à Paramaribo le 31 janvier 1837. 
B, L'autre jumeau, Henri Louis Matile, né à Paramaribo en 1794, 

et sa femme Antje van Bouger eurent les descendants suivants : 
1. Jacques Marin us Matile, né le 29 octobre 1815, baptisé le 13 
décembre de la même année, ce qui résulte du registre de 



1. D était fils de Mozes David Robies de Médina et de Maria Baarlo. La famiUe 
Robles de Médina, originaire da Brésil, vint s'établir à Soriname il y a environ deux 
siècles, et est primitiToment une ancienne famille catholique espagnole. 



224 LB Pasteur matile et sa famille. 

rÉglise évangélique luthérienne de Paramaribo (de 1810-1818 : 
foUo 154 No. 164); 

2. Jean Eysse Louis Matile, né le 24 octobre 1818 , baptisé le 3 
mars 1819 , ce qui résulte du même registre de baptêmes 1819- 
1828 : foUo 4. 

3. Wilhelmina Louisa Matile, née le 22 novembre 1828, baptisée 
le 18 décembre suivant , ce qui résulte du registre des baptêmes 
de l'ÉgUse réformée 1824-1828 : foUo 122. 

Henri Matile , fils de Gh. Alexandre Matile et de Henriette Caron , 
baptisé leljuinl777à Dalhem (Gp. page 62k), après avoir quitté 
son frère, le pasteur Jean Gharles Matile àLeyde,serenditàSuri- 
name au commencement de ce siècle. Quoique protestant , il épousa à 
Paramaribo une femme catholique, nommée Joanna DorotheaRichter. 
U naquit de cette union une fille , Louise Florentine Matile , mention- 
née dans les registres de Paramaribo comme Ludovica Florentina Ma- 
tile. Gette enfant fut baptisée dans l'église catholique le 26 novem- 
bre 1820. 

Louise Florentine Matile épousa le 26 novembre 1888 à Parama- 
ribo Johannes Philippus Haase , courtier maritme. Elle est veuve ac- 
tuellement. Us eurent dix enfants , dont il est resté encore aujourd'hui 
quatre filles , dont trois mariées , et un fils nommé Johannes Philippus 
Haase, demeurant à Brooklyn (Amérique du Nord). 

Henry Frédéric Matile , né à Gorcum en 1 749 (Gp. page 55^), eut 
un fils à Paramaribo, qui occupait un grade élevé dans l'armée hol- 
landaise des colonies. U existait de lui un grand portrait à l'huile. Sa 
demi-sœur Mll« J.-N.-S. Donckerman , née à Paramaribo le 5 août 
178Ô , décédée à Kampen le 10 juillet 1873 , a fait insérer ce portrait 
dans son tombeau de crainte qu'il ne tombât plus tard en des mains 
étrangères. 

M. le Dr. Gh. Dozy, archiviste de Leyde, nous a communiqué qu'il a 
rencontré à plusieurs reprises le nom de Matile dans les registres et 
comptes de la « Weeslcamefrji du village d'Axel en Zélande. Ges regis- 
tres se trouvent aux archives de Middelbourg. L'accès difficile des 
archives provinciales de la Zélande et le manque d'intérêt pour ces 
sortes de choses de la part de l'archiviste , M. Fruin , ne nous ont pas 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAUILLE. 225 

permis de les consulter. Sans cela nons aurions pu fournir plusieurs 
autres détails authentiques sur les Matile qui ont habité la Zélande 
avant 1780. 

Le dessin du blason de la famille Matile se trouve entre autres dans 
les a Armoiries neuchâteloises ]o, par le justicier Huguenin. L'Armoriai 
historique de A. de Mandrot présente deux dessins du blason de la 
famille Matile ; dans la première édition , le chef de l'écu est plus grand 
et les montagnes sont moins élevées que dans la seconde. Les émaux 
sont les mêmes , sauf les lambrequins , qui sont de gueules et d'or. Il 
existe encore un autre dessin de ce blason , qui a été trouvé au Locle , 
dans la rubrique d'armes Matile, dans un vieux livre du XVIIièm© 
siècle, par le Prof, et Dr. Georges Auguste Matile \ et dont nous devons 
une reproduction aux soins de son fîls M. Léon Albert Matile (né à 
Neuchâtel le 28 sept 1844), capitaine dans l'armée des États-Unis. Il 
est d'argent aux trois monts de sinople, au chef d'azur chargé d'une 
gloire d'argent. Cimier : casque surmonté d'une gloire d'argent La 
devise porte : Hvmilis SvBIimiA , mots qui offrent par leur sens de 
l'analogie avec la devise : « Je séjourne su/r la terre , mais f aspire à la 
couronne céleste. » (Cp. page 63). 

1. Le Dr. G. A. Matile, oité déjà dans notre article précédent, naquit à la 
Chaux-de-Fonds le 30 mai 1807 et moumt à Washington le 6 février 1881. Il était 
Bourgeois de Neuchfttel, bourgeois incorporé de Yalangin, communier de la 
Sagne , des Ponts et de Noiraigue, Docteur en droit, Notaire , Adyocat au Souverain 
Tribunal, Interprète du Boi , Commandant et Châtelain de Landeron , membre du 
Tribunal Souverain , Député au Corps législatif de la Sagne , Professeur de droit 
successivement aux Universités de Neuchâtel , de Pensylvanie et de Philadelphie , 
Consul de Belgique pour les États de Pensylvanie, de New Jersey et de De- 
laware , Consul de Russie , etc. Membre du Ministère de rinstruotion Publique à 
Paris , des Académies Royales de Savoie et de Turin et de plus de 30 autres Acadé- 
mies et Sociétés scientifiques en Europe et en Amérique ; Porteur de la grande mé- 
daille d'or pour Pavancement des sciences, Chevalier de POrdre de l'Aigle Rouge 
de Prusse , Chevalier du Eoniglich. Hausorden de HohenzoUem, etc. etc. Auteur 
d'un grand nombre d'ouvrages sur l'histoire du droit , la diplomatie et ]e droit inter- 
national. Après la révolution de 1848 il se retira en Amérique avec ses deux amis, le 
célèbre naturaliste suisse Agassiz (1807 — 1873) et le Prof. Guyot. La précieuse ami- 
tié qui unissait ces trois hommes , si semblables par leurs convictions religieuses et 
par la conformité d'âge , persista jusqu'à leur mort. Agassiz était de deux jours plus 
jeune, Guyot de trois jours plus âgé que Matile. 



226 LE FâSTSUR IfATILK BT SA FAMILLE. 

Dans notre article précédent nous avons cité les noms des familles : 
Poppe , Garon , Monestier , Malfuson , Trocmé , Des Tamps , etc. Qu'on 
me permette d'ajouter encore quelques notes sur ces familles. 

Monestier. Cette famille, originaire du Pays de Vaud, a pour ar- 
moiries : Coupé: au premier, d'argent à 3 fleurs de lis rangées d'azur; 
au second , d'azur à 3 fleurs de lis rangées d'argent 

Poppe. Blason : De gueules à une épée d'or , la pointe en bas ; au 
chef d'argent , chargé de 3 roses du champ. 

Elisabeth Sophie Poppe, mentionnée à la page 57, femme du pas- 
teur Jean Charles Matile , est la fille de Frederik Christiaan Poppe (né 
en 1748 à Zassik en Noordhuizen, décédé à Leyde en 1821) et de 
Elisabeth van der Bol. Ledit F. C. Poppe est fils de Frederik Poppe 
et de Maria Henneberg. 

Trocmé. Les Trocmé ont habité Hargicourt depuis bien longtemps 
déjà, puisque les registres de Tournai font mention le 16 juin 1 787 du 
mariage d'Honoré Troquemé et d'Angélique Gambierd'Hargicourt, 
élection de Saint-Quentin, généralité d'Amiens. Les registres de 
l'église de la garnison à Tournai sont très intéressants à consulter 
pour l'histoire du Refuge. On y rencontre très souvent les noms de 
Malfuson , Trocmé , Blin , etc. (Cp. Bulletin Hist. et Litt. du protestan- 
tisme en France 1891 , page 503). 

Flore Trocmé a demeuré rue St. André à Saint-Quentin. Les regis- 
tres du consistoire de cette ville portent que pendant quelque temps 
le pasteur Jean Charles Matile a demeuré dans cette maison. 

Des Tamps. Marie-Thérèse Des Tamps. Cette personne est menti- 
onnée encore deux fois dans la généalogie de notre branche. Nous la 
trouvons fonctionnant comme marraine : P. au baptême de Thérèse 
Amélie Matile, le 23 juillet 1758 à Groede (Voir page 55»), et 2». au 
baptême de Marie Florentine Matile , le 22 juillet 1 769 à Groede (Voir 
page 55e). 

McUfuson. Aucun des Malfuson mentionnés dans le catalogue des 
Archives départementales de l'Aisne n'est antérieur à 1680. Ils habi- 
taient, les uns Guise , les autres Brancourt , petit village situé dans le 
canton de Bohain. Les archives de la Commission des Églises wallon- 
nes à Leyde en comptent cependant plusieurs antérieurs à 1680. Le 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 227 

plus ancien qu'on ait pu trouver est Guy Malfuson, né en 1609 , en- 
terré à Saint-Quentin , le 21 décembre 1679 , âgé de 70 ans. 

Les Malfuson qu'on rencontre en rapport avec la famille Matile 
sont : 

Pierre Nicolas Malfuson, qui est mentionné comme parrain, et 
Marie Aemilie Malfuson , comme marraine , le 12 août 1 764, au bap- 
tême de Henriette Âemilie Matile, fille du pasteur Gh. Alexandre; 
Matile (page 57b) ^ née à Groede le 9 août 1764. Ces deux témoins du 
baptême étant en France, Tinscription porte qu'ils furent représentés 
par le père de l'enfant et par Marie Rachel Malfuson , Française. Cette 
dernière est citée encore comme marraine, le 29 septembre 1765 , de 
Jeanne Marie Alexandrine Matile, née à Groede le 27 septembre de 
cette année-là. (Voir page 57c). 

Marie Anne Henriette Malfuson , épouse du pasteur Ch. Alex. Ma- 
tile (Cp. page 56.) est décédée à Dalhem. 

Caran. Isack Caron et Barbe Baron se marièrent à Embden le 28 
août 1684. De cette union naquirent deux fils : ^ , Izaack Caron , bap- 
tisé à Embden le 24 avril 1687, et £, le pasteur Jean Georges Caron , 
baptisé à Embden dans l'église réformée, le 25 août 1 701. 

Jean Georges Caron et Louise Elisabeth Monestier eurent quatre 
enfants : 1 . Isaac Théodore Caron , ofKcier dans le régiment de Byland 
Dragon , au service de L. L. H. H. P. P. ; 2. Henriette Caron , épouse 
du pasteur Charles Alexandre Matile (Voir page 56) ; 3. Madelaine 
Caron ; et 4. une fille mariée à Louis François Serriôre du Bisournet i, 
officier pensionné au service de L. L. H. H. P. P. 

Au XVlIliéme siècle nous trouvons e. a. Esther Caron qui épousa 
en 1 780 Jean Lefèbre , seigneur de Lempire et du Sart. Il est impos- 
sible de découvrir le nom des parents d'Esther Caron , les registres de 
l'état civil de la commune de Yendelles ne remontant pas au delà de 
1798. Elle avait une sœur, Hyacinthe Caron , et un frère. Le lieu de 
naissance de ces' trois personnes est Yendelles, dans le département 
de l'Aisne. Ce village , avec Hargicourt , Jeancourt, Tempteux , Le- 



1. Les Serrière, originaires de Lorraine, ont été anoblis le layril 1551. Blason: 
d'argent an lion d'azur supportant une colonne de porphyre. 



228 LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 

guérand , Lempire et Nauroy, relevaieat de roffîcialité de Saint-Quen- 
tin et formaient un groupe de villages habités par des familles protes- 
tantes dont les pasteurs avaient leur consistoire à Saint-Quentin. 
Hyacinthe Caron avait épousé un Paringault, dont le descendant, 
mort célibataire à Paris vers 1880, a laissé une immense fortune à 
diverses donations, entre autres plusieurs centaines de mille francs à 
la ville de Saint-Quentin. Le frère d*Esther et d'Hyacinthe eut un 
descendant, Yindorix Caron , qui eut pour fils Achille Caron , mort en 
1870, pasteur de Saverdun dans le Midi de la France (Arriège), en 
prodiguant ses soins aux soldats français blessés. Il avait quitté Sa- 
verdun pour suivre une ambulance à laquelle il s'était fait attacher. 
Il a laissé une veuve et des enfants , qui , originaires du Midi , ont 
continué d'y résider à Theure qu'il est. 

Nous sommes redevables de ces détails sur la famille Caron à notre 
cousin, M. Boyard, gentilhomme français, originaire du dép. de 
l'Aisne , qui les a recueillis dans des archives domestiques. 

BUn, M. Aimé Blin, pasteur émérite à Hargicourt, dont il est 
question à la page 60 de notre précédent article, est décédé dans son 
village natal le 18 octobre 1899 à l'âge de 72 ans. 

En parcourant l'Album Studiosorum de l'Académie d'Utrecht, j'ai 
trouvé l'inscription suivante : — « 16 sept. 1847 : Christian Mattill, 
ex vico Erlenbrunn Rheno-Bavarus Th. A Theologiœ facultate pro- 
batus. i> 

Quoiqu'il ait habité quelque temps la Hollande , Chr. Mattill n'ap- 
partient point à la branche de la famille Matile qui fait le sujet de ces 
deux articles. Voici ce que des recherches sur lui et ses ancêtres 
m'ont appris: Ledit théologien Christian Mattill, du culte réformé , 
naquit à Erlenbrunn (Bavière rhénane), le 23 mars 1828. Il est mort, 
il y a quelques années, comme pasteur réformé à Steinwenden , loca- 
lité de la Bavière rhénane. Son frère Heinrich Mattill vit encore en 
Allemagne. Ils sont l'un et l'autre fils de Heinrich Mattill et de Su- 
sanna Fraseel. Ce Heinrich Mattill , né à Erlenbrunn le 9 décembre 
1795 , y est décédé le 6 mars 1867 ; son épouse Susanna Fraseel na- 
quit à Rodalbhof (commune de Lemberg), le 27 décembre 1798 et 



LE PASTEUR MATILE ET SA FAMILLE. 229 

mourut à Erlenbrunn le 31 décembre 1847. Heinrich Matthill avait 
un frère nommé Peter, qui a péri dans les guerres contre Napoléon I. 
Les registres d'Erlenbrunn mentionnent les noms des bisiû'euls du 
pasteur Christian Mattill. Ce sont : Peter Mattill et Maria Barbara 
Lutbie ; ils étaient originaires du village de Hoheinôd. Ici les recher- 
ches s'arrêtent, à cause de l'insuffisance et du mauvais état des regis- 
tres ecclésiastiques. D'après les renseignements que j'ai pris, on croit 
généralement dans ce village que les ancêtres des dits Mattill sont 
venus de la Suisse , d'où ils ont émigré. Il est permis d'admettre cette 
tradition comme certaine, puisque les recherches que j'ai faites sur 
d'autres Matile, dans d'autres pays de l'Europe et en Amérique 
(États-Unis), prouvent que toutes ces branches sont originaires de 
Neuchâtel. D'ailleurs les anciens registres de la Sagne offrent sou- 
vent des variantes , comme Mattil , Matil , Mathil , etc. 

Voilà à peu près tous les détails que nous avons pu retrouver sur 
la branche des Matile qui est venue s'établir en Hollande dans la 
personne de Henry Frédéric Matile (1671-1756) et dont les descen- 
dants, après avoir séjourné dans ce pays pendant plus d'un siècle, 
ont fini par s'établir dans le Nord de la France et à Suriname. Cepen- 
dant du temps de Henry Frédéric Matile il existait encore plusieurs 
autres Matile à la Sagne,sur lesquels nous possédons, par suite de 
recherches non interrompues , toutes sortes de détails généalogiques , 
historiques et littéraires, ce qui fait que nous avons pu suivre jus- 
qu'aux derniers descendants de ces branches dans plusieurs pays en 
Europe et en Amérique. Ces recherches , souvent pénibles , nous ont 
été facilitées par les nombreux et précieux renseignements que nous 
a fournis notre excellent ami , M. Ali Perret Matthey, secrétaire du 
Conseil général de la Sagne. Plusieurs de ces branches remontent au 
Xlliéme siècle et plus loin encore , mais elles se rattachent toutes à 
une commune origine ombrienne. Les Matile doivent être arrivés en 
Suisse vers la fin du XlIIième et le commencement du XI Vième siècle, 
peut-être même en 1309. C'est à cette date que la première colonie 
vint se fixer à la Sagne. C'est à la même époque que les familles 
Sandol (anciennement Sandoul) , Matthey, Montandon , Huguenin , 
etc., arrivées pour la plupart de Bourgogne, vinrent s'établir à la 



280 LE PASTEUB MATILB ET SA FAMILLE. 

Sagne. C'étaient des étrangers qui , comme l'on disait alors , venaient 
s'y haberger. De là leur nom de francs-habergeants. D'anciens manu- 
scrits du Xniièma et du XlViô'ûe giècle citent les Matile parmi les 
plus anciens francs-habergeants de la Suisse. Les chroniqueurs rap- 
portent que pour distinguer ces nouveaux- venus d'autres colons 
d'une autre origine et de condition inférieure , on les appelle francs- 
habergeants. Sauf de légères différences , on. peut comparer les francs- 
habergeants aux vrijen et aux eigenerfden qu'on trçuvait autrefois 
dans les Pays-Bas. Ils étaient libres et francs. 



APPENDICE. 

Détails généalogiques sur les ancêtres du Dr. 0. A. Matile : Le 
plus ancien de cette brancheest Jean Matile, né vers 1560. Son fils 
David, né vers 1600 environ, était ancien d'Église et justicier. Nous 
venons de le mentionner à la page 220. Un de ses cinq fils est Jean 
Matile , né à la Sagne , ancien d'Église , maître-bourgeois de Yalangin , 
qui acheta la paroisse des Ponts pour 100 florins. Son fiils Abraham 
Matile, baptisé à la Sagne le 31 octobre 1697, justicier, mourut 
dans son village natal le 15 février 1777, à l'âge de 80 ans. Il épousa 
le 31 mai 1726 Jeanne Marie, fille de David Vuille l'ancien. Veuve, 
elle mourut âgée de 83 ans, le 4 septembre 1787. Leur fils Abram 
Olivier Matile, baptisé à la Sagne le 26 septembre 1728, décédé 
dans son village natal le 14 mars 1 798 , âgé de 70 ans , avait épousé 
Marie Elisabeth Humbert. Ils eurent huit enfants, parmi lesquels 
Joël Matile, qui fut le père du Q^, G. A. Matile. Joël Matile, baptisé à 
la Sagne le 13 mars 1774, maire des Brenets, archiviste de la 
Principauté, Ingénieur des ponts et chaussées, directeur des Tra- 
vaux publics, Conseiller d'État, Bourgeois de Neuchâtel , etc. créa 
plusieurs grandes routes, telles que celle de la Glusette, celle de 
Rozières , la grand route de France aux Brenets , sur la chaussée de 



LE PâSTEUB MATUiE ET SA FAMILLE. 231 

Goudebas, etc. Il épousa Augustine Sandoz et mourut en 1829, âgé 
de 55 ans. 

Sa vie entière fut consacrée au service de son prince et de son pays. 
La seule récompense qu'il ait ambitionnée pour ses grands travaux a 
été la reconnaissance publique. 

Joël Matile portait : Écartelé : aux lier et 4iénie d'azur à la fleur 
de lis d'argent, aux 2ième et 3ième de gueules au mur crénelé d'ar- 
gent , maçonné de sable ; au chef d'or chargé d'une aigle déployée de 
sable. 

Amsterdam , juin 1 900. J. C. H. Matile. 



-^1^^^^ 



R APPOET 

ANNUEL DE LA COMMISSION DE l'HISTOIRE DES 

ÉGLISES WALLONNES, PRÉSENTÉ AUX DÉPUTÉS DES ÉGLISES 

WALLONNES RÉUNIS A LA HAYE LE 27 JUIN 1901 ET JOURS 

SUIVANTS. 



ooOOOOOOOQc 



Messieurs et très honorés Frères ! 

Composition de la Commission. Vous connaissez le coup qui est 
venu nous frapper depuis que nous vous adressions notre dernier 
rapport. Après du Rieu^ nous avons perdu Do;2fy, comme lui actif et 
zélé secrétaire de notre Commission. « A Theure où nous écrivons 
ces lignes , disions-nous dans le rapport de Tannée passée , il n'a pas 
encore pu reprendre régulièrement ses fonctions », mais nous nous 
bercions de Tespoir que ce serait bientôt; hélas! ce devait n'être ja- 
mais. Après de longues souffrances, il a été enlevé le 12 janvier de 
cette année; le fascicule du Bulletin en ce moment sous presse expri- 
mera plus complètement que cela ne peut avoir lieu ici ce que nous 
perdons en Do0y. M. Chavannes , qui pendant sa maladie avait fait 
l'intérim de ses fonctions, a été appelé par nous à lui succéder. Pour 
le reste , la composition de la Commission n'a pas varié. 

Finances, La Commission wallonne a approuvé nos comptes et 



RAPPOHT. Î33 

nous a de nouveau alloué un subside de f. 275. — , qui est le bien- 
venu et dont nous exprimons ici notre reconnaissance. 

Le comte de la Commission de Thistoire se balance par un bon 
solde de f. 7 36.1 6 Ys ) expliqué par le fait que la maladie de M. Bozy 
est venue retarder la préparation du supplément du catalogue , et que 
Ton a donc conservé en caisse la réserve destinée à le faire imprimer. 

Le compte de Temprunt accuse un bon solde de f. 497.9572* Nos 
rentrées avant le moment de payer les intérêts et Tamortissement ne 
seront pas suffisantes pour ce service ; il manquera environ f 250 y 
que nous prendrons temporairement à la caisse de la Commission , 
pour les restituer au moyen des rentrées subséquentes. C'est ce qui 
arrive toutes les années et qui n'a rien d'anormal , car cela tient aux 
époques de nos échéances , qui ne coïncident pas. £n réalité , les re- 
venus du capital suffisent presque à alimenter le service des intérêts 
et de l'amortissement , et l'appoint que nous avons à fournir devient 
d'année en année plus faible; en 1906 il fera place à un petit boni, 
qui dès lors ira en grandissant d'année en année. Le moment viendra 
donc où les Églises pourront diminuer les sacrifices qu'elles font 
pour leur bibliothèque; qu'ainsi, on ne les regrette pas , et que l'on 
veuille bien les continuer pendant les quelques années durant les- 
quelles ils seront encore nécessaires. Gomme les années précédentes , 
nous vous prions de bien vouloir procéder au tirage d'un titre , qui 
sera remboursé à la mi-septembre. 

Le compte de la bibliothèque se balance par un bon solde de 
f. ISS.lQVs- On a peu acheté, l'état de la santé de M. Do^eiy ne lui 
ayant pas permis de suivre les ventes. Nous ignorons donc si de ce 
chef quelque bonne occasion a passé inaperçue. Les achats n'ont ab- 
sorbé dans cet exercice que f. 20. — . Les contributions des Églises se 
sont montées à f. 99.50 pour le loyer (£ 2 de moins que l'année pas- 
sée ; f. 5 de moins qu'en 1899) , et à f. 315. — pour les achats et l'en- 
tretien (f. 4 de moins que l'année passée). Nous n'avons reçu le pro- 
duit d'aucune collecte. 

Le compte du legs Enschedé ne figurera désormais plus dans nos 
rapports , car les rentes en seront inscrites aux recettes du compte gé- 
néral de la Commission. Ceci constitue une bonne nouvelle que nous 



234 RAPPORT. 

avons le plaisir de vous annoncer. Le fonds Enschedé a été jusqu'ici 
administré à part, parce que les revenus en servaient à payer deux 
rentes viagères de f. 100 cliacune, de sorte que notre Ck)nimission ne 
retirait de ce legs aucun profit immédiat. Maintenant les rentes qu'il 
produit sont entièrement à notre disposition. En effet, quatre mem* 
bres de notre Commission ont libéralement fourni à frais communs la 
somme nécessaire pour acheter auprès d'une compagnie d'assurances 
les deux rentes viagères que nous avons à servir, et nous aurons dé- 
sormais la libre disposition du legs. Ce fait nous a délivrés d'un grave 
souci , dont vous avez souvent entendu l'écho , celui d'assurer le sa- 
laire de notre commis. La bibliothèque a pris une telle extension qu'il 
est de toute impossibilité de se passer d'un commis; or son salaire 
n'était assuré que jusqu'en 1902, époque jusqu'à laquelle l'anonyme 
qui nous a secourus avait promis de payer f. 10 paj semaine, outre 
les f. 2 que paye le compte de la bibliothèque. Le legs Enschedé étant 
devenu libre, cet anonyme a bien voulu promettre de parfaire, jus- 
qu'à ce que le fonds de l'emprunt puissey suffire, ce qui manque 
aux revenus de ce legs pour payer le salaire du commis; ce sera 
f. 290 par an que nous aurons encore le privilège de toucher de ce 
côté et sur lesquels nous savons que nous pouvons compter. Non seule- 
ment donc la position de notre commis actuel est devenue, non pas 
brillante, mais moins précaire; mais en outre, si nous venons, par 
une cause ou par une autre , à le perdre , nous serons en mesure de le 
remplacer, puisque nous pourrons promettre un traitement, trop mo- 
dique sans doute , mais au moins assuré. Les quatre membres de 
notre Commission qui ont rendu cette combinaison possible ont 
rendu un très grand service à nos Églises, de même que l'anonyme 
qui a promis de continuer de venir à notre secours. 

BuUetin. Depuis la dernière Réunion, la deuxième livraison du 
* huitième volume du Bulletin a paru ; la troisième est en préparation ; 
elle contiendra , de la main de M. Bourlier^ un article nécrologique 
sur Dozy^ accompagné de son portrait 

Livre synodal, M. Picard continue le grand travail de la confection 
de la table des matières et M. Hoek celui de la confection du registre 
alphabétique des noms propres. 



RAPPORT. 235 

Nous avons eu lieu de nous occuper de la question de savoir à qui 
appartient l'édition qui a été publiée, aux héritiers de M. .Enac%e(2^ 
ou à nous. Nous estimons que c'est à nous, mais il n'est pas certain 
que les héritiers seront du même avis. Nous avons entamé à ce sujet 
des négociations qui n'ont pas encore abouti au moment où nous 
écrivons ces lignes et dont nous ne pourrons vous communiquer le 
résultat que plus tard. 

CoUedion des fiches. On a commencé le classement des fiches de 
Sedan ; c'est fait pour les mariages et pour les premiers baptêmes du 
16e siècle. Ces derniers temps cependant ce travail a été suspendu , 
afin de hâter la préparation du supplément du catalogue. Le secré- 
taire-bibliothécaire espère pouvoir maintenant consacrer à cette im- 
portante affaire un temps dont jusqu'ici il n'a pas pu disposer. On a 
consulté la collection un peu plus que l'année passée ; le produit net 
a été de f. 66.I879 , soit de f. 20 en augmentation. Les recherches ont 
porté sur les noms suivants: Drolen vaux, Tirion,Wamaro,Meyer, 
van de Yelde , Sobels , Barbier, de Hemery, Dermout , de Moucheron , 
Thibout, du Pon, Lafargùe, Cartier, Mauvillon, Pigeaud, Tour- 
neaux, Boissevain, van Hoffen, Meunier, Pauw, de la Fontaine, 
Chais , Rousset , Duclos , Vertholen , Libot , Nolibois , Witte , Crome- 
lin, Paris, Lamaison, Hugueton, Qodet, Cossart,Favreau,Peron- 
neau, Poniche, Renaud, Ponnier, Tournier, Lourde, Rivaud, Fa- 
vard, Bonafons, Auret, Cambefort, Regy, Duvigneau, Momma, 
Saron , Eessler, Cheriex , Perrotet , du Moulin et van Lingen. 

Nous plaçons régulièrement des annonces dans le Befuge. 

Bibliothèque, La bibliothèque continue à être fréquemment consul- 
tée; nous avons prêté beaucoup de livres. Les acquisitions n'ont pas 
été nombreuses. Elles consistent en 52 volumes, 4 portraits et des 
photographies représentant les églises de Bois-le- Duc etdeZwoUe, 
l'hôtel de ville de Treignac (France) et , de Dwingeloo , la maison ap- 
"pelée « Huis Batinghe », dans laquelle le service divin avait ancien- 
nement lieu en français, et des maisons dans lesquelles ont habité 
des réfugiés. Nous avons reçu des dons de MM. F. Krop , M. A. Perk , 
Aug. Bernus , H. J. Schouten , J. C. H. Matile , A. Pynacker Hordyk , 
E. van Berenstein , J. W. Enschedé , H. D. Guyot , E. Hubert , C. G. 



236 RAPPORT. 

Chavannes , J. Bonzon , G. Bonot-Maury, E. Bourlier, P. K. van Len- 
nep et A. E. Garnier et des institutions suivantes : Huguenot Society 
of America , Bibliothèque de TAthénée de Deventer, Églises wallon- 
nes de Bois-le-Duc et de ZwoUe, Huguenot Society of London, Hu- 
genottenverein , Société de l'histoire du protestantisme français , So- 
ciété d'histoire et d'archéologie de Genève , et enfin des rédactions de 
la Eerkelyke Courant, du Refuge, du Christianisme au 19e siècle et 
du Wapenheraut. 

ExposUion^ universelle. Nous avons envoyé à l'exposition de Paris 
la collection de nos publications et avons été gratifiés d'une mention 
honorable. 

Divers. Nous avons pu faire prendre copie de quelques registres 
des Églises de Bleigny et d'Olne, qui se trouvent déposés dans les 
archives de Liège; M. l'archiviste Hubert de Liège a bien voulu nous ' 
seconder pour faire exécuter ce travail. 

M. Caland de la Haye nous ayant offert de copier gratuitement les 
registres de l'Église de Breskens , nous avons accepté avec gratitude. 

Il nous manque encore des portraits de nos pasteurs et des vues de 
nos temples ; nous nous permettons de rappeler la chose aux pasteurs 
et aux consistoires. 

Nous continuons de recommander vivement à l'intérêt de nos Égli- 
ses l'importante institution dont l'administration nous est confiée. 

(Signé) E. BouRLiEE, président. 

C. G. Chavannes , secrétaire. 

P.S. Depuis que ce rapport a été rendu , l'affaire du lAvre synodal a 
été liquidée; nous en avons été reconnus propriétaires. 






7 y,A^_^!^:l::Si^ 



JAN JACOB LODEWYK LUTI. 



Les Églises wallonnes ont eu le privilège de posséder maint servi- 
teur excellent ; elles n'en ont point eu de plus consciencieux queLuti 
et bien peu qui leur aient rendu des services aussi nombreux et aussi 
considérables que lui. Quand la maladie l'a enlevé à la vie active et 
confiné dans sa demeure, le monde vf allon en son entier en a conçu 
une vive douleur. Ceux qui l'avaient connu, Wallons ou autres, son- 
geaient avec une sympathie pleine de tristesse au malade, presque 
complètement perdu, mais en pleine possession de son intelligence, qui 
cinq ans durant a supporté avec une admirable sérénité les maux de 
son corps et, ce qui lui était une épreuve bien plus pénible, Tinaction 
à laquelle ils le condamnaient. C'est que tous ceux qui connaissaient 
Luti l'aimaient. Faut-il dire qu'il le méritait? Mais ses adversaires 
ecclésiastiques eux-mêmes, non seulement l'estimaieiit , mais encore 
l'aimaient pour peu qu'ils l'eussent approché d'un peu près. Quant 
aux Wallons , ils ne séparaient pas l'homme public de l'homme privé. 
Tout entier , celui qui nous a quittés était leur Luti 

De brillant il n'en avait point ; de taille peu élevée , trapu , large de 
visage, il ne possédait pas l'élégance physique. Voyez pourtant le 
portrait que nous avons joint à ces lignes ; n'êtes- vous pas frappés du 
beau regard de notre ami , quoique la photographie ne puisse le rendre 
que d'une manière bien insuffisante? Admirez cette clarté, cette fer- 
meté et cette profondeur, unies à la plus parfaite bienveillance. Vous 
ne pouvez pas ne pas vous sentir attiré; vous devinez l'homme qui, 

VIII. 16 



288 JAN JACOB LODEWYK LUTI. 

en même temps, sera administrateur aussi exact que compétent, 
membre influent des corps dirigeants , dont la parole, toujours écou- 
tée, si elle ne doit pas toujours être suivie, apportera la lumière dans 
les débats , sans jamais j introduire l'acrimonie , et dans la vie privée 
causeur des plus aimables, instruit, enjoué, parfois ne dédaignant 
pas de mêler à la conversation un grain de malice, mais toujours 
amical , incapable d'une intention blessante , dont le commerce intime 
sera précieux à ceux qui auront le privilège d'y être admis. — Regar- 
dez aussi la bouche ; elle est très remarquable , non pas qu'elle ait été 
taillée en conformité des règles de la statuaire grecque, mais parce 
qu'elle est extrêmement expressive. De quoi ? Elle a quelque chose 
d'énigmatique ; on se demande ce que signifie ce relèvement du côté 
droit. Est-ce de l'ironie? Est-ce de la raillerie? Au premier abord on 
pourrait se sentir un peu inquiet Mais tout l'ensemble de la physio- 
nomie respire si complètement la bonté qu'on se rassure; non , ce ne 
sont pas les traits brûlants d'une satire impitoyable qui vont être lan- 
cés par ces lèvres; pourtant elles signifient bien ceci, que, si vous 
avez le malheur de dire une sottise, elle ne passera pas inaperçue ; ces 
lèvres veulent dire que celui qui les possède est un homme qui voit , 
qui écoute, qui comprend et qui, au besoin , saura faire sentir qu'il 
comprend et qu'il juge , sans aucune méchanceté , mais avec beaucoup 
de perspicacité. Il ne dira rien sans nécessité, mais ce qu'il dira sera 
juste et fin. Notre pacifique Luti était très spirituel. — Ce que vous ne 
voyez pas sur le portrait , c'est sa parfaite modestie. Il savait bien 
qu'il avait de l'instruction; c'était défait un esprit très cultivé, par- 
faitement au courant des questions théologiques et de plus versé dans 
les littératures anciennes et modernes ; mais il n'avait pas l'ombre de 
prétention , parlait des choses parce qu'elles l'intéressaient , mais sans 
chercher en quoi que ce soit à se distinguer ou à faire étalage de 
science ou de goût , de même que dans les débats publics il traitait la 
question pour la question , sans aucune préoccupation personnelle. 
Aussi savait-il laisser parler les autres et, ce qui est bien difficile à 
certains, se taire quand il n'avait rien à dire. U a occupé avec une 
simplicité parfaite la haute position de président du Synode de l'Église 
réformée des Pays-Bas , réélu d'année en année par ses collègues pen- 



JAN JACOB LODEWTK LTJTI. 239 

dant hait ans , preuve de la manière dont on appréciait , et sa compé- 
tence, et son impartialité, et son aménité; se sentant capable, il ac- 
ceptait, mais si on lui eût préféré quelqu'un d'autre, il n'en eût 
éprouvé , et encore moins manifesté , aucun dépit Lorsque , un peu 
tardivement, il fut créé chevalier du Lion néerlandais, cela lui fit 
grand plaisir, mais ne vous figurez pas qu'il eût en aucune manière 
cherché cette distinction ou fait quelque démarche que ce soit pour 
l'obtenir ; et si sa décoration lui a fait plaisir, soyez bien certains que 
c'est autant pour l'honneur qui en rejaillissait sur les Églises wallon- 
nes que pour celui qui lui était fait à lui-même. 

L'auteur de ces lignes a connu Luti pendant un demi-siècle et était 
compté par lui parmi ses amis. On pourrait donc le suspecter de quel- 
que partialité involontaire. Que l'on écoute donc une voix plus auto- 
risée que la sienne , celle de M. le professeur van Boneval Faure. 
Nous traduisons les lignes suivantes, qu'il écrivait à la veuve à l'oc- 
casion du décès de notre ami : 

a II vous reste quelque chose de bien précieux, le bienfEÛsant sou- 
venir des bonnes années passée avec lui , de tout ce que vous avez 
reçu de lui d'excellent pour l'intelligence et pour le cœur. C'est le cas 
de tous ceux qui ont eu le plaisir de le connaître. J'ai eu le privilège 
de collaborer pendant plusieurs années avec votre excellent mari, et 
j'ai eu ainsi l'occasion de connaître et d'apprécier ce qne valaient sa 
tête et son cœur. Son infatigable activité , l'intérêt consciencieux avec 
lequel il se consacrait à tout objet dont le soin lui était confié , surtout 
son affabilité si simple , si spontanée , sa serviabilité , son caractère 
foncièrement conciliant, son intime respect pour les convictions 
d'autrui , pour peu qu'elles lui parussent sérieuses , tout cela était 
devenu pour ainsi dire proverbial parmi nous , et nous le considérions 
comme la vivante incarnation de ce que nous avions coutume d'appe- 
ler VesprU waUon. Tel je l'ai connu au Synode , au sein de la Commis- 
sion wallonne , dans les Réunions des Églises wallonnes. Jamais je ne 
l'ai vu autre ; aussi ai-je toujours eu grand plaisir , en dehors de ces 
rencontres officielles , d'entretenir avec lui les plus cordiales relations, 
soit par correspondance, soit lorsque j'ai pu faire avec lui échange de 
vues sur les sujets qui nous intéressaient en commun. S'il ne s'est pas 



240 JAN JACOB LODEWTK LTJTI. 

distingué par ce que l'on appelle des facaltés brillantes , il a exercé 
une profonde et bienfaisante influence par toute sa manière d'être dans 
la vie publique et privée , marquée au coin de ce qui sort d'une âme 
foncièrement chrétienne x>. 

Le dimanche 29 décembre 1901 le pasteui* qui monta en chaire 
dans le temple wallon de Rotterdam était fort ému ; il venait d'appren- 
dre, et était chargé d'annoncer aux membres de l'Église, que la veille 
au soir leur ancien pasteur , J.- J.-L. Luti , avait poussé le dernier sou- 
pir. Luti était né à Maestricht le 6 février 1831 ; il étudia la théologie 
à l'université d'Utrecht et fut admis au saint ministère par la Com- 
mission wallonne en 1853. Les lecteurs du Bulletin ont eu de sa pro- 
pre main quelques détails intéressants relatifs à son séjour à IJtrecht. 
C'est dans un article nécrologique consacré au souvenir de son ami, 
le pasteur H.-C. Laatsman (voy. Bull, tome V, pages 202 et suiv.). 
Pour ceux qui n'ont pas le volume sous la main , nous en extrayons 
les lignes suivantes : 

(( Laatsman partit en 1851 pour l'université d'Utrecht H y trouva 
quatre étudiants en théologie (Geselschap , Luti , Perk , Steendyk) , 
qui se préparaient en vue du ministère dans nos Églises wallonnes. 
Poursuivant un but commun, ces cinq étudiants se rapprochèrent 
les uns des autres. Afin de pouvoir mieux s'appliquer à l'étude de la 
langue et de la littérature françaises, ils décidèrent, peu après l'arri- 
vée de Laatsman , de fonder une société , qu'ils appelèrent la WàUonia. 
Quand ils étaient en séance, les membres portaient, attachée à un 
ruban bleu , une médaille sur laquelle était gravée la devise de la 
Wallonia : « Ce qui n'est pas clair n'est pas français ». Une fois par 
semaine on se réunissait le soir chez un des membres, à tour de rôle . . . 
Puis , quand les travaux étaient finis , on achevait ensemble la soirée 
en causant comme on sait le faire à cet âge , discutant de omni re sci- 
bili et quibusdam aliis^ de sorte que bien souvent il était déjà fort avant 
dans la nuit avant que l'on songeât à se séparer ». 

« Deux anciens membres de la Wallonia sont déjà décédés », ajou- 
tait Luti , non sans mélancolie, en 1892 , lorsqu'il écrivait ces lignes ; 
a mais ceux qui sont encore en vie se souviendront avec plaisir, leur 



JAN JACOB LODEWYK LUTI. 241 

vie durant, des bonnes soirées qu'on passait ensemble, soirées dans 
lesquelles se sont formés des liens d*amitié qui dureront autant que la 
vie », et Perk, que nous avons le bonheur de posséder encore, pour- 
rait nous dire si la dernière phrase consacrée par Luti à Laatsman ne 
s'applique pas en plein à lui aussi : 

a Ceux qui ont été membres de la Wallonia en même temps que 
Laatsman se rappelleront toujours combien , par son entrain , il savait 
contribuer pour sa part à rendre ces soirées cordiales et joyeuses y>. 

En 1853, dès qu'il eut été admis au saint ministère, Luti fut 
nommé a suffragant-catéchiste j> dans l'Église de Leyde (espèce de 
suffiragance, actuellement supprimée, dont le titulaire exerçait, sous 
le contrôle des deux pasteurs, toutes les fonctions pastorales, sauf le 
baptême et la sainte cène, interdits à ceux qui n'étaient que a propo- 
sants 7> ; les règlements de l'Église réformée des Pays-Bas estiment 
que l'on peut avoir suffisamment de saint esprit pour prêcher, pour 
catéchiser et pour visiter les membres de l'Église , sans pour cela en 
avoir la mesure nécessaire pour baptiser et pour rompre le pain de la 
sainte cène). Les Églises wallonnes tiennent beaucoup à ce que ceux 
qui se destinent à leur service dans le ministère aient une préparation 
aussi complète que possible et elles facilitent libéralement à ceux de 
leurs étudiants qui ont achevé leurs études dans le pays un séjour 
supplémentaire en pays de langue française. Luti s'estima très heu- 
reux de pouvoir profiter de la chose ; avant donc d'entrer en fonctions 
à Leyde, libre de préoccupations sur son a venir, puisque il avait sa 
place assurée, il partit joyeux pour la Suisse. Il passa trois mois à 
Lausanne et trois à Oenève, suivant les cours , frayant avec les étu- 
diants ; ne parlant que le français , si bien que cette demi-année passa 
pour lui comme un songe agréable. Il aimait plus tard à reporter sa 
pensée vers ce bon temps et il en parlait volontiers. 

Tout doit avoir une fin et Luti vint à Leyde, joyeux du reste d'en- 
trer dans la vie active et espérant se rendre utile. C'est là que l'auteur 
de ces lignes, lui-même alors étudiant en théologie, fit la connais- 
sance, pour lui bien précieuse, de Luti , qui prenait très à cœur ses 
fonctions et se préparait déjà à devenir le catéchète hors ligne qu'il a 
été par la suite ; pas n'est besoin de dire qu'il était de mœurs irrépro- 



342 JAN JACOB LODEWYK LUTI. 

chables, ayant acquis cette piété qui ne se nourrit, pas de mots et de 
phrases, mais qui est dans l'âme ane source de sanctification ; mais , 
sérieux toujours et grave dans les choses graves , il n'avait pas abdi- 
qué la jeunesse (il est resté toute sa vie jeune de cœur). Quel excellent 
camarade ! Quelles bonnes heures , gaies , simples , franches , nous — 
un petit cénacle qui s'était formé autour de lui — nous avons passées 
dans cette modeste chambre d'étudiant qu'il habitait au Stille Rgn ! 
Nous avons dit là des choses sérieuses , nous y avons aussi dit des 
bêtises; mais je ne me souviens pas d'avoir jamais entendu sortir de 
sa bouche quoi que ce soit dont il eût dû avoir honte. Ce gai jeune 
homme avait l'âme pure, et certainement, à côté des qualités très 
grandes de son esprit , c'est là que se trouve une des principales cau- 
ses de l'attrait qu'il a toujours exercé sur ceux qui l'ont approché 
d'un peu près. Ajoutons que Luti, que les cours des professeurs 
d'Utrecht n'avaient point complètement satisfait, profita de son séjour 
à Leyde pour suivre avec beaucoup d'intérêt ceux de Scholten et de 
Kuenen, qui ont illustré cette université ;Tiele n'y était pas encore. 
Nous ne le considérions pas comme un grand prédicateur. U était 
très nerveux et très défiant de lui-même et n'a jamais osé se lancer à 
prononcer librement un discours écrit d'avance , encore moins à se 
contenter de la méditation pour se préparer, et à parler là-dessus 
d'abondance ; il a toujours lu ; ses discours , déjà à Leyde , étaient so- 
lides et édifiants , mais la lecture en atténuait considérablement l'effet 
U est extrêmement regrettable qu'il n'ait jamais pu surmonter cette 
crainte, car nous avons été à même de constater , dans des occasions 
trop rares, où il a dû parler d'abondance, qu'il possédait un vrai 
talent de parole. II n'aurait probablement jamais été un orateur bril- 
lant, mais il possédait les dons qui auraient fait de lui un orateur 
extrêmement attachant , capable de produire des impressions durables 
et salutaires. Je n'ai point de doute qu'il n'en ait produit, mais je 
crois , et je ne suis pas le seul à le penser, que sa défiance delui-même 
l'a empêché d'en produire autant que cela eût été possible. 

n ne pouvait s'éterniser dans sa suflragance et , ne recevant pas de 
vocation dans les Églises wallonnes , oii il n'y avait plus de places va- 



JAN JACOB LODEWYK LUTI. 243 

cantes , il accepta la vocation de l'Église hollandaise de Eenigenburg , 
oii il fut installé le 30 janvier 1859. Il n'y resta que deux ans , mais y 
laissa d'excellents souvenirs. Le consistoire de l'Église wallonne de 
Middelburg créa à son intention une seconde place de pasteur et l'y 
appela ; il y fut installé de 2 décembre 1860. Il a occupé ce poste pen- 
dant vingt-deux ans et demi , pour passer au service de l'Église wal- 
lonne de Rotterdam , dans laquelle il a été installé le 1 5 avril 1883. 

Luti était tout désigné par les qualités de son esprit et par son ca- 
ractère à prendre part au gouvernement des Églises wallonnes. La 
Réunion de Zwolle, en 1872, l'élut membre de la Commission wal- 
lonne et celle-ci l'appela bientôt après aux fonctions absorbantes et 
difficiles de son secrétaire. Il les a remplies jusqu'à ce que la maladie 
vînt couper court à toute son activité. Ainsi, pendant près d'un quart 
de siècle, il a été la cheville ouvrière des affaires wallonnes, connais- 
sant à fond les règlements , interrogé par chacun sur toutes les ques- 
tions qui se présentaient, et toujours, non seulement serviable, mais 
en même temps compétent comme pas un ; que d'avis il a donnés de 
vive voix et par écrit , et dans la Réunion combien sa voix était écou- 
tée ; combien de cas difficiles il a contribué à résoudre de façon à con- 
cilier la justice et la charité; connaissance des questions^ clarté de 
vues , lucidité de parole , tact , esprit de concorde , il possédait tous les 
dons nécessaires pour faire de lui un secrétaire modèle, et c'est ce 
qu'il a été. Les Wallons ne sont d'ordinaire pas phraseurs. Yoici , dans 
leur style sobre, comment le rapport de la Commission wallonne sur 
la Réunion de Delft en 1897 s'exprime au sujet de la retraite de 
notre ami : 

a Nos Églises ont aussi tenu à envoyer ce jour-là à M. Luti un té- 
moignage de leur gratitude et de leur affection. Nommé pour la pre- 
mière fois en 1872, à la Réunion de Zwolle, membre effectif de la 
Commission wallonne, il en devint peu après le secrétaire; il a rempli 
ces fonctions pendant près de vingt-cinq ans avec un zèle, une exac- 
titude et une connaissance des affaires jamais en défaut. Il a ainsi 
rendu à nos Églises, aux consistoires et aux pasteurs des services in- 
appréciables , et s'est acquis l'estime et l'affection de tous par son tact, 



244 JAN JACOB LODEWYK LUTI. 

sa bienveillance et sa droiture y>. Ce que Ton dit là n'est pas peu de 
chose, si l'on réfléchit que tous les pasteurs n'ont pas bon caractère; 
quelque regrettable que ce soit, il y en a dont l'aménité n'est pas la 
vertu; naturellement le secrétaire a affaire à ceux-ci autant, si ce 
n'est plus , qu'aux autres ; il a à faire avec tous les pasteurs ; or , ceux 
que l'on pourrait appeler de caractère difficile ne lui ont jamais cher- 
ché querelle; a sa grâce est la plus forte », dit Alceste de Gélimène; 
de Luti il faut dire : a Son aménité était la plus forte ]>, on ne pouvait 
pas se disputer avec lui. Discuter , c'est autre chose. 

(( Il n'est pas bon que l'homme soit seul ]>, le pasteur non plus. Il y 
en a d'excellents qui sont restés célibataires et cela a été le cas de Luti 
jusqu'en 1874; mais il lui valait beaucoup mieux ne pas le rester. 
Cette année-là la Réunion s'est tenue à Groningue. C'est là que nous 
avons appris que notre ami avait eu le bonheur de se fiancer avec 
Mlle A.-P. van Cappelle. Comme il était content ! Il écrivait tous les 
jours à sa fiancée et même nous l'en plaisantions; lui, il laissait pas- 
ser nos brocards plus ou moins spirituels avec l'impassibilité d'un 
homme heureux. Tout son cœur était là-bas ; mais sa tête était à ses 
devoirs de secrétaire, qu'il a remplis, a sans rien omettre et sans pré- 
variquer }), absolument comme s'il n'eût point eu ailleurs de préoccu- 
pations absorbantes. Le 30 juillet fut serré ce lien qui lui a été si doux 
et si précieux. Il a vu, je n'ose pas dire célébré, ses noces d'argent, 
hélas ! lui impotent et déjà attendant la mort comme une délivrance, 
la mort , qui cependant était encore séparée de lui par deux ans et 
demi de souffrances. Mais je me trompe. Il a vraiment célébré ce jour , 
sans aucune pompe extérieure, sans festins ni danses, mieux que 
tout cela , avec sa chère épouse et leur fils bien aimé, ses deux fidèles 
gardes- malade, tous trois se réjouissant au fond de l'âme, au milieu 
même de l'affliction, de ce qu'ils avaient été donnés les uns aux 
autres. Saintes joies de la famille , que seuls goûtent dans toute leur 
saveur ceux dont le cœur est vraiment aimant, elles ont été accordées 
largement , pleinement à notre ami Luti. U en a aussi connu les tris- 
tesses. Des deux enfants , fruits de l'union de ces époux , un a été ravi 
par la mort à leur tendresse. Le fils qui reste, bravejeune homme , qui 



JAN JACOB LODEWYK LUTI. 245 

a conscience du bel héritage de vertu et de bonté que lui a laissé son 
père, est l'appui et la consolation de la veuve. 

La parfaite connaissance des affaires ecclésiastiques que possédait 
Luti le désignait tout naturellement au choix de la Commission wal- 
lonne lorsqu'elle eut à élire un député au Synode de l'Église réformée 
des Pays-Bas en remplacement de M. Oerlach , qui l'avait représentée 
plusieurs années de suite. De 1875 à 1884 Luti la représenta digne- 
ment à son tour et gagna si bien l'estime et la confiance de ses collè- 
gues qu'ils firent bientôt de lui leur président et dès lors le rééliront 
d'anné en année à cette importante fonction. Il a donc été très mêlé 
aux agitations considérables qui ont signalé ces dix années , et pas 
n'est besoin de dire que son influence s'y est fait grandement sentir. 
Nous ne pouvons pas ici entrer dans le détail, car il faudrait passer en 
revue l'histoire ecclésiastique des Pays-Bas pendant toute une péri- 
ode; mais nous ne saurions passer sous silence les motifs qui ont 
décidé Luti à se démettre de fonctions pour lesquelles il se sentait fait 
et qu'il exerçait avec plaisir. Us se résument d'un seul mot , prononcé 
par lui : a Je ne veux pas persécuter j>. C'était l'époque de troubles et 
de luttes qui a précédé et préparé le chisme provoqué un peu plus 
tard par le parti de M. Abraham Kuyper , ce que l'on a appelé la dolé- 
ance. Les esprits étaient dans le Synode extrêmement animés , pour 
ne pas dire aigris ; Luti prévoyait que l'on aurait recours aux mesures 
disciplinaires et ne voulut pas courir le risque d'avoir à s'y associer, 
n donna donc sa démission. 

Les Églises wallonnes lui sont profondément reconnaissantes de 
son travail au sein du Synode , tout entier dirigé vers les intérêts de 
l'ordre, de la paix, de la concorde, de la justice, de la charité. U n'a 
pas mieux réussi que Jésus auprès des Juifs, mais il n'a pas travaillé 
en vain ; il reste quelque chose de son influence, un levain de progrès, 
qui finira par pénétrer toute la pâte. 

Je ne puis pas décrire l'activité pastorale de Luti, l'ayant, parla 
nature des choses , suivi de trop loin pour en posséder une image con- 
crète. Ce que je sais, c'est à quel point il était estimé et aimé. Que 



246 JAN JACOB LODEWYK LT}TI. 

ceax-là, et ils sont nombreux, en disent davantage qui l'ont vu 
auprès d'eux dans leurs joies et dans leurs peines , qui ont reçu ses 
précieux conseils , qui ont été par lui encouragés et reconfortés. Et de 
même aussi pour ce qui concerne ses excellents catéchismes^ ce sont 
ses élèves qui pourraient seuls nous bien dire ce qu'étaient ses leçons. 
Il n'a rien publié, lui qui aurait été si à même d'éclairer ses collègues 
à la lumière de son expérience ; c'est avant tout sa modestie qui en 
est coupable; je le regrette vivement. Il va sans dire que je me suis 
entretenu avec lui de ces questions, mais cela n'a jamais été de propos 
délibéré et je ne suis pas en état de donner des indications précises 
sur sa méthode , quelque intéressant que cela dût nécessairement être. 
Il est certain que Luti était devenu un catéchète hors ligne. 

Cela devait être, puisqu'il a admirablement réussi en qualité de 
chapelain de la prison. Quelle meilleure preuve pourrait-on en désirer 
que le fait^ parfaitement avéré, qu'il lui est arrivé de rencontrer un 
homme de peine, qui l'a arrêté pour lui dire : 

a Jamais je ne vous oublierai , et vous pouvez être bien certain que 
je ferai en sorte de ne pas retourner là où vous m'avez trouvé ». Ce cas 
n'est pas isolé. Les détenus aimaient sa prédication ; une fois qu'il 
n'était pas venu (naturellement pour une excellente raison), on enten- 
dit exprimer des regrets ; où reste a le gros » ? , disait un de ces hom- 
mes. J'ai une lettre fort intéressante de M. l'ancien pasteur Jorissen , 
qui a été le collègue de Luti à la prison. Que l'on me permette de la 
traduire : 

(( Je ne me rappelle pas les détails concernant le temps où notre 
excellent Luti et moi étions ensemble en fonction dans la prison cel- 
lulaire. Il me faudrait pour raffraîchir mes souvenirs avoir sous la 
main le livre où sont consignés les méfaits de nos malades ^ 

« Caractéristique était sa grande modestie. Lorsque je l'invitai à 
partager avec moi l'œuvre pastorale de la prison , et que je lui exposai 
ce que l'on exigeait de nous et aussi ce que peu à peu la coutume 



1 M. Jorissen a mis en hoUandais patienten, ce qui ne peut se traduire qne par 
malades \ pqur lui et pour Luti la prison était un hôpital moral .. . J^allaisdire 
quelque chose , mais je ne veux pas gâter cela par mes réflexions. 



JAN JACOB LODEWYK LUTI. 247 

avait établi , il recula en vue de la prédication. c( c( Je ne puis pas j> y> , 
me dit-il. Je me moquai de lui. ce a Non , non ; je ne suis pas du tout 
improvisateur j> d. En effet , il comprenait parfaitement que la prédi- 
cation dans la prison est d'un genre particulier, moins un discours 
qu'une allocution, sérieuse, simple, cordiale, qu'on ne peut écrire, 
sans compter que ces prédications sont trop fréquentes pour permettre 
le travail de la composition régulière. Il accepta cependant sur mes 
instances ; il se mit de tout cœur à l'œuvre et c'est étonnant comme 
il y prit goût, a a C'est si bon de parler comme cela librement » j> , 
disait-il avec d'autres choses du même genre ; et nos gens l'écoutaient 
volontiers. 

(K Tous les lundis , de dix à une heure , nous étions à la prison ; nous 
visitions les internés en suivant un rôle que nous avions élaboré en- 
semble, les nouveaux arrivés, les partants et les vieux clients. Cha- 
que détenu recevait une visite de nous une fois tous les deux mois. 
Chacun de nous s'armait de sa liste et allait de cellule en cellule; vers 
une heure nous nous retrouvions dans notre chambre, prenions nos 
notes et nous communiquions nos observations. Ces entretiens nous 
étaient extrêmement agréables. Ses remarques avaient une grande 
justesse et étaient parsemées de vues spirituelles et sagaces. Il avait 
une grande profondeur de sentiment, savait se mettre à la place des 
gens, entrer dans leurs intérêts, et il a beaucoup fait pour aider à 
mettre à flot , ou au moins essayer de mettre à flot , les détenus libérés 
qui s'en montraient dignes , ou de qui l'on pouvait encore espérer 
quelque chose. 

a Lorsque je lui annonçai que l'état de ma gorge me forçait à me 
retirer, il me dit : « (c J'aurais grand regret quant à moi d'être obligé 
de le faire. J'éprouve dans la prison quelque chose de salutaire ; je 
sens qxxejefais quelque chose^ que mon travail n'est pas inutile , et 
certes je n'ai pas toujours eu ce sentiment en exerçant mes autres 
fonctions pastorales » }>. 

a Pourquoi cet homme de bien a-t-il eu si peu de confiance en lui- 
même? Il se faisait à lui-même une place beaucoup plus humble qu'il 
ne méritait Je l'aimais beaucoup; nous nous étions déjà connus 
comme étudiants, et à Rotterdam nos conférences hebdomadaires 



248 JAN JACOB LODEWTK LUTI. 

l'ont fait de semaine en semaine grandir dans mon estime. La dernière 
fois que je l'ai vu , c'était je crois en octobre avant sa mort , il était 
dans son lit de souffrance et il m'a inspiré la plus vive commisération. 
Quelle fin tragique que ce'long martyre ! Mais dans cet asyle de la ma- 
ladie il y avait quelque chose de bien bon , sa patience et l'inépuisable 
dévouement de son épouse; c'était saisissant, et l'on franchissait le 
seuil , triste sans doute, mais non pas assombri y>. 

Qu'ajouterais-je? a Tout respire en ces lieux; les fleurs des cime- 
tières ne croissent pas ici }>. Il y a un parfum qui reste de ceux qui, 
ayant aimé Dieu , ont aimé ce qui constitue la véritable humanité ; ils 
ne sont jamais tout à fait morts ; j'ai eu le privilège de passer quelques 
heures avec Madame Luti dans la chambre qu'avait habitée le malade 9 
eh bien! il était là encore; iln'était pas entièrement parti, et c'était 
doux, très doux, ce Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur; ils 
se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent d. 

Écrit le jour de l'anniversaire de mon ami Luti, le 6 février 1902. 

C.-G. Ch A VANNES. 

P.S. Ce qui précède était imprimé, lorsque je me suis aperçu d'une 
lacune regrettable. Luti n'a jamais refusé son concours aux bonnes 
œuvres et y a consacré beaucoup de temps et de travail ; parmi un 
grand nombre de sociétés dont il a fait partie , je ne puis passer sous 
silence la Société néerlandaise des missions, du comité central de 
laquelle il a fait partie pendant plusieurs années , extrêmement ap- 
précié par ses collègues pour sa haute impartialité et pour l'excellence 
de son jugement, et la colonie de Mettray, dont le comité directeur l'a 
eu pour secrétaire , ce que personne ne prendra pour une sinécure. 



-*B8S«— 



D^UN SIÈCLE À L^ AUTRE. 

LES ÉGLISES WALLONNES DANS LEURS RAPPORTS 

AVEC L'ÉTAT, DE 1801 À 1901. 

DISCOURS PRONONCÉ POUR L'OUVERTURE DE LA 

RÉUNION DES DÉPUTÉS DES ÉGLISES WALLONNES , ASSEMBLÉS 

À LA HAYE LE 27 JUIN 1901 ET JOURS SUIVANTS. 



I 1 1 pi^ 1 1 



On demandait an jour à je ne sais plus quel acteur de la Révolution 
française : Qu'avez- vous fait durant cette période ? — J'ai vécu, répon- 
dit-il , et , dans sa brièveté , cette réponse ne laissait pas d'en dire long. 
Elle évoquait toute une succession de difficultés, d'épreuves, de lut- 
tes, de déchirements , de tourmentes, d'oii personne , semblait-il , ne 
pouvait réchapper. J'ai vécu : cela signifiait : j'ai été assez heureux ou 
assez habile pour surmonter tous les dangers , pour passer à travers 
toutes les tempêtes. 

En commençant ce nouveau siôcle, nos Églises, à qui leur poserait 
la question : Qu'avez- vous fait durant les cent ans écoulés ? pourraient 
répéter : Nous avons vécu. Et si nous sommes assemblés aujourd'hui 
dans un sentiment de sécurité, assurés du lendemain, il y aurait une 
souveraine ingratitude à oublier à qui , après Dieu , nous devons cette 
ère de tranquillité. D'autres ont travaillé: nous recueillons le fruit de 
leurs travaux ; ils ont combattu et nous ont légué le bénéfice de leurs 
victoires. Dans les jours d'angoisse mortelle , d'impuissance désespé- 
rante , ils ne se sont ni lassés , ni découragés , ni abandonnés , et c'est 



250 d'un siècle à l'autre. 

pourquoi je voudrais, en retraçant à grands traits une partie de leur 
œuvre , envoyer à leur mémoire un souvenir reconnaissant 

Le XTXe siècle , surtout dans sa première moitié , a été en effet pour 
nos Églises wallonnes une série de crises presque ininterrompue. Jus- 
qu'à la Révolution de 1795 , l'Église réformée avait été dans les Pro- 
vinces Unies l'Église dominante, l'Église d'État. Cette Église^ après le 
Synode de Dordrecht, avait conservé des disciplines différentes sui- 
vant les provinces et des synodes particuliers dans les diverses pro- 
vinces. Les Églises wallonnes répandues sur tout le pays formaient 
un ressort distinct, où n'entraient pas cependant toutes les commu- 
nautés de langue française (Groningue, par exemple, à qui le ma- 
gistrat refusait l'autorisation) , vivaient de leur vie propre , avaient 
leur Synode et, tout en entretenant des rapports fraternels avec les 
Églises hollandaises , jouissaient d'une complète autonomie. Les choses 
en étaient là, quand l'Assemblée nationale batave, le 18 août 1795, 
décréta que désormais il n'y aurait plus d'Église privilégiée ou domi- 
nante , que toutes les résolutions et dispositions , fondées sur l'ancien 
principe de l'union de l'Église et de l'État, seraient tenues pour nulles 
et de nul effet et que toutes les confessions religieuses seraient libres 
et égales devant la loi. 

Il est facile de comprendre l'émoi que dut produire cette proclama- 
tion. On n'a pas joui de privilèges pendant plus de deux siècles sans 
prendre l'habitude de les regarder comme un droit intangible. Aussi, 
tandis que les catholiques relevaient la tête , que les sectes dissidentes, 
jusqu'alors simplement tolérées, se prenaient à respirer, ceux qui 
avaient possédé exclusivement les faveurs de l'autorité furent saisis 
de préoccupation et de crainte. Le danger commun les rapprocha: 
flamands et wallons, qui auparavant se jalousaient plutôt, délibérèrent 
ensemble ; le pasteur Robert , d'Amsterdam , représenta les Églises 
wallonnes dans les réunions ecclésiastiques d'Utrecht, qui tentèrent de 
modifier les décisions de l'Assemblée nationale, ou tout au moins vou- 
lurent lui rapporter les vœux des Églises réformées. On sait à quoi 
aboutirent ces efforts. L'Assemblée nationale en 1798 vota la sépara- 
tion absolue de l'Église et de l'État, en assurant seulement pendant 
trois années aux différentes communautés le traitement de leurs pas- 



d'un siècle à l'autre. 251 

tours : le temps de se procurer de nouvelles ressources. Â ce moment, 
nos Églises au nombre de 32 comptaient 48 pasteurs. 

Bans cette occurence , il y eut comme un réveil dans toutes les 
Églises. Pour entretenir des pasteurs ou pourvoir aux frais du culte, 
quand les biens d'Église auraient été sécularisés , on institua des col- 
lectes à domicile ou dans les temples ; on ouvrit des souscriptions qui , 
en quelques jours, se couvrirent de signatures. L'élan fut général 
dans toutes les classes de la société et permettait de regarder avec con- 
fiance l'avenir. CTne nouvelle révolution rendit ces préparatifs super- 
flus et ce fut un malheur pour les Églises. En 1801 , le Directoire fut 
remplacé par le grand pensionnaire Schimmelpennink ; une nouvelle 
constitution fut promulguée, qui rétablissait à peu près les cultes dans 
leur ancienne situation ; les traitements des pasteurs étaient mainte- 
nus; les intérêts temporels étaient garantis. C'est sur cette accalmie 
que s'ouvrit le XIXe siècle ; mais elle ne devait pas être de longue 
durée. > 

Lorsque le frère de Napoléon , le roi Louis ^ monta sur le trône , il 
entendit appliquer aux Églises de Hollande les procédés que l'empe- 
reur appliquait en France,et il faut ajouter qu'il trouva dans l'adminis- 
tration des serviteurs complaisants de ses vues, si complaisants qu'il 
dut parfois modérer leur zèle. Le 2 août 1808, un décret royal réglant 
tout ce qui est relatif à l'exercice de la religion statuait que a les biens 
et fonds ecclésiastiques, pour autant qu'il servent à payer, soit en 
tout, soit en partie, les traitements ecclésiastiques, seront réunis au 
trésor public, lequel sera chargé, en retour, des susdits paiements j>. 
Quant à la quotité de ces traitements , le roi se réservait de la fixer 
après enquête de l'administration des cultes, et il laissait aux commu- 
nautés le soin de pourvoir à toutes les autres dépenses du culte. 

Ces dispositions générales faisaient suite à toute une série d'arrêtés 
particuliers rendus depuis 1806, dès l'installation du nouveau Souve- 
rain. Beaucoup s'étaient imaginé que la présence à la tête de l'État 
d'un prince d'origine française serait favorable aux Églises wallon- 
nes : ce malheur fut épargné à leur patriotisme. Le roi, étranger, corse 
et catholique, avait deux motifs d'éloignement pour nos communau- 
tés sorties de la persécution du duc de Parme , échappées aux dragons 



262 d'un siècle à l'aUTBB. 

de Louis XIY. Par raison d'économie , le roi Louis avait , presque en 
arrivant à la Haye , supprimé certaines places de pasteurs hollandais , 
réuni deux ou trois paroisses en une seule; les Églises wallonnes 
eurent bientôt leur tour. Le roi , se fondant sur leur prétendue inuti- 
lité , le préjudice qu'elles portaient à l'usage de la langue nationale 
qu'il fallait maintenir avant tout, la plus grande considération dont 
elles semblaient jouir au détriment des Églises hollandaises , déclara 
qu'il n'y avait pas lieu de les maintenir , refusa de pourvoir aux vacan- 
ces, ferma l'Écluse , Oroede , Heusden. Il émit même la prétention de 
faire disparaître la communauté de Leyde et ce n'est qu'à grand peine 
qu'on put le détourner de ce dessein. Successivement il enlève une 
place à Dordrecht , à Breda, à Zierikzee , à Middelbourg , à Rotterdam, 
à la Haye et deux à Amsterdam. Cependant il n'est que juste de recon- 
naître qu'il se montra plus impartial que son administration et lorsque, 
la capitale étant transportée à Amsterdam , le ministre des finances 
s'avisa de prendre le temple wallon pour y installer une partie de ses 
services , le roi , sur la plainte qui lui fut adressée , annula la mesure 
de son ministre et rendit au consistoire le lieu de culte qui lui appar- 
tenait. Cet exemple montre pourtant à quelles mauvaises volontés les 
Wallons étaient en butte. On avait séduit le roi en lui faisant voir qu'à 
ces remaniements, à la suppression d'Églises des deux langues , le 
trésor, qui en avait besoin, gagnait 40000 florins; puis on s'assurait la 
sympathie des catholiques et enfin n'était-ce pas un moyen d'accroître 
sa popularité, si le roi prouvait qu'il n'avait pas de préférences — au 
contraire — pour ceux qui parlaient sa langue ? Par un artifice de 
politicien , des coups portés à nos Églises , il faisait un moyen de gou- 
vernement et une démonstration d'attachement à sa nouvelle patrie. 
Quand les Pays-Bas furent annexés à l'empire français , nos Églises 
partagèrent le sort de l'Église hollandaise et connurent de mauvais 
jours. Les traitements restèrent impayés; les œuvres restèrent en 
souffrance; le tiercement des rentes qui ruina tant de particuliers fut 
pour les institutions religieuses et de bienfaisance une source de tri- 
bulations d'autant plus amère que les besoins étaient plus pressants. 
Ce ne sont partout que cris de détresse ; on recourt à des expédients , 
à des emprunts ; on souffre et on attend. 



d'un siècle à l'autre. 263 

Dès 1810, l'emperear a supprimé les Synodes. Le dernier des Égli- 
ses wallonnes, assemblé à Kampen, est invité à nommer des fondés de 
pouvoir qui devront gérer les affaires communes jusqu'à ce qu'ils 
puissent rendre compte de leur mandat à un autre corps officiel. A 
ce moment , les intentions de Napoléon , ou peut-être serait-il aussi 
vrai dédire, des hauts fonctionnaires du département des cultes , sont 
de fusionner les différentes Églises protestantes, hollandais, wallons, 
remontrants , etc., mais sans leur laisser de gouvernement central , et 
d'établir une organisation consistoriale analogue à celle qu'avait in- 
stituée en France la loi du 18 germinal an X. Cette organisation était 
à peine ébauchée quand l'étoile de Napoléon commença à pâlir. Les 
événements politiques se précipitèrent ; les troupes françaises durent 
évacuer le pays ; l'indépendance nationale fut rétablie et , au milieu de 
la joie universelle qui accueillait le retour du prince d'Orange , l'Église 
aussi se sentit revivre. Il ne venait même pas à l'esprit , dans l'allé- 
gresse publique, d'examiner la situation faite aux Églises. Et cepen- 
dant la Constitution de 1814 à cet égard n'était rien moins que libé- 
rale. L'article 139 accordait au Prince Souverain une autorité absolue 
sur toutes les communautés religieuses; il avait, non seulement droit 
de surveillance, mais aussi droit d'inspection et de disposition sur 
toutes celles qui recevaient un traitement ou subside de l'État. En un 
mot, il était le maître de laisser vivre ou de faire mourir. 

n est vrai, la Constitution de 1815 tint un tout autre langage et 
dans son article 192 , maintenu depuis , porta : a Les traitements , pen- 
sions et autres avantages, de quelque nature que ce soit, dont jouis- 
sent actuellement les xlifférents cultes et leurs ministres leur sont 
garantis. Il pourra être alloué un traitement aux ministres qui n'en 
ont point ou un supplément à ceux dont le traitement est insi^sant.)!> 
Sur ces assurances , on pouvait se croire en sécurité et les Églises wal- 
lonnes reprirent confiance en l'avenir , malgré ce qu'avait de mena- 
çant le décret non abrogé du 8 avril 1814, qui laissait au Commissaire 
général de l'intérieur le soin de faire au roi des propositions concer- 
nant lé nombre de pasteurs français, anglais , allemands ou écossais 
qui devraient être conservés. 

Les événements de 1815, la chute de Napoléon à Waterloo, en 

VIII. 17 



254 d'un siècle à l'autrb. 

exaltant le sentiment patriotique , augmentèrent l'autorité du roi et 
lui donnèrent le pouvoir nécessaire pour accomplir et imposer les 
réformes dont il avait eu Tidée. Le 7 janvier 1816 , un décret promul- 
gua le règlement général sur le régime de l'Église réformée des Pays- 
Bas. Une commission consultative l'avait sans doute examiné; le 
pasteur de la Haye et chapelain du roi, M. Belprat, y représentait les 
Églises wallonnes ; mais quand on connaît les circonstances , il serait 
plus exact de dire que la commission fut une commission d'enregistre- 
ment. Comme l'avait déjà résolu et annoncé l'administration des cul- 
tes sous le roi Louis et l'empereur Napoléon , les Églises wallonnes 
étaient incorporées dans l'Église hollandaise; les Synodes wallons 
cessaient d'exister ; mais uii député des Églises wallonnes avait droit 
de séance dans le Synode général. Ainsi elles perdaient leur existence 
propre , l'autonomie dont elles avaient joui depuis l'origine. Toutefois, 
ajoutait l'article 14 par une concession qu'imposaient la force des cho- 
ses et la faveur dont jouissait à la cour M. Delprat, (l il leur sera loisi- 
ble d'avoir des institutions locales et particulières d'après leurs besoins 
et leur situation individuelle, sauf à ne rien statuer de contraire à 
l'unité des principes indispensable pour que, dans les points essentiels, 
les diSërentes Églises puissent toujours être considérées comme des 
parties d'un même tout ». 

En conformité de ces articles , les Églises wallonnes conservent la 
liberté d'entretenir ensemble tous les rapports et toutes les relations 
particulières que pourront exiger leurs intérêts de finance ou la diffé- 
rence de langue, sans qu'elles cessent par là de relever du régime 
commun des Églises réformées. (Art 68.) Pour veiller à ces intérêts, il 
est institué une commission de six membres , à savoir cinq pasteurs et 
un ancien, portant le titre de Commission pour les affaires desÉglisea 
wallonnes dans les Pays-Bas. (art. 69). Les Églises wallonnes ont le 
droit de s'assembler une fois par an pour conférer de letirs intérêts 
particuliers. Cette réunion suppléera autant que besoin sera aux as- 
semblées classicales. (Art. 74). Dans les Églises où le nombre des 
réformés n'excède pas 10000, à Nimègue, Arnhem, Bois-le-Buc, 
Breda , Zierikzee , Flessingue , Schiedam , Deventer , Zutphen , Voor- 
bourg , et aussi à Bergen-op-Zoom , la Brielle , Oorcum et Naarden , 



d'un siècle à l'autre. 255 

un grand Consistoire formé des Consistoires particuliers hollandais et 
wallons est chargé des intérêts religieux communs et particulièrement 
de la nomination des pasteurs des communautés des deux langues. Ce 
fait , pour qui voulait voir , était gros de menaces et de conséquences. 
La réunion était faite en principe ; il n'y avait plus qu'à la réaliser. Et 
pour s'y opposer, qu'avait-on? Une commission, dont les membres 
étaient nommés pour la première fois directement par le roi et ensuite 
par le roi encore , mais sur une liste de présentation de six personnes 
pour chaque vacance, faite par la Réunion, et réduite à trois par la 
Commission wallonne. Les pasteurs étaient élus pour cinq ans et re- 
nouvelables chaque année par cinquiètne; l'ancien n'était élu que 
pour un an. Tous les membres étaient rééligibles. 

Cette révolution opérée dans l'organisation de nos Églises, s'il faut 
en croire le témoignage du vénéré pasteur J. J. Meunier, dont plu- 
sieurs d'entre nous gardent le souvenir vivant, et qui avait pu recueil- 
lir les impressions des contemporains , fut reçue d'un côté avec satis- 
faction ; après l'état précaire et très-menacé des dernières années, on y 
voyait au moins une garantie que les communautés wallonnes conti- 
nueraient à former un corps d'Église ; d'autre part, avec regret, car on 
tenait à l'autonomie , aux anciens Synodes wallons que le nouveau 
règlement supprimait d'un trait de plume et remplaçait par une as- 
semblée dont les attributions étaient réduites à quelques affaires de 
finance et une apparence de pouvoir électoral , de sorte qu'au fond elle 
ne se distinguait guère d'une Assemblée classicale. Quelques Églises 
même , estimant qu'on n'avait point le droit de disposer d'elles sans 
leur assentiment, commencèrent par refuser d'entrer en relations 
avec la Commission wallonne et protestèrent contre la remise que les 
fondés de pouvoir lui avaient faite de leur mandat et contre la cession 
que l'actuaire du Synode lui avait consentie des Archives. 

Aussi n'était-on pas sans quelque anxiété, quand, le 16 septembre 
1816 , s'ouvrit à la Haye la première Réunion wallonne. La commis- 
sion qui forma la table se composait de M. Robert, pasteur à Amster- 
dam , président ; Yoûte , pasteur à Rotterdam ; Delprat , pasteur à la 
Haye ; Teissèdre l'Ange , pasteur à Amsterdam ; de Chaufepié , pasteur 
à La Haye, secrétaire et de M. Etienne Luzac , ancien à Leyde ; 24 



256 d'un siècle à l'autre. 

Églises aTaient eoToyé des députés ; 12 , en comptaDt quelques com- 
munautés des proTinces méridionales du royaume, s'étaient excusées. 
Les travaux furent ouverts par une prédication deM.Teissèdrel'Ange 
sur ce texte : « Kous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps 
en Christ r>. Et l'esprit de concorde et de fraternité qui avait inspiré le 
prédicateur ne se démentit pas un instant durant cette session , qui 
dura du jeudi au mercredi suivant Les membres de la Commission 
wallonne, disent les députés de Rotterdam à leur Consistoire , met- 
taient autant de soin à déguiser l'autorité qu'ils tenaient du gouver- 
nement que les députés des Églises à la faire ressortir, et cet assaut de 
prévenances avait quelque chose de touchant. On vit même des dépu- 
tés sacrifier leurs idées particulières, afin de conserver dans les résolu- 
tion prises l'unanimité. D'un accord tacite, on fit tout pour renouer 
les anciennes traditions synodales; la prédication d'ouverture, les 
prédications du dimanche furent soigneusement maintenues, aussi 
bien que l'assistance aux Églises et aux personnes nécessiteuses de 
nos troupeaux. Four rehausser la solennité des séances , il fut décidé 
que les pasteurs siégeraient dans le costume de leur fonction et les 
laïques en habit noir. L'Église de la Haye fit un accueil empressé à 
tous les députés ; les membres du Consistoire se disputèrent l'honneur 
de les recevoir dans leurs maisons et après ces huit jours, la nouvelle 
institution avait conquis le droit de vivre, parce que chacun avait 
compris tout le parti qu'on en pouvait tirer. 

La Réunion suivante eut lieu à Utrecht le 11 septembre 1817, mais 
un mois auparavant, le 19 Août, avait paru un décret du roi Guil- 
laume, qui réunissait aux communautés hollandaises (un mot doux, 
pour dire supprimait) les Églisesde Bergen-op-Zoom , de Harderwgk, 
de Gorcum , de Eampen , de Tholen , de Naarden , de Heusden , de 
Veere , de Viane. On y mettait pourtant quelques ménagements : à 
Harderwyk, il y aurait 12 prédications françaises par an, données par 
un professeur d'Amersfoort ; dans les communautés qui n'étaient pas 
vacantes, on attendrait la disparition du pasteur pour procéder à 
l'extinction ; mais il est facile de comprendre que toute vie se retirait 
de ces troupeaux condamnés. Il restait cependant encore 22 Églises , 
Yoorbourg compris, avec 28 pasteurs. On comprend combien la 



d'un siècle à l'autre. 257 

BéunioD fut assombrie par cette mesure gouTernementale; mais plus 
le coup était violent et plus on se flattait qu'il ne se renouvellerait 
pas. Illusions vaines ! Les appels adressés aux pasteurs wallons par 
les protestants de Liôge , d'Anvers , de Qand , en créant des vacances , 
fournissent des occasions de sévir. Si certains Consistoires, comme 
Deventer, en 1822 , suivent l'exemple donné par Franeker en 1808 et 
demandent la suppression de leur Église , la plupart protestent Qor- 
cum fait valoir qu'elle a plus de 250 fidèles assidus ; Zutphen déclare 
qu'elle ne veut pas mourir ; Bergen-op-Zoom , que les Églises dès 
leurs premières Réunions ont assistée de leurs deniers , fait entendre 
ses réclamations ; Flessingue, qui a été supprimée lors du départ de son 
pasteur van der Bank pour Liège en 1823, veut avoir des prédications 
françaises, et pendant une année sollicite la gestion de ses fonds, qu'un 
décret transfère à l'Église hollandaise. En 1824 , à la mort du pasteur 
Reuchlin , c'est Gorcum qui est frappée ; puis il y a un peu de répit ; 
mais en 1827, la série recommence: c'est Schiedam qui, jusqu'au 
bout , proteste contre le décret royal ; c'est Zierikzee, dont le traitement 
était augmenté en 1823 et qui , à la mort de son vaillant pasteur , M. 
Hartmann, si dévoué pour les Églises de Zélande, se voit refuser le 
congé d'élire; c'est la Brielle, qui succombe à son tour en 1828 ; une 
place est supprimée à Utrecht et le pasteur restant est augmenté de 
200 florins. U faut lire dans les procès-verbaux de la Commission 
wallonne le récit de toutes les luttes soutenues pour disputer à l'arrêt 
fatal ces communautés dès longtemps condamnées ; tantôt on demande 
à la Commission de désigner elle-même sur une liste qu'on lui pré- 
sente les Églises qu'elle abandonne et celles qu'elle entend conser- 
ver; tantôt c'est le Directeur général des cultes qui promet un congé 
d'élire, tandis que, le lendemain, cette autorisation est refusée par 
ordre du cabinet royal ; puis , quand on se plaint à Guillaume 1^^ 
qu'une Églisa ait été frappée sans avoir été appelée à se défendre, le 
roi assure n'avoir signé que sur l'avis conforme et après l'enquête 
qu'il croyait contradictoire de l'administration des cultes. Ainsi , par- 
tout ce sont de bonnes paroles ; mais les faits sont navrants. Ce qu'il y 
a peut-être de plus caractéristique dans cette période, c'est l'histoire 
de Goes. Cette Église, frappée dans la seconde fournée en 1818, se 



258 d'un siècle à l'aUTRB. 

résignait à la suppression da traitement de son pasteur ; mais elle en- 
tendait subsister. Pendant quelques années, le pasteur de Zierikzee 
Tient à son aide , donne des prédications ; puis , quand Tâge et les in- 
firmités lui rendent la tâche impossible , l'Église de Goes oSre de 
payer elle-même son pasteur. La Commission wallonne appuie sa 
demande; l'État n'aura à supporter aucune charge et l'Église restant 
attachée au corps wallon , il aura toutes facilités pour exercer son 
droit de surveillance. Bien n'y fait; un décret de 1828 réunit définiti- 
Tement l'Église wallonne de Goes à la communauté flamande ; peut- 
on cependant la compter au nombre des Églises qui se sont éteintes ? 
Aussi comme l'on comprend le sentiment de lassitude et d'amertume 
qui s'exhale à ce moment des procès- verbaux de la Commission wal- 
lonne : e Le respect dû aux décrets du roi et du gouvernement, y lisons- 
nous , a imposé aux membres de la Commission le devoir impérieux 
de prendre pour information les décrets et les dispositions relatives , 
tant à la suppression de l'Église wallonne de Bergen-op-Zoom, qu'aux 
arrangements faits au sujet des fonds et des propriétés des commu- 
nautés réunies aux Flamands, tant dans cette ville que dans celles de 
Goes , Schiedam et Zierikzee. Cependant les Commissaires n'ont pu 
se garantir d'éprouver un sentiment bien pénible en se voyant abso- 
lument privés des moyens de seconder le zèle de quelques-unes de ces 
Églises supprimées, à la conservation desquelles ils eussent tant aimé 
pouvoir être plus utiles. ]) Cette résignation dans l'impuissance leur 
sera opposée plus tard comme un acquiescement , et l'on peut voir ce- 
pendant par cette citation quels étaient les vrais sentiments du corps 
wallon. Bien des fois aussi , la question fut agitée si l'on ne devait pas 
réclamer pour le corps des Églises wallonnes les biens des commu- 
nautés supprimées dont on disposait au profit des Églises hollandaises 
locales; on renonça à ce dessein, qui pouvait se défendre pourtant par 
de bonnes raisons, parce qu'on se sentait en face d'une volonté im- 
pitoyable. 

A partir de 1828, les Églisesjouissent d'un certaine tranquillité. 
Si le congé d'élire reste toujours comme une menace suspendue sur 
leur tête , si chaque mutation, chaque décès ne vont pas sans angoisse 
pour l'avenir, si les dispositions du décret de 1814 sur le nombre des 



dVn siècle à l'autre. 269 

pasteurs à conserver dans les Églises hollandaises ne laissent pas d'être 
inquiétantes, quand on Toit l'administration tenter de les appliquer 
aux comoQunautés wallonnes, somme toute, elles ne sont plus frappées. 
En 1842, elles s'accroissent par l'adjonction de Maestricht, et pendant 
cette période de tranquillité, elles travaillent encore avec plus d'ar- 
deur à ieur réorganisation. Les coups qui leur ont été portas ont 
rendu plus malaisé le recrutement de leurs pasteurs ; on ne peut pas 
en appeler de l'étranger sans le consentement préalable de l'État et ce 
consentement, on ne l'obtient pas sans peine. On institue, on aug- 
mente le fonds pour les Bourses des Étudiants ; on crée le fonds pour 
l'augmentation du traitement des pasteurs ; on s'efforce d'élever la 
Bourse des veuves. En 1816, le roi Quillaume I les avait expressé- 
ment chargées des intérêts des Églises vaudoises du Piémont et, 
reprenant la tradition de leurs Synodes, elles se consacrent de tout 
cœur à cette œuvre. Et à voir ce qu'elles sont devenues en ces quel- 
ques années de répit , on reconnaît que celui-là a été bon prophète qui 
disait en 1824 : Cette Réunion a montré qu'à mesure que, malheureu- 
sement, quelques-unes de nos Églises s'éteignent, le corps qu'elles 
forment se consolide et se fortifie, selon l'ancien adage dont jadis 
notre patrie prouva la vérité, concardiâ res parvœ creseutU. 

C'est à ce moment qu'éclata comme un orage dans un ciel serein le 
décret du 29 juillet 1843. La Réunion venait de se séparer, lorsqu'il 
fut communiqué le 12 août à la Commission wallonne. Il statuait que, 
lors de vacances éventuelles de places de pasteurs dans les troupeaux 
wallons, les traitements de l'État qui y sont attachés sont censés être 
abolis, sauf à Amsterdam (3 places), Rotterdam et La Haye (2 places), 
Leyde, Utrecht et Groningue (1 place). D'abord, ce fut un mouve- 
ment de stupeur; mais bientôt les esprits se ressaisirent La Commis- 
sion wallonne , rassemblée extraordinairement , formula une protesta- 
tion respectueuse , mais énergique, et à son exemple, tous les Consis- 
toires , attestant leur solidarité , ceux qui étaient épargnés et ceux qui 
étaient frappés , sortirent du silence où ils s'étaient renfermés depuis 
la restauration de l'indépendance nationale. Dans les États-généraux, 
M. Luzac défendit les droits des communautés wallonnes avec une 
éloquence, une chaleur, une abondance d'arguments admirables. Le 



260 d'un siècle à l'autre. 

MîDistre, sentant le terrain se dérober sous ses pieds, prétendit qu'il 
n'y avait dans son décret qu'une mesure d'économie et se défendit 
d'avoir songé, en supprimant les traitements, à supprimer les Églises. 
On avait fait des progrès depuis les affaires de Flessingue et de Qoes ! 
Ces concessions toutefois ne pouvaient contenter les Wallons ; ils 
soumirent à des jurisconsultes le décret dont ils contestaient la léga- 
lité; ils sollicitèrent le Synode d'intervenir en leur faveur en mon- 
trant que la mesure d'économie prise aujourd'hui contre les uns 
demain pouvait atteindre les autres : le Synode non seulement fit la 
sourde oreille, mais même quelques-uns de ses membres prirent chau- 
dement la défense de l'administration des cultes. Far contre, les juris- 
consultes furent tous d'avis que le décret violait l'article 192 de la con- 
stitution. Seulement c'était un procès politique à intenter, un procès 
du ministère devant les États généraux avec les agitations inévitables 
qui en sont la suite. Les Églises wallonnes ne voulurent point infliger 
cette crise à leur pays ; mais elles se préparèrent à faire face aux évé- 
nements. Décidées cette fois à résister , dès que l'occasion s'impose- 
rait, c'est-à-dire à la première vacance , elles prirent leurs mesures. 
Une collecte fut organisée dans toutes les Églises, soit pour payer les 
frais d'une action à engager contre l'État, soit pour assurer le service 
dans les Églises vacantes. Tout le monde répondit à cet appel et c'est 
de cet élan de solidarité qu'est so;rtie notre Caisse de secours mutuel, 
dont beaucoup profitent parmi nous sans en soupçonner l'origine. En 
1846 , un des pasteurs d'Amsterdam étant mort, sa place était suppri- 
mée aux termes du décret de 1843. Le Double Consistoire n'hésita pas : 
il désintéressa la veuve de son pasteur et , fort de la consultation de 
MM. A. Bakker^T. S. Vernède, A. Brugmann , G. Groen van Prinste- 
rer, G. Pelprat, B. Donker Curtius, avant la fin de l'année de grâce, 
il assigna l'État devant la haute Cour et, en attendant le jugement, 
pourvut au service au moyen de la Caisse de secours mutuel. Déjà, 
en 1845 , Middelbourg avait dû y recourir. Le Ministre qui , après la 
discussion à la seconde Chambre , s'était engagé à ne pas prononcer 
de suppression sans faire une enquête auprès des intéressés , tout en 
se réservant le droit de décision finale , pose au Consistoire de Middel- 
bourg cette question où l'on peut lire ses dispositions intimes : Com- 



d'un siècle à l'autre. 261 

bien y a-t-il de personnes dans votre troupeau qui n'entendent pas 
suffisamment la langue hollandaise pour aroir besoin d'un culte en 
langue française? Mais le Consistoire refuse de porter la question sur 
ce terrain et, malgré la suppression des deniers de vacance, maintient 
le culte avec les ressources du secours mutuel. Enfin , le 5 mai 1848, 
la Haute Cour rend son arrêt Malgré les conclusions contraires de 
l'avocat général van Maanen, sur une plaidoirie de M. Donker Gur- 
tius, qui soutient que la Constitution a garanti à toutes les commu- 
nautés religieuses le traitement de leurs pasteurs en retour de leurs 
biens sécularisés, la Cour, par un arrêt longuement et solidement 
motivé, annule comme inconstitutionnel le décret de 1843. C'est 
notre Charte , cet arrêt , vis-à-vis de l'État , et aussi celle de toutes les 
communautés protestantes, et j'avoue que j'aimerais le trouver en tête 
de la traduction des règlements synodaux, immédiatement après les 
articles de la Constitution , dont il est l'interprétation donnée par 
l'autorité judiciaire suprême du pays. La Conférence pastorale de la 
Gueldre, comprenant la haute portée de cet arrêt , félicita les Églises 
wallonnes d'avoir défendu les droits de tous et applaudit à leur 
triomphe. 

L'administration des cultes ne se résigna pourtant pas de bonne 
grâce. A Middelbourg , où elle offrait la moitié du traitement, elle le 
rendit tout entier avec les deniers de vacance, tout comme à Amster- 
dam ; mais dans les vacances de Delft en 1847 et de Rotterdam en 1850, 
elle tenta de faire triompher les principes qu'elle avait émis après le 
décret de 1843. A Delft, elle finit par offrir , comme à Middelbourg, la 
moitié du traitement ; mais elle dut renoncer à cette attitude devant 
les représentations du Consistoire et de la Commission wallonne. A 
Rotterdam , elle demanda à voir le registre des membres , discuta les 
chiffres et, après de longs pourparlers, refusa le congé d'élire à la troi- 
sième place. Le Consistoire de Rotterdam en appela du Ministre au 
Roi lui-même et, après une audience qu'il avait obtenue de Guil- 
laume III, Rotterdam fut remis en possession de son troisième pas- 
teur. C'était en 1851. 

A partir de cette époque et jusqu'en 1863, aucune diminution n'a 
été infligée au corps de nos Églises. Mais à cette époque un décret 



262 d'un siècle à L* AUTRE. 

royal fixa de nouTeau le nombre de membres nécessaire pour qu'une 
Église pût avoir tel ou tel chiffre de pasteurs. Une place étant devenue 
vacante à Leyde, le ministre refusa de payer le traitement du second 
pasteur, n}ais accorda cependant au Consistoire tous les autres béné- 
fices attachés par l'État à la place. Le Consistoire put heureusement 
trouver des ressources suffisantes dans des fonds dont il avait la dis- 
position et par des souscriptions annuelles. A La Haye, au départ de 
M. Yust en 1876 , le ministre, en vertu de ce même décret , exigea un 
état nominatif des membres du troupeau , et sous le prétexte qu'il ne 
concordait pas exactement avec les données de l'Hôtel de Ville , il 
n'accorda le congé d'élire que pour cette fois et sans conséquence 
pour l'avenir. 

Mais en 1876, un nouveau décret abrogea celui de 1863 et revint 
aux principes posés en 1848 par l'arrêt de la Haute Cour. Dans cet 
ordre d'idées, l'État est considéré simplement comme l'administra- 
teur des biens sécularisés en 1 808, et il paie aux différentes Églises les 
revenus qui leur ont été garantis en 1815 par la Constitution. On l'a 
bien vu , quand il s'est agi depuis de l'extinction de l'Église de Leeu- 
warde. Lorsque, après une interminable vacance , les membres res- 
tants du Consistoire se furent convaincus qu'il n'y avait plus d'avenir 
pour cette communauté, jadis si florissante , le Ministre , informé de 
la situation , refusa absolument de prendre l'initiative de la suppres- 
sion du traitement, et il fallut une renonciation explicite, et du 
Consistoire, et de la Commission wallonne, au maintien du poste de 
pasteur, pour que le Ministre se décidât à y faire droit. 

Depuis, dans toutes les communautés qui sont devenues vacantes, 
le congé d'élire a été immédiatement accordé. Avons-nous donc défi- 
nitivement doublé le cap des tempêtes ? Est-ce à dire qu'il n'y ait pas 
à l'horizon de nouveaux nuages noirs qui s'amassent? Qui le sait? 
Toutefois l'expérience est faite : quoi que nous réserve l'avenir, c'est 
à notre solidarité qu'il faudra encore faire appel. Si notre corps 
d'Églises s'est maintenu , nous devons en reporter l'honneur à nos de- 
vanciers , qui ont si vaillamment défendu nos droits , dès que la chose 
a été possible, à cette Réunion surtout, qui a groupé les Églises pour 
des œuvres fécondes. Je n'ai pas le loisir d'aborder aujourd'hui cet 



' d'un SIÈCLE à l'autre. 263 

autre côté de notre histoire ; peut-être me sera-t-il permis d'y revenir 
un jour. Ce qu'il y a de certain, c'est que notre Réunion a non seule- 
ment empêché les Églises de s'affaiblir dans l'isolement ; mais, comme 
l'observait en 1866 M. Meunier, ce elle a aussi empêché les bons rap- 
ports mutuels de cesser au milieu de l'éloignement produit trop aisé- 
ment par les divergences religieuses. Puisse à cet égard l'expérience 
du passé être un gage de l'avenir et notre Assemblée annuelle mériter 

toujours plus le nom de Réunion ! Pourra-t-elle être et faire plus 

qu'elle n'a été et n*a fait jusqu'ici? Il importe de distinguer. Les 
questions dogmatiques ne sont pas de sa compétence. C'est un écueil 
contre lequel elle se briserait. Mais comme elle l'a fait, elle peut s'oc- 
cuper encore de questions pratiques, d'édification et de vie chré- 
tienne. j> Et vingt ans plus tard , M. le comte de Bylandt exprimait des 
idées analogues : m S'il est impossible , disait-il , de se dissimuler que 
notre corps wallon compte parmi ses membres et même parmi ses pas- 
teurs des hommes appartenant à des nuances très-diverses , il serait 
injuste de ne pas ajouter que ces divergences ne les empêchent pas de 
fraterniser cordialement et sincèrement, ni de reconnaître et d'appré- 
cier les points sur lesquels on peut se rapprocher , s'entendre et s'as- 
socier. Travailler à ce que ces points de ralliement se multiplient et se 
consolident au lieu de diminuer et de s'afiaiblir , à ce que la division 
ne dégénère jamais en scission , prier que le Seigneur guide son Église 
et chaque partie de son Église dans la vérité par son Esprit et sa 
Parole , et qu'il nous donne à tous individuellement de combattre le 
bon combat, voilà ce qui me paraît être, non pas le rôle tout entier, 
mais au moins quelques traits du rôle assigné à nos Églises en face 
des périls qui menacent ou pourraient menacer l'unité de leur foi. j> 

Et je ne voudrais , pour ma part , rien changer à ce double pro- 
gramme. Si nos Églises ont subsisté, quand, à vues humaines , on 
eût pu tant de fois durant ce siècle annoncer leur disparition, c'est 
qu'elles y soilt d'instinct restées fidèles ; c^est aussi sans doute que 
leur mission n'est pas finie ; c'eât qu'elles ont pratiqué la devise : Tous 
pour un, un pour tous. Tâchons seulement de ne pas être au dessous 
de notre destinée et, nous souvenant du grand et glorieux passé de ces 
Églises dont nous sommes les héritiers , de ces Églises — les premières 



264 d'un siècle à l'aUTBE. 

en date des Églises protestantes de ce pays — ayonâ devant Dieu la 
sainte ambition que ceux qui viendront après nous disent des com- 
munautés dont nous sommes les conducteurs: Elles ont vécu, par leur 
foi, leur concorde, leur esprit de fraternité et de justice; elles ont 
vécu, parce qu'elles ont reconnu qu'elles étaient membres les unes 
des autres , membres d'un seul corps , et qu'ainsi elles ont mérité 

de vivre ! ' 

L. Bbesson. 

* 
« « 

BIBLIOGRAPHIE.. 

Ypey et Dermout — Geschiedenis der Nederlandsche Hervormde 
Kerk. 4e vol. Breda , 1 827. 

Olasius. — Qeschiedenis der Christelgke kerk en godsdienst. 3^ vol. 
Amsterdam , 1844. 

W. Heineken. — De staat en kerkbestuur der Nederlan'dsch her- 
vormden sedert het herstel onzer onaf hankelgkheid. Leiden , 1868. 

Gagnebin. — Liste des Églises wallonnes de Pays-Bas. Leyde, 1888. 

Teissôdre l'Ange et Koenen. — Deux mémoires sur l'origine, l'in- 
fluence et l'utilité actuelle des Églises wallonnes. Amsterdam , 1843. 

Merkus. — Discours sur l'avenir des Églises wallonne prononcés à 
la Réunion de Nimôgue, 1844. 

Règlements généraux et particuliers des Églises wallonnes. La 
Haye, 1847. 

Actes des Synodes wallons de 1795 à 1810. 

Actes des fondés de pouvoir de 1810 à 1816. 

Rapports sur les Réunions wallonnes de 1816 à 1855 (en manus- 
crit). 

Actes de la Commission wallone. 

32 Pièces relatives au décret de 1843. 

Rapports de M, A. Rochedieu et le comte de Bylandt à la Confé- 
rence Évangélique de Delft , 1889. 

Perk. — Le ressort wallon et ses rapports avec l'Église réformée 
des Pays-Bas. La Haye, 1896. 



PIERRE PEAUX. 



FRAGMENTS DU JOURNAL D'UN RÉFUGIÉ. 



On lira avec intérêt quelques fragments du naïf journal de Pierre Peaux , 
parti de France à l'âge de dix-neuf ans, en 1759, pour rejoindre en Hol- 
lande des parents qui s'y étaient déjà réfugiés. Son arrière-arrière-petit-fils , 
M. R Peaux , ancien officier de la marine royale néerlandaise , directeur de 
l'école de la marine marchande à Groningue, a eu l'amabilité de les com- 
muniquer à notre collaborateur, M. H.-D. Guyot, qui a pris la peine de les 
traduire pour les lecteurs du Bulletin. Surpris du fait que ce journal eût été 
écrit en hollandais et de quelques autres détails , nous avons demandé à Si. 
Guyot des renseignements supplémentaires ; sur quoi M. Peaux a bien voulu 
lui confier pour nous une plaquette, imprimée en 1868 par les soins de son 
grand-père, R Peaux, pasteur à Etten, à l'intention de la très nombreuse fa- 
mille Peaux ^ui habite le pays. Cette plaquette n'est pas dans le commerce. 
Elle contient, outre un aperçu succinct des persécutions dont les protestants 
ont été victimes en France, le journal, complété par des adjonctions du pas- 
teur Peaux. Nous y avons pris ce qui nous a paru de nature à intéresser, en 
sus de ce qui nous avait été communiqué par M. Guyot 

Voici ce que M. Peaux écrit au sujet de la langue dans laquelle le journal 
a été composé : « J'ai demandé à mon père pourquoi le journal avait été écrit 
en hollandais et non pas en français; il me répondit qu'il pensait que notre 
ancêtre , ayant suffisamment appris le hollandais , avait probablement pensé 
que ses enfants , à une époque où l'on n'apprenait guères le français , le com- 
prendraient mieux ainsi ». 

Nous laissons la parole à Pierre Peaux. 



966 PIERRE PEAUX. 

Ma famille a résidé depuis des temps immémoriaux à Pont-de-Ca- 
mares, petite ville située dans le Bouergue, qui fait partie de la Haute 
Quyenne, sur les confins du Languedoc, à dix lieues de Toulouse, à 
trente de Montpellier et à dix-huit de Cette. On a donné en France le 
nom de Petite Qenôve à cette contrée où j'ai vu le jour, à cause de la 
fermeté des habitants dans leur foi réformée. Il y a eu un temps où 
Ton 7 trouvait dix protestants pour un catholique. 

Dans les années 1675 et 1690 , à Tépoque des plus violentes persé- 
cutions dirigées par les catholiques contre les protestants , plusieurs 
braves réformés ont été, pour la foi, brûlés vifs sur la grande place de 
Camarôs , ce qui porta un grand nombre de réformés à quitter tout ce 
qu'ils possédaient pour s'enfuir en Suisse, en Hollande , en Angle- 
terre, en Allemagne et ailleurs. 

Ceux qui restèrent eurent beaucoup à souffrir, mais n*en demeurè- 
rent pas moins fermes dans la foi , ceux dont je descends les tout pre- 
miers. Ils ont souvent subi de grandes pertes dans leurs biens , ont 
été mis en prison et ont été contraints de servir comme soldats. En 
France les réformés sont astreints au service de leur dix-huitième à 
leur quarantième année, tandis que les catholiques en sont libérés 
dès qu'ils se marient. Mon bisaïeul, Etienne Peaux , s'enfuit en Suisse 
pour échapper à la conscription ; il y mena pendant neuf ans une vie 
errante, en colportant des peignes de cardeurs. Arrêté et emprisonné 
peu après son retour , il s'enfuit de nouveau , pour revenir enfin lors- 
que la fureur des papistes s'apaisa quelque peu. 

Son père, mon trisfd'eul, était teinturier en drap et possédait une 
maison sur la rivière du Dourdon , qui traverse la ville. Une maison 
précédente, qui se trouvait au même endroit, avait été emportée par 
la rivière débordée et les habitants ne s*étaient sauvés qu'à grand 
peine. Mon trisaïeul construisit en cet endroit la maison où dès lors 
la famille a toujours habité K 

Mon trisaïeul laissa un fils , Etienne Peaux , qui , après bien des 
vicissitudes et avoir grandement souffert de la persécution , épousa 

1 . Le pasteur Peaux ajoute qu'en 1 844 cette maison , qu'on appelait à Gamarès la 
maison l 'eaux , était habitée par Simon Raymond , descendant direct des Peaux, 



PIERRE PEAUX. 267 

Jadic Fabré et en eut deux fils et trois filles. Un des fils mourut jeune 
et il ne resta ainsi que son frère Etienne, mon grand-père , et deux 
ou trois sœurs. 

Ce troisième Etienne, mohgrand-père,eut sa bonne part de souf- 
frances endurées pour la religion ; mainte fois il a dû fuir , ou se ca- 
cher, et a été mis en prison, cela même après son mariage avec Anne 
Campagne , de Bédarieux en Languedoc. U s'établit dans la maison 
patrimoniale à Camarès et c'est là que lui et sa femme sont morts en 
1737, lui âgé de quatre-vingt-quatre ans, elle de soixante-douze et 
demi. Ils ont laissé quatre enfants , dont l'aîné , Pierre Peaux, né le 
17 septembre 1692 , fut mon père. Le second, Etienne, qui vit encore, 
naquit en 1698 ; le troisième , Jean , s'est réfugié à Harlingen ; la qua- 
trième était une fille , Marie. 

Mon oncle Jean Peaux est né à Camarès le 23 février 1704 ; il avait 
appris le tissage, mais il se rendit en 1728 avec André Mallié de 
France ici dans les Pays-Bas ; il gagna péniblement pendant deux ou 
trois ans sa vie comme tisserand, tant à Leeuwarde qu'àLeyde, 
pour arriver en 1731 à Harlingen chez un Français nommé Escale, 
chez qui il apprit le métier de perruquier. Au bout de sept ans , son 
patron lui remit sa boutique. Il acheta en 1747 une maison appelée 
de Nieutoe Pinas et commença un commerce de vin. U n'a pas été 
marié ; en 1760 il fut fait membre du conseil de la ville , et tribun en 
1769 et 1770. Il mourut le 12 décembre 1770 et a été inhumé dans le 
caveau 15 du N^. 2 dans le Westerkerk. 

Mon père, Pierre Peaux, est décédé le 23 novembre 1770 à près 
de soixante-dix-neuf ans ; lui aussi était fabriquant de drap. En 1733 , 
contre son gré , et quoique la loi en France exclût les réformés de 
tous les emplois publics , les magistrats de la ville le nommèrent maire. 
(Le journal donne, un peu longuement, l'explication de ce fait. C'est 
que le maire en fonctions, il y en avait quatre , devait être caution 
du tribut annuel payé par Pont-de-Camarès au roi, 18000 livres en 
temps de paix , et 36000 en temps de guerre , et qu'il ne se trouvait 
dans le pays, très protestant, que peu de catholiques assez aisés pour 
pouvoir assumer cette lourde responsabilité. L'industrie était^pres- 
que tout entière entre les mains des protestants). 



268 PIERRE PEAUX. 

La même année mon père épousa Anne Raymond , fille d'un mar- 
chand de drap. 

Mes parents ont vécu neuf ans ensemble ; ma mère , dont je me sou- 
viens , quoique je n'eusse que trente-cinq mois quand elle nous fut 
prise, est morte le 17 mars 1743. Quant à mon père, il a occupé jus- 
qu'à sa mort, c'est-à-dire pendant quarante-sept ans, le poste d'an- 
cien de l'Église réformée secrète. 

Moi, Pierre Peaux, auteur de cejournal, ai été le quatrième en- 
fant de Pierre Peaux et d'Anne Raymond. Je suis né le 3 avril 1740. 
Mon père apporta le plus grand soin à m'instruire dans la religion ré- 
formée, malgré l'obligation où je fus, tant que je fréquentai l'école, 
d'assister à la messe papiste; sans cela l'école m'aurait été fermée. En 
1754 mon père me mit à Bédarieux, d'où était sa mère, en apprentis- 
sage chez un tanneur; plus tard , je voyageai pour me perfectionner 
dans mon métier et je travaillai chez divers patrons , à Nîmes , Uzès , 
St. Hippolyte , le Vigan et Pont-de-Camarès. A St Hippolyte les magi- 
strats me mirent en réquisition pour le service du roi , mais avec de 
l'argent et le secours de mon maître, qui était réformé Je pus être 
libéré. A Uzès je fis ma profession de fois et fus admis à la sainte cène 
par le Pasteur Pradel. C'était le 28 mai 1758; mais je n'ai jamais osé, 
par peur des catholiques , me faire délivrer de certificat de première 
communion, car, si on m'en avait trouvé porteur, on m'aurait en- 
voyé aux galères. 

Vers la fin de 1758 je m'établis auprès de mon père pour mon 
propre compte. Cependant, comme la guerre sévissait alors entre la 
France et l'Angleterre, on recherchait partout les jeunes gens pour en 
faire des soldats et c'étaient surtout les protestants que l'on prenait , 
si bien que mon père et mon oncle Etienne étaient fort inquiets à mon 
sujet. Us en écrivirent à mon oncle Jean , qui demeurait à Harlingen , 
et lui demandèrent s'il voulait me recevoir chez lui, mon père préfé- 
rant de beaucoup que je fusse là-bas plutôt qu'au service. Mon oncle 
ayant accédé, il fut résolu que je partirais, mais il nous fut dur, à 
mon père et à moi, de nous séparer, et le jour où il fallut en venir là, 
le 31 janvier 1759 , a été le plus triste de ma vie. 

En huit jours je me rendis à pied à Bordeaux , où demeurait M. La- 



PIBBRB peaux:. ^9 

fargue la Yenne , pour lequel mon oncle m'avait fait parvenir une let- 
tre, le priant de me confier pour le passage aux soins de quelque 
brave capitaine, de bon renom. C'est ce qui eut lieu , de sorte que je 
suis venu avec le skipper Sinije Eeltjes de Sneek. 

Le 16 février ce capitaine se rendit avec son vaisseau de Bordeaux 
à Blaye , où il devait faire viser ses papiers. Quant à moi , il ne me fut 
pas encore permis de me rendre à bord , parce que l'on visite les navi- 
res étrangers à l'entrée et à la sortie du port , afin de s'assurer qu'ils 
n'ont pas plus de monde au départ qu'à l'arrivée , ce qui a pour but 
d'empêcher la fuite des réformés. Je descendis donc le fleuve en' cha- 
loupe avec un courtier jusqu'à Blaye, et y: restai jusqu'à ce que mon 

* 

capitaine fût prêt. Dès qu'il eut levé l'ancre, nous le suivîmes pres- 
que jusqu'au large, hors de vue de Blaye. Je montai alors à bord. 
Le lamaneur s'y trouvait encore et trouva moyen de m'extorquer douze 
livres, me menaçant, si je ne les lui donnais pas, de me dénoncer 
comme réfugié. 

Cela se passait le 17 février. Tout alla bien jusqu'au 28 , lorsque 
nous fûmes contraints par des vents contraires de jeter l'ancre àPort- 
land sur la côte anglaise. Comme je ne pouvais pas converser avec 
l'équipage, je me figurai que nous étions arrivés à Amsterdam et que 
le voyage était fini ; sur quoi le second me fit comprendre , en me mar- 
quant la route sur la carte , que nous n'avions fait qu'une bonne moi- 
tié de notre voyage. Nous restâmes quatre jours à Portiand , ce qui 
me permit de me restaurer quelque peu , ce dont j'avais grand besoin , 
ayant soufiert tout le temps du mal de mer. 

Nous mîmes à la voile le 2 mars au matin. Vers midi nous décou- 
vrîmes un corsaire anglais qui se dirigeait vers nous, et l'équipage, 
dont je suivis l'exemple , se hâta de cacher à fond de cale ses meilleurs 
vêtements et ses objets précieux ; notre cargaison consistait en pièces 
de vin. Le capitaine me fit signe de rester dans ma cabine et, mettant 
les doigts sur les lèvres, me donna à entendre que je ne devais pas 
parler. En effet , si je trahissais ma nationalité , je risquais d'être fait 
prisonnier par le corsaire, parce qu'il y avait alors guerre entre la 
France et l'Angleterre. A huit heures du soir le corsaire tira un coup 

de canon pour nous ordonner d'amener les voiles , et bientôt nous fd- 
YUI. 18 



270 PIBRRR PEAUX. 

mes accostés par une chaloupe montée par douze hommes , ou plutôt 
brigands, armés de coutelas , de haches et autres instruments de com- 
bat Us se rendirent aussitôt dans la cabine du capitaine, qui était 
pleine de marchandises françaises lui appartenant; ils la pillèrent, 
mirent tout en pièces et emportèrent tout ce qui leur tomba sous la 
main, un quart de tonne de beurre, tous les habits du capitaine et 
bien d'autres choses encore. Ils vinrent alors au rouf, où j'étais au lit 
Un des brigands voulut s'emparer d'une paire de boucles d'étain qui 
étaient accrochées à la paroi contre laquelle se trouvait ma couchette ; 
il s'étendit par dessus moi et s'appuya de la main sur ma poitrine , 
sur quoi je fis semblant de me réveiller. Il m'enleva ma couverture, 
me tâta le corps afin de savoir ce que j'avais sur moi , et me demanda 
qui j'étais. Le second lui dit que j'étais un matelot et que je n'avais 
pas mangé depuis cinq jours; je ne le sus que plus tard, à Amster- 
dam , et alors je gratifiai l'équipage d'un petit tonneau de vin. Les 
brigands quittèrent notre bord à onze heures avec leur butin. 

De ma vie je n'ai éprouvé autant d'angoisse que ce soir-là; c'est 
alors que j'ai appris par expérience que le danger enseigne à prier ; je 
n'ai jamais prié avec plus de ferveur qu'alors. Je, récitai plusieurs fois 
de suite le psaume 86 , puis je pensai aux dernières paroles que mon 
père m'avait adressées lors de mon départ et qui étaient tirées des 
versets un à cinq du psaume 91. 

Après cette néfastejournée notre voyage s'acheva sans encombre, 
et nous arrivâmes le 11 mars au Texel et le 12 à la ville d'Amster- 
dam. Je rendis grâces à Dieu en récitant les psaumes 40 et 116. 

Le skipper, qui était catholique , me conduisit dans le flînefebper 
Oang chez des gens qu'il connaissait et chez qui nous devions trou- 
ver quelqu'un qui savait le français et qui se chargerait de moi (c'est 
là que pour la première fois j'ai vu brûler de la tourbe, ce qui me sur- 
prit fort). La personne que. nous cherchions était sortie. Alors le skip- 
per et le maître de la maison se rendirent à l'église catholique et 
voulurent m'emmener avec eux, mais je me dis que, puisque Dieu 
m'avait conduit loin du pays d'Egypte jusque dans cette terre de Ca- 
naan , je ne devais plus jamais retomber dans l'idolâtrie de Babylone. 
Quand ils revinrent de l'église , ils étaient accompagnés de celui qui 



PIERRE PEAUX. . 271 

parlait français. Celai-ci me renvoya au lendemain et je revins à bord 
avec le capitaine. 

Un peu plus tard j'allai me promener dans la ville avec un homme 
de l'équipage. U me conduisit au coche d'eau de Sneek , où il avait 
une connaissance; c'était prôs du Dam, De là je découvris l'Église 
lïeuve; à cette vue je sentis en moi un zèle brûlant et un ardent désir 
pour la montagne de Sion , pour la maison du Dieu de Jacob. Je me 
rendis donc dans l'église, après avoir eu soin de bien remarquer le 
nom du bateau, Sneeker beurttnany afin d'y retrouver mon guide. 
Dans l'église je me sentis comme un autre Paul , transporté au ciel ; 
on chantait le psaume 67 , ce qui me prouva que c'était bien un culte 
réformé que l'on célébrait. Quoique le seul mot que je comprisse fât 
amen , je restai jusqu'à la fin du service. Je retrouvai mon guide ; j'a- 
vais soif et je le lui fis comprendre en portant ma main à ma bouche ; 
sur quoi il me conduisit dans une chambre au haut d'une maison 
dans une ruelle, où se trouvaient un assez grand nombre de personnes 
des deux sexes ; je n'y voulus pas rester et insistai pour retourner à 
bord. Nous descendîmes et arrivâmes au Nieuwe hrug^ et là mon 
guide voulut entrer dans une cave et boire de l'eau de vie ; mais je ne 
voulus pas entrer avec lui , parce que le soir commençait à tomber. Je 
me rendis donc seul dans la direction du Nieuwestads Herberg en sui- 
vant les pilotis et j'eus la joie d'apercevoir notre vaisseau; je le recon- 
nus à une vergue qui s'était brisée en mer et que l'on avait raccom- 
modée au moyen de cordages et de toile à voiles. Je voulus le héler et 
criai vinbritadde (le nom du navire était Wynbritseradeel) ; on finit 
pourtant par me comprendre et le mousse vint me prendre dans le 
canot. J'eus beaucoup de peine à faire comprendre avec mon charabia 
au capitaine, qui me demandait où mon guide était resté, qu'il s'at- 
tardait à boire de l'eau de vie. 

Le lendemain le personnage qui parlait français me conduisit chez 
M. Louis Mousi , pour qui j'avais une lettre , le priant de m'acheminer 
sur Harlingen. Nous ne le trouvâmes pas et je me fis conduire chez 
M. Louis Pierre Garach , que je savais être grand ami de mon oncle. 
Dès qu'il eut jeté les yeux sur moi , il me reconnut et me dit : „ Vous 
êtes M. Peaux, qui se rend à Harlingen". Il était fils de M. Garach de 



^72 PnSRRÊ PBAtJX. 

Leeuwarde, réfugié français ^. Nous étions quelque peu parents. Il 
était originaire de Montlaur à deux lieues de Pont-de Gamarës. Il 
était oncle d'André Mallié , qui avait quitté la France avec mon oncle 
à moi , Jean Peaux. 

M. Louis Pierre Garach me reçut avec grande amitié , me fit voir 
Amsterdam et me conduisit le même soir au coche d'eau pour Harlin- 
gen. Le lendemain 14 mars au matin j'arrivai chez mon oncle, que je 
reconnus immédiatement à sa ressemblance avec ses frères. Lui aussi 
me reconnut et il pleura d'attendrissement U s'informa de toute la 
famille pour s'assurer que j'étais bien celui qu'il avait attendu , et me 
reconnut alors entièrement pour le fils de son frère. U me fit suivre 
l'école de maître Ekama, où je me rendais trois fois par jour; je la 
suivis pendant un an et quart J'aurais alors voulu apprendre chez 
mon oncle le métier de perruquier; mais il s'y opposa , de sorte que 
j'eus à revenir à mon propre métier. Je travaillai à Franeker chez le 
tanneur David Peereboom, mais je ne pus pas y rester longtemps, 
parce que le travail était beaucoup plus pénible qu'en France, et je 
revins chez mon oncle , où je ne fus pas accueilli avec l'empressement 
qui avait salué mon arrivée de France. Mon oncle fit après cela plu- 
sieurs fois des démarches pour me placer chez un boulanger français à 
Amsterdam ; mais à chaque fois , au moment où j'allais partir , je dus 
rester, tantôt parce que mon oncle était malade, tantôt parce que son 
commis était alité , et qu'ainsi on ne pouvait pas se passer de moi. 
Enfin en 1760 je fus placé chez un marchand de vin à Amsterdam. 

L'auteur de la plaquette insère ici quelques notes , dont nous extrayons 
ce qui suit: • 

Mon grand père, dit-il (c'est Pierre Peaux), se maria le 13 avril 1766 
dans la grande église de Harlingen avec Elisabeth Siccama, dont le père 
était bourgmestre de la ville. Son beau-père , quelques mois avant sa mort , 
survenue en 1769 , lui fit, ainsi qu'à sa femme , don de sa maison , située à la 
Voorstraat à Harlingen. Après lui cette maison a été habitée par son fils 
Hermanus Peaux , et après la mort de ce dernier , par ma mère , qui y de- 

1. Pierre Garaoh était en 1719 ancien de TÉglise wallonne de Leeuwarde; ?oj. 
BoU. , 2e série, T. 2, page 142. 



PIERRE PEAUX. 273 

meure actaellement avec son fils Petrus Hermanos et ses filles Elisabeth et 
Anna Petronella. La maison est la propriété de mon frère. 

Mon grand-père a fait le commerce de vins et a aussi plus tard possédé la 
briquetterie de Botertan à Midlum , qu'il acheta pour 4203 florins. 11 a été 
plusieurs fois membre du consistoire de l'Église réformée de Harlingen. Il 
était en 1786 en tour de sortir de charge en qualité d'ancien et prononça à 
cette occasion un discours d'adieu , dans lequel il félicita le consistoire de ce 
que la concorde régnait dans son sein, n n'avait pas été atteint , dit-il , par 
les ferments de discorde semés en ce temps par des gens poussés par l'inté- 
rêt personnel , qui inscrivaient le mot de liberté sur leur drapeau , mais dont 
le but caché était d'asservir l'Église et les citoyens. On avait éprouvé dans 
le consistoire combien il est doux et agréable que des frères vivent ensem- 
ble, n regrettait de ne plus pouvoir jouir de ces fraternelles relations , mais 
il se réjouissait de savoir que les places laissées vacantes par ceux qui sor- 
taient de charge allaient être occupées par des hommes de bien , des pel*son- 
nes capables , qui n'étaient pas des perturbateurs de la paix générale (nous 
abrégeons). La note poursuit en énumérant quelques-uns des emplois hono- 
rables confiés au grand-père de l'auteur , qui poursuit en disant : 

Mon grand-père paraît avoir prospéré dans son commerce et dans sa re- 
cherche de l'aisance. Son journal ne donne point de détails sur sa vie domes- 
tique, sauf qu'il mentionne avec pathos la mort à l'âge de vingt-trois ans 
d'une fille aimée , Anna Peaux. 

Nous traduisons encore les dernières lignes que Pierre Peaux a consa- 
crées à sa fille: 

Ce coup nous a tous douloureusement frappés. Physiquement elle 
avait été déshéritée, mais elle possédait la sagesse et l'intelligence et 
était extrêmement aflectueuse , surtout pour ses proches. Elle avait 
un vrai talent pour la lecture , une belle mémoire et l'art de bien dire. 
Nous n'en regrettons que davantage sa perte. 

Plusieurs choses nous ont frappé à la lecture de ce journal. L'une est la fo- 
dlité d'assimilation des réfugiés français au pays de leur retraite. Pierre 
Peaux ne sait pas un traître mot de hollandais quand il arrive à Amsterdam 
et ne peut faire entendre qu'il a soif qu'en se servant du langage des gestes , 
et il apprend si bien le hollandais que c'est dans cette langue qu'il écrira 
son journal , en assez mauvais style , sans doute , mais sans foutes de langue. 
On voit que le talent littéraire lui fait défaut , mais personnellement il est 



274 . PIERRE PEAUX. 

devenu hollandais , il occupe honorablement diverses places dans la magis- 
trature et sera même dans une occasion importante élu pour représent» le 
conseil de la ville, ce qui lui valut une médaille d'or dœinée par le Prince 
d'Orange. Ses desc^dants aussi sont naturalisés , non seulement politique- 
ment, mait aussi moralement, et c'est pour cela qu'il écrit son journal en 
hollandais ; mais ces mêmes Peaux , oublient-ils leur ancienne patrie , main- 
tenant qu'ils sont établis sans esprit de retour dans leur pays d'adoption? 
En aucune façon. Ils conservent pieusement le souvenir de leur origine et 
des souffrances de leurs ancêtres. 

Nous remarquons en outre , ce que sans doute on savait fort bien , mais ce 
qu'il est très intéressant de voir confirmer par un témoin oculaire , que , si 
l'atrocité de la persécution telle qu'elle avait été exercée sous Louis XiV 
était fort atténuée sous le règne de Louis XV , les réformés n'en ont pas 
moins été en butte à des vexation^ continuelles des plus pénibles; même la 
prison et les galères ne leur étaient pas épargnées. Ils avaient de nouveau 
des pasteurs , mais ceux-ci jouaient continuellement leur liberté , même leur 
vie ; ils avaient leur culte , mais il était clandestin ; ils dépendaient en mille 
manières des curés et au fond n'étaient sûrs de rien. Il était bIots possible de 
vivre en France et de rester protestant, mais c'était au prix d'inquiétudes 
continuelles , souvent réalisées , de pertes certaines , de concessions humili- 
antes (que l'on pense à ce garçon, à qui ona appris que la messe est une 
idolâtrie condamnée par Dieu , et qui ne peut suivre l'école qu'à la condi- 
tion d'aller à la messe , et , naturellement , de ne pas s*y distinguer par son 
attitude). 

Enfin nos lecteurs seront sans doute d'accord avec nous que l'expression 
des naSÎB sentiments religieux de Pierre Peaux est fort intéressante , d'au- 
tant plus que nous sommes en droit de supposer qu'elle représente assez 
bien la moyenne de ce que pensaient et sentaient les réfugiés. 



DeSCENDAKCB DE PlEREE PeATJX. 

L L'auteur du journal , Pierre Peaux , né le 3 avril 1740 à Pont-de-Gama- 
rès , épousa , le 13 avril 1766 , dans la « Grande église » de Harlingen , 
Elisabeth Siccama , fille de Hermanus Siccama , bourgmestre de Harlin- 
gen. n y fut membre du corps municipal, décéda le 24 novembre 1801 
à l'âge de 61 ans et 7 mois et fut inhumé dans le Westerkerk. 



PIERRE PEAUX. 275 

Enfants , tous nés à Harlingen : 

10 Hermanus, né le 23 août 1767, épousa Anne Le Maire de Leeuwarde, et 
mourut sans enfants, le 13 déoembre 1815, à Harlingen, à l'Age de 48 ans. 
20 Anna, née le 14 septembre 1 768 , morte le 20 avril 1792. 
30 Elisabeth, née le 10 décembre 1769, morte le 28 ayril 1770. 
40 Pieter, né le 1 janvier 1775 , qui suit. 

IL Pieter Peaux, né à Harlingen le 1 janvier 1775, fat de 1800-1823 

pasteur à Burgwerd , Hichtum et £[artwerd en Frisa H épousa Aukje 

Lantinga, née le 9 mai 1778 à Bolsward et mourut , le 4 avril 1824, à 

Harlingen. 

Enfants , tous nés à Burgwerd : 

10 Elisabeth, née le 21 mai 1803. 

20 Rein, né le 3 septembre 1806, qui suit 

30 Itske, née le 2 août 1810, laquelle épousa Siebe Braaksma. 

40 Anna Petronella , née le 13 septembre 1812. 

50 Petrus Hermanus, né le 18 aoûtl815. 

60 Totia Johanna, née le 16 septembre 1818, laquelle épousa G. Bakker. 

70 Pieter, né le 4 ootobre 1821 , qui épousa Gomelia van Driesum. 

nL Rein Peaux , né à Burgwerd le 3 septembre 1806 , depuis 1830 pasteur 
à Etten et à Hœven dans le Brabant septentrional, épousa en 1831 Ma- 
ria Eva Gbudriaan , née le 3 avril 1803 à Alkmaar et morte à Etten le 6 
juillet 1864 
Enfonts , tous nés à Etten : 

10 Augusta Gnerdîna. 

20 Alida Petronella. 

30 Pieter, né le 9 avril 1835, qui suit. 

40 Adriana Françoise. 

lY. Pieier Peaux, né à Etten le 9 avrill835, épousa en 1859 Louisa Cor- 

nelia Q^rarda Pnnoe. 

Enfants: 

10 Augusta Gnerdina. 
20 Jan Beinhard. 
30 Johanna Beinhardina. 
40 Rein, qui suit. 
50 Pierre Etienne. 

Y. Rein Peaux , directeur de Técoie de marine marchande à Groningue , 
épousa Louise Legrand. 



LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE 
DE DWINGELOO K 



Le 6 juillet 1685 Elbert Anthony, baron van Pallandt,banneret 
de Voorst , drossart de Coevorden et de la province de Drente , mort 
en 1701, et sa femme, Walbarg, baronne van Heekeren , morte en 
1721 , achetèrent la seigneurie et le château (havezathe) de Batinge à 
Dwingeloo , province de Drente. 

Auparavant déjà maint réfugié français , se rendant dans le Nord 
du pays , avait passé par ce village et y avait trouvé assistance , comme 
le prouvent les comptes des diacres. Survint la révocation de Tôdit de 
Nantes; les réfugiés affluèrent de tous côtés, et les nouveaux sei- 
gneurs de Batinge, mus par la piété et par la pitié , désirèrent , non 
seulement contribuer au soulagement passager de ces malheureux , 
mais, dans les lieux de leur résidence, assurer leur sort d'une ma- 

1. SouroeB: 

1*^ Registres des baptêmes et des mariages de PËglise de Dwingeloo. 

2^ Registres des comptes des diacres. 

3^ ArohiTOs nationales à Assen. 

4<> J. S. Magnin, Kerkelijkegeschiedenis van Drmthe . Groningen , 1855 , page 280. 

h^ T. Â. Romein, De Hervarmde predikanten in Drmthe^ Groningen, 1861, 

page 164. 
6^ G. Tan Sohaick, Nieuwe Drentsehe volksalmanak ,1847 , page 35. 
1° Jhr. Mr. R. 0. van Holthe tôt Echten, même publication, 1899, page 229. 
Je dois à l'extrême obligeance de M. F.-E.-B. van den BiesheuTel Schiffer, bourg- 
mestre de Dwingeloo , d*aToir pu consulter à loisir les registres ci-dessus. 



LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINGBLOO. 277 

niôre plus darable. Dans ce but ils permirent en 1685 de s'établir sur 
les terres de la seigneurie à un certain nombre de réfugiés , parmi les- 
quels il 7 avait des rentiers et des artisans. 

Bs accordèrent provisoirement à quelques familles l'hospitalité dans 
leur château. En second lieu , le produit d'une collecte qu'on avait 
faite en Drente et ailleurs, et qui rapporta 6904 florins, fut, sans 
doute par leur intervention , affecté à loger les moins fortunés des exi- 
lés. Les seigneurs fournirent, outre les matériaux de construction , 
un terrain situé dans le voisinage du château , et l'on y érigea un 
bâtiment, qui fut aménagé de façon à pouvoir abriter convenablement 
huit ou neuf familles. Dès lors ils se chargèrent de l'entretien de cet 
édifice jusqu'à la mort du dernier de ceux qui y avaient trouvé un 
asile. Maintenant encore il est connu sous le nom de a Maisons fran- 
çaises j>. 

Après la mort du baron van Pallandt et celle de sa femme, la sei- 
gneurie de Batinge échut en héritage au peveu dex^ette dernière, El- 
bert Anthony Gerhard, baron van Heekeren, mort en 1735. Le 27 
novembre 1731 s'entama devant la haute cour (etstoel) de Drente un 
procès entre lui et la compaunauté réformée de Dwingeloo au sujet de 
la propriété de ce bâtiment. Du côté ecclésiastique on soutenait que 
ce bâtiment ayant été construit sur le produit de la collecte , il devait 
être employé adpios usus, à défaut de réfugiés français pour l'habiter, 
et qu'il devait par conséquent revenir à l'Église. Quant au seigneur, il 
plaidait que du moment qu'il n'y avait plus de réfugiés , le but pour- 
suivi lorsqu'on avait fait la collecte se trouvait complètement atteint , 
et que les maisons , bâties sur ses terres et avec ses matériaux , de- 
vaient lui faire retour. C'est lui qui eut gain de cause. 

Pour subvenir aux besoins spirituels des Français , les châtelains 
leur accordèrent pour leurs exercices religieux l'usage d'un grand 
salon situé au second étage de leur château , et ils le firent aménager 
en vue de cet usage (ce salon a été démoli en 1832). 

Dans la province de Drente, comme partout dans les Pays-Bas, 
on était fort bien disposé pour les pasteurs français réfugiés , et le 13 
juillet 1686 le drossart et les députés de la province résolurent d'ac- 



278 LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINQELOO. 

corder à on ministre français une pension de 400 florins par an , pay- 
able sur la caisse des domaines. En même temps le drossart , le baron 
van Pallandt , qui , en sa qualité de seigneur de Batinge , avait le droit 
de collation pour l'Église paroissiale de Dwingeloo , nomma pasteur 
de cette Église le ministre pensionné , de qui il avait jadis &it la con- 
naissance en France. 

C'était Isaac du Soûl , fils d'Isaac , pasteur à Lusignan de 1 620 à 
1649, puis professeur de théologie à Saumur, et d'Aimée Besly. U 
était né à Lusignan et avait été pasteur à Fontenay-le-Comte en Poi- 
tou depuis 1662. Il avait été emprisonné en 1681 avec son collègue 
Daniel Pain et ses deux anciens au château d'Angoulême, sous pré- 
texte qu'ils avaient contrevenu aux édits sur la religion. Lorsque, en 
1685, son temple fut fermé, puis démoli, il passa en novembre à 
Londres, d'où il se rendit dans les Pays-Bas. Sa femme, dame Marie 
Martin , était morte depuis quelque temps ; mais , malgré les difficul- 
tés sans nombre qu'il eut à surmonter , il réussit à emmener avec lui 
deux de ses trois enfants , Samuel et Moyse. Le premier se rendit en 
1688 en Angleterre, où il devint lieutenant de dragons dans le ré- 
giment de Miremont; le cadet étudia à l'université de Groningue 
dans les années 1688 et 1689, puis à celles d'Utrecht et de Frane- 
ker , pour partir ensuite à son tour pour l'Angleterre , où il embrassa 
la carrière des lettres. L'aîné des trois , Isaac , avait eu l'intention 
de suivre son père; mais il fut retenu en France et contraint d'ab- 
jurer K 

A son arrivée dans les Pays-Bas du Soûl s'établit à Amsterdam , 
où il prêta le 4 mars 1686 le serment de fidélité par devant les bourg- 
mestres. Ayant, avec environ deux cents pasteurs français, au sy- 
node de Rotterdam du 24 avril 1686 , apposé sa signature à la confes- 
sion de foi, en témoignage qu'il y conformait sa doctrine et qu'il se 
soumettait à la discipline de l'Église réformée des Pays-Bas , il se trou- 
vait en droit d'exercer le ministère dans toutes les Églises du pays. 

1. France protestante, 2e éd., T. T., ool. 1070. Bull de Vhiat. des Églises ival , 
le série , T. V., pages 314 et saiy. 

A. Lièvre , Histoire des Protestants du Poitou , Paris 1860 , T. II , page 1 18 et T. 
m, page 290. 



LA COMBIUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINGBLOO. 279 

Du SouI entra en fonctions le l mai 1686 dans sa petite commu- 
nauté de Dwingeloo ; du moins c'est à cette date qu'il entra en jouis- 
sance de sa pension. Je dis communauté, et non pas Eglise, car son 
troupeau n'était pas constitué en corps ecclésiastique autonome et ne 
relevait pas du synode wallon. C'était une annexe de l'Église réfor- 
mée de Dwingeloo , qui relevait de la classe de Meppel et du synode 
néerlandais d'Assen. C'est pour cela que les actes de nomination et de 
vocation de du Soûl eurent à recevoir l'approbation ecclésiastique de 
la classe de Meppel , et que le pasteur se présenta au synode d'Assen. 
Ce fut le 31 octobre 1693. H prononça à cette occasion, sur Actes 
XX , 28 , un discours en latin , qui plut beaucoup ; il fut agréé comme 
membre du synode , après qu'il eut signé les canons de Dordrecht. 

Il résulte de cet état de choses que les baptêmes et mariages fran- 
çais s'inscrivaient dans les registres de l'Église hollandaise et que le 
produit des collectes faites pendant le culte français était versé entre 
les mains des diacres hollandais; ceux-ci administraient le produit de 
toutes les collectes comme un fonds commun. On trouve fréquemment 
dans leurs comptes des mentions relatives, tantôt à quelque secours 
donné à un passant réfugié, tantôt à une subvention accordée , soit à 
un étudiant, soit à un proposant français , tantôt à un don fait en fa- 
veur des galériens pour la foi. 

Malheureusement le registre des baptêmes et des mariages de l'É- 
glise de Dwingeloo ne commence qu'en 1697. Le pa'steur hollandais 
qui a commencé à le tenir a inscrit en tête l'avertissement que son 
prédécesseur ne lui a remis aucun registre antérieur. Il résulte de 
cela que les actes de baptême et mariage français font défaut de 1685 
à 1697 , à l'exception de trois actes de baptême , de 1690 , de 1692 et 
de 1695 , qu'un pasteur a intercalés dans le registre de 1697 , en y 
ajoutant que ces baptêmes avaient été administrés par du Soûl. Le 
premier baptême connu , parmi ceux qui ont été administrés par du 
Soûl, ne date donc que de 1690. 

Du Soûl a pendant vingt-deux ans travaillé à l'édification de sa pe- 
tite communauté, vivant en parfaite harmonie avec ses collègues hol- 
landais, traité avec distinction par son protecteur. Il semble que du- 
rant toute la durée de son ministère il a habité le château de Batinge ; 



280 LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINGELOO. 

en tout cftô il y résidait encore en 1698. U mourut en 1707 et, le 3 
juin , on l'ensevelit, selon l'usage , non loin de la chaire du temple de 
Dwingeloo. 

En 1700 deux pasteurs hollandais, Otto de Haert et Abrahamus 
Lakens , appelés à Bommel , quittèrent Dwingeloo. En conséquence 
le seigneur-collateur fit, le 27 septembre, sa présentation à la classe 
de Meppel, et appela, le 1 octobre, deux nouveaux pasteurs , voca- 
tion qui fut approuvée le 11 par le drossart et par les députés de la 
province. 

L'un des nouveaux titulaires était Laurent le Brun , candidat au 
saint ministère, né à Cologne le 9 septembre 1673 et baptisé le lende- 
main K L'album studiosarum de l'université d'Utrecht renferme à son 
sujet la mention suivante : a 1694 Laurentius le Brun , Goloniensis b. 
U défendit dans la même année à Utrecht une thèse intitulée a Over 
het leven en de lotgevallen van den Yperschen bisschop Cornélius 
Janssenius », et en 1698 dans l'université de Franeker une disserta- 
tion théologique, intitulée a De primi temporis ecclesiae statu et 
fatis ». U fut installé à Dwingeloo le 10 novembre 1700. 

Son nom indique qu'il était de descendance , ou française , ou wal- 
lonne, et j'incline à croire que cette circonstance, à savoir sa connais- 
sance de la langue française , n'avait point été étrangère à la détermi- 
nation du seigneur de Batinge de lui adresser vocation comme pasteur 
de Dwingeloo. Du Soûl, en effet, devenait vieux; il pouvait bientôt 
venir à manquer; si l'un des pasteurs savait le français , cela aurait 
l'avantage qu'U serait au besoin en état de suppléer du Soûl. Réelle- 
ment la santé de ce dernier laissa de plus en plus à désirer ; il ne put 
plus remplir toutes ses fonctions et pendant les dernières années de 
sa vie le Brun fut désigné pour le suppléer en partie ; lorsqu'il mou- 

1. Registre de TÉglise hollandaise réformée de Cologne : « Den 10 Sept. 1 673 is al- 
hier door den Dienaer gedoopt een kint van Johannes le Brun en Gertrud Wouters 
en is genaemt Laurents. Waerover als getuygen stonden Dootor Philip Ëlberfelt , 
Abraham yan Bleiysswyck in Delft, in wiena plaatse stondt Samuel Conunyn en 
Maria Sohônemans. Yan Kerken wegen was tegenwoordigh Br. Diensbroeok ». 



LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINGELOO. 281 

rut, en 1707, le Brun le remplaça entièrement. C'est ainsi que nos 
sources nous le montrent distribuant la sainte cène dans la commu- 
nauté française le 7 août et le 16 octobre 1707 , et de nouveau le 15 
avril 1708. Cette occasion fut la dernière. Le Brun reçut une vocation 
de l'Église hollandaise de Maestricht et, le 1 m'ai 1708, partit de Dwin- 
geloo , où il avait exercé le ministère pendant sept ans et demi. Il ac- 
cepta plus tard une vocation de l'Église hollandaise de Zutfen , ville 
oii il mourut le 24 août 1736. 

Le départ de le Brun fut le coup de grâce pour la communauté fran- 
çaise. Le petit troupeau avait été fort diminué par les décès et par les 
départs. U est très probable que ceux qui restaient avaient suffisam- 
ment, appris la langue néerlandaise pour pouvoir suivre les prédica- 
tions faites dans cet idiome. Les débris de la communauté française 
disparurent , fondus dans l'Église hollandaise. 

Les Français se réunirent cependant une fois encore après le départ 
de le Brun pour célébrer entre eux la sainte cène. Ce fut le 19 octobre 
1710. Ce ne sera pas un dérèglement d'imagination que de conjectu- 
rer qu'ils voulurent ainsi commémorer le vingt-cinquième anniver- 
saire de la révocation de l'édit de fiantes, et rendre grâce à Dieu de 
l'hospitalité dont depuis vingt-cinq ans ils avaient eu le privilège de 
jouir dans les Pays-Bas. 

Il serait intéressant de connaître le nombre et les noms des victi- 
mes de la persécution qui, en 1686,se sont groupées au tour de du 
Soûl à Dwingeloo et dans les environs , et ont constitué cette commu- 
nauté française, la seule qui ait jamais existé dans la province de la 
Drente. Nous ne saurions le dire d'une manière complète et de tous 
points exacte, ce qui ne surprendra personne , si l'on veut bien tenir 
compte de l'absence du registre le plus important qu'il faudrait avoir , 
celui des baptêmes et des mariages de 1686 à 1697 , de l'absence d'un 
registre quelconque des actes du consistoire, de l'absence même des 
actes de la classe de Meppel pendant le ministère de du Soûl et de le 
Brun. Toutefois on peut , non sans peine , en glanant un peu partout , 
parvenir à réunir un certain nombre de noms, suffisants pour faire 
constater qu'à Dwingeloo, de même que cela a eu souvent lieu ail- 



I 282 LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DK DWINGELOO. 

! leurs , des réfugiés origÎDaires du Poitou se sont groupés autour d'un 

! ministre poitevin *. 

I Une des familles les plus considérées fut certainement la famille de 

Rion , parfois appelée du Rion. 

L Philippe de Rion , enterré le 19 mai 1712 , et sa femme Nérée Joduin, 
I enterrée le 1 octobre 1720. Us firent enterrer une fille le 22 novembre 

1 704. Leurs autres enfsuits furent : 

a. Philippe Alexandre de Rion, mort lieutenant-colonel, probablement au 
Bervice du Hanorre. 

Sa fiUe Marie Sophie 2, qui hérita en 1756 de sa tante Nérée Henriette de 
Rion (mentionnée oi-deBSOus à la lettre b) , épousa Cari Friedrich Ferdi- 
nand Yon Uslar , capitaine au seryice du Hanovre. Ils firent baptiser trois 
enfants dans Téglise royale luthérienne évangélique de la garnison de 
Stade en Hanoyre ; ce sont : 

1 M 755 , 1 août , Jacob Wilhebn Cari , mère née D'Rion. 

2^ 1756 , 4 juiUet , Sophia Charlotta Emestina ; mère Ton D^Erion , mar- 
raine la grand' mère Madame von D'Erion. 

30 1758 , 12 octobre , Charlotta Henrietta , née le 10 ; mère Maria Sophia 
née Deriong. 

h, Nerée Henriette de Rion, enterrée le 18 juin 17.56, héritière de Drenthine 
Marie de Rion, mentionnée sous la lettre c ; eUe testa en fareur de Marie 
Sophie de Rion , mentionnée sous la lettte a. 

c, Drenthine Marie de Rion, enterrée en 1741. Son prénom indique qu^eUe 
était née dans la Drente. EUe épousa le 4 août 1726, à Dwingeloo, Elbert 
Anton Gerhard baron van Heekeren, seigneur de Batinge, mort en 1735. 
EUe mourut sans laisser de postérité et testa en faveur de sa sœur Nerée de 
Rion (lettre b); eUe légua miUe florins à la diaoonijB de Dwingeloo. 

A. Lièvre, Histoire des Protestants du Poitou, Paris 1860, T. El, 
page 359. 

Beauchet-Filleau. Dictionnaire historique et général des fomilles du 
Poitou, 2« éd. Poitiers 1891, T. I, page 140: Philippe de Rion, éc. 
sr. de Bois-Imbert en 1673, époux de Henriette Aubert , fille de René , 
éc. sr. do Oamault, Bois-Potuyau, Landroire et de Madelaine Jaudouin. 
Bulletin de This. du prot français , T. XXI , page 558 : La femme d'A- 



1. Je suis rederable à Tobligeance de M. N. Weiss d'indications relatives à plu- 
sieurs de ces personnes. 

2. Registre des enterrements d'Amsterdam : i 788 , 21 sept. , enterrée Marie Rion. 



LA. COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINGELOO. 283 

lezandre Jodooin, sr. de Miumande, de la province de Poitou , oon- 
damnée en 1689 par le parlement de Rouen , pour avoir voulu sortir 
du royauma 

n. M. de ou du Blaîson ou Blesson , parrain en 1700, enterré le 4 mai 
1717, et sa femme enterrée le 5 juin 1736; ils firent enterrer deux 
enfonts , le 24 avril et le 3 mars 1706. 

A. Lièvre, ouvrage cité, T. m, page 29, note, et page 214, nota 
Beauchet-Filleau , ouvrage cité , T. Il , page 68 : Isaac Buor , ec. sgr. 
du Biaison est nommé dans une requête adressée en 1691 au parle- 
ment. 

La France protestante, T. V. page 326, 2^ éd. T. El, c. 397 : Mar- 
raine en 1681 Aymée du Blezon , femme dlsaac de Buor-la-Lande , 
sr. du Blezon. 

CettQ famille est probablement la même que celle qui sera mentionnée 
ci-dessous au chiffre X. 

nL Isaac Fouçet ou Foucquet , boulanger, en 1720 diacre comptable, en- 
terré le 23 mars 1721 , et sa femme enterrée le 11 novembre 1707. Ds 
firent baptiser : le 1 août 1690 Marie et Gertrude , le 24 octobre 1692 
Anne, le 6 novembre 1695 Benine et en 1698 RoeloQa Benine se ma- 
ria le 7 avril 1726 et Marie le 3 avrU 1729. 

A. Richard , dans son ouvrage intitulé Archives seigneuriales du châ- 
teau de la Barre y Saint-Maixent 1868,T.n, page 264, mentionne 
une fomille poitevine appelée Foucquet , et une autre , du nom de Gué- 
rin , laquelle nous liaisons suivre. 

IV. Jean Ghiérin, enterré le 6 mars 1706 et sa femme Jeanne Odebrand. 
Enfemts: Marie, Louise, Charles et Reine Isaac , baptisé le 4 février 
1700. Devenu veuf, il se remaria et eut un fils , Jean , baptisé le 22 fé- 
vrier 1705. Un des fils exerça le métier de tailleur. Nerée Guérin se 
maria le 2 septembre 1736. Après la mort de Jean Guérin , la famille 
reçut des secours de la diaconia C'est la seule famille française, d'a- 
près les comptes de la diaconie , qui ait été dans ce cas. 
Voir l'ouvrage déjà cité de Richard , T. I , page 183 et T. Il , page 320 , 
où sont mentionnées des personnes du nom d'Audebrand. 
V. Madame Goisy ou de Goisy, marraine en 1690, enterrée le 1 avril 
1714. Mlle Lisette Qtoîsy ou de Goisy , marraine enl695 , enterrée le 
13 avril 1720. 

Richard, T. I, page 225 est mentionnée à la date de 1605 une Mlle 
Charlotte de Guisy. 



284 LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DB DWINGBLOO. 

VL Mademoiselle Bourneuf oa de Bourneuf , marraine en 1700 , enterrée 
le 23 avril 1719. 
A. Lièvre , T. m , page 360. 

Beauchet-Filleau , T. I , pa^ 140 : Judith Aubert , fille de René et de 
Madelaine Jaudouin , en 1673 dame de Bonmeaf. C'est probablement 
la même personne que celle qui sera mentionnée ci-dessous au nu- 
méro XIL 

Vn. Mademoiselle Eerveno , s^occupe de couture en 1706. 
A. Lièvre , T. m , page 131. 

H. Beauchet-Filleau , T. 1 , 140 : Louis de Eerveno , éc. , en 1673 mari 
de Madeleine Aubert , fille de René et de Madelaine Jaudouin. 
Le même T. II, page 190; A. Richard T. I, page 239; Bull, de Thist. 
du Prot. fr., T. XXI,558;laFranceprotT.VI,pagel20;2«éd.T. 
VI , c. 289: Marie Charlotte Chabot en 1686 épouse du galérien Louis 
François de Eerveno , sr. de TAubouinière , condamné en 1690 par le 
parlement de Rouen pour avoir voulu sortir du royaume. 
Le même nom se rencontre ci-après au numéro Xlll. 
VlLL Mademoiselle Pacy , enterrée le 18 octobre 1706. 

IX. Christoffel la Cost , demeurant à Batinge vers Tan 1700. 

Enfin les États de la province de Drente naturalisèrent le 11 mars 
1710 les cinq membres de la famille de Rion , IsaacFouçeteten outre : 
X. IsaaoqBéor. 

XL Aimé de Gk)ullaina 

A. Lièvre , T. m , page 47 , note , et page 130. 
Beauchet-Filleau, T. n, page 69: Olympe de Gk)ulaine épousa en 
1637 Elie Buor de la Lande , éc. sr. de la Morinière et de la Négrie. 
Madelaine de Gk)ulaine en 1663 veuve de Oilles Buor, chevalier , sr. 
de la Lande. La France prot T. Y , page 326. 

XIL Judith Aubert K 
Xlll. Percide de Eerveno. 

Voilà tout ce que je suis parvenu à recueillir touchant la commu- 
nauté française de Dwingeloo. Il va sans dire que l'orthographe des 
noms propres reste douteuse. Le peu de soin que dans les siècles qui 
précèdent le nôtre on prenait des archives n'est égalé que par le fan- 

i. ÉgL wall. d'Amsterdam : 1686 le 28 juillet reçu membre Judith Aubert, femme 
de Louis des Portes. 



LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE DWINOELOO. . 285 

taisisme qui régnait dans la manière d'orthographier les noms pro- 
pres. En Hollande les noms français ont été défigurés en mille façons. 

Oroningue , 1 90 1 . H.-D. Gutot. 

M. Ouyot a eu la bonté de joindre à son manuscrit plusieurs ex- 
traits de baptême et autres pièces de ce genre, que nous n'avons 
pas cru très intéressant de reproduire ici. En revanche, nous som- 
mes heureux de joindre à cet article une vue du château de Batinge 
((( 't Huis Batinghe te Dwingeloo y>) et une vue des maisons affectées 
aux réfugiés (« Fransche Huizen te Dwingeloo ») , reproductions de 
photographies que nous devons aussi à notre ami M. Ouyot. 






VIII. 19 



LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES 
WALLONNES AU XII^ SIÈCLE. 

CE QUI A ÉTÉ FAIT POUR LES PASTEURS: CE QUI 

RESTE À FAIRE \ 



L'étude que nous avons faîte à la Haye de Tbistoire de nos Églises 
wallonnes dans leurs rapports avec l'État pendant le XIXe siècle 
nous les a montrées déployant dans cette lutte inégale une foi , une 
persévérance , une fermeté , une souplesse , qui eurent à la fin raison 
de tous les obstacles et de toutes les mauvaises volontés. Gomme le 
roseau du fabuliste , elles ont pu , elles ont dû souvent courber la tête 
sons Torage, mais pour la redresser au premier rayon de soleil ; elles 
ont plié, on ne les a pas brisées. On Ta bien vu , quand à la période de 
résistance passive et longtemps muette a succédé lejour de la rési- 
stance ouverte, le jour où , contre l'arbitraire , elles en ont appelé 
résolument à la Constitution et à la loi. 

Et cependant , ce qui est encore plus réconfortant, plus digne d'ad- 
miration que cette revendication incessante de leurs droits vis-à-vis 
de l'autorité civile , ce sont les efforts de nos Églises pour maintenir , 
créer, développer les institutions qui assureront leur avenir. Au mi- 
lieu des ruines qui s'accumulent, devant ces décrets sans appel qui 

1. Disooors prononoé pour Touverturo de la réunion des députéd des Églises 
wallonnes, rassemblés à Utrecht lo 28 juin 1902 et jours suivants. 



LES INSTITDTIONS FINANCIERES DES ÉGLISES WALLONNES ETC. 287 

frappent tant de communautés et qui les menacent toutes , il semble- 
rait qu'elles dussent se résigner à disparaître. C'est le conraire qui 
arrive. Dès leurs premières réunions, leurs représentants attestent 
qu'ils gardent pour elles les longs espoirs et les vastes pensées. 

Il faut qu'ils montrent à tous , à leurs fidèles comme aux étrangers, 
qu'ils ne désespèrent pas de l'avenir; il faut qu'on assure aux pas- 
teurs wallons , avec la considération dont ils ont toujours été entou- 
rés, des avantages matériels qui rehaussent leur situation sociale. 
Dès 1728 , une bourse avait été fondée pour fournir une pension an- 
nuelle aux veuves des pasteurs qui voudraient s'y affilier. Cette 
œuvre qui, pendant près d'un siècle, avait rendu de si grands servi- 
ces, avait été atteinte, comme toutes les autres, par le tiercement 
opéré sous Napoléon ; les besoins étaient cependant plus pressants 
que jamais. D'un côté, beaucoup de places avaient été supprimées à 
la mort des titulaires et leurs veuves restaient à la charge de la caisse ; 
de l'autre, plusieurs pasteurs, dont les traitements étaient restés 
longtemps impayés , avaient de la peine à s'acquitter de leurs cotisa- 
tions. Ces difficulté multiples, vous en trouvez les traces dans les 
procès- verbaux de nos premières réunions. L'Église boursière redou- 
ble de soins et de vigilance , mais que pouvait-elle devant le nombre 
croissant des ayant-droit et la réduction du chiffre des intérêts ? Durant 
cette période de la réorganisation , de 1817 à 1825, on compte 24 , 25, 
29 veuves, et c'est avec peine qu'on peut leur répartir 70,65,60 
florins par an. Aussi ne faut- il pas s'étonner que plusieurs fassent 
appel dans la réunion à la charité des Églises et que les Églises a s'é- 
largissent }>, selon l'expression consacrée , en faveur de ces person- 
nes vraiment «nécessiteuses». Peu à peu néanmoins, la situation 
s'éclaircit ; si les Églises et les pasteurs contribuants ont diminué en 
nombre , les subsides extraordinaires distribués pendant cette période 
transitoire se sont éteints. Insensiblement le capital s'augmente , le 
chiffre des intéressées s'abaisse, et la pension des veuves s'élève 
progressivement jusqu'à ce qu'elle atteigne une somme sept et huit 
fois plus grande que celle qui était comptée vers 1820. Le renouvel- 
lement plus rapide de notre corps pastoral , dans la seconde moitié du 
siècle , en augmentant le nombre des ayant-droit , provoque unedimi- 



288 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

nation très sensible de leur revenu. C'est alors, en 1885, que la ré- 
union de la Haye, sur l'initiative de notre regretté collègue Luti, 
institua la caisse de réserve qui , alimentée depuis par la générosité 
des Églises, a permis de relever , en quelque mesure, le chiffre de la 
pension. 

C'était bien quelque chose d'avoir donné aux pasteurs l'assurance 
qu'après leur mort; celle qui fut associée à leur destinée et partagea 
leurs soucis et leurs travaux ne serait pas sans pain. Mais , sous ce 
rapport, les Églises n'avaient eu qu'à continuer l'œuvre commencée 
et, de fait, le règlement pour la bourse des veuves des pasteurs dans 
les Églises wallonnes du royaume des Pays-Bas, arrêté par la réunion 
de Rotterdam de 1833, n est guère qu*une révision et une codification 
des mesures votées par les différents synodes depuis la fondation de 
l'institution. 

Mais il y avait un objet plus urgent qui s'imposait aux préoccupa- 
tions de nos Églises : c'était de s'assurer des pasteurs et la chose 
n'était pas facile. La constitution du royaume des Pays-Bas , avec les 
provinces du Midi , avait amené la création de places de pasteurs de 
langue française dans quelques villes, comme An vers , Liège , Gand, 
Bruxelles , Tournai et , pour les remplir, on faisait souvent appel aux 
anciens pasteurs des provinces du Nord. Comment les remplacer? 
Quand leurs Églises étaient conservées , on manquait de candidats. 
L'étranger aurait peut-être pu en fournir. Mais, pour ces vocations 
d'étrangers, il fallait une autorisation royale et cette autorisation 
n'était pas, tant s'en faut, une simple formalité. En haut lieu on 
n'était pas très bien disposé pour ce qui venait de France. Et , d'autre 
part, les Français n'étaient pas commodes à attirer ou à garder. 
L'Église de Middelbourg , qui avait réussi à obtenir le concours de 
M. Lafon , ne put pas le retenir plus de quelques mois. L'Église d'Am- 
sterdam fut moins heureuse encore. Elle avait adressé vocation à 
M. Albaric de Florac , et M. Albaric avait accepté ; même il s'était mis 
en route pour rejoindre son poste ; mais quand , de charette en coucou 
et de coucou en diligence , au bout de trois semaines , il arriva à 
Lyon , barrasse , moulu , n'en pouvant plus , et qu'il songea à la dis- 
tance qui le séparait encore d'Amsterdam , il recula épouvanté devant 



AU XIX« SIÈCLE. 289 

cet interminable voyage, remercia le consistoire d'Amsterdam, et 
traînant l'aile, tirant le pied , regagna ses montagnes de la Lozère. Ce 
fut alors que , pour le remplacer, on s'adressa à M. Athanase Ooque- 
rel, dont la prédication durant plusieurs années jeta un si vif éclat 
sur les Églises wallonnes. Mais voici une autre affaire. Ni le pasteur 
appelé^ ni surtout ses patrons, ne voulaient entendre parler du oo2/o- 
quium dodum. De quel droit soumettre un pasteur diplômé, consacré, 
en exercice , à cette épreuve préalable ? Le règlement était là , formel ; 
mais était-on obligé d'en tenir compte ? Devant un candidat tel que 
celui qu'on présentait, la Commission wallonne ne devait-elle pas 
s'affranchir des prescriptions légales et ne serait-il pas plus conve- 
nable d'abaisser toutes les barrières devant lui? La lutte fut vive et 
se prolongea ; mais la m^'orité de la Commission tint bon ; elle décida 
qu'on ne devait pas faire acception de personnes , que le règlement 
était fait pour tout le monde , et , depuis lors , la discussion ne s'est 
plus reproduite. Bien entendu , le candidat fut admis haut la main et 
avec les plus grands éloges. Mais on comprend qu'en présence de tou- 
tes ces difficultés, les Églises sentent le besoin de former elles-mêmes 
des pasteurs. Dès 1817, à la réunion d'Utrecht, cette question est à 
l'ordre du jour, ce La disette extrême de sujets , lisons-nous à l'article 
48 des Actes , qui se destinent au service de nos Églises , et qui tient 
sans doute en partie à la pénible incertitude dans laquelle elles ont 
langui pendant plusieurs années , a éveillé la sollicitude de Sa Ma- 
jesté, qui, dans l'article 9 du décret du 19 août, invite le Départe- 
ment des cultes à lui proposer les mesures les plus efficaces pour pro- 
curer de dignes pasteurs aux Églises wallonnes; le Commissaire 
général a invité la Commission wallonne à s'occuper de cet objet, et 
la Commission s'est engagée à lui donner ses soins. A cette occasion , 
le modérateur invite sérieusement les membres de l'assemblée à dis- 
poser par leur exemple et leurs exhortations les familles respectables 
de nos Églises à consacrer leurs fils au saint ministère parmi nous , 
comme lui paraissant un moyen efficace de satisfaire à l'intention da 
Sa Majesté. Il invite pareillement les pateurs présents à profiter de la 
touchante solennité du 2 novembre , jour de la fête de la Réforma- 
tion , pour disposer leurs auditeurs à ne pas se refuser à ce que le 



290 • LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

maintien du saint ministère parmi nous pourra réclamer de leur 
piété. }) Â la réunion de Zutphen , on revient à la charge ; sur trois 
places il 7 a une vacanee; il n*est que temps d'aviser. Il faudrait, di- 
sent les uns, simplifier les études théologiques ; augmenter le taux et 
le nombre des bourses , disent les autres. Un étudiant qui veut se 
consacrer à nos Églises est recommandé à la générosité des membres 
de la réunion. Mais ce n'est là qu'un expédient ; il faut en venir à des 
mesures décisives, et enfin, après bien des tâtonnements , des études 
préparatoires, on institue en 1830 à Leeuwarde la bourse des étu- 
diants. Pour la former, on a réuni l'ancienne bourse des écoliers, 
composée de quelques obligations administrées par les Églises d'Am- 
sterdam et de Middelbourg, et la bourse de M. Mouche, un avocat 
protestant au Parlement de Paris , qui avait fait au synode wallon un 
don de trois cents livres, dont les revenus, primitivement destinés i 
l'étude de la langue des païens à évangéliser, furent ensuite em- 
ployés , de l'assentiment des États-Généraux , en faveur des étudiants 
en théologie. On y joint les revenus de quelques fonds administrés 
par les Églises d'Amsterdam et de Leyde, les revenus du nouveau 
fonds général formé des soldes en caisse et enfin les contributions 
annuelles des Églises. Je ne veux pas entrer ici dans les détails ; qu'il 
suffise d'indiquer qu'il y avait trois bourses de quatre cents florins , 
que les études devaient être faites dans une université hollandaise et 
que les bénéficiaires devaient être hollandais ou naturalisés , l'inscrip- 
tion à l'université tenant lieu d'ailleurs de naturalisation. 

Ces avantages assurés aux étudiants wallons devaient exercer à la 
longue une heureuse influence sur le recrutement du corps pastoral 
et, de fait, les bourses créées ne manquèrent pas de postulants. Mais 
il fallait encore offrir aux pasteurs de nos Églises une position au 
moins égale à celle des paateurs des autres dénominations , et si les 
communautés des grandes villes étaient en état de s'imposer des sa- 
crifices pour leurs pasteurs et d'élever dans une notable proportion le 
traitement de l'État, les petites Églises, où les subsides de l'État 
étaient moindres , se trouvaient trop souvent dans l'impossibilité de * 
les augmenter d'une manière satisfaisante. Or, il y avait là une néces- 
sité absolue , pensait-on ; car, si c'était dans ces petites Églises que les 



AU XIXô SIÈCLE. 291 

nouveaux pasteurs étaient appelés d'abord , c'était là qu'on allait en- 
suite les chercher pour les grandes Églises. Il était donc urgent d'avi- 
ser aux moyens d'augmenter les traitements. Le gouvernement pro- 
mettait d'élever ses allocations d'une somme égale à celle qui serait 
assurée à leurs conducteurs par les Églises ; l'occasion était propice, 
et une proposition partie de Rotterdam fut introduite en 1820 dans la 
réunion pour demander la création d'un fonds destiné à augmeiiter 
les traitements des pasteurs. Le long mémoire qui l'accompagnait fut 
renvoyé à toutes les Églises et trouva la plus grande faveur. Amster- 
dam ne se contenta pas de l'approuver, mais présenta de son côté un 
projet d'organisation ; Utrecht l'appuya chaleureusement, « parce que 
l'augmentation des traitements est un des meilleurs moyens d'ac- 
croître le nombre des jeunes gens qui se voueraient au saint minis- 
tère parmi nous » ; Bois-le-Duc demande — ce sera fait beaucoup 
plus tard — qu'on affecte à cette œuvrel'excédent de la bourse des 
étudiants. Des commissaires sont nommés pour étudier la question et 
en 1824, à la réunion d'Amsterdam, aies députés , munis pour la 
plupart, des pleins-pouvoirs nécessaires, ont adopté le principe qu'il 
sera fondé par leurs Églises une bourse à laquelle elles s'engagent 
provisoirement à contribuer durant cinq années consécutives , afin de 
former, dans cet espace de temps, par l'accumulation des capitaux et 
des intérêts , un fonds s'accroissant , qui puisse devenir, à l'expiration 
de ce terme, la base solide du nouvel édifice qui, sous la bénédiction 
céleste , préparera dans les générations suivantes des sources de pros- 
périté pour les Églises wallonnes. y> Remarquez bien la rédaction de 
cet article, ce qu'il implique de désintéressement et de foi ! Ce n'est 
pas pour eux que travaillent les auteurs du projet : ils savent que ce 
sont les générations suivantes qui en bénéficieront, mais ils se ré- 
jouissent dans la pensée que leur œuvre est une œuvre d'avenir : nos 
arrière-neveux nous devront cet ombrage, pensent-ils, et nous, qui 
profitons de leurs travaux , nous adressons en ce jour â leur mémoire 
un hommage reconnaissant. Je voudrais aussi signaler ici une ma- 
nière d'agir qui est devenue dans nos Églises une tradition. Si la 
grande majorité des Églises s'est ralliée dès l'abord à ce projet , si la 
plupart ont accepté le chiffre de la contribution qui avait été proposé 



292 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

par la commission , quelques unes cependant se sout tenues à Tôcart 
et ont refusé leur concours. On ne les a pas priées ; la majorité a res- 
pecté leur décision et les a laissées dans leur isolement, stipulant seu- 
lement que le fonds servirait exclusivement aux Églises qui le soute- 
naient Et l'on a attendu qu'entraînés par l'exemple des autres et les 
heureux résultats obtenus , les Églises récalcitrantes se fussent déci- 
dées à donner à leur tour leur adhésion. Il a fallu pour cela de longues 
années, comme il a fallu des années pour que le fonds fût en mesure 
d'accorder un subside aux ayant-droit. Fixé d'abord à cent florins , il 
s'est élevé à cent cinquante en 1866 et c'est à ce moment que, pour 
la première fois , on signale dans nos institutions financières une la- 
cune qui vous aura certainement frappés. 

Si l'on se préoccupe , en effet , d'augmenter le traitement des pas- 
teurs en exercice , d'instituer des bourses pour les étudiants , d'assu- 
rer une pension aux veuves et plus tard aux orphelins mineurs de 
nos pasteurs , nulle part il n'est fait la moindre allusion à la retraite 
des pasteurs. A vrai dire, il semble qu'on n'en ait aucun souci. Et 
cela tient sans doute aux anciennes traditions de nos Églises. Si vous 
parcourez les procès- verbaux de nos consistoires depuis les origines , 
vous verrez que la plupart des pasteurs , même arrivés à la vieillesse 
et à l'extrême vieillesse , meurent en fonctions. Quelquefois , par une 
faveur exceptionnelle, s'il s'agit de créer une vacance où l'on désire 
appeler un homme d'un mérite extraordinaire , ou de récompenser un 
pasteur hors ligne, le magistrat lui assure ; après son éméritat , l'inté- 
gralité de sa pension. Ce fut , par exemple , le cas pour Daniel de Su- 
perville à Rotterdam. Mais , en général , ce que nous appelons aujour- 
d'hui la retraite est inconnu et c'est même pour soulager ces vieux 
pasteurs qui doivent continuer à exercer leur ministère que des per- 
sonnes pieuses font des legs en faveur de proposants appelés à rem- 
plir les fonctions des titulaires. Mais , encore une fois , tout ceci est 
l'exception. La règle, c'est qu'avec la cessation des fonctions, est 
supprimé le traitement. En 1808, le roi Louis par son décret du 2 
août, art. 8, décide que «les traitements ou pensions alloués jus- 
qu'ici aux pasteurs réformés émérites (c'est à dire à ceux qui par leur 
âge ou leurs infirmités sont hors d'état de remplir leurs fonctions), de 



AU XTXe SIÈCLE. 293 

même qu'aux veuves de pasteurs réformés, continueront d'être payés. 
 l'avenir, il ne sera accordé aucune pension à des ecclésiastiques , 
sans distinctions de culte , ou à leurs veuves , que sur un décret royal 
et d'après un règlement général à arrêter pour cet objet. Ces traite- 
ments ou pensions ne pourront plus être accordés à l'avenir par les 
communes ou les autorités locales; et pour autant qu'ils se trouvent 
actuellement à la charge de quelque caisse publique ou communale, 
ils cesseront à partir du 1 janvier 1810 et seront à la charge de l'État ». 
Le règlement général annoncé dans cet article ne parut pas de si 
tôt, mais des mesures particulières sont prises par décret. Ainsi , en 
1809, l'Église de la Haye annonce au synode de Bois-le-Ducque, 
par décret du 27 septembre 1808, le doyen de ses pasteurs, M. de la 
Saussaye, a obtenu du roi l'éméritat, salvo honore et stipendia, à. \sl 
condition qu'il donne douze prédications tout le temps que ses forces 
et sa santé le lui permettront. Le 10 avril 1809, un arrêté royal dis- 
pose qu'un pasteur devenu émérite doit pourvoir à son service du- 
rant six mois avec jouissance de son traitement ; après ce terme , il 
entre en possession de sa pension. En 1810 , le pasteur Garp , de Dor- 
drecht , devient émérite , salvo honore et stipendia ; mais , comme on le 
voit, il n'y a encore rien de fixe. Par les comptes-rendus de la Bourse 
des veuves , nous constatons que M. de la Bochette , pasteur émérite 
de Harlem , touche une pension de retraite qui ne s'élève pas à six 
cents florins. Tout indique le désarroi de la période critique que tra- 
verse le pays. 

A la restauration, la loi constitutionnelle, dans son article 192, 
porte que ce les traitements , pensions et autres avantages , de quelque 
nature que ce soit , dont jouissent actuellement les différents cultes et 
leurs ministres leur sont garantis». Un décret royal du 18 juillet 
1815 fixe les conditions auxquelles les pensions de retraite pourront 
être accordées aux ministre du culte protestant. Sans entrer dans les 
détails, notons qu'aucune contribution n'est exigée des intéressés. 
Depuis, on a essayé plusieurs fois de régler législativement cette 
question ; des projets de loi ont été déposés par le gouvernement en 
1862, 1863, 1865; mais aucun n'a abouti et c'est toujours le décret 
de 1815 qui régit la matière. Décret introuvable, d'ailleurs , car il ne 



294 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

• 

figure ; Di au Staatsblad, ni aujoumal officiel, ni dans les annexes, 
ni dans les Pandectes néerlandais ; c'est aux archives du ministère 
des finances qu'il faudra en chercher la minute. Raison de plus pour 
reproduire au moins dans ses parties essentielles une lettre du mi- 
nistre des finances au synode, en date du 25 juillet 1862, qui indique 
les principes directeurs de l'administration, en cette matière, puisés 
aussi bien dans le décret de 1815 que dans d'autres règlements géné- 
raux, par exemple, celui qui en 1825 accorde une retraite aux prê- 
tres catholiques: D'abord et avant tout, sans démission honorable, 
pas de pension de retraite; l'honneur peut aller sans le traitement, 
mais un traitement ne va pas aux indignes. En second lieu , il faut 
quarante ans de services honorablement accomplis pour avoir droit 
légalement à la pension entière. Si l'on n'a pas dix ans de services , 
même en cas d'infirmité, on n'a aucun droit à la pension. En outre, 
si les années de service dépassent dix ans sans atteindre quarante, la 
pension n'est accordée qu'autant que le pasteur qui a obtenu sa dé- 
mission honorable Ta demandée pour cause d'incapacité de service. 
Cette incapacité doit être constatée par l'attestation de deux médecins 
qualifiés au moins. A défaut de quoi , le pasteur déclaré émérite sera 
considéré comme ayant quitté de son plein gré, sans nécessité, le 
service de l'Église et n'aura par conséquent aucun droit à la pension. 
En ce qui concerne le chiffre de la pension d'éméritat , la règle est 
que la pension entière est égale au traitement de l'État attaché à la 
place; dans le cas d'un service de moins de quarante ans , il sera ac- 
cordé un quarantième de la pension entière par chaque année de ser- 
vice. Le minimum de la pension entière est de six cents florins, 
même là où le traitement n'atteint pas ce chiffre; le maximum était 
fixé à dix-huit cents florins. Cependant les pasteurs d'Amsterdam 
ayant réclamé que ce maximum restait en dessous de leur traite- 
ment, un décret du 13 décembre 1815 éleva pour eux à deux mille 
florins le chiffre de la pension. Dans Groningue et le Limbourg, des 
exceptions sont faites à ces règles , en vertu d'anciennes dispositions 
des États de ces provinces. 

Certaines conditions sont posées pour jouir de ces avantages; nous 
les retrouvons encore dans le règlement des retraites des prêtres ca- 



AU xrxô SIÈCLE. 295 

tholiques, du 5 mai 1838. Les titulaires des pensions doivent résider 
dans le royaume. S'ils veulent se fixer hors des frontières , ils doiveçt 
demander Tautorisation au roi; mais, au cas où elle leur est accor- 
dée, ils subissent une retenue d*un tiers sur leur allocation. Il est 
aussi expressément stipulé que des services ecclésiastiques accomplis 
en pays étranger par des Néerlandais ne donnent pas droit à la pen- 
sion. 

Au fond, personne ne s'arrête à ces restrictions,etje dirai plus: 
personne à cette époque n'attache une grande importance à cette 
question des retraites. Ni parmi les Églises , ni parmi les pateurs , on 
n'a l'air de s'en préoccuper. S'il en fallait une preuve, je la trouverais 
dans les règlements généraux et particuliers publiés avec beaucoup 
de soin par la Commission wallonne. Nous en avons plusieurs édi- 
tions, la première de 1818, du secrétaire de la Commission , la se- 
conde de 1847, longuement et attentivement préparée et revisée par 
une commission spéciale. Eh bien ! ni dans l'une, ni dans l'autre, on 
ne découvre trace de ces décrets ; tous ceux qui concernent le nombre 
des places, le nombre des membres, la quotité des traifements , la 
bourse générale des veuves , la pension accordée par l'État aux veu- 
ves des pasteurs, l'année degrâce,lekindergeldetrakademiegeld, 
sont là à leur date et à leur rang ; les dispositions relatives aux retrai- 
tes sont absentes. C'est qu'en réalité on n'y tient pas tant que cela. Ijo 
gouvernement, qui n'hésite pas à mettre un pasteur à la retraite, 
lorsqu'il s'agit de supprimer une Église wallonne, ne rencontre pas 
beaucoup d'empressement chez ceux auxquels il entend assurer un 
repos honorable. Le 2 septembre 1817, un décret accorde la retraite, 
scUvo honore et stipendio , au pasteur wallon de Gouda , Wallet. Mais 
quelques jours après, à la réunion d'Utrecht, a les députés de Oouda 
déclarent que ce n'est qu'à regret que ce pasteur serait honoré de l'é- 
méritat et qu'il souhaiterait ardemment de continuer de se vouer au 
St Ministère; y> en sorte que le consistoire et la Commission wal- 
lonne supplient respectueusement Sa Majesté de rapporter sa déci- 
sion. Il va sans dire que ces prières demeurèrent inutiles ; mais cette 
démarche prouve encore que l'on n'aspirait pas très fortement à la 
pension de retraite et qu'on préférait rester à son poste jusqu'à la fin. 



296 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

En cas de maladie ou d'infirmité incurable , on avait la ressource de 
faire appel aux engagements de l'État; il n'y a pour ainsi dire pas 
d'étrangers alors dans le corps pastoral wallon ; tous ses membres , 
ayant commencé dans le pays leur ministère , sont certains à l'âge de 
soixante cinq ans de pouvoir déposer honorablement leurs fonctions, 
si leurs forces l'exigent; et s'il y a quelque étranger, le texte même 
du décret permet au roi de déroger aux règles générales qu'il a po* 
sées et de prendre des dispositions en sa faveur. En fait, jamais le cas 
ne s'est, présenté et nos corps ecclésiastique n'ont fait aucune tenta- 
tive de ce genre. 

Aussi ne faut-il pas s'étonner si les Églises ont attendu jusqu'en 
1866 pour s'inquiéter de faire quelque sacrifice en faveur des pas- 
teurs émérites. Sans doute, certains consistoires ont pris des disposi- 
tions en faveur de leurs conducteurs obligés de renoncer à leurs fonc- 
tions pour cause de santé ; mais le corps des Églises n'a rien fait pour 
eux. La réunion de Rotterdam , en 1866 , (c admet en principe que le 
bénéfice du fonds pour l'augmentation des traitements des pasteurs 
peut s'étendre aux émérites. Quand le subside aura atteint le chiffre 
de deux cents florins , les commissaires devront examiner dans quelle 
mesure ces pasteurs pourront en jouir, et feront une proposition à la 
réunion j>. Les choses restent en l'état jusqu'à la réunion de Zwolle, 
en 1872, où les commissaires du fonds, par un nouveau placement 
de capitaux et la résolution de verser dans la caisse les bons soldes de 
la bourse des étudiants et de la caise du secours mutuel, sont cer- 
tains de pouvoir distribuer dorénavant deux cents florins. U s'agit 
alors de savoir, 1^ si tous les pasteurs qui sont qualifiés du nom d'é- 
mérites ont droit à la pension ; 2^ si la pension doit être égale pour 
tous les ayant-droit La réunion décide que seront considérés comme 
ayant-droit les pasteurs ayant obtenu l'éméritat après quarante ans 
de ministère (on ne dit pas si les quarante ans de ministère doivent 
avoir été accomplis dans dans le pays) , ou bien à la suite d'une ma- 
ladie qui les empêche de remplir les fonctions du ministère; en tout 
cas, le montant de la pension des pasteurs émérites sera inférieur à 
celui du subside assuré aux pasteurs en fonction ; si les revenus du 
fonds ne permettaient pas d'accorder la pension à tous les émérites , 



AU Xixe SIÈCLE. 297 

elle serait accordée par rang d'ancienneté. Des résolutions postérieu- 
res fixèrent cette pension à la moitié de ce que recevaient les pasteurs 
en fonction, et c'est ainsi qu'elle a été successivement de cent , de 
cent cinquante et maintenant de cent soixante-quinze florins. 

L'expérience a prouvé que ce règlement ne levait pas toutes les 
difficultés. Plusieurs d'entre nous peuvent se souvenir de la situation 
qui fut faite à l'Église d'Harlem , quand sont pasteur, M. Allegret , fut 
frappé d'une maladie incurable au bout de sept ans de ministère dans 
le pays. D'après les idées qu'on se fait généralement du décret royal , 
il n'avait droit à aucune pension ; les Églises wallonnes ne pouvaient 
lui ofErir que cent cinquante florins et il était absolument sans res- 
sources. Dans cette occurance, le consistoire, mû par une pensée 
d'humanité, accorda congé sur congé à M. Allegret jusqu'à ce qu'il 
eut atteint les dix ans qui lui permettaient de réclamer la pension de 
l'État ; la réunion wallonne vota des subsides sur la caisse du secours 
mutuel pour assurer le service et l'instruction des catéchumènes ; M. 
le pasteur Oagnebin, avec beaucoup de dévouement, assuma la 
charge du pasteur-consultant; tous les pasteurs prêtèrent leur con- 
cours et l'on parvint à l'époque désirée. Mais le chiffre de la pension 
était insuffisant, même grossi de l'allocation de notre fonds. Par bon- 
heur M. Allegret avait fait partie d'une ambulance pendant la guerre 
de 1870 et, grâce aux démarches de la Commission wallonne, il fut 
possible d'obtenir du gouvernement français un secours annuel , qui 
assure d'une manière convenable l'existence matérielle de notre mal- 
heureux collègue. Que fût-il advenu, si l'on n'avait pas eu cette 
chance inespérée ? et combien la situation eût été singulièrement plus 
critique , non pas seulement pour le pasteur, mais pour son Église, si 
la maladie dont il fut frappé la septième année l'avait atteint la se- 
conde ou la troisième de son ministère. L'Église ne pouvait morale- 
ment pas abandonner son pasteur à la misère et , d'un autre côté , 
n'était-ce pas compromettre son avenir que de prolonger cette quasi- 
vacance d'une façon interminable ? 

Or, ce que nous disons ici de la maladie peut se dire également de 
la vieillesse. Il vient un âge où l'homme a besoin de repos , où du 
moins , il ne peut plus, ni physiquement, ni intellectuellement , four- 



298 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

nir la somme de travail , déployer l'activité dont il était capable dans 
les jours de sa jeunesse ou de sa maturité. L'autorité l'a compris , 
quand elle a assigné une limite d'âge à certaines fonctions , quand 
elle a assuré une pension de retraite dans certaines conditions d'âge 
et de service à tous ses serviteurs. Ce besoin est aujourd'hui tellement 
ressenti qu'il n'y a pas de pays où l'on ne cherche à établir, si on ne 
l'a déjà fait , des pensions de retraite pour tous , non seulement en cas 
d'invalidité, mais au moment de la vieilleuse. En ce qui concerne les 
pasteurs , nous avons vu comment des décrets royaux y ont pourvu. 
Mais c'est ici que se présente une difficulté : s'il faut quarante ans 
d'exercice dans le pays, cette condition, parfaitement légitime, sera 
remplie sans peine par les indigènes , qui ont commencé ici leur mi- 
nistère ; mais dès qu'il s'agit de pasteurs étrangers , qui sont venus 
dans le pays après dix, quinze ans de service, à trente-huit ou qua- 
rante ans , qui ne comprend qu'ils n'auront jamais droit à la pension , 
à moins d'invalidité? Et cependant il peut se faire que, sans être 
dans l'état d'incapacité exigé par les décrets, ils ne soient plus aptes 
à remplir leurs fonctions qu'imparfaitement Us en souffriront et les 
Églises avec eux; mais est-on en droit d'attendre, peut-on exiger 
qu'ils se retirent , tant qu'ils ne sentent pas assurée la sécurité de 
leurs vieux jours? Et c'est là que nous en sommes aujourd'hui. Si les 
pasteurs étrangers ont été autrefois l'exception dans les Églises wal- 
lonnes , ils y sont aujourd'hui l'immense majorité. Si les Églises qui 
les ont attirés tiennent à les garder, elles doivent examiner quelles 
sont les mesures à prendre en vue de l'avenir de leurs conducteurs. 
La législation existante nous semble susceptible de recevoir une in- 
terprétation favorable à leur égard. Le décret du 19 août 1817 décide 
de recourir aux mesures les plus convenables pour assurer aux Égli- 
ses wallonnes des pasteurs appelables au besoin de l'étranger. Et la 
première de ces mesures , c'est évidemment d'assimiler les étrangers 
aux nationaux. Nous voyons qu'en effet on n'y a pas manqué. Le 10 
novembre 1819 , un décret royal , en conformité d'une résolution du 
synode, établit la bourse générale des veuves, à laquelle devront 
s'affilier tous les pasteurs par une contribution annuelle. Le 20 août 
1823, un nouveau décret , portant addition à l'art 9 du règlement de 



AU XIX« SIÈCLE. 299 

1819, dispose que tout pasteur appelé de Tétranger, sera obligé de 
payer, en outre des vingt-cinq florins de droit d'entrée , une somme 
de dix florins pour chaque année qu'il a été en fonction à l'étranger, 
sans que cette contribution extraordinaire puisse être réclamée pour 
plus de dix ans. Les services à l'étranger sont donc ici reconnus, 
puisqu'ils sont soumis au versement pour l'arriéré , et par analogie , 
il est permis de croire que si les ecclésiastiques , par dérogation à la 
règle établie pour tous les autres fonctionnaires, n'avaient pas été 
expressément affranchis de toute cotisation en vue de la retraite, on 
aurait ici encore exigé l'arriéré des pasteurs étrangers. Il y a plus. A 
l'art. 5 du règlement du 5 mai 1838 sur l'octroi des pensions de re- 
traite aux prêtres catholiques , il est dit , paragraphe 1 : a Les servi- 
ces ecclésiastiques , faits hors du royaume par des prêtres néerlan- 
dais, ne donnent pas droit à la pension. » Le fait même qu'il est parlé 
de fonctions ecclésiastiques remplies hors du royaume par des prê- 
tres néerlandais, qui ne donnent pas droit à la pension , semble bien 
indiquer qu'il en est autrement pour des ministres du culte étrangers 
appelés dans le pays. On comprend que dans le cas où des Néerlan- 
dais se consacrent à une Église hors du pays, l'État ne leur tienne 
pas compte de leurs services à l'étranger; ils ont volontairement 
porté leur activité loin de leur patrie ; mais lorsque des étrangers sont 
appelés à desservir une communauté religieuse en Hollande , l'on re- 
connaît si bien leurs années de service que , là où il est dû une cotisa- 
tion pour participer à certains avantages , comme pour la bourse gé- 
nérale des veuves, on leur réclame l'arriéré et qu'il ne leur est pas 
permis d'échapper à cette réclamation. L'interprétation que nous 
avançons ici ne nous paraît pas douteuse, et si l'on demandait qu'a-, 
près quarante ans de service ici ou ailleurs ,* l'éméritat fut accordé 
avec jouissance de la pension attachée aux années de service qu'un 
pasteur a exercé dans le pays , ce ne serait pas demander une faveur, 
mais simplement la justice. Et pourquoi le gouvernement ne se ran- 
gerait-il pas à cptte manière de voir, lorsque nous constatons qu'il a 
laissé tomber certaines prescriptions trop étroites des règlements sur 
les pensions ecclésiastiques, pour s'inspirer de l'esprit plus large de 
la législation nouvelle? Nous l'avons vu: il était interdit à l'origine 



300 LES INSTITUTIONS FINANCIÈRES DES ÉGLISES WALLONNES 

aux retraités d'aller vivre à l'étranger sans une autorisation du roi 
et, même avec cette autorisation, sans perdre un tiers de leur pen- 
sion ; une loi de 1863 a mis à néant cette disposition en ce qui con- 
cerne les fonctionnaires civils ; et quoique les règlements sur les pen- 
sions ecclésiastiques n'aient pas été modifiés, on n'a pas hésité à faire 
bénéficier de cette tolérance les ministres du cultes. C'est ainsi que 
MM. van Qoens, Roulet, Brun , Gagnebin , pour parler de ceux que 
nous avons connus , ont pu finir leurs jours à l'étranger. 

Donc il vaudrait la peine de pressentir à ce sujet le gouvernement ; 
à cette démarche, je ne vois pas d'inconvénient , s'il peut y avoir des 
avantages. Mais , alors même qu'on obtiendrait une réponse favora- 
ble, à plus forte raison, si on ne l'obtenait pas, un devoir nouveau 
s'imposerait à nos Églises. Je n'hésite pas à le dire, parce que j'ai la 
conscience de parler autant et plus dans leur intérêt que dans celui 
de leurs conducteurs. 11 ne peut pas être qu'au moment où l'on s'in- 
quiète de fournir des pensions de retraite aux acteurs de la scène 
néerlandaise , on ne trouve pas moyen d'en assurer aux pasteurs des 
Églises wallonnes. Une commission que vous nommeriez à cet effet 
n'y travaillerait certainement pas avec moins de zèle et moins de suc- 
cès que celle qui prit en mains la cause de l'augmentation des traite- 
ments. Les sources de la générosité ne sont pas encore taries ;. nous en 
avons eu la preuve avec le fonds de réserve de la bourse des veuves , 
qui a pu capitaliser en dix-huit ans plus de dix mille florins et aug- 
menter régulièrement depuis nombre d'années la pension des intéres- 
sées. 11 y aurait d'ailleurs peut-être à revoir et à répartir à nouveau la 
distribution des revenus que nous possédons. Peut-être serait-il pos- 
sible de maintenir à nos collègues qui arrivent de France l'afKliation 
à la caisse de retraite des Églises réformées ; peut-être pourrait-on 
demander à chaque Église d'acheter tous les ans un quarantième de 
rente viagère à son pasteur. Les combinaisons ne manqueront pas. 
Ce qui importe, c'est que nos Églises sentent la responsabilité qui 
pèse sur elles et qu'en se rappelant ce qu'ont fait nos prédécesseurs , 
les sacrifices qu'ils ont consentis et dont nous jouissons aujourd'hui , 
elles comprennent ce qu'elles ont à faire pour rester dignes de leur 
passé. L'expérience nous a prouvé qu'elles n'ont jamais hésité, 



At xix« srècLE. 304 

qaand le devoir leur a paru clair et pressant Or, il Test aujourd'hui. 
Tel de nos collègues , dont nous admirons et envions la verte vieil- 
lesse, aurait droit au repos; combien d'autres, non sans préjudice 
pour leurs Églises , traîneront plus péniblement leurs derniers jours ! 
Le moment est venu de prendre une résolution , sinon pour le pré- 
sent , du moins pour l'avenir. Quant à moi , si j'ai parlé en imprudent , 
pardonnez-moi. U m'a semblé que c'était le privilège de celui qui oc- 
cupe passagèrement cette place, de signaler les lacunes de nos insti- 
tutions et d'indiquer les améliorations nécessaires : à vous, Mes- 
sieurs, de chercher, de trouver, les moyens pratiques ; à vos Églises 
de les réaliser ! 

L. Bresson. 



--^8é«— 



Vin. 20 



XXIV« RAPPORT 

DE LA COMMISSION DE l'HISTOIRE DES 

ÉGLISES WALLONNES, PRÉSENTÉ À LA RÉUNION DES DÉPUTÉS 

DES ÉGLISES WALLONNES RASSEMBLÉS À UTRECHT LE 

21 JUIN 1902 ET JOURS SUIVANTS. 



Messieurs et très honorés Frères ! 

Composition de la Commission, Cette année , heureusement , nous 
n'avons point de pertes à vous annoncer; il n'y a point eu non plus 
de démissions , de sorte que notre Commission n'a subi dans sa com- 
position aucune mutation. 

Finances, Nos finances se trouvent dans un état satisfaisant , quoi- 
que nous ne puissions pas encore nous passer de l'appui financier de 
nos Églises. Les comptes de l'exercice de 1901 ont été approuvés par 
la Commission wallonne. Elle nous a de nouveau alloué un subside 
de f. 250 , qui a été le bien- venu et dont nous exprimons notre recon- 
naissance. 

Le compte de l'histoire se balance par un bon solde de f. 1283.1272) 
chifi&e très élevé; cela tient, pour une part , au règlement de l'affiiire 
du livre synodal, dont nous vous entretenions dans notre dernier 
rapport. Comme vous avez pu le voir dans un post-scriptum que nous 



xxiv« Rapport. 303 

avons ajouté au rapport quand nous l'avons publié dans le Bulletin , 
cette afEûre s'est terminée à notre complète satis&ction. Nos négocia- 
tions avec les héritiers de M. A.-J. Enschedé ont eu lieu par l'intermé- 
diaire du fils , M. H.-J.-D.-D. Enschedé , à l'esprit de bienveillance et 
de justice duquel nous ne pouvons que rendre hommage. Grâce à lui , 
cette aflEEÛre , qui au début pouvait paraître délicate , s'est réglée , en 
ce qui nous concerne, avec la plus grande fiacilité. Nous avons été 
reconnus seuls et incontestés propriétaires du livre synodal , et les 
héritiers nous ont versé ce qu'ils avaient touché sur le produit de la 
vente, c'est-à-dire une somme de £ 223.20. En second lieu, notre gros 
solde s'explique par le fait que les frais de la publication du supplé- 
ment du catalogue ne figurent pas encore dans le compte de 1901; 
notre gros solde contient ce qu'il j aura à payer de ce chef, ainsi que, 
un peu plus tard , notre part du déficit que laisse toujours l'exploita- 
tion du Bulletin. Enfin les frais de copie ont sensiblement diminué , 
si on les compare à ce qui a été dépensé de ce chef dans les premières 
années de l'existence de notre Commission. 

Le compte de la bibliothèque se balance par un bon solde de 
t 284.5872 ; cotte année encore on a relativement peu acheté ; le bi- 
bliothécaire, d'accord en ceci avec plusieurs juges compétents, est 
d'avis qu'ancieonemetit l'on n'a pas suffisamment tenu compte du 
caractère très spécial de nos collections et que plusieurs fois on a 
chargé fort inutilement nos rayons de livres qui sortent du cadre 
d'une d bibliothèque wallonne". On a commencé maintenant à se 
montrer plus sévère et par conséquent plus économe. Toutefois le bi- 
bliothécaire n'hésite pas, l'argent se trouvant là, à acquérir, même 
pour un prix élevé, ce qui peut présenter un véritable intérêt pour 
l'histoire de nos Églises. Les contributions des Églises se sont mon- 
tées à f. 99.50 pour le loyer (même chiffre que l'année précédente) et 
pour les achats et l'entretien à f. 312.50 (f. 2.50 de moins que l'année 
précédente). Ajoutons qu'il a été collecté dans deux Églises pour 
l'œuvre de la Commission de l'histoire une somme de f. 39.8572- 

Le compte de l'emprunt accuse un bon solde de f. 367.9572 1 q^i ) 
naturellement, est très loin d'être suffisant pour le payement des in- 
térêts et de l'amortissement en septembre prochain. D'ici là ce compte 



304 xxive RAPPORT. 

aara des rentrées assez considérables , toutefois insuffisantes encore. 
Nous ne pouvons que répéter à ce sujet ce que nous vous disions 
l'année passée. Nous prendrons à la caisse de la Commission ce qui 
manquera , quittes à le restituer au moyen des rentrées subséquentes ; 
a c'est, disions-nous, ce qui arrive toutes les années et qui n'a rien 
d'anormal, car cela tient aux époques de nos échéances, qui ne coïn- 
cident pas. En réalité, les revenus du capital suffisent presgti^ à ali- 
menter le service des intérêts et de l'amortissement , et l'appoint que 
nous avons à fournir devient d'année en année plus faible j>. Enfin , 
nous TOUS rappelons que ce petit déficit sera remplacé par un boni 
dès 1906, peu de chose pour commencer; mais dans ce cas-ci il est 
vrai de dire : a Petit poisson deviendra grand ». 

Nous vous prions de bien vouloir tirer au sort le numéro de l'obli- 
gation que nous amortirons en septembre. 

La société d'assurances paye régulièrement la rente viagère de nos 
deux pensionnaires, et nous sommes de ce côté absolument libres de 
soucis. 

BuUetin. La troisième livraison a paru l'anné passée; la quatrième 
est sous presse. Elle contiendra , outre le discours prononcé par notre 
modérateur pour l'ouverture de la dernière Réunion , un article nécro- 
logique sur notre regretté Luti et d'autres articles , qui , nous n'en 
doutons pas, seront trouvés intéressants. Commencerons-nous un 
nouveau volume après celui-ci? Nous n'en savons rien. Cela dépend 
des contributions qu'on voudra bien nous envoyer. Nous devons 
beaucoup sous ce rapport à notre collègue M. Guyot , mais il n'a guère 
d'imitateurs. 

Livre synodal. Malgré ses très nombreuses occupations, M. Picard 
nous promet la table des matières à brève échéance ; dès qu'il sera en 
mesure de nous la faire tenir , nous imprimerons, car la table alpha- 
bétique, dont la confection avait été confiée à M. Hoek , est prête de- 
puis quelque temps déjà. 

CoUedion des fiches. Le classement des fiches de Sedan a été con- 
tinué et sera bientôt achevé. Ce travail , du reste , a été suspendu pour 
quelques semaines par une conséquence de la publication du supplé- 
ment du catalogue. En effet , M. Hoek est chargé en ce moment de 



XXiye RAPPORT. 305 

placer et de numéroter les ouvrages mentionnés dans ce supplément, 
le quatrième, comme tous le savez. Les recherches dans les fiches et 
les copies que nous en avons délivrées ont porté sur les noms sui- 
vants : de Chivré , de Cantelu , Massé , Langlois , de Lespinaase , Bloys 
van Treslong, Laurys, Carabain, van Beest, Bredée, Fremy, de 
Fouw , Marconnay de Beaulieu , de Hoog , Laurillard , van Hamel , 
Leeuw , de Lâon , de Latombe , Peaux , Chalon , Dupuy , de Sitter , 
le Bleu , du Bosc , Buysing , Storm , le Grand , Colyars , Colier , Jessé , 
Simon , Simon Thomas , de la Motte , Merkus , de Eock , Ghantepie de 
la Saussaye, Monroy, Benezet, Naudin, Duvinage, Vlaanderen, 
JoUy , Moniac , Guerin , Contant , des Watines , Derrez , Testart , Ma- 
rion , Gontard , Boucher et Gissot Le produit net de la consultation 
des fiches a été en 1901 de f. 86.52 , ce qui prouve que le public prend 
intérêt à notre collection généalogique. Outre le Befuge , avec lequel 
nous avons un abonnement pour nos annonces , la revue des Hugue- 
nots allemands, intitulée die Franjsôsische CoUmie, annonce frater- 
nellement notre collection sans demander pour cela de rétribution. 

Bibliothèque. Il a moins été prêté de livres que Tannée précédente 
et Ton est moins venu consulter la bibliothèque sur place. Les acqui- 
sitions consistent en 70 livres et manuscrits , à quoi il faut ajouter les 
portraits de MM. les Pasteurs Krop , Lafon , Poujol , Itié , Sugier , 
Yandell et Bresson. M. le Pasteur Richard a bien voulu nous promet- 
tre le sien ; il nous en manque encore un bien grand nombre , quoique 
nous ayons invité personnellement ceux des Pasteurs dont les por- 
traits nous manquent à bien vouloir nous les offrir. En outre, nous 
avons reçu des représentations des temples de Groningue et d'Am- 
sterdam , cinq photographies relatives aux SeUlers^ partis en 1620 de 
Leyde pour T Amérique , et trois portraits de la famille de notre mem- 
bre-correspondant , M. Meschinet de Richement; ils représentent trois 
générations, le grand-père , son fils et son petit-fils. Une partie de nos 
acquisitions est formée par des achats ; le reste nous a été donné par 
les personnes suivantes : MM. A. DauUé, C.-G. Ghavannes, F. Krop, 
J.-W. Enschedé, J.-E. Lafon , M.-G. Wildeman , H.-D. Guyot , E. Bour- 
lier , A. van den Velden , M.-A. Perk , N. Itié , M.-E. Sugier , F.-F 
Yandell , D.-F. Poujol , L. Bresson , MUe Joh.- W.-H. Naber , MM. Cy- 



306 xxive RAPPORT. 

prien Majal , E. Picard , E. Pouget , Mme veuve Luti , M.-O. Toamier , 
la Compagnie des Pasteurs de Genève , l'Église de Florence , la Hu- 
guenot Society, les rédactions de la Kerkdijke Courant , du Befuge , 
du Christianisme au XXe siècle et du Wapenheraut; la Société de 
l'histoire du protestantisme français , le Hugenottenverein et la So- 
ciété d'histoire et d'archéologie de Genève. 

Une acquisition qui date déjà de quelques années , mais qui n'a 
jamais été signalée dans nos rapports, quoique elle le mérite très cer- 
tainement, car c'est une œuvre d'art de^ plus remarquables , enrichit 
notre importante collection de bibles et de portions de la bible. Ce 
sont les Évangiles , traduction de fiossuet, en deux très grands volu- 
mes in-folio , avec un grand nombre d'illustrations , dont chacune est 
une œuvre d'art, cadeau qui nous a été fait dans le temps par A.- J. 
Enschedé. Ce beau livre à lui seul est digne d'une visite à la biblio- 
thèque. 

Divers. Nous avons reçu le diplôme de la mention honorable qui 
nous a été décernée à l'exposition universelle de Paris. C'est une 
composition vraiment artistique , qui fait honneur au goût des Fran- 
çais. Nous l'avons fait encadrer pour en orner notre salle de lecture. 

M. Caland de la Haye, qui nous avait offert de copier gratuitement 
les registres de l'Église de Breskens , s'est acquitté de cette tâche vo- 
lontaire et vient de nous offrir en outre de copier les actes de l'Église 
de Sas de Gant , qui manquaient encore à notre collection. Naturelle- 
ment nous avons accepté avec reconnaissance. 

La Société de l'histoire du protestantisme français a célébré le cin- 
quantenaire de son existence les 26 et 27 maL Elle a eu la bonté de 
nous inviter à nous faire représenter à cette fête. Nous ne pouvions 
pas y être indifférents , mais nous avons jugé que l'argent que les 
Églises nous confient n'est pas destiné à des voyages semblables , 
quelque bien motivés qu'ils soient. Nous avons cependant eu la joie 
de trouver notre collègue M. le docteur Brondgeest disposé à nous 
représenter à Paris « sans charge pour le trésor i>. U va sans dire que 
nous l'avons accrédité auprès des frères de France , charmés d'être 
représentés par un vrai huguenot , sans crainte et sans reproche. Il 
s'est acquitté de sa mission de la manière à laquelle nous nous atten- 



XXIve RAPPORT. 307 

dioDs, excellemment II nous a adressé un rapport substantiel, dont 
nous résumons quelques points ; il pourra , puisque il doit se trouver 
au milieu de vous , compléter , si vous le désirez , de vive voix , ce que 
nous disons ici. 

Comme une espèce de prélude à la fête de la Société de l'histoire , 
M. Brondgeest a eu le privilège d'assister le dimanche 25 dans le 
temple de l'Oratoire au service commémoratif de la promulgation de 
la loi de Germinal (mai 1802) , qui conféra aux protestants de France 
l'existence légale en les plaçant absolument sur le même pied par 
rapport à l'État que TÉglise catholique ; c'est ce qui leur permit de se 
réorganiser après les temps si durs qu'ils avaient traversés. 

Le 26 mai au soir eut lieu dans le même temple la séance solen- 
nelle où a été commémorée la fondation de la Société de l'histoire du 
protestantisme français cinquante ans auparavant Les membres de la 
Société et les délégués, qui s'étaient réunis dans la salle du consis- 
toire, se rendirent en cortège dans le temple, qui était bondé d'audi- 
teurs. Le président de la Société , M. F. de Schickler , dans un discours 
dont M. Brondgeest vante la chaleur et l'éloquence , retraça l'histoire 
de cette utile institution ; il était touchant de voir aux côtés de l'ora- 
teur un des rares survivants du groupe d'hommes zélés et dévoués 
qui, en 1852, sur Tinitiative de Charles Bead , fondèrent la Société 
qui a rendu de si nombreux et de si grands services ; c'est de M. Wad- 
dington que nous voulons parler; 

Après le président, le secrétaire, M. Weiss, fit ressortir la grande 
utilité de l'histoire du protestantisme , école de probité et de justice , 
école de foi et école de liberté ; école aussi d'humilité et non moins 
d'énergie, de vaillance , d'héroïsme. 

A l'éloquence est venu , pour rehausser cette mémorable séance , se 
joindre l'art; mais l'art bien protestant L'audience a été tenue sous le 
charme du genre le plus élevé par l'exécution de quelques-uns des 
psaumes en contrepoint de Goudimel, retrouvés par M. Expert, ca- 
tholique lui-même, mais épris de l'œuvre de notre grand compositeur 
huguenot. Lui-même avait réussi à réunir les voix nécessaires pour 
cette difficile exécution et c'est lui encore qui l'a dirigée. 

Le lendemain un banquet fraternel réunissait quarante-neuf mem- 



308 XXIV® RAPPORT. 

bres et hôtes de la Société. C'est là que l'on a fait une ovation bien 
méritée au président , à qui on a offert , en souvenir reconnaissant de 
tout ce qu'il a fait pour le protestantisme français, trois plaques d'ar- 
gent portant' son buste. C'est là encore que les délégués de France et 
du dehors ont pu exprimer les sentiments de sympathie et de respect 
qu'inspire là Société de l'histoire du protestantisme français. M. Brond- 
geest n'est pas resté en défaut; il a au contraire pris sa bonne part à 
ce concert en prononçant un discours plein de cœur, que nous ne 
pouvons pas donner ici in extenso, mais que Ton aura le plaisir de 
lire dans la livraison de notre Bulletin actuellement sous presse. 

Becammandatian de notre œuvre. Nous ne saurions terminer sans 
recommander de nouveau vivement à l'intérêt de nos Églises l'impor- 
tante institution dont l'administration nous est confiée. 

L BoTTBLŒR , président. 
C. G. Chavannbs , secrétaire. 



-^8S«— 



RAPPORT 

PRÉSENTÉ PAR M. LE DOCTEUR P. Q. BRONDGEEST À LA 
COMMISSION DE L'HISTOIRE DBS ÉGLISES WALLONNES. 



La Société de Thistoire da Protestantisme français avait invité la 
Commission de l'histoire des Églises wallonnes des Pays-Bas à se 
faire représenter par un délégué , le 26 mai 1902 , à la célébration du 
cinquantenaire de sa fondation. La commission désigna M. Brond- 
geest, qui accepta cet honorable mandat et qui a maintenant l'hon- 
neur de vous présenter son rapport sur la mission dont il a été chargé. 

Arrivé le dimanche 25 mai à Paris , il eut le privilège de pouvoir 
assister au service qui fut célébré à quatre heures à TOratoire pour 
commémorer le centenaire de la promulgation de la loi de germinal , 
qui établit l'Église réformée de France sur des bases légales et solides. 
Après une allocution du président du consistoire , M. 6out, M. Weiss , 
secrétaire de la Société de l'histoire du protestantisme français, pro- 
nonça un discours , dans lequel , après avoir rappelé que la présente 
séance était comme un prélude de celle qui devait avoir lieu le lende- 
main, 26 mai, en l'honneur du cinquantenaire de la Société de l'his- 
toire du protestantisme français, il releva le fait que, juste cent ans 
et un mois auparavant, le 25 avril 1802 , le pasteur Maron avait célé- 
bré le premier culte après la promulgation de la loi de germinal, dans 
un temple aujourd'hui détruit, celui de Saint Louis du Louvre, qui 



310 RAPPORT. 

fut remplacé plus tard par celui de l'Oratoire. M. Weiss nous fit le 
tableau des longues et pénibles négociations à la suite desquelles cette 
loi put enfin être obtenue, nous parla des oppositions qu'elle suscita 
et nous montra qu'elle fut tout ce que l'on pouvait espérer de Napo- 
léon , qui certes ici n'a pas voulu être oppresseur. 

Ce qui est incontestable , c'est que sans cette loi l'Église réformée 
n'aurait jamais pu se relever aussi rapidement et ne serait pas devenue 
ce qu'elle est maintenant après un çiôcle de liberté relative. Quicon- 
que connaît l'histoire du protestantisme français partagera cette opi- 
nion. Mutilée, sans force, privée d'organisation et sans lien entre les 
Églises individuelles , préservée sans doute d'une ruine totale par A. 
Court, les Rabaut, les Cortez, elle existait, mais vivait à peine. La 
loi de germinal lui donna une existence légale et une organisation. 
Quelque opinion que Ton ait sur la nature de^ intentions de Napo- 
léon , il est certain que l'Église réformée de France lui est grandement 
redevable. 

Ce discours ne portait pas seulement le cachet de la science histo- 
rique, mais en outre il a été prononcé avec une chaleur communica- 
tive et a produit une grande impression sur les auditeurs , et votre 
député quitta le temple emportant avec lui un sentiment de reconnais- 
sance pour ce que les Églises réformées de France doivent à Napoléon. 

Le lendemain, lundi 26 mai, jour de la célébration du jubilé du 
cinquantenaire de la Société de l'histoire du protestantisme français , 
les membres de la Société et les délégués se réunirent à huit heures et 
quart dans la salle du consistoire, d'oii ils entrèrent en cortège , le 
président, M. de Schickler , en tête, dans le temple de l'Oratoire , où 
une tribune leur avait été réservée. L'édifice était comble et présentait 
un imposant coup-d'œil. 

Le président retraça avec éloquence et clarté les travaux accomplis 
par la Société; fondée en 1852 sur l'initiative de M. Charles Read et 
de quelques amis , dont M. Waddington , président honoraire de la 
Société , assis à côté du président , était un des rares survivants , elle 
a rassemblé avec un soin et une persévérance que rien n'a pu lasser 
une immense quantité de documents relatifs à l'histoire duprotestan- 



RAPPORT. 341 

tisme français et de reliques du passé ; elle a publié son excellent Bul- 
letin , qui compte déjà cinquante volumes. Sous la direction de M. 
Bordier , elle a revu et réédité la France protestante des frères Haag , 
elle a fondé la bibliothèque de la rue des Saints Pères, qui possède 
auJQurd'hui 500Ô0 volumes et pièces et 10000 manuscrits. Ce n'est 
pas tout; elle a institué des concours , décerné des récompenses , fait 
revivre la fête de la Béformation , a tenu des séances en province , afin 
d'y raviver les souvenirs du- passé , et a profité de ces occasions pour 
visiter pieusement la maison de Rolland , les côtes de la Saintonge et 
la tour de Constance. — M. de Scbickler, avant de terminer son dis- 
cours , annonça que le prix Bersier , qui est décerné tous les cinq ans , 
avait été donné à M. Weiss , Téminent secrétaire de la Société, et que 
notre collègue M. Guyot avait été nommé membre honoraire étranger. 

Au courant de ce discours , qui fit vivement sentir aux auditeurs 
l'importance de l'œuvre à laquelle se consacre la Société , l'orateur 
n'a pas manqué de mentionner votre Commission , dont il a déclaré le 
concours précieux pour les recherches relatives à l'histoire du refuge. 

Après M. de Scbickler , M. Weiss prit la parole. U nous parla de 
l'utilité de l'histoire du protestantisme. Dans une série d'exemples 
développés avec lucidité il nous fit comme qui dirait toucher du doigt 
combien l'histoire du protestantisme est une école de probité et de 
justice , une école de foi , une école de liberté ; elle est aussi une école 
d'humilité , et non moins une école d'énergie , de vaillance , d'héroïsme. 

La solennité de cette journée a été en outre grandement rehaussée 
par un chœur, qui a donné aux auditeurs la primeur des psaumes en 
contrepoint de Goudimel, récemment retrouvés par M. Expert, qui 
dirigea lui-même l'exécution. On sait que Goudimel , le grand com- 
positeur protestant, a été le maître de Palestrina et une des victimes 
de la Saint Barthélemi à Lyon. Qu'il me soit permis de reproduire ce 
qu'une plume autorisée a dit de cette audition dans le Protestant du 
22 mai : 

« L'exécution des psaumes VIH , XXV , XIX , XXm , LXVHI , 
a a été plus qu'intéressante. Nous devons une reconnaissance spéciale 
« à M. Expert pour avoir su réunir le nombre et la qualité des voix 
«nécessaires à l'exécution des psaumes en contrepoint, tels que 



312 RAPPORT. 

a Ooudimel nous les a transmis dans l'un de ses recueils , celui , je 
« pense, de 1580. M. Expert, qui est catholique , s'est épris de cette 
a musique pleine de sel et de grâce austère et raffinée , très ancienne 
« et ultramoderne (il est telle combinaison harmonique de Goudimel 
« qu'on retrouve , paraît-il , chez M. Debrusy , l'auteur de Pelleas et 
a Mélisande , et qui fait accuser celui-ci d'impardonnables hérésies). 

et La belle exécution de ces psaumes remarquables a été l'un des 
(( plus grands attraits du cinquantenaire. y> 

Aussi votre député a-t-il été vivement frappé par cette musique. U 
croyait entendre les chants fervents des persécutés du seizième siècle , 
dans ce Paris où sévissait alors une atroce persécution. 

A onze heures nous quittâmes l'Oratoire , fort émus et pleins de 
confiance dans l'influence exercée par le protestantisme français, dont 
un des plus fermes appuis est la Société qui venait si dignement de 
célébrer son anniversaire. 

Le mardi 27 mai nous fUmes invités à un banquet , dans lequel les 
délégués de diverses associations historiques purent foire entendre les 
expressions de sympathie et les bons vœux pour la Société de l'histoire 
du protestantisme français dont ils étaient chargés de se faire les inter- 
prêtes. Nous nous réunîmes à onze heures et demie au nombre de 
quarante- neuf, membres de la Société avec le président et le secré- 
taire, députés des facultés de Oenève et de Montauban, de la So- 
ciété de Calvin , de la Huguenot Society , de la Commission de l'his- 
toire des Yaudois, et des protestants de marque, au nombre desquels 
se trouvait l'ancien pasteur de Rotterdam , M. le professeur A. Béville. 

Au dessert, le secrétaire, M. Weiss adressa la parole en termes 
éloquents et émus au président , le remerciant de tout ce qu'il avait 
fait pour la Société , et il lui offrit , au nom de tous ceux qui appré- 
ciaient, soit comme membres de la Société , soit comme protestants , 
les services éminents rendus par lui au protestantisme français , trois 
plaquettes en argent portant son buste. Le président , fort ému , remer- 
cia avec effusion ceux qui lui avaient préparé cette fête. 

Je ne puis reproduire tous les discours des différents délégués, 
mais je dois signaler comme digne de remarque au point de vue de la 
Hollande celui du pasteur Appia , le doyen des pasteurs de Paris , 



RAPPORT. 313 

membre de la Société de Thistoire des Églises vaudoises, qui rappela 
les grandes souffrances endurées par ces frères.et les secours qu'ils 
avaient reçus de leurs coreligionnaires , en particulier dans les Pro- 
vinces Unies , qui avaient été un de leurs plus fermes appuis. Les 
Hollandais , dit- il , continuent à leur offrir un fidèle soutien. 

Votre délégué ayant obtenu la parole à son tour s'exprima comme 
suit: 

(c Messieurs ! 

<( C'est avec le plus grand respect et la plus vive sympathie pour le 
« protestantisme français que je viens , au nom de la Commission de 
a l'Histoire des Églises wallonnes des Pays-Bas , vous exprimer nos 
a sincères remerciements de ce que vous avez bien voulu nous inviter 
<( à la solennité de ce jour. Recevez , Messieurs , avec nos meilleurs 
«vœux pour votre prospérité, l'expression de notre profonde grati- 
a tude pour l'œuvre si sérieuse, si grande et si scientifique que vous 
« avez accomplie durant un demi-siècle. Quel élan remarquable votre 
a société n'a-t-elle pas donné aux études de l'histoire du protestan- 
te tisme en général et de l'Église réformée de France en particulier ! 

a L'histoire de votre Église, n'est-ce pas l'histoire de la sublime 
a persécutée , de la Mater dolarosa de la réforme ? C'est l'histoire d'une 
a persécution plus de deux fois séculaire ; c'est aussi l'histoire du 
a courage, de l'abnégittion , du sacrifice, de la grandeur d'âme des 
a martyrs , mais avant tout du triomphe de la liberté de conscience, 
a du droit intangible de la foi religieuse individuelle ; c'est l'histoire 
« des Huguenots ! 

a Pendant un demi-siècle vous vous êtes efforcés de la £Edre con- 
<r naître au monde et de montrer combien le protestantisme français 
<( est digne d'être respecté et admiré , non seulement dans tous les 
a pays dont le français est la langue, mais aussi dans ma patrie, où 
a subsistent encore seize Églises du refuge. Et vous avez réussi ; nous 
a vous en exprimons notre grande reconnaissance. 

et Qu'elle est sublime cette histoire du protestantisme français ! D 
« faudrait qu'on pût la lire et la méditer partout, dans la cabane des 
«pauvres, dans les palais des riches, non seulement en France, 



314 RAPPORT. 

(( mais d'un boat du monde à Tautre; car c'est elle qui a montré aux 
a peuples que la foi religieuse résiste au fer et au feu et peut produire 
a encore des Huguenots de la vieille race , des hommes intégres , cou- 
ce rageux , pieux , possédant le sentiment de la justice et de la solida- 
a rite. Des Huguenots ! la société présente en réclame , elle en a besoin 
a pour servir de digue contre tant d'injustice , de perfidie , de méchan- 
a ceté. 

« Combien sous vos auspices n'a-t-il pas été publié de travaux 
(( remarquables sur les Églises et les hommes de la réforme. Et ce 
et Bulletin que vous nous donnez depuis cinquante ans , et cette bi- 
a bliothôque créée par vous rue des saints Pères , riche de vos archi- 
ve ves et de vos documents, que de services n'ont-ils pas rendus au 
« protestantisme de langue française. C'est vous , Messieurs , qui avez 
« inspiré les Églises wallonnes le jour où , il y a plus de vingt ans , 
« elles décidèrent d'instituer la Commission que j'ai l'honneur de 
a représenter en ce moment parmi vous. Tous avez été notre modèle. 
a Nous aussi nous étudions les fastes du protestantisme français, et 
a cela dans les Pays-Bas , où il a jeté de si profondes racines , comme 
a le prouve l'existence jusqu'à ce jour des Églises wallonnes. Nous 
« suivons vos travaux avec le plus vif intérêt C'est par eux que vous 
a avez mérité l'estime du monde savant , la reconnaissance des JÉ^lises 
a issues de la réforme, des Églises wallonnes en particulier, des des- 
a cendants des Huguenots répandus dans le monde entier. Yotre 
a œuvre est à la fois un monument érigé par la piété filiale à la mé- 
a moire de vos ancêtres martyrs et une œuvre historique. Tel est aussi 
a le but poursuivi par la Commission de l'histoire des JÉ^lises wallon- 
a nés. Cependant il convient de signaler une différence. Notre activité 
a se porte sur l'histoire de deux refuges , du refuge wallon et du refuge 
« français , tandis que l'histoire du protestantisme fr'ançais dans son 
« ensemble est l'objet de vos recherches. 

a Au début nos Églises étaient purement wallonnes, car elles 
<( datent du refuge de la fin du seizième siècle , parti des provinces 
a wallonnes. Mais quand survint en France la grande tribulatùm ^ la 
a grande iniquUé du dix-septième siècle, les Églises wallonnes devin- 
a rent de fait des Églises françaises. Ce flot immense de confesseurs 



RAPPORT. 315 

a et ces trois cent soixante-trois pasteurs deTÉglise de France, que 
« la révocation versa sur le territoire des Provinces Unies , ces exilés , 
e chassés , traqués , malmenés , portant chacun sa livrée des flétrissu- 
a res du Seigneur Jésus-Christ , n^emportant que leur âme et leur bible 
n pour butin ^ ces tisons échappés du feu^ trouvèrent parmi nous un 
« lieu de refuge , et c'est leur vie et leurs travaux que nous étudions 
a en même temps que ce qui concerne le refuge wallon. Oui ! du Bosc , 
a Jean Claude, Jurieu, Bayle, Basnage, Martin, les martyrs Cl. 
a Brousson , Pierre de Salves , Daniel Maturin , foulèrent le sol hos- 
« pitalier des Provinces Unies , qui recueillit leurs existences et où la 
a plupart moururent en paix. Ce qui troubla leur repos dans leur non- 
ce velle patrie, ce furent les cris de désespoir de leurs frères demeurés 
€sous le coup de la persécution, a Seigneur, Seigneur, aide-nous, 
et car nous périssons ! j> Mais aussi ne manquèrent-ils pas à s'efforcer, 
(( tant par leiirs écrits que par leurs démarches , de soutenir depuis la 
a terre d'exil le courage de leurs frères dans la détresse. 

« C'est là, Messieurs, le lien qui unit l'Église réformée de France 
« et les Églises wallonnes des Pays-Bas , le refuge du dix-septième 
ce siècle. C'est aussi ce lien qui unit nos deux Sociétés. J'ai l'inébran- 
€ lable conviction que jamais il ne se relâchera, car il est noué par 
« notre commun amour pour cette étude du protestantisme français , 
a qui offre encore à notre activité un vaste champ de travail. 

a Continuons notre œuvre ; mettons sous les yeux des peuples 
a l'image vivante du protestantisme français , de cet auguste martyr 
« des siècles passés , de ce gardien pour l'avenir du plus grand trésor 
a de l'humanité, la liberté de conscience. » 

Enfin M. de Schickler remercia tous ceux qui comme délégués 
avaient répondu à l'appel de la Société. Il parla de votre Commission 
avec reconnaissance, rappelant ce que nos devanciers, Enschedé, du 
Bien , Dozy avaient fait pour la Société , et en particulier la libéralité 
avec laquelle, sous l'approbation des Églises wallonnes, on avait 
déposé à la bibliothèque les documents concernant les Églises de 
France qui se trouvaient parmi nous. 

Avant de nous séparer, nous allâmes tous ensemble visiter l'empla- 
cement d'un local plein d'intérêt , car le culte protestant y a été 



316 RAPPORT. 

célébré au seizième siècle, avant la promulgation de Tédit de Nantes. 
M. Weiss a découvert près de la rue St Jacques , au numéro 19 de la 
rue Valette, deux caves superposées aux voûtes ogivales et romanes, et 
une troisième au dessous des deux autres; seulement l'entrée de cette 
dernière est encore murée. D'après lui , on se trouve là en présence 
des restes du collège Fortet, où Calvin demeurait quand il commença 
à se détacher de l'Église romaine. M. de Schickler nous dit qu'Érasme 
aussi a habité ce collège et se plaint de ce qu'on lui servait du pois- 
son gâté en de ce qu'il régnait dans l'établissement une malpropreté 
repoussante. En pleine rue M. de Schickler nous fit une courte confé- 
rence sur les lieux de culte de nos pères à l'époque des persécutions. 
De là nous nous rendîmes rue des Saints Pères au local de la biblio- 
thèque , où nous visitâmes l'exposition huguenote rétrospective , pour 
nous séparer ensuite. 

Quelques mots encore au sujet de l'exposition. Comme j'ai dit , elle 
a été organisée au local de la bibliothèque , rue des Saints Pères 54. 
L'immeuble où cette dernière est installée est un cadeau magnifique 
de M. de Schickler. L'exposition réunissait un grand nombre d'objets 
intéressants , envoyés de toutes les parties de la France. Nous y vîmes 
une chaire du désert, venue du Poitou; une table de communion 
ayant aussi servi dans les assemblées du désert; des émaux de 
Petitot ; quelques plats très rares de Bernard Palissy ; des portraits 
de Calvin , de Théodore de Bèze , de Coligny, de Duplessis Momay , 
de Claude Brousson, de Robert St. Etienne; des autographes de 
Calvin , Luther, Melanchton , Th. de Bèze , Farel , Benée de France ; 
les manuscrits originaux de l'édit de Poitiers (1577), de deux édits 
de Charles IX ; des procès-verbaux d'assemblées et de synodes du 
désert ; des médailles , des méreaux , des bibles anciennes , des volu- 
mes et des plaquettes dont il n'existe qu'un exemplaire unique. Nous 
admirâmes un magnifique bas-relief de Jean G-oujon , une très belle 
collection de métaux , de bijoux huguenots , ornés de la colombe , par 
laquelle les protestants remplaçaient la croix catholique ; une montre 
du dix-septième siècle gravée par Etienne de l'Aulne ; un portrait de 
Denis Papin ; toute une vitrine de gravures et de manuscrits se rap- 



RAPPORT. 317 

portant à l'affoire de Calas ; un tableau représentant un temple de 
Lyon , appelé le Paradis — c'est la seule représentation que l'on pos- 
sède d'un temple du seizième siècle; une plaquette , unique , donnant 
a Vordre de la procession du Boi en 1536 » , procession au passage de 
laquelle on brûla trois luthériens à chaque carrefour. Sur la chaire du 
désert on avait déposé une toque pastorale avec le collet et le rabat 
noir, liseré <le blanc, qui étaient en usage à cette époque. Ce ne fut 
pas sans émotion que nous pûmes voir un fragment du registre matri- 
cule des galères^ du règne de Louis XIY; sur la même feuille sont 
mentionnés des criminels condamnés à cinq ans et des religionnaires 
condamnés à vie par a jugement de M. l'intendant de . . . pour assem- 
blée illicite ». 

Qu'il me soit permis en terminant d'exprimer ma vive gratitude de 
la réception cordiale, amicale, fraternelle, qui fut faite à votre dé- 
puté. L'impression qui m'en est restée est qu'on aime nos Églises 
wallonnes et que Ton est heureux de les savoir en vie; puissent-elles 
toujours être des Églises vivantes ! 

Les réunions auxquelles j'ai eu le privilège d'assister ont été très 
instructives, pour quelqu'un qui s'intéresse à l'histoire des Églises 
protestantes de langue française; si le cœur se sentait élevé, l'esprit 
aussi a été fortifié. La Société de l'histoire et les facultés protestantes 
de Paris et de Montauban sont les plus solides colonnes de l'Église 
réformée de France. 

Utrecht, 15 juin 1902. P. Q. Brondgkbst. 



—i^^é— 



ym. 21 



LES ÊTATS-GÉNÉRAUX ET LES RÉFUGIÉS. 



C'est une longue histoire que celle des efforts , trop souvent infructueux , 
tentés par le gouvernement des Provinces Unies en faveur des réfugiés. En 
voici encore un exemple. C'est un mémoire adressé au roi de France le 14 
août 1725 par C. Hop , ambassadeur de LL. HH. PP. auprès du roi très chré- 
tien , dont copie fut envoyée le 17 août à LL. HH. PP. ; notre excellent col- 
laborateur M. Guyot a bien voulu transcrire cette copie à l'intention dos lec- 
teurs de notre Bulletin. H a tout lieu de croire cette pièce inédite. 

A quoi cette démarche aboutit-elle? En aucune façon à protéger les reli- 
gionnaires contre les spoliations dont ils étaient victimes en France , au con- 
traire. On ne se donna pas la peine de réfuter l'argumentation de Hop et l'on 
ne se préoccupa en aucune façon des représailles , dont , au nom de LL. HH. 
FF. , il avait menacé le gouvernement français. Far lettre de Paris du 11 fé- 
vrier 1726 le successeur de Hop , F. D. Paraviciny, envoya à la Haye un im- 
primé officiel, qui évidemment est la réponse au mémoire de Hop. H est 
intitulé « Déclaration du Roy, concernant la jouissance des Biens des Réfu- 
giez François , qui reviennent des Faïs Etrangers , et les successions à eux 
échues depuis leur retour », et ne donne pas l'ombre de satisfaction au sujet 
de ce que l'on avait demandé au roi. Il paraît qu'on se le tint pour dit, car 
les réclamations relatives à des héritages, que l'on faisait par l'intermédiaire 
de l'ambassade hollandaise , fréquentes auparavant , cessent après cette ten- 
tative. 

Nous ne reproduisons pas fa « Déclaration », car elle se trouve dans le re- 
cueil, que nous possédons à labibliothèque wallonne, publié par M. Léon 
Filatte en 1885 , à l'occasion du deuxième centenaire de fa révocation de 
l'édit de Nantes. Ce recueil , intitulé « Édits Déclarations et Arrests concer- 



LES ÉTATS- GÉNÉRAUX ET LES RÉFUGIÉS. 319 

nans la RôUgion P. Réformée 1662—1751 Précédés de FÉdit de Nantes », 
est des plus intéressants. 
Voici maintenant le mémoire de Hop : 

Copie Bec. 21 Aug. 1725. 
A Sa Majesté. 
. Sire. 

Le soussigné Ambassadeur des Etats- Oeneraux des Provinces 
Unies a l'honneur de représenter à Y. M. , qu'il a eu ordre plusieurs 
fois de reclamer Sa justice et sa bienveillance en faveur de quelques 
uns des sujets de L. H. P. qui étant nez dans le sein de la Bepublique 
ont cru pouvoir jouir du bénéfice des Traités et particulièrement de 
l'Exemption du droit d'aubaine conformément à l'art. 14 du traité de 
commerce, conclu à Utrecht le 11 Avril 1713 et qui sur le fonde- 
ment de cet article ne dévoient pas être exclus des successions qui 
leur étoient échues on pourroient leur échoir dans ce Boyaume, par 
la seule raison qu'ils etoient nez des Français réfugiés. Les édits et 
les déclarations de Y. M. ne disposent pas contr'eux, cependant ils 
ont été débouté de la demande, qu'ils en ont faite en Justice et prin- 
cipalement au Conseil de Y. M. : LL. HH. PP. ont cru qu'il etoit ex- 
trêmement préjudiciable au commerce des deux nations d'étendre les 
loys pénales contre ceux , qui se sont retirés du Royaume pour cause 
de leur religion, jusque sur leurs postérités, qui étant née en païs 
étranger depuis leur retraite n'en peut être coupable, c'est ce qui les 
a obligés d'ordonner au soussigné de s'adresser de nouveau a Y. M. 
et la suplier à cette occasion de vouloir faire examiner cette affaire 
dans toute son étendue et dans toutes les suites. 

Les prédécesseurs de Y. M. ont accordé auxsujets de la Bepublique 
l'exemtion du droit d'aubaine par l'acte que le Boy Henry 4 a donne 
en faveur de la Bepublique des Provinces Unies en 1595, confirmé 
par le traité de 1596 et par tous les traités suivans comme un effet de 
leur bienveillance envers eux , mais en l'accordant ils ont encore eu 
pour objet principal l'avantage du Commerce entre les deux nations , 
et d'attirer nombre de negocians étrangers dans le Boyaume. 

La retraite et l'établissement que plusieurs Français ont fait dans 



320 LES tTATS-GÉNÊRAUX ET LES RÉPUDIÉS. 

la Bepubliqae des Provinces Unies depuis quelques années a fait 
faire en France une distinction préjudiciable aux traités par raport à 
l'exemption du droit d'aubaine, entre les anciens habitans et ces 
nouveaux venus , et leurs descendans ; tous les traités sont fondés sur 
Tôgalité et la réciprocité des deux nations , mais la distinction que 
l'on a fait jusqu'icy en France, renverse cette ôgaUté au préjudice 
d'un grand nombre des sujets delaBepublique. Y. M. esttropjuste 
pour n'y pas remédier et ne pas concevoir que les Etats Généraux ne 
pourraient de leur coté se dispenser d'y pourvoir en établissant dans 
l'étendue de leur domination des loys pareilles a celle de Y. M. 

Le soussigné suplie Y. M. d'observer, qu'avant l'edit donné à Si 
Oermain en Laye au mois d'Aoust 1669 les François jouissoient de 
la liberté naturelle et commune a toutes les autres nations de pouvoir 
aller et venir dans les pays étrangers, y trafiquer, séjourner, même 
de s'y marier et établir leurs demeures, sans pour cela encourir aucu- 
nes peines n'y confiscation des biens; onseait meme,quecetedit, 
qui n'avait particulièrement en vue que les gens de marine et autres 
employés à la construction et fabrication des vaisseaux ne fut alors 
en quelque sorte que cominatoire n'y ayant point d'exemple qu'on 
aye fait le procès à aucune personne, ni prononcé en ce tems aucune 
confiscation des biens sur le seul fondement de cet edit, et aussi la 
Déclaration du 18 Mai 16Ô2, qui est la première depuis, qui ait fait 
defences aux sujets de sortir du Royaume, ne s'étend précisément 
qu'aux gens de mer et de métier , ce qui est une preuve assez claire 
que l'Edit du mois d'Aoust 1669 ne devoit pas avoir de plus grande 
étendue; ce n'a donc été que la Déclaration du 14 Juillet suivant, 
donnée particulièrement à l'occasion des sujets de la Beligion Refor- 
mée , qu'on pourroit regarder comme la véritable époque de cette dé- 
fonce, si Y. M. n'avoit pas trouvé à propos par des Edits , Déclara- 
tions, ou Arrêts postérieurs, et particulièrement par celuy du 18 
Sept. 1713 , de fixer l'origine de la defence de sortir du Royaume sans 
sa permission à l'Edit du mois d'Aoust 1669. 

Y. M. a bien voulu cy-devant ne pas distinguer des autres sujets et 
habitans de la Repubtique les enfans , dont les pères s'y sont venus 
établir et y sont décodés avant la publication de l'Edit de 1669 , ayant 



LES ÉTATS-eÉNÉBAUX ET LES RÉFUGIÉS. 321 

considéré qu'outre les engagemens de leur naissance ils pourroient 
encore y avoir pris de liaisons et formé des établissemens , qu'ils ne 
pouYoient plus abandonner sans un renversement et ruine entière de 
leur fortune, sur le même principe LL HH. PP. avoient cru devoir 
espérer que Y. IL ne feroit pas plus de distinction des enfans de 
ceux , qui sont également nés dans leur Bepublique dé pères , qui 
étant sorti du Royaume avant TEdit de 1669, peuvent n'être morts 
que depuis cet Edit> d'autant plus comme le Soussigné l'a cy-devant ' 
observé, il ne sembloit regarder que les gens de marine, n'ayant 
point eu d'exécution à l'égard des sujets de Y. M. de tous autres 
Etats. 

Cependant Sire, non seulement on les a traités dans les tribunaux 
du Boyaume, comme s'ils étoient infracteurs de Yos Edits sans en 
exempter même ceux à qui le feu Roy , Yotre bisayeul avoit accordé 
des permissions les plus spéciales et les plus authentiques de sortir 
du Royaume avec leurs familles pour s'aller établir dans des pays 
étrangers, sans qu'eux et leurs enfans pussent être sujets à la rigueur 
des Edits et Déclarations de Y. M., lesquels et même les enfans de 
leurs enfans on n'a pas laissé d'y assujetir sans avoir égard aux per- 
missions accordées à leurs pères. 

C'est donc premièrement en faveur de ceux-là que le soussigné a 
ordre d'implorer la justice de Y. M. à ce qu'il lui plaise ordonner 
qu'eux et leur postérités soient considérés en France comme les su- 
jets naturels des Etats OenerauX; et s'il y en a , à qui la Justice n'ait 
pas été rendue conformément aux Traités , qu'il plaise a Y. M. ordon- 
ner qu'elle leur soit rendue incessament tant pour le passé que pour 
l'avenir. 

A l'égard des sujets sortis au préjudice de l'Edit du mois d'Aoust 
1669 et autres intervenus depuis, comme il s'agit ici d'intérêts civils 
et que suivant les rigueurs des loys ils sont reputez mort civilement 
dans le Royaume on n'en fera aucune mention icy; Mais, Sire, les 
loys pénales ne s'étendent point d'un cas ni d'un objet à un autre , les 
peines portées par les Edits , et Déclarations ne peuvent s'étendre au 
delà des personnes des délinquants , et ne peuvent avoir d'aplication 
à leurs enfans nez depuis leur retraite dans la Republique, qui étant * 



322 LES ÉTATS-GÉNÉRAUX ET LES RÉFUGIÉS. 

nez ses propres et naturels sujets devroient jouir dans ce Royaume 
de tous les droits et avantages portés par les traités , avec d'autant 
plus de raison que leurs pères étant morts civilement en France et 
ayant subi la confiscation des biens , qu'ils y avoient laissez , il ne 
restoit plus aucune liaison n'y engagement , qui puisse faire présu- 
mer qu'ils y soient encore demeuré liez et attachez , de sorte que 
leurs enfans nez dans les Etats de la République ne peuvent avoir na- 
turellement d'autre patrie que celle de leur naissance, et il y a d'au- 
tant moins lieu de les distinguer des anciens sujets et habitans des 
Provinces-Unies, que s'ils en etoient distinguez, leurs enfans le 
pourroient être encore et ainsi de génération en génération. 

V; M. n'ayant pas trouvé a propos jusqu'à présent d'adoucir la ri- 
gueur de ses Loys à l'égard des pères , ni faire changer l'application 
forcée qu'on en a fait a leurs enfans , l'égalité qui doit être entre les 
deux nations et qui est véritablement le fondement de la correspon- 
dance et du commerce, se trouvant par la considérablement altérée , 
LL. HBL PP. en l'année 1709 se crurent obligés d'y pourvoir, et afin 
que leurs habitans ne pussent souffiîr aucun préjudice a cet égard , 
ils firent publier une Ordonnance dans l'étendue de leur domination , 
portant que les François , qui s'y sont retires , étant exclus du droit de 
pouvoir succéder à leurs parens François décodés dans le Royaume 
de France, leurs parens François ne pourroient aussi leurs succéder 
lorsqu'ils viendroient à mourir dans les Provinces Unies. 

LL. H.H. PP. ne crurent pas devoir donner une plus grande éten- 
due à cette ordonnance, qui fut publiée durant la dernière guerre, 
parcequ'elles ne doutoient pas , que la paix venant à se faire Y. M. ne 
jugeât Elle-même, qu'il étoit de l'intérêt des deux nations pour le 
bien et avantage réciproque de leur commerce , de ne pas étendre 
plus loin une distinction de sujets dont les uns seroient capables de 
succéder réciproquement à leurs parens dans les Etats de Y. M. et 
ceux de LL. EEL PP., et les autres ne le seroient pas , distinction 
odieuse , qui ne peut produire qu'une aliénation de cœur et d'esprit 
dans les familles. 

Cependant LL. HH. PP. ont vu avec douleur, que dans les tribu- 
naux du Royaume et particulièrement dans le conseil de Y. M. , on ne 



LES ÉTATS-GÉNÉRAUX ET LES RÉFUGIÉS. 323 

s'est pas contenté de la peine , qu'ont subi ceux , qui se sont retirés 
du Royaume en contravention des Edits du feu Roy, Votre prédéces- 
seur , qui ont ete punis de la confiscation et perte de leurs biens , mais 
qu'on a encore étendu cette rigueur sur leurs enfans et petits enfans , 
bien que nés dans les états de LL. HH. PP. , lesquels on a exclus 
comme incapables de pouvoir succéder à leurs parens décodés dans 
le Royaume , à la succession desquels ils ont droit de venir de leur 
chef comme sujets naturels de LL HH. PP. 

La naissance donne la patrie , c'est une maxime générale dans tous 
les Ftats, qui est particulièrement reconnue dans ceux de Y. M. ou 
les enfans des étrangers nés dans Yotre Royaume, Sire, ne sont point 
réputés Aubains , moyenant qu'ils continuent à y faire leur demeure ; 
cette loy étant commune à toutes les nations, les enfans nés dans les 
Etats de LL. HH. PP. , bien que nés de François qui s'y sont retirés 
dans l'esprit même d'une perpétuelle demeure doivent donc incontes- 
tablement être connus et regardés comme les véritables sujets de leur 
Republique et s'il plairoit à Y. M. les distinguer de leurs autres su- 
jets , et les exclure du bénéfice des traités , LL. HH. PP. ne pourroient 
se dispenser pour établir l'égalité de faire une ordonnance, qui decla- 
reroit pareillement les parens François de ces enfans nés dans leurs 
Etats , incapables de leur succéder, pour autant de générations qu'il 
plairoit à Y. M. de l'étendre dans ses Etats , ce qui ne pourroit appor- 
ter qu'une très grande altération au commerce et à l'entrecours des 
deux nations, et ruineroit entièrement les relations et la confiance 
réciproque que les negocians de même origine ou famille peuvent 
avoir les uns avec les autres ; c'est pourquoy le soussigné Ambassa- 
deur a ordre en second lieu de renouveller ses instances et de prier 
Y. M. de déclarer que ceux qui sont nez ou naîtront dans les Etats de 
la Republique jouiront du bénéfice des traités dans toute son étendue 
sans faire la recherche ou la distinction de leur origine. 

Si le soussigné a eu le bonheur de convaincre Y. M. de l'équité de 
la demande de LL. H H. PP. en faveur de ceux , qui sont sortis avant 
l'Edit de 1669 et de ceux à qui Y. M. a permis de s'établir ailleurs , 
comme aussi des en&ns nez dans les pais étrangers, il ose espérer 
que Y. M. ne voudra point faire valoir contr'eux l'Edit de 1669, en 



824 LES ÉTATS-GÉNÉRAUX ET LES RÉFUGIÉS. 

ce qu'il pourroit contenir le rapel de ceux qui etoient sortis aupara- 
vent , ni les Déclarations de rapel données en 1698 , qui ne disent pas 
un mot des cas , qui font Tobject de ces représentations , et qui néan- 
moins par une explication étrangère à ces Déclarations ont été allé- 
guées comme la raison pourquoy on n'a pas cru devoir leur rendre la 
justice , que LL. HH. PP. ont cru appartenir à leurs sujets , ces Décla- 
rations ne pouvant point rendre criminels ceux qui ne l'etoient pas 
par des lois enterieures, n'étant pas juste, que ceux qui ont eu la li- 
berté et le droit naturel, ou la permission de sortir et de s'établir ail- 
leurs, soient exposés d'être punis, lors même qu'il n'etoit plus dans 
leur pouvoir de revenir , à cause des engagemens , qu'ils avoient cru 
pouvoir prendre ailleurs légitimement, et encore seroit il plus dur 
d'étendre cette punition sur leurs enfans et leur postérité , qui n'a ja- 
mais été sujette à. Y. M. et qui pour une conséquence naturelle n'a ja- 
mais pu ni voulu contrevenir à ses ordres. 

C'est pourquoy LL. HH. PP. espèrent que V, M. voudra bien dé- 
clarer , que tous ceux , qui sont sortis du Royaume avant l'Edit de 
1669 , aussi bien que tous ceux qui sont sortis avec la permission de 
y. Mte, autant qu'il y en a d'établis dans les Provinces Unies, 
comme aussi tous ceux qui sont nez dans les Etats de la République 
ont deu jouir et jouiront à l'avenir des avantages , que les traités 
entre Y. Mte et LL. HH. PP. ont accordés généralement aux sujets de 
l'un et de l'autre. 

Mais , Sire , il seroit plus digne de Y. Mte , si elle voulut bien ad- 
mettre le droit réciproque de naturalisation , de sorte que comme elle 
prêtent le droit de Souveraineté dans toute l'étendue de son Royaume 
sur les étrangers qui s'y font naturaliser, elle voulut aussi reconnoitre 
ce même droit aux autres Souverains dans l'étendue de leur Domina- 
tion : par là toute la difficulté seroit bientôt applanie , et par là Y. Mte 
contribueroit infînement à l'avantage du Commerce, et Elle donne- 
roit à l'Univers un exemple éclatant de Justice, de modération et de 
bonté. 

Fait à Paris ce 14 Aoust 1725. 



LE DERNIER PASTEUR DE BLEIGNY. 



On lira avec intérêt et mélancolie la lettre suivante , écrite par le dernier 
pasteur de Bleigny au grand père de M. fl.-D. Guyot , notre collègue dans la 
Commission de l'Histoire. Nous donnons ces lignes textuellement. La seule 
liberté que nous prenions est celle de rajeunir l'orthographe. 



Bleigny ce 29© Novembre 1785. 

Monsieur et très honoré Frère ! 

.... Oui , Monsieur , votre pays natal va passer par échange à. S. M. 
l'Empereur. Tous me demandez ce que deviendra mon Église et ce 
que je deviendrai moi-même ? Dieu le sait Lui seul peut faire sortir 
la lumière des épaisses ténèbres qui nous enveloppent ; sans m 'ériger 
en prophète , je veux bien vous dire d'avance que mon Église et celle 
de Dalhem vont s'anéantir, ou se joindre à d'autres, par la retraite 
des pasteurs et des principaux membres qui les composent. Car tous 
ceux qui ont à cœur la religion et des enfants à élever sont bien réso- 
lus de se retirer. On a bien stipulé , il est vrai , par un des articles pré- 



326 LE DERNIER PASTEUR DE BLEIGNY. 

liminaires de la paix signée àFontainebleau, le 8^ du présent mois, 
le libre exercice de la religion ; mais cet article est si obscur qu'il en 
£aut une dixaine d'autres pour Téclaircir et l'expliquer. En supposant 
même qu'on l'interprétât de la manière la plus favorable pour les Ré- 
formés , jamais on ne pourra obliger les Catholiques romains de ces 
contrées , les plus ignorants et les plus bigots qui aient jamais existé , 

• 

à adopter une telle interprétation. Déjà les curés ont envoyé une re- 
quête à Bruxelles , tendant à obtenir l'usage exclusif des temples qui 
ont servi jusqu'à présent pour les deux communions. Déjà nous som- 
mes exposés à mille insultes de la part de la canaille, qui ose venir 
troubler nos exercices publics de dévotion ; on vient jeter des pierres 
la nuit contre les portes et les fenêtres de ma maison ; on ose nous in- 
sulter, menacer; que ne ferait-on pas après que les Impériaux auront 
pris possession du pays, si nous nous opiniâtrions à y rester? Notre 
vie n'y serait plus en sûreté. Aussi en restera-t-il très peu. Les Som- 
mers vont se retirer comme je vous l'ai déjà dit ; votre grand-mère 
paraît aussi décidée à louer son bien pour aller finir ses jours à Eis- 
den ou à Maestricht; tous les officiers pensionnés de l'Etat iront 
manger leur pension ailleurs. Matile et moi sommes décidément réso- 
lus à quitter, qu'on nous continue ou qu'on refuse de nous continuer 
nos pensions. Nous n'avons garde de rester sous la domination d'un 
prince qui professe le papisme , qui fait de ses états une prison , en re- 
fusant à ses sujets la liberté d'en sortir, et qui peut avoir pour suc- 
cesseur un prince intolérant 

Mon épouse vous assure de ses respects. Nous vous prions l'un et 
l'autre de dire bien des choses amicales et fraternelles de notre part 
au frère et à la sœur Goût , à nos sieurs Yiel de Bomval ; quelque en- 
vie que nous eussions de les voir, l'éloignement y met un obstacle, 
sinon invincible , du moins très difficile à surmonter. Le motif que 
vous m'alléguez pour m'obliger d'aller à Groningue u'est point suffi- 
sant; partout ailleurs je puis veiller sur les études et la conduite de 
mon fils, qui vous présente ses très humbles obéissances. Je ne suis 
pas encore décidé sur le lieu de ma retraite. Le frère Matile vous sa- 
lue. Présentez , s. v. p. , mes eSectueuses salutations et celles de ma 
femme à M. le Professeur Chevalier , M. le Secrétaire Gookinga et 



LB DERNIER PASTEUR DE BLEIGNY. 327 

Mad. son épouse. Nos compliments aussi au jeune N. Yenhuyzen , 
marchand de paniers. Si je vous ai fait attendre longtemps , vous en 
serez dédommagé par la longueur decetteépitre,queje vais termi- 
ner en vous assurant de laconsidération et du fraternel attachement 
avec lequel j*ai l'honneur d'être, 

Monsieur et très honoré Frère , 
Votre très humble serviteur et affectionné frère 

J. Picard. 



— ^x^^- 



NOTICE NÉCROLOGIQUE. 



$$ M • m et 



AU mois de mars de cette année le Hugenottenverein , avec lequel 
nous entretenons des relations si fraternelles, a eu la douleur de 
perdre son excellent président et fondateur, M. le pasteur Henry Tol- 
lin. Dès que la Commission de l'histoire a eu connaissance de cette 
triste nouvelle , elle s'est empressée d'écrire à notre société sœur la 
lettre de condoléance suivante : 

a Nous avons appris par la Franzosische Colonie^ avec bien du re- 
a gret, le décès de Texcellent président du Hugenottenverein , M. le 
(( pasteur ToUin. Permettez-moi de vous exprimer au nom de la Com- 
<r mission de l'histoire des Églises wallonnes la très grande part que 
ce nous prenons à cette perte, si considérable pour votre Société , mais 
ce très grande aussi pour nous , car nous nous sommes souvent trou- 
ce vés en contact avec votre estimé président , dont la science et le zèle 
ce étaient hautement appréciés par nous. Son souvenir restera vivant 
ce parmi nous. 

ce Le secrétaire de la Commission de l'histoire 
des Églises wallonnes ^ 

C. G. ChA VANNES. » 



?S^